Le harcèlement moral au travail : comprendre, prévenir et agir

Santé au travail et Prévention

💡Au cours des dernières décennies, le harcèlement moral au travail est devenu un problème majeur à l’échelle mondiale, notamment dans les pays industrialisés. En 1998, l’Organisation internationale du travail l’a identifié comme une forme de violence de plus en plus dénoncée. En France, le livre de Marie-France Hirigoyen « Le harcèlement moral : la violence perverse au quotidien » a joué un rôle crucial dans sa reconnaissance, notamment sur le plan juridique. Quatre ans plus tard, la loi de modernisation sociale de 2002 a encadré la question du harcèlement au travail. L’article L 122-49 du Code du travail stipule désormais qu’aucun salarié ne doit subir des agissements répétés de harcèlement moral susceptibles de dégrader ses conditions de travail, de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d’altérer sa santé ou de compromettre son avenir professionnel.

Il est important de préciser que la jurisprudence a évolué : l’obligation de l’employeur est passée d’une « obligation de résultat » à une obligation de prévention renforcée. L’employeur peut désormais s’exonérer s’il démontre avoir mis en place des actions de prévention primaire efficaces. De plus, la justice reconnaît désormais le harcèlement « institutionnel » (arrêt France Télécom), où ce ne sont plus seulement des individus qui sont en cause, mais des méthodes de gestion globales.

Bien que les comportements associés au harcèlement moral au travail ne soient pas nouveaux dans le monde du travail, ils semblent connaître une recrudescence significative. L’intérêt croissant pour cette question révèle les profonds malaises qui existent actuellement dans la sphère professionnelle. En raison de ses graves conséquences psychologiques et sociales, le harcèlement est devenu un sujet incontournable dans l’étude des organisations.

👉Cet article explore les concepts clés du harcèlement moral au travail en s’appuyant notamment sur l’ouvrage « Harcèlement moral au travail » (Hirigoyen), sur l’article « Les déterminants organisationnels du harcèlement moral : une analyse d’une revue actualisée de littérature » (ZAITSEVA & CHAUDAT).

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Eléments de définition du harcèlement moral au travail

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✏️ Le harcèlement moral au travail a été défini comme un processus psychologique se manifestant dans un contexte professionnel, caractérisé par des agissements destructeurs répétés qui portent atteinte aux relations, aux conditions de travail et à l’intégrité d’un salarié, entraînant une souffrance pouvant mettre en danger sa santé mentale et physique. Il est crucial de comprendre ce phénomène pour mieux le prévenir et protéger les travailleurs.

balance justice

Cadre juridique du harcèlement moral au travail

📌Plusieurs pays ont légiféré pour sanctionner le harcèlement moral. En France, une loi a été promulguée en 2002, et le harcèlement moral est un délit puni par le Code pénal.

📌Cette loi a été renforcée par une jurisprudence constante, reconnaissant notamment le harcèlement moral managérial et l’obligation de sécurité de résultat de l’employeur.

📌Le droit européen, quant à lui, a mis l’accent sur la nécessité de respecter la santé, la sécurité et la dignité des travailleurs.

Les dernières évolutions

💡Une étape historique a été franchie avec la confirmation définitive par la Cour de cassation (notamment dans l’arrêt du 21 janvier 2025, n°22-87.145) de la notion de harcèlement moral institutionnel.

Désormais, le droit ne se limite plus aux relations interpersonnelles entre un « bourreau » et sa « victime ». La justice reconnaît que le harcèlement peut être le fruit d’une politique d’entreprise délibérée.

  • 📍Une responsabilité sans lien direct : Les dirigeants et l’entreprise peuvent être condamnés pénalement même s’ils n’ont eu aucun contact direct avec les victimes. Il suffit que la politique managériale (plans de départs forcés, réorganisations permanentes, objectifs inatteignables généralisés) ait pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail.

  • 📍La fin de l’anonymat de la gestion : Cet arrêt précise que le délit est constitué dès lors que les méthodes de gestion outrepassent les limites du pouvoir de direction et portent atteinte à la dignité ou à la santé des salariés, même si ces derniers ne sont pas individuellement désignés par les auteurs.

  • 📍L’obligation de vigilance RH : Pour les professionnels RH, cela signifie que la stratégie globale de l’entreprise (restructurations, plans de performance) doit désormais intégrer une analyse d’impact sur la santé mentale des collaborateurs, sous peine d’engager la responsabilité pénale des mandataires sociaux.

Cadre de référence pour situer le harcèlement moral au travail

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🔖 Heinz Leymann conceptualise le mobbing (1993), dérivé du mot anglais « mob » signifiant foule, comme une forme de terrorisme psychologique au travail. Ce phénomène se caractérise par une succession prolongée d’actions et de paroles hostiles, émanant d’une ou plusieurs personnes à l’encontre d’un individu ciblé dans l’environnement professionnel. Bien que ces actes puissent sembler anodins lorsqu’ils sont considérés isolément, leur répétition constante engendre des effets néfastes.

Leymann a identifié et catégorisé 45 comportements spécifiques, qui constituent le Leymann Inventory of Psychological Terrorization (LIPT). Cet outil, validé en français par Niedhammer, David et Degioanni (2006), permet d’évaluer la fréquence d’exposition à diverses formes de violence au travail sur une période de 12 mois.

Au-delà de l’inventaire des comportements, la Clinique de l’activité (Yves Clot) nous enseigne que le harcèlement naît souvent d’un « travail empêché ». Le salarié se trouve dans l’impossibilité de réaliser un « travail de qualité », ce qui crée un conflit non seulement avec les autres, mais avec le sens même de sa mission. Le harcèlement devient alors le symptôme d’une organisation qui ne permet plus de discuter des critères de la « belle ouvrage ».

icone santé mentale

Les agissements portant atteinte à la santé physique ou mentale d’un individus

🔖Le harcèlement moral se manifeste par des agissements répétés qui portent atteinte à la dignité ou à l’intégrité psychique ou physique d’un salarié. Ces agissements peuvent inclure:

  • Empêcher la victime de s’exprimer
  • Isoler la victime
  • Déconsidérer la victime auprès de ses collègues
  • Discréditer la victime dans son travail
  • Compromettre la santé de la personne
  • . . . 

💡Ces agissements ne sont pas toujours intentionnels. Ce qui importe, ce sont les conséquences sur la personne ciblée. La loi française a défini le harcèlement moral comme un ensemble d’agissements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail, portant atteinte aux droits, à la dignité, à la santé physique ou mentale, ou compromettant l’avenir professionnel.

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Harcèlement moral au travail & risques psychosociaux

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Caractéristiques du harcèlement moral au travail

🔖Il est important de faire la distinction entre le harcèlement moral et les autres risques psychosociaux (RPS) présents dans le milieu professionnel. La notion de risques psychosociaux regroupe le stress, les violences internes et les violences externes.

Bien que le harcèlement moral soit effectivement classé parmi les RPS, il possède des caractéristiques spécifiques qui le distinguent des autres formes de souffrance au travail.

🔖 Le harcèlement moral se définit comme une forme particulière de violence psychologique au travail. Il se caractérise par des comportements hostiles répétés visant à dégrader intentionnellement les conditions de travail d’un individu. Ces agissements peuvent avoir des conséquences graves, allant jusqu’au développement d’un état de stress post-traumatique chez la victime.

🔖En revanche, les RPS englobent un éventail plus large de facteurs pouvant affecter négativement le bien-être des salariés. Parmi ces facteurs, on retrouve : intensité et temps de travail, exigences émotionnelles, manque d’autonomie, rapports sociaux au travail dégradés, conflits de valeurs, insécurité de la situation de travail.

Si le conflit est inhérent à la vie des organisations (c’est le « conflit de critères » cher à Yves Clot), le harcèlement en est la forme pathologique. Dans le conflit, on se bat pour son travail ; dans le harcèlement, on est attaqué dans son identité

Il est important de noter que le stress professionnel chronique peut évoluer vers un état d’épuisement professionnel, communément appelé burn-out. Cet état se distingue du harcèlement moral par son origine, qui est généralement liée à une surcharge de travail prolongée plutôt qu’à des agissements malveillants ciblés.

📝 Enfin, pour finir de clarifier our clarifier le débat, il convient de noter ce qui n’est pas du harcèlement : l’exercice normal du pouvoir directionnel, les tensions liées à une urgence ponctuelle ou les contraintes objectives d’un poste. La distinction réside dans la répétition, la dégradation délibérée et l’absence de justification professionnelle.

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Les populations les plus vulnérables face au harcèlement moral au travail

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💡Plusieurs études soulignent que certaines populations sont plus vulnérables au harcèlement moral au travail :

📌Les jeunes : les personnes âgées de 16 à 24 ans sont plus susceptibles d’être victimes de harcèlement moral. Une étude a montré que 12,4% des jeunes salariés sont victimes de harcèlement.

📌Les personnes entre 35 et 44 ans : cette tranche d’âge est également identifiée comme une population à risque, avec 11,5 % de victimes.

📌 Les femmes : de nombreuses études indiquent que les femmes sont plus nombreuses que les hommes à déclarer avoir subi du harcèlement moral. (les chiffres varient selon les études)

Il est à noter que certaines études indiquent que les personnes âgées de plus de 55 ans peuvent également être plus fréquemment touchées.

📌Les personnes travaillant dans les secteurs de la santé, de l’enseignement et les administrations publiques, en particulier les collectivités territoriales, sont également plus touchées par le harcèlement moral.

📝Il est important de souligner que ces chiffres mettent en évidence des tendances et non des réalités absolues. Les facteurs organisationnels, managériaux et individuels peuvent également influencer la vulnérabilité au harcèlement moral.

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Les causes du harcèlement moral au travail

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L’origine multi-factorielle

💡Le harcèlement moral est un phénomène complexe, lié à des facteurs psychologiques, sociologiques et managériaux. Les modes d’organisation du travail, l’évolution des mentalités dans la société moderne, et le style de management peuvent favoriser le harcèlement.

Les structures qui privilégient un management autoritaire ou « laisser-faire » sont plus à risque, tout comme celles qui ne gèrent pas bien les changements. Le harcèlement peut aussi être déclenché par des situations de changements dans la vie professionnelle ou personnelle d’un salarié. Des facteurs individuels tels que la vulnérabilité de la victime ou la personnalité du harceleur jouent également un rôle.

En sociologie des organisations, le harcèlement est analysé comme un symptôme du système. Il peut émerger dans des « zones d’incertitude » où les règles ne sont pas claires, ou être utilisé comme un outil de gestion occulte pour contourner les procédures de licenciement. Le management « laisser-faire », par son absence de régulation, est souvent aussi responsable que le management autoritaire.

L’affaiblissement des liens sociaux

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Selon Christophe Dejours et François Hubault, les principaux facteurs favorisant l’apparition du harcèlement moral sont à rechercher dans la structure des relations sociales au sein de l’environnement professionnel. Ils identifient trois éléments clés :

  • 📍L’affaiblissement de la solidarité entre collègues, qui joue normalement un rôle crucial dans la protection contre les tentatives de déstabilisation psychologique individuelle.
  • 📍Le manque d’engagement éthique clair de la part de la direction de l’entreprise, qui devrait se manifester par une volonté ferme d’interdire les comportements abusifs.
  • 📍L’absence ou la difficulté d’accès à des ressources ou des recours externes pour les employés en difficulté.

📝Le problème central ne serait pas tant la perversité intrinsèque de certains individus, mais plutôt la permissivité des organisations qui tolèrent l’expression de cette perversité dans le milieu professionnel. Cette approche déplace le focus de l’individu vers la responsabilité des structures organisationnelles dans la prévention et la gestion du harcèlement moral.

Christophe Dejours souligne également le rôle de la « banalisation du mal ». Dans un collectif où la solidarité s’effrite, les témoins peuvent devenir complices par peur de devenir la prochaine cible ou par soumission à l’organisation. C’est la rupture de la coopération et de la reconnaissance qui transforme le travail en terrain de souffrance.

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Les facteurs organisationnels

🔖Plusieurs facteurs organisationnels peuvent mener au harcèlement moral au travail, et notament : l’organisation du travail, le leadership, la culture organisationnelle et le climat social, le système de récompenses et les changements organisationnels.

💡L‘organisation du travail est le facteur le plus fortement lié au harcèlement moral.

🔖 L’organisation du travail

  • Charge de travail élevée : la combinaison d’une quantité de travail importante et d’un rythme de travail soutenu peut contribuer au harcèlement moral. La complexité du travail, l’impossibilité de l’interrompre, ou la monotonie des tâches sont également des facteurs aggravants.
  • Ambiguïté et conflit de rôle : le manque de clarté des objectifs, le flou dans les responsabilités, et la présence de directives contradictoires sont des facteurs de risque. Les victimes de harcèlement moral ont tendance à percevoir ces éléments comme très élevés.
  • Contrôle et manque d’autonomie au travail : un faible niveau d’autonomie dans l’exécution du travail peut rendre les individus plus vulnérables au harcèlement.
  • Manque de ressources organisationnelles : l’insuffisance de ressources humaines, informationnelles, cognitives, financières, techniques ou physiques peut augmenter le risque de harcèlement.
  • Horaires de travail : le travail de fin de semaine, les horaires dépassant 40 heures par semaine, et le manque de flexibilité dans l’emploi du temps sont des facteurs de risque.
  • Conditions de travail défavorables : l’exposition à des nuisances thermiques et sonores, ainsi qu’un espace de travail restreint, peuvent contribuer au harcèlement.

🔖 Le leadership

  • Styles de leadership autocratiques ou laisser-faire : un style de gestion autoritaire, avec des sanctions injustifiées, ou un style de gestion laxiste peuvent favoriser le harcèlement moral.

🔖 La culture organisationnelle et le climat social

  • Culture qui tolère le harcèlement : le harcèlement est plus susceptible de se produire dans des organisations où la culture tolère ou encourage ce comportement.
  • Climat social pauvre : un manque de qualité dans les relations sociales et professionnelles peut conduire à des conflits et des intimidations.
  • Conflits au travail : les conflits interpersonnels, lorsqu’ils sont mal gérés, peuvent mener au harcèlement.
  • Soutien social faible : le manque de soutien de la part des collègues ou des supérieurs peut exacerber les effets du harcèlement moral.

🔖 Système de récompenses et compétition

  • Injustice organisationnelle : un manque de justice perçue dans la répartition des récompenses peut mener au harcèlement.
  • Insécurité d’emploi : les employés en situation d’emploi précaire sont plus susceptibles d’être victimes de harcèlement.
  • Faible rémunération : les employés mal payés sont plus souvent ciblés.

🔖 Changements organisationnels

  • Réduction d’effectifs, licenciements, utilisation de travailleurs à temps partiel, modifications des tâches : ces changements peuvent engendrer un climat d’insécurité et favoriser le harcèlement.

📝Il est important de noter que plusieurs de ces facteurs peuvent se combiner pour créer un environnement propice au harcèlement moral. Les jeunes et les femmes sont plus susceptibles d’être victimes.

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Les conséquences du harcèlement moral au travail

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Conséquence du harcèlement moral sur les structures

💡Le harcèlement moral a des conséquences néfastes importantes pour les entreprises, tant sur le plan humain que sur le plan économique.

    🔖Coûts directs

    • Baisse de l’efficacité de la personne ciblée : le harcèlement moral entraîne une perte de confiance en soi et une difficulté à prendre des décisions chez la personne visée, ce qui réduit son efficacité au travail.
    • Absentéisme et départs : le harcèlement moral peut conduire à un absentéisme accru, des arrêts de travail prolongés, voire des départs en retraite anticipée, des licenciements ou des démissions, ce qui perturbe le fonctionnement de l’entreprise. Une étude indique que les personnes harcelées s’absentent en moyenne sept jours de plus par an que les autres salariés.
    • Coûts liés au turnover : le remplacement du personnel victime de harcèlement engendre des coûts de recrutement et de formation, avec des estimations allant de 7 500 à 400 000 € par poste selon les qualifications requises.

    🔖Coûts indirects

    • Détérioration du climat de travail : le harcèlement moral peut entraîner une perte de confiance entre les salariés, une augmentation de l’agressivité, la formation de clans et une détérioration générale de l’ambiance de travail. Un climat social pauvre augmente la probabilité de conflits interpersonnels et peut mener à des intimidations.
    • Baisse de la productivité et de la qualité : la détérioration du climat social, le manque de motivation et l’absentéisme des salariés peuvent entraîner une baisse de la productivité et de la qualité des produits ou services de l’entreprise. Une étude a évalué à 7 % la baisse de productivité des personnes harcelées qui se maintiennent à leur poste.
    • Atteinte à l’image de l’entreprise : les cas de harcèlement moral peuvent nuire à la réputation de l’entreprise, notamment en cas d’actions en justice.

    🔖 Coûts sociétaux

    • Coûts liés à l’assurance maladie : les problèmes de santé physique et mentale des victimes de harcèlement entraînent des coûts pour la société, via le régime de l’assurance maladie de la Sécurité sociale et de l’assurance vieillesse.
    • Pertes économiques globales : l’Organisation Internationale du Travail (OIT) estime que le coût total de la violence psychologique dans une entreprise de 1 000 travailleurs peut s’élever à 150 000 € par an en Allemagne. Pour l’économie allemande, le harcèlement moral au travail équivaudrait à une perte annuelle de 15 à 50 milliards d’euros. Il n’y a pas à ma connaissance de chiffres publiés pour la France.

    🔖 Autres conséquences

    • Augmentation des risques d’actions en justice : le harcèlement moral peut conduire à des litiges prud’hommaux. L’employeur peut être reconnu complice s’il n’a pas réagi à un cas de harcèlement moral dans son entreprise.
    • Difficultés de recrutement : une entreprise ayant une mauvaise réputation en matière de harcèlement moral aura des difficultés à attirer et à retenir les talents.

    📝 Il est important de noter que les études disponibles mesurent souvent le stress ou les risques psychosociaux en général plutôt que le harcèlement moral en particulier, ce qui rend difficile une évaluation précise du coût économique de ce dernier. Cependant, les chiffres disponibles montrent que les conséquences du harcèlement moral sur les entreprises sont considérables, justifiant la mise en place de mesures de prévention efficaces.

    Conséquences du harcèlement moral sur les travailleurs

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    📌 Le harcèlement moral a des conséquences désastreuses sur la santé des personnes ciblées, tant sur le plan psychologique que physique. Il est important de noter que la gravité des symptômes est fonction du stade d’évolution du harcèlement : plus il se poursuit et s’intensifie, plus la santé de la victime se dégrade.

      🔖Conséquences psychologiques

      • Réactions de stress : au début, les symptômes peuvent être similaires à ceux d’un stress intense. Cependant, la souffrance psychique des victimes de harcèlement est plus marquée que celle des personnes stressées. La dépression est plus fréquente et plus sévère chez les victimes de harcèlement.
      • Troubles de l’état de stress post-traumatique : le harcèlement moral peut entraîner un état de sidération, un rétrécissement de la conscience, une impression de déréalisation, voire un état dissociatif. Les victimes peuvent revivre en permanence la situation traumatisante, avec des flash-back douloureux le jour et des cauchemars la nuit (intrusion). Elles peuvent également éviter les situations qui leur rappellent l’événement traumatisant, ce qui peut les mener à une désinsertion professionnelle.
      • Doute, honte et humiliation : les victimes de harcèlement moral éprouvent un sentiment de doute, de honte et d’humiliation, même longtemps après les faits. Elles se remettent en question, se culpabilisent, et continuent à douter de leurs perceptions.
      • Autres troubles psychiques : le harcèlement moral peut engendrer des troubles anxieux, des troubles du sommeil, des troubles de la concentration, une irritabilité, une perte de confiance en soi, et une perte d’estime de soi. Dans certains cas, il peut également entraîner des troubles psychotiques, comme une bouffée délirante.
      • Idées suicidaires : le harcèlement moral peut être un facteur de risque de suicide, bien qu’il soit important de tenir compte également des vulnérabilités personnelles.

      🔖Conséquences psychosomatiques

      Le harcèlement moral peut engendrer ou favoriser divers troubles physiques tels que des troubles digestifs, des maux de tête, des douleurs musculaires, de la fatigue chronique, et des problèmes dermatologiques.

      🔖Autres conséquences sur la santé

      • Le harcèlement moral augmente le risque d’arrêt maladie de 25 à 90%.
      • Les victimes de harcèlement moral sont plus souvent en incapacité de travail (ITT) que les personnes souffrant simplement de stress. La durée de l’ITT est également plus longue chez les victimes de harcèlement.
      • Une étude a révélé que les victimes de harcèlement ont des niveaux de dépression plus élevés que les personnes stressées.

      🔖Spécificité du harcèlement moral

      • Les troubles liés au harcèlement moral se distinguent des autres formes de souffrance au travail par la prédominance du doute, de la honte et de l’humiliation. Les victimes s’interrogent, se justifient, et se culpabilisent.

        📝Il est important de souligner que les conséquences du harcèlement moral sur la santé peuvent être durables et nécessiter un suivi psychologique approprié.

      Selon Eugène Enriquez, le harcèlement témoigne d’une crise de l’institution. Quand l’entreprise ne porte plus de valeurs protectrices ou de sens collectif, elle laisse place à des régulations « sauvages » où l’individu est sacrifié pour évacuer les tensions du groupe.

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      Comment réagir face au harcèlement moral au travail ?

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      💡 La prévention du harcèlement moral nécessite une approche à plusieurs niveaux, à la fois collective et individuelle, en impliquant tous les acteurs de la structure. Pour une efficacité optimale, cette démarche doit s’articuler autour de trois axes : agir sur l’organisation (prévention primaire), former les acteurs (prévention secondaire) et accompagner les situations dégradées (prévention tertiaire)

      Chiffre 1

      Prévention primaire : Agir sur l’organisation du travail

      C’est à ce stade que l’on traite les causes profondes et systémiques identifiées par la sociologie des organisations et la clinique de l’activité.

      • 📍Évaluation des risques : Il est essentiel d’évaluer les risques psychosociaux (RPS) au sein de l’entreprise pour identifier les situations à risque. Cela inclut l’utilisation d’outils d’analyse des RPS et la réalisation d’un « document unique de prévention des risques ».
      • 📍Agir sur l’organisation du travail : L’organisation du travail est un facteur central du harcèlement moral. Il est nécessaire d’agir sur le rythme, l’intensification et l’environnement de travail, en veillant à ce que la charge de travail soit gérable et que le style de management favorise une communication ascendante. La pénibilité physique du travail, comme les nuisances thermiques et sonores, peut également contribuer à l’escalade du harcèlement.
      • 📍Le sens du travail et la qualité : En s’appuyant sur la clinique de l’activité, la prévention consiste ici à restaurer les espaces de discussion sur le travail. Prévenir, c’est éviter le « travail empêché » en permettant aux salariés de débattre des critères de qualité de leur activité, évitant ainsi que les tensions ne se cristallisent en harcèlement personnel.

      Prévention secondaire : Formation et sensibilisation

      Chiffre 2

      L’objectif est ici de donner aux acteurs les outils pour repérer et désamorcer les comportements à risque avant qu’ils ne se transforment en processus de harcèlement.

      • Mettre en place des politiques de prévention : Les entreprises doivent instaurer des politiques de prévention du harcèlement moral, en informant et sensibilisant les salariés sur cette problématique.
      • Formation et sensibilisation : Il est important de former et de sensibiliser tous les acteurs de l’entreprise (direction, managers, CSE, salariés) aux différentes formes de harcèlement, à leurs manifestations et à leurs conséquences.
      • Diffusion et communication : Les chartes et les accords sont des témoignages de la prise de conscience du harcèlement moral. Le règlement intérieur doit mentionner les dispositions relatives au harcèlement moral et les faits de harcèlement doivent être affichés sur le lieu de travail.
      • Clarification du cadre légal : Il s’agit d’informer sur l’évolution de la jurisprudence : l’employeur n’a plus seulement une obligation de « résultat » mais une obligation de moyens renforcée. La formation doit permettre de distinguer ce qui relève du harcèlement (agissements répétés, dégradation des conditions) de ce qui relève de l’exercice normal du pouvoir de direction.
      Chiffre 3

      Prévention tertiaire : Accompagner, médiatiser et réparer

      Ce niveau concerne la gestion des crises déclarées et l’accompagnement des victimes pour limiter les dommages sur la santé.

      • 📍Définir une procédure de médiation : Une procédure de médiation peut être mise en place pour les personnes s’estimant victimes de harcèlement ou les personnes mises en cause.

      • 📍Développer des outils de gestion des ressources humaines : Les outils de GRH peuvent permettre de prévenir le harcèlement, par exemple, en précisant les procédures de signalement et de traitement des plaintes.

      • 📍Le rôle des acteurs de santé et de vigilance : La prise en charge tertiaire repose sur une collaboration étroite avec les acteurs ressources. Le médecin du travail joue un rôle crucial dans le repérage de la souffrance éthique et des symptômes de sidération. De même, les représentants du personnel (CSE) et le référent harcèlement sont des interlocuteurs privilégiés pour accompagner le salarié dans ses démarches et veiller à l’application du droit.

      • 📍La réponse institutionnelle : Face à une situation avérée, l’institution doit sortir de la « permissivité » organisationnelle. Cela passe par des enquêtes internes impartiales et, si nécessaire, des sanctions disciplinaires, afin de restaurer un cadre éthique clair et de mettre fin à la « banalisation du mal » au sein du collectif.

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      Conclusion: vers une ecologie du travail

      Le harcèlement moral n’est pas une fatalité liée à la rencontre de personnalités incompatibles ; il est le signal d’alarme d’une organisation dont les régulations internes sont défaillantes. Qu’il soit le fruit d’un management pathogène ou d’une dégradation silencieuse des liens de coopération, il impose une réponse qui dépasse le cadre du simple traitement individuel.


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      Je suis en capacité de vous accompagner pour transformer ces zones de tension en leviers de robustesse et de santé au travail.

      S’appuyer sur un tiers de confiance, c’est garantir une intervention neutre et structurée sur les trois piliers de la prévention :

      • Diagnostic & organisation (prévention primaire) : clarification des rôles et responsabilités, formation des managers, évaluation des risques professionnels dont RPS, sensibilisation des équipes, démarche QVCT, professionalisation des pratiques RH …

      • Formation & sensibilisation (prévention secondaire) : accompagnement du dirigeant, des mangers, du CSE sur des problématiques identifiées (quelle approche ? quelle méthodologie ? quels outils ?), …

      • Gestion de crise & médiation (prévention tertiaire) : mise en relation avec des partenaires de confiance pour réaliser des enquêtes internes, mettre ne place des dispositifs d’écoute, …

      Ne laissez pas une situation se dégrader. Que vous soyez une association, TPE-PME ou une collectivité territoriale, je serai à vos côtés,  « in situ », pour sécuriser vos pratiques et vous aider à protéger la santé de vos équipes et de la structure.

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