Violences externes au travail : Comment protéger vos équipes ?

Santé au travail et Prévention

La question de la sĂ©curitĂ© au travail est souvent associĂ©e aux accidents physiques ou aux risques psychosociaux internes. Pourtant, une autre menace, plus insidieuse car venant de l’extĂ©rieur, pĂšse sur de nombreux professionnels : la violence externe.

Pour un dirigeant de petite structure, ce sujet est crucial. Au-delà du traumatisme humain, ces violences génÚrent des coûts cachés importants : désorganisation des plannings, absentéisme, perte de compétences et dégradation du climat social.

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Comprendre la violence externe : de quoi parle-t-on ?

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La violence externe se dĂ©finit par des comportements agressifs, des insultes, des menaces ou des agressions physiques et psychologiques exercĂ©es contre des salariĂ©s, dans l’exercice de leurs fonctions, par des personnes extĂ©rieures Ă  la structure (clients, usagers, patients, prestataires, etc.).

On distingue généralement deux niveaux de gravité :

📍Niveau 1 : Les incivilitĂ©s, le manque de respect, les propos mĂ©prisants ou le langage agressif.

📍Niveau 2 : Les menaces, les injures graves, les agressions physiques ou les actes de vandalisme.

Bien que les incivilités puissent sembler mineures prises isolément, leur répétition peut engendrer un stress chronique et une dégradation profonde de la santé mentale des collaborateurs.

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Le cadre légal : une obligation de sécurité renforcée

En tant qu’employeur, vous ĂȘtes tenu Ă  une obligation de sĂ©curitĂ© envers vos salariĂ©s (Article L4121-1 du Code du travail). Vous devez prendre les mesures nĂ©cessaires pour assurer la sĂ©curitĂ© et protĂ©ger la santĂ© physique et mentale de vos travailleurs.

Le point de vigilance RH : Cette obligation impose d’intĂ©grer le risque de violence externe dans votre Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP). En cas d’incident, l’absence de traçabilitĂ© de ce risque dans le DUERP peut lourdement engager votre responsabilitĂ© civile et pĂ©nale.

Comprendre les facteurs de risques

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Pour prĂ©venir, il faut comprendre. L’exposition Ă  la violence externe n’est pas une fatalitĂ©, elle est souvent accentuĂ©e par des facteurs spĂ©cifiques qu’il convient d’identifier dans votre structure :

📍Le contact avec le public : Le simple fait d’ĂȘtre en relation directe avec une clientĂšle ou des usagers augmente mĂ©caniquement le risque.

📍La manipulation d’argent ou de biens de valeur : Les commerces ou services gĂ©rant des flux financiers sont des cibles privilĂ©giĂ©es pour les agressions crapuleuses.

📍Le travail isolĂ© ou en horaires dĂ©calĂ©s : Un salariĂ© seul, tĂŽt le matin ou tard le soir, est plus vulnĂ©rable en cas de tension.

📍Les situations de frustration : Les dĂ©lais d’attente prolongĂ©s, les refus de dossiers, les pannes techniques ou une communication peu claire sont des dĂ©clencheurs majeurs d’agressivitĂ© chez l’usager.

📍L’environnement social : L’implantation gĂ©ographique de l’entreprise dans une zone sensible peut Ă©galement influer sur la frĂ©quence des incivilitĂ©s.

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Les conséquences des violences externes

Les violences externes ont des conséquences graves, tant pour les salariés que pour la structure.

🔖 ConsĂ©quences sur les salariĂ©s

🔮Atteintes Ă  la santĂ© physique : « LĂ©sions et blessures subies lors d’agressions physiques » (contusions, griffures, plaies, fractures, voire dĂ©cĂšs).
🔮Atteintes Ă  la santĂ© psychologique : DĂ©pendent de la victime, sa personnalitĂ©, son histoire, le contexte de l’agression.
🔮Stress aigu : RĂ©actions immĂ©diates (sidĂ©ration, angoisse majeure, agitation, panique, hyper adaptation) pouvant persister.
🔮Stress post-traumatique : Si le choc est important et non pris en charge, les symptĂŽmes peuvent apparaĂźtre « plusieurs semaines ou plusieurs mois aprĂšs l’agression, voire ĂȘtre diffĂ©rĂ© ». Ces troubles peuvent ĂȘtre psychologiques (flash-back, irritabilitĂ©, dĂ©pression, suicide), somatiques (troubles du sommeil, alimentaires), ou comportementaux (difficultĂ©s de concentration, dĂ©motivation).
🔮Impacts professionnels et personnels : La « honte et l’humiliation » peuvent se transformer en « culpabilitĂ© de ne pas avoir su ou pu rĂ©agir », entraĂźnant une dĂ©prĂ©ciation des compĂ©tences professionnelles. La sphĂšre privĂ©e est Ă©galement affectĂ©e, menant Ă  l’isolement.

🔖 ConsĂ©quences sur la structure

⭕ CoĂ»ts directs : LiĂ©s aux « arrĂȘts de travail, au remplacement du personnel, aux dĂ©gĂąts matĂ©riels, aux frais de procĂ©dures judiciaires  »

⭕CoĂ»ts indirects : « Plus difficilement quantifiables mais tout aussi importants pour la performance et la rĂ©putation de l’entreprise. »

⭕DĂ©tĂ©rioration du climat de travail, sentiment d’insĂ©curitĂ©, dĂ©gradation des relations interpersonnelles, cohĂ©sion d’équipe affectĂ©e, baisse de motivation, dĂ©sinvestissement, dĂ©missions.

⭕ Augmentation de l’absentĂ©isme, baisse de productivitĂ©, de performance et de qualitĂ©.

⭕MĂ©fiance gĂ©nĂ©rale envers les clients, pouvant engendrer des attitudes agressives « auto-dĂ©fensives » des salariĂ©s et de nouvelles violences.

⭕Impact sur l’image et la rĂ©putation de l’entreprise, pouvant mener Ă  des mouvements sociaux si les violences sont ignorĂ©es ou minimisĂ©es.

💡L’employeur a une « obligation gĂ©nĂ©rale de sĂ©curité » (articles L. 4121-1 Ă  5 du code du travail) concernant « l’ensemble des risques encourus par les travailleurs, y compris les risques d’agression causĂ©e par des tiers extĂ©rieurs Ă  l’entreprise. »

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Comment prévenir les violences externes et agir efficacement

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Une dĂ©marche systĂ©matique d’analyse est nĂ©cessaire pour rĂ©duire les risques de violence externe, s’appuyant sur une politique d’entreprise affirmant « clairement le caractĂšre inacceptable de toute violence et l’importance d’agir pour y remĂ©dier. »

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Etapes clés de la démarche de prévention

▶CaractĂ©riser et estimer les risques dans l’entreprise : DĂ©terminer les formes de violence (incivilitĂ©s, menaces, agressions), les contextes de manifestation (visite Ă  domicile, guichet, travail isolĂ©) et les spĂ©cificitĂ©s des postes concernĂ©s. Exploiter les agressions signalĂ©es, les donnĂ©es du mĂ©decin du travail, les plaintes des salariĂ©s et les rĂ©clamations des clients.

▶Analyser les situations d’exposition et identifier les facteurs de risque : Comprendre les circonstances et causes prĂ©cises des violences. Pour les violences criminelles, l’analyse se concentre sur les circonstances (heure, configuration des lieux, sĂ©curisation). Pour les violences liĂ©es aux prestations de service, l’analyse des causes est essentielle pour amĂ©liorer la gestion client et l’organisation du travail.

â–¶ïžĂ‰tablir un plan d’actions de prĂ©vention : Un ensemble coordonnĂ© de « mesures sociales, organisationnelles, techniques » est nĂ©cessaire. Ces actions visent Ă  prĂ©venir les violences en amont sur leurs causes, et Ă  prĂ©venir le passage Ă  l’acte violent par des mesures de dissuasion, communication, protection, sĂ©curisation et formation.

▶Mettre en Ɠuvre le plan d’actions et en suivre les effets : Évaluer l’efficacitĂ© du plan via des indicateurs. Un dispositif de signalement des actes de violence est indispensable pour leur prise en charge administrative, mĂ©dico-psychologique et leur analyse prĂ©ventive.

Pistes d’action pour la prĂ©vention

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🔖 PrĂ©vention des causes de violence

✅Axe 1 : DĂ©finir clairement les engagements de l’entreprise envers ses clients

Établir une politique contractuelle « claire et responsable » avec des moyens organisationnels et structurels adaptĂ©s.

Informer les clients de maniÚre « simple, précise et compréhensible » sur les produits, services, conditions commerciales et procédures de réclamation/désengagement.

Clarifier, simplifier et mettre en cohérence les rÚglements et procédures.

✅Axe 2 : Optimiser la gestion de la relation de service

Mettre en place des services adaptés aux spécificités des clients (portail internet, ligne téléphonique, bornes, accueil individualisé).

GĂ©rer les flux pour diminuer les temps d’attente (niveaux d’accueil, information sur les temps d’attente, adaptation des effectifs).

GĂ©rer le suivi clientĂšle, l’information et les rĂ©clamations (personnalisation de la relation, clartĂ© des informations, gestion des rendez-vous, mise Ă  jour des informations, alternatives en cas de problĂšme, clartĂ© des procĂ©dures de rĂ©clamation, application identique des rĂšgles).

✅Axe 3 : AmĂ©liorer les modes de fonctionnement de l’entreprise et son organisation du travail

Assurer la « maintenabilité » des systÚmes techniques et informatiques, prévoir des ressources supplémentaires en cas de dysfonctionnements.

Donner des informations précises aux salariés sur les changements impactant les clients et fournir des argumentaires.

Laisser des marges de manƓuvre aux salariĂ©s.

Favoriser la rotation du personnel, prévoir des effectifs suffisants, limiter le nombre de tùches différentes par poste, éviter le travail isolé.

✅Axe 4 : Renforcer les rùgles de socialisation du travail et les liens avec la clientùle

Mettre en place des actions de partenariat avec les collectivitĂ©s locales, l’éducation nationale, les associations.

Instaurer des pratiques de « démocratie participative » (débats avec les clients, co-participation à des chartes de civilité).

Sensibiliser les clients/usagers sur le problĂšme des violences externes, le mĂ©tier des salariĂ©s et ses exigences (campagnes d’affichage, vidĂ©os).

🔖 PrĂ©vention des risques de passage Ă  l’acte violent

✅Axe 5 : AmĂ©nager les espaces d’accueil du public

Tenir compte des normes (Ă©clairage, sonore, thermique) et de l’appropriation de l’espace par les clients.

Choisir des guichets (fermés, semi-fermés, ouverts) en fonction du niveau de sécurité et de la qualité de communication souhaitée.

DĂ©finir les choix posturaux (assis/debout) selon la durĂ©e de l’échange, en respectant la communication au mĂȘme niveau.

Établir une signalĂ©tique visible et lisible.

Organiser la file d’attente (dĂ©limitation, bornes Ă  tickets).

Préserver une zone de confidentialité.

Préférer les petites unités, assurer le confort et la propreté des espaces, renforcer la sociabilité des lieux.

PrĂ©voir un espace d’isolement pour les personnes violentes et Ă©loigner les espaces personnels des salariĂ©s des zones d’accueil.

✅Axe 6 : Assurer la protection des salariĂ©s et sĂ©curiser les locaux et les espaces de travail

Dispositifs de contrĂŽle d’accĂšs (sas, digicode, tĂ©lĂ©surveillance, agents de sĂ©curitĂ©).

SĂ©curisation des locaux (vitres renforcĂ©es, Ă©crans protecteurs, fixation du mobilier, mise hors de portĂ©e d’objets utilisables comme armes, agents de sĂ©curitĂ©).

Alertes en cas de danger (bouton-alarme, pĂ©dale d’urgence, application informatique, tĂ©lĂ©phone mobile pour travailleurs isolĂ©s).

Configuration des espaces (poste d’accueil visible des collĂšgues, voies de dĂ©gagement, accĂšs de secours).

Équipements de gestion automatisĂ©e et sĂ©curisĂ©e des espĂšces.

Plannings de travail adaptés (présence de plusieurs salariés aux moments critiques).

✅Axe 7 : Dissuader des actes de violence

Afficher la politique de l’entreprise envers les auteurs de violences, prĂ©cisant les actions juridiques ou administratives. Ce message est d’autant plus dissuasif si les actions sont systĂ©matiquement appliquĂ©es, et il renforce le soutien aux salariĂ©s.

Signaler l’évacuation rĂ©guliĂšre des fonds, l’absence de clĂ©s de coffres par le personnel, l’existence de vidĂ©osurveillance.

✅Axe 8 : Former les salariĂ©s en contact avec le public et leur encadrement :Formations Ă  l’accueil des clients

Techniques de communication, écoute, reformulation, développement des compétences relationnelles et sociales.

Formations à la gestion des conflits : Clés pour désamorcer les situations de violence, reconnaissance des signes avant-coureurs, comportements apaisants (neutralité, bienveillance, reconnaissance du vécu). Permet les échanges sur les situations vécues et les pratiques.

Formations spĂ©cifiques aux managers : Sensibilisation aux violences externes, comportements appropriĂ©s envers les collaborateurs et la clientĂšle en cas d’incivilitĂ©s ou d’agressions. La formation ne doit pas culpabiliser ceux qui n’ont pas pu Ă©viter le conflit.

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Accompagnement et prise en charge des victimes

🔖 Prise en charge mĂ©dico-psychologique

Essentielle pour limiter le traumatisme. RĂ©alisĂ©e par des professionnels formĂ©s spĂ©cifiquement, idĂ©alement dans les trois jours suivant l’évĂ©nement (cellules d’urgence d’aide mĂ©dico-psychologique – CUMP).

Les soins immĂ©diats peuvent ĂȘtre complĂ©tĂ©s par des consultations spĂ©cialisĂ©es ou des groupes de parole animĂ©s par un professionnel de santĂ©.

🔖 Prise en charge mĂ©dico-sociale

Inciter les victimes Ă  informer l’employeur. L’agression peut ĂȘtre dĂ©clarĂ©e comme accident du travail (ou inscrite au registre des accidents bĂ©nins).

Les traumatismes psychologiques, dont le stress post-traumatique, peuvent ĂȘtre reconnus comme accident du travail sous conditions (faits au temps et lieu de travail, apparition des troubles Ă  temps voisin des faits ou preuve d’un lien).

La dĂ©claration d’accident du travail et le certificat mĂ©dical initial doivent ĂȘtre prĂ©cis pour la reconnaissance professionnelle des troubles.

🔖 Accompagnement dans les dĂ©marches judiciaires

Souhaitable que les salariĂ©s bĂ©nĂ©ficient d’un conseil juridique et d’une assistance.

Aide de l’entreprise Ă  plusieurs Ă©tapes : avant le dĂ©pĂŽt de plainte, lors du dĂ©pĂŽt et des auditions (accompagnement par la hiĂ©rarchie ou un reprĂ©sentant), suivi du traitement de la plainte (assistance juridique interne ou prise en charge des frais externes).

🔖 Accompagnement social et professionnel

La solidaritĂ© des acteurs de l’entreprise est essentielle pour la « reconstruction » de la victime, marquant la reconnaissance du caractĂšre intolĂ©rable de l’évĂ©nement.

Soutien par l’écoute de la hiĂ©rarchie et des collĂšgues, attention portĂ©e Ă  la rĂ©intĂ©gration au poste de travail (examen des demandes de mobilitĂ©).

RĂ©ponse de l’entreprise Ă  l’agression : dĂ©pĂŽt de main courante ou plainte conjointe, courrier de soutien au salariĂ©, actions de prĂ©vention de futurs actes.

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Conclusion

La violence externe ne doit plus ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme un simple « risque du mĂ©tier » ou une fatalitĂ© liĂ©e au contact avec le public. Elle constitue un risque professionnel majeur qui, s’il n’est pas gĂ©rĂ©, fragilise non seulement la santĂ© mentale de vos collaborateurs, mais aussi la pĂ©rennitĂ© de votre structure (absentĂ©isme, turnover, dĂ©gradation de la qualitĂ© de service).

En tant que dirigeant de petite structure, votre rĂŽle est de passer d’une posture rĂ©active (gĂ©rer l’incident aprĂšs coup) Ă  une culture de prĂ©vention proactive. Cela demande d’analyser les situations de travail rĂ©elles, d’impliquer vos Ă©quipes dans la recherche de solutions et de formaliser ces actions dans votre DUERP. ProtĂ©ger vos salariĂ©s contre les agressions extĂ©rieures, c’est avant tout sĂ©curiser le capital humain qui fait la force de votre entreprise.


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