De la performance à la robustesse : réinventer le management pour un monde en mutation

De la performance à la robustesse : réinventer le management pour un monde en mutation

🌪️Dans un monde en perpétuelle mutation, où les crises s’enchaînent et s’entrechoquent, le paradigme de la performance à tout prix montre ses limites. Et si la clé pour naviguer dans ces eaux tumultueuses résidait non pas dans l’optimisation constante, mais dans la robustesse ? 🚀💡Inspirée des travaux d’Olivier HAMANT, cette réflexion nous pousse à repenser en profondeur les approches de management et d’organisation du travail ; je ne peux m’empêcher d’établir un parallèle entre robustesse et clinique du travail, je vous explique pourquoi dans la suite de cet article. La question de la robustesse (et non plus uniquement de la performance économique et sociale) sera au programme de mes prochains accompagnements.

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Le piège de la performance : pourquoi il est temps de changer de paradigme

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Qu’est-ce que la performance ? Quelles sont ses limites ?

💡La performance, définie comme la somme de l’efficacité (atteindre son objectif) et de l’efficience (avec le moins de moyens possibles), nous a enfermés dans une voie étroite et fragile.

👉La performance n’est plus la réponse adaptée aux défis actuels :

🔻Fragilité et burn-out : la suroptimisation mène à l’épuisement des humains et des écosystèmes. Des organisations sous tension constante génèrent des démissions, des burn-out et un désengagement croissant, comme en témoigne la double épidémie de ce premier quart de siècle.

🔻Pensée réductionniste : pour être performante, une organisation doit réduire les problèmes complexes en sous-problèmes, créant ainsi de nouveaux nœuds ailleurs. Penser « efficacité » nous empêche d’embrasser la perplexité, pourtant « le début de la connaissance ».

🔻Autojustification : On finit par travailler pour l’indicateur (le chiffre) plutôt que pour la mission (le sens). La performance devient une coquille vide.

🔻Déshumanisation et contrôle exacerbé : le culte de la performance, alimenté par la digitalisation, nous pousse vers l’hyperdisponibilité et des systèmes de contrôle indirects toujours plus puissants, réduisant les interactions humaines et le sens même du travail.

🔻Illusions de croissance et de stabilité : la croissance infinie sur une planète finie est absurde et crée des pénuries. La performance se justifie dans un monde stable, abondant et en paix, hypothèse qui n’est plus vérifiée.

🔻Limites de la RSE et de l’agilité : Si l’Agilité et la RSE sont nées d’une intention louable, elles sont souvent détournées pour devenir de nouveaux outils d’optimisation (le ‘faire plus vite’ ou le ‘verdir sans changer’). La robustesse propose d’aller plus loin : il ne s’agit pas de polir la machine, mais de s’assurer qu’elle peut continuer à rouler même si la route s’effondre

L’autre approche possible : la robustesse, inspirée du vivant pour faire face à un monde fluctuant

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💡« La robustesse est la capacité d’un système à se maintenir stable à court terme et viable à long terme malgré les fluctuations. Elle offre une réponse opérationnelle aux turbulences et s’inspire directement du fonctionnement des systèmes vivants, experts des incertitudes. »

Contrairement à une idée reçue, le vivant n’est pas performant au sens d’efficacité et d’efficience maximales. Il « gâche énormément d’énergie et de ressources » selon Olivier HAMANT. Sa force réside dans ses contre-performances constitutives :

✳️Hétérogénéité et redondance : multiplier les options, créer des chemins alternatifs dans un environnement imprévisible vs les pratiques de standardisation qui aliènent et dévitalisent le travail

✳️Aléas et lenteur : accepter l’imprévu, prendre le temps de l’expérimentation et de la diversification. La lenteur, le « temps perdu », est un prérequis indispensable avant de décider dans un monde robuste vs les transformations permanentes au pas de course, sans même prendre le temps de s’assurer qu’on va dans la bonne direction ou que tout le monde suit.

✳️Incohérence et erreurs : les contradictions internes, loin d’être des faiblesses, sont des sources de stabilité et de souplesse, permettant de résister aux fluctuations externes et d’éviter les escalades sans fin.

✳️Sous-optimalité : viser le satisfaisant plutôt que le maximum. Le vivant fonctionne bien en dessous du maximum de performance pour pouvoir répondre à une attaque inattendue, s’autorisant la performance de manière transitoire uniquement.

💨La robustesse, en ouvrant le champ des possibles, nous invite à un « contre-programme » qui inverse les paradigmes de notre temps.

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La robustesse, un atout majeur pour les structures de l’ESS et les « marges pionnières »

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💡Les structures de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS), que j’accompagne, sont souvent des exemples précurseurs de cette transition vers la robustesse. Elles opèrent aux « marges » du système dominant, des marges qui, selon Olivier HAMANT, sont les premières à percevoir les fluctuations et à développer des stratégies pour s’y adapter, devenant ainsi les pionnières des bifurcations futures.

Pour autant, les structures de l’ESS sont aussi confrontées à cette injonction à la performance : il faut faire mieux ou plus avec toujours moins de ressources, et j’en constate chaque jour les effets sur les organisations et les équipes …

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Les inversions proposées par la robustesse

Voici quelques-unes des inversions que la robustesse propose et qui résonnent fortement avec les valeurs de l’ESS :

🔖 Questionner avant de répondre

👉Au lieu de chercher la meilleure réponse à la mauvaise question, la robustesse nous invite à passer plus de temps à définir les problèmes, à les soumettre à des « stress tests », à embrasser la perplexité.

🏋️‍♀️En pratique : La prochaine fois qu’un problème urgent survient, interdisez-vous de chercher une solution pendant les 15 premières minutes. Utilisez ce temps uniquement pour poser des questions : « De quoi ce problème est-il le symptôme ? », « Que se passe-t-il si on ne fait rien ? »

🔖 Produire pour nourrir les écosystèmes

👉L’agroécologie, la bioéconomie circulaire, le tout-réparable remplacent l’exploitation des écosystèmes par une production qui les nourrit et les régénère. La circularité prend le pas sur l’efficience, rendant le gaspillage non problématique.

🏋️‍♀️En pratique : Lors des bilans annuels ou de fin de mission, ne regardez pas seulement le livrable. Posez la question : « Ce projet a-t-il épuisé l’équipe ou a-t-il renforcé ses compétences et ses liens ? » (L’idée est de régénérer le capital humain plutôt que de le consommer)

🔖 De la propriété à l’usage et au partage

👉 L’économie de l’usage, le partage de ressources et d’outils (comme les ateliers de réparation citoyens) remplacent le « tout jetable » et la propriété individuelle. Cela favorise la coopération et réduit l’obsolescence programmée.

🏋️‍♀️En pratique : Plutôt que chaque service possède son propre budget ou ses propres outils qu’il garde « jalousement », créez un système de prêt de compétences ou de matériel entre départements. Cela favorise la coopération plutôt que la compétition pour les ressources

🔖 Faire commun : relier grâce aux contradictions

👉 Plutôt que d’éviter les conflits, les utiliser comme levier d’équilibre collectif, favorisant la démocratie robuste et l’intelligence collective. La conflictualité constructive devient une ressource pour la cohésion

🏋️‍♀️En pratique : Organisez une réunion mensuelle où l’on ne parle pas de ce qui va bien, mais des injonctions contradictoires reçues (ex: « On me demande d’être rapide ET qualitatif, comment je fais ? »). Le manager n’apporte pas la réponse, il anime le débat pour que le collectif décide d’un arbitrage acceptable

🔖 Low-tech citoyenneté et innovation robuste

👉 Promouvoir des solutions low-tech qui allient durabilité et technologie, valorisant la techno-diversité, les savoir-faire locaux, et l’hybridation des connaissances. L’innovation devient un choix stratégique orienté par la robustesse, non par la rentabilité financière immédiate.

🏋️‍♀️En pratique : Pour chaque nouvel outil digital ou processus, demandez à l’équipe : « Si ce logiciel tombe en panne demain, comment continue-t-on à travailler ? » Valorisez les solutions simples et dégradables (papier, discussion directe) qui garantissent la continuité du service sans dépendre d’une hyper-technologie fragile.

🔖Travailler moins pour vivre mieux

👉 La robustesse invite à redonner du sens au travail en favorisant une meilleure qualité de vie, en limitant la surcharge et en valorisant l’épanouissement collectif.

🏋️‍♀️En pratique : Supprimez la valorisation des « heures sup » visibles. Un manager robuste félicite celui qui termine son travail dans les temps impartis, car cela prouve que le système est bien calibré et que le salarié préserve sa capacité de travail sur le long terme (sa robustesse personnelle).

🔖La santé commune comme levier économique

👉Un projet robuste doit alimenter la santé humaine, la santé sociale et la santé des milieux naturels, sans exception. Le modèle économique devient un produit de cette « santé commune », et non une contrainte d’entrée. Cela ancre la structure dans une logique de soin au territoire.

🏋️‍♀️En pratique : Intégrez un indicateur de santé (physique et mentale) dans vos tableaux de bord de pilotage, au même titre que le CA. Si les objectifs sont atteints mais que l’indicateur santé est dans le rouge, le projet est considéré comme un échec « non robuste »

🔖La valorisation de la coopération

👉Développer l’apprentissage collectif, la réflexion critique, et la densité des interactions, pour construire des réseaux résilients et renforcer le sentiment d’appartenance.

🏋️‍♀️En pratique : 

Des exemples concrets

Des organisations à taille humaine ancrées localement

Olivier HAMANT cite des exemples concrets de structures illustrant déjà cette démarche :

👉 Pocheco (fabricant d’enveloppes écologiques axé sur l’écolonomie, le bien-être des salariés et la circularité);

👉 Entropy (restaurant axé sur le zéro gaspillage, produits locaux, financement d’associations);

👉 Ulterïa (école, ferme, entreprises industrielles interconnectées);

👉 La Louve (supermarché participatif, prix bas, bio, circuits courts).

Le modèle des SCOP favorise la robustesse

Les principes fondamentaux qui sous-tendent le modèle des SCOP, sont des leviers essentiels pour construire la robustesse dans un monde fluctuant :

  • La coopération prime sur la compétition;
  • La gouvernance démocratique et participative;
  • La recherche de résilience plutôt que de rendement maximal;
  • L’ancrage local et l’économie de l’usage;
  • La prise en compte de la santé et de l’environnement comme piliers fondamentaux.

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Développer la robustesse des organisations en mettant la qualité du travail au coeur des débats

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💡La transition vers la robustesse est un processus qui exige d’élargir notre cadre de référence et de repenser nos conceptions de la performance, de l’incertitude et de la croissance. Cette évolution, bien que progressive, apparaît inéluctable. L’objectif n’est pas d’abandonner toute notion de performance, mais de la repositionner comme un élément secondaire, transitoire et au service d’une viabilité durable.

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Quels parallèles entre la robustesse et l’approche clinique du travail ?

Je ne peux m’empêcher d’établir des parallèles entre le modèle de la robustesse et les principes de la clinique du travail (objet de ma formation de ces derniers mois). Voici les principaux points de convergence que j’identifie :

🔖 Créer des marges de manœuvre

❌La quête incessante de performance et la suroptimisation enferment les organisations dans une voie non viable, engendrant épuisement professionnel et désengagement des salariés

✅À l’inverse, la robustesse se construit sur des éléments souvent perçus comme des « contre-performances » (hétérogénéité, aléas, erreurs, lenteur). Elle vise à maintenir la stabilité et la viabilité du système malgré les fluctuations. Cette approche génère des « marges de manœuvre considérables », essentielles pour naviguer dans l’imprévisible.

👉 En clinique du travail, on distingue souvent le travail prescrit (ce qui est écrit sur la fiche de poste) du travail réel (ce que l’on fait vraiment pour s’en sortir). La course à la performance écrase cet écart : on veut que le réel colle parfaitement au prescrit. C’est là que naît la souffrance.

Cultiver la robustesse, c’est redonner de l’oxygène aux salariés. C’est accepter que le « vrai » travail demande des ajustements, des tâtonnements et de l’imprévu. En reconnaissant cette complexité, on ne protège pas seulement la santé des équipes, on renforce la viabilité de toute l’entreprise

🔖 Valoriser les contradictions et le débat

✅La robustesse encourage à « identifier les questions d’abord » et à « consacrer plus de temps à leur analyse », même si cela peut sembler contre-productif en termes de rapidité. Elle valorise la « discussion ouverte » et les « critiques constructives », reconnaissant que la robustesse organisationnelle se construit sur les « contradictions internes ». Les « incohérences » sont même considérées comme garantes de la stabilité à long terme.

👉Ce principe fait écho à la clinique du travail, qui promeut la création d’espaces de discussion collective sur le travail. Ces espaces permettent aux salariés d’expliciter les dilemmes, les imprévus et les ajustements qu’ils rencontrent au quotidien. En partageant et en débattant de ces contradictions inhérentes à l’activité réelle, le collectif peut élaborer de nouvelles connaissances et solutions. Ce processus favorise non seulement une meilleure compréhension et maîtrise du travail, mais il permet également de transformer la souffrance liée à ces contradictions en un développement du pouvoir d’agir et une amélioration de la santé psychologique des travailleurs, la verbalisation étant essentielle pour « réorganiser ses pensées ».

🔖 Renforcer le collectif en créant les conditions de la coopération

✅La valorisation de la coopération et du collectif permet aux travailleurs de développer des « compétences relationnelles » et de s’entraider, renforçant le « sentiment d’appartenance ». Cette dynamique collective est un puissant levier pour la qualité du travail, car les solutions aux problèmes complexes émergent souvent de l’intelligence collective.

👉Elle constitue également une ressource précieuse pour la santé au travail, en offrant un soutien social face aux difficultés et en favorisant la reconnaissance mutuelle du travail réel, souvent invisible dans les systèmes axés sur la performance quantitative

🔖Redéfinir la valeur du travail et de la santé

👉Il devient urgent de lutter contre la « double épidémie de démissions et de burn-out » en « libérant certaines activités du marché du travail » et en redonnant du sens au travail.

✅Le concept de « santé commune » (englobant la santé humaine, sociale et environnementale) implique la protection de la santé mentale et physique des travailleurs. Il invite à concevoir le travail de manière holistique, intégrant le bien-être des travailleurs comme une condition fondamentale de la viabilité de la structure, et non comme un coût ou une simple conformité réglementaire. Cette approche représente une revalorisation fondamentale de la qualité du travail, tant en termes de résultats que d’expérience vécue par le travailleur, et une reconnaissance de l’interdépendance entre santé individuelle, collective et environnementale.

🔖Favoriser l’expérimentation et l’adaptabilité

✅La robustesse valorise une « culture de l’apprentissage » où les difficultés et les échecs sont perçus comme des opportunités d’amélioration. Cette approche encourage l’expérimentation et considère les tentatives infructueuses comme des ressources précieuses pour stimuler la créativité et l’ingéniosité face à l’incertitude.

👉 La clinique du travail, quant à elle, met l’accent sur l’analyse collective des situations de travail, y compris les obstacles et les contraintes rencontrés. Elle encourage le développement de stratégies d’adaptation innovantes à travers le dialogue et la réflexion partagée sur l’activité réelle.

Ces deux perspectives favorisent un environnement où l’adaptabilité est valorisée, où les travailleurs se sentent en sécurité pour explorer de nouvelles approches, et où l’apprentissage continu est intégré dans la culture organisationnelle. Cette dynamique contribue non seulement à la résilience de l’organisation, mais aussi à la santé collective en réduisant le stress lié à la peur de l’erreur et en renforçant le sentiment d’efficacité et d’autonomie des équipes.

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Conclusion

📝 En synthèse, la transition vers la robustesse, telle qu’elle est proposée par Olivier HAMANT, consiste en une véritable inversion de paradigmes : sortir d’une logique de performance effrénée pour s’ancrer dans une dynamique de résilience, de coopération et d’adaptabilité.

Elle résonne profondément avec les principes de la clinique du travail, qui privilégie les interactions humaines, le dialogue, la prise en compte des contradictions et une conception élargie de la santé.

🚀En abandonnant le culte de la performance, les organisations peuvent non seulement assurer leur pérennité dans un contexte fluctuant, mais aussi offrir un cadre plus humain, plus épanouissant, permettant à chaque individu de se dépasser avec l’aide des autres, tout en retrouvant du sens dans leur activité.

🫶Le futur appartient à ces structures qui sauront s’adapter et innover par la coopération et la robustesse, plutôt que par la compétition et la surperformance.

Et vous, dans votre organisation, quelle ‘contre-performance’ seriez-vous prêt à accepter pour gagner en pérennité ? »

Que connaissez-vous de l’ESS?

Que connaissez-vous de l’ESS?

🌱Les racines de l’Economie Sociale et Solidaire (ESS) remontent au XIXe siècle avec les premières associations ouvrières, les coopératives de consommateurs et d’habitants, et les sociétés de secours mutuel.

🎡 Qui sont les acteurs de l’Economie Sociale et Solidaire ?

👨‍⚖️👩‍⚖️ Ce n’est que le 31 juillet 2014 (article 1 de la loi du 31 juillet 2014) que la loi vient préciser que font partie de l’économie sociale et solidaire « les personnes morales de droit privé constituées sous forme de coopératives, de mutuelles, de fondations, ou d’associations régies par la loi du 1er juillet 1901 ».

🔎Dans le détail :

TypesSpécificités
Les coopératives (d’entrepreneurs, d’usagers, de salariés)Elles peuvent verser leurs excédents à leurs membres associés, elles peuvent rémunérer le capital de leurs associés dans des conditions définies par les lois spécifiques à chaque famille de coopérative.
Les associationsElles peuvent employer des salariés mais sont à but non lucratif.
Les fondationsUne fondation est l’acte par lequel une ou plusieurs personnes physiques ou morales décident l’affectation irrévocable de biens, droits ou ressources à la réalisation d’une œuvre d’intérêt général et à but non lucratif
Les mutuelles​Elles se créent sur la base d’une solidarité professionnelle ou territoriale
Les entreprises solidairesElles poursuivent une finalité sociale à travers leur activité marchande et concurrentielle.Elles bénéficient de droit de l’agrément ESUS (entreprise solidaire d’utilité sociale) et donc de dispositifs financiers spécifiques.
Entreprises adaptées et ESAT​Les entreprises adaptées (AE) et les services d’aide par le travail (ESAT) ont pour mission d’intégrer durablement les travailleurs handicapés dans l’emploi.Les entreprises adaptées (anciennement Ateliers Protégés) emploient au minimum 80% de salariés handicapés dans des conditions de travail adaptées à leur handicap.
Les structures d’insertion par l’activité économique (SIAE)Entreprises d’insertion, associations intermédiaires, entreprises de travail temporaire d’insertion (ETTI), chantiers d’insertion, groupements d’employeurs pour l’insertion et la qualification (GEIQ), régies de quartier, ateliers de centres d’hébergement (CHRS), … Elles ouvrent à l’insertion sociale et professionnelle de personnes exclues du marché de l’emploi auxquelles elles proposent une mise en situation de travail au sein d’activités économiques très diverses : bâtiment, nettoyage industriel, imprimerie, restauration, aide à domicile, tourisme, etc.Un accompagnement socio-professionnel est mis en place afin de prendre en compte l’ensemble des problématiques de la personne (santé, logement, endettement, formation, etc.).

Quelles sont les valeurs que ces structures s’engagent à respecter ?

  1. 🗳️ Composition et mode de fonctionnement des organes de direction attestant d’une gouvernance démocratique,
  2. ♻️ Affectation majoritaire des bénéfices de la société au maintien ou au développement de son activité,
  3. 💰Caractère impartageable et non distribuable des réserves obligatoires constituées.

Leurs activités de ces structures ne visent pas l’enrichissement personnel mais le partage et la solidarité pour une économie respectueuse de l’homme et de son environnement.

Comment se caractérise « l’utilité sociale » ?

  • ✅ apporter un soutien aux personnes fragiles (leurs salariés, usagers, clients, etc.) du fait de leur situation économique ou sociale, ou personnelle,
  • ✅ contribuer à la lutte contre les exclusions et les inégalités, à l’éducation à la citoyenneté, à la préservation et au développement du lien social ou au maintien et au renforcement de la cohésion territoriale,
  • ✅ concourir au développement durable, à la transition énergétique ou à la solidarité internationale, sous réserve que l’activité de la société soit liée à l’un des 2 objectifs mentionnés ci-dessus.

L’Economie Sociale et Solidaire est un secteur économique performant et innovant

⛏️Pionnière en matière d’innovations sociales, l’économie sociale et solidaire trouve années après années une audience croissante auprès des jeunes générations en quête de sens, qu’ils soient bénévoles ou professionnels.

La part de l’ESS dans l’économie

L’ESS représente aujourd’hui (chiffres du Secrétariat d’Etat chargé de l’Economie Sociale, Solidaire et Responsables 12/2020):

  • 10% du PIB
  • 14% de l’emploi privé
  • 2.38 millions de salariés
  • 12 millions de bénévoles
  • 200 000 structures

Les tendances par secteur d’activité

 CONJONCTURE DE L’EMPLOI  DANS L’ESS AU 2 TRIMESTRE 2021
Etude pilotée par ESS FRANCE

L’ESS et les questions de Qualité de Vie au Travail

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Le sentiment d’utilité est élevé au sein de l’ESS.

Les problématiques rencontrées sont majoritairement liées :

  • à l’insuffisance des moyens humains et financiers (impliquant notamment de fortes charges de travail)
  • aux changements d’organisation (mal ou peu accompagnés)
  • une prise en compte parfois insuffisante des questions de santé au travail

D’une façon plus générale, je constate que ce qui affecte le plus les salariés de l’ESS, ce sont les situations où il existe un écart important entre les valeurs affichées par la structure dans le cadre du projet global et les pratiques internes.

Par ailleurs, les pratiques managériales sont souvent au coeur des difficultés, tant pour les managers que pour les équipes.

🧐 Mon rapport avec les structures de l’ESS ?

Après une première partie de parcours professionnel dans l’industrie] je suis tombée dans l’ESS en 2009.

J’avais la trentaine, je voulais mettre en cohérence mes convictions profondes et mon activité professionnelle. J’ai pu mobiliser les compétences transversales que j’avais acquises précédemment pour diriger des structures (des fédérations régionales et départementales) en lien avec la protection de l’environnement, le service à la personne en milieu rural, l’éducation populaire, …

J’ai découvert l’ESS de l’intérieur :

🙂

  • la confiance, la (très grande) autonomie, la possibilité de prendre (très rapidement) des responsabilités, . . .
  • l’engagement, le sentiment d’utilité . . .
  • la richesse des sujets, des acteurs, des débats, . . .

mais aussi …

😬

  • le manque de moyens, la charge de travail, les conditions salariales
  • les paradoxes
  • le mode de relations qui peut être parfois plus violent que dans certains secteurs réputés difficiles
Ma petite RSE à moi

Ma petite RSE à moi

Mais, la RSE c’est quoi au fait ?

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L’acronyme signifie Responsabilité Sociétale des Entreprises, on l’appelle aussi Responsabilité Sociale des Entreprises ou plus largement Responsabilité Sociétale/Sociale des Organisations (RSO).

Elle est définie par la commission européenne comme « l’intégration volontaire par les entreprises de préoccupations sociales et environnementales à leurs activités commerciales et leurs relations avec les parties prenantes ».

Dit autrement, il s’agit de la contributions des entreprises / organisations aux enjeux du Développement Durable.

En bref, l’objectif est d’avoir un impact positif sur la société tout en étant viable économiquement.

Qui est concerné par la RSE ?

La RSE, ça ne concerne que les « grosses boîtes ». 👎

🛑FAUX !

Toutes les structures, quels que soient leurs statuts, tailles ou moyens peuvent agir.

Seules les entreprises cotées en bourse et les entreprises au chiffre d’affaires supérieur à 100 millions d’euros ou de plus de 500 employés ont l’obligation de rendre des comptes sur leurs impacts sociaux et environnementaux via du reporting.

Je ne cesse de répéter aux petites et moyennes structures que j’accompagne qu’elles doivent s’y mettre, que c’est un élément « différenciant » et en passe de devenir déterminant.

Surtout qu’à défaut d’avoir les équipes marketing pour les valoriser … les petites et moyennes structures font très souvent déjà beaucoup de choses qui relèvent de la RSE, sans même en avoir conscience.

La RSE, pour quoi faire ?

objectif

Dans un rapport d’octobre 2019, le Conseil Economique Social et Environnemental (CESE), liste différents types d’enjeux :

  • des enjeux politiques et éthiques
  • des enjeux économiques et financiers
  • des enjeux sociaux
  • des enjeux environnementaux
  • des enjeux sociétaux

« Il s’agit de définir un développement soutenable, inclusif, égalitaire et économe des ressources limitées de la planète. Il n’y aura pas de progrès social sans une économie saine ; il n’y aura pas d’économie du tout sur une planète morte ; il n’y aura pas de transition écologique sans progrès social et réduction des inégalités. Jusqu’à aujourd’hui, le champ économique a toujours prévalu sur les 2 autres piliers du développement durable. L’enjeu des transitions est bien de changer de paradigme pour résoudre les crises majeures qui sont devant nous et trouver un réel équilibre entre ces trois piliers. La RSO est un excellent outil pour y parvenir. »

Comment faire pour agir concrètement en matière de RSE ?

solutions

Le rapport énumère les multiples moyens de prendre en compte la RSO dans la vie de l’organisation :

  • amélioration de la gestion des risques (humains, environnementaux, …),
  • diminution des impacts environnementaux négatifs ou augmentation des positifs,
  • politique d’achat responsable,
  • adhésion à une association d’entreprises responsables
  • . . .

Parmi les actions « structurantes » :

  • formation de la gouvernance sur les sujets RSO
  • intégration de critères RSO dans la part variable de la rémunération des dirigeants, voire des salariés
  • mise en place d’instances de dialogue donneurs d’ordre / sous-traitants
  • mise en place d’une comptabilité élargie aux enjeux sociaux et sociétaux (comptabilité CARE)
  • . . .

Les engagements peuvent se concrétiser par des actes tangibles en matière de gouvernance, de rémunération, d’outils de gestion, …

La politique RSE/O et les actions qui en découlent impactent toutes les parties prenantes, et notamment les salariés qui doivent être associés aux différentes étapes (définition, conduite, évaluation). Une bonne opportunité de redonner du sens à l’action et de les rendre fiers de la structure pour laquelle ils travaillent.

Quelques exemples d’actions RSE ?

idées
RSE/O & Environnement
  • Passer à un fournisseur d’énergies renouvelables
  • Mettre en place un plan de déplacement d’entreprise
  • Établir un plan de réduction des déchets
  • Penser au recyclage
  • Réduire votre consommation de papier
  • Évaluer vos consommations d’énergie / d’eau
  • Optimiser sa consommation d’énergie grâce à un plan de réduction du gaspillage énergétique
  • Mieux gérer la température de vos infrastructures
  • . . .
RSE/O & RH
  • S’assurer de respecter les règles de base de la santé et de l’hygiène au travail
  • Respecter le droit du travail
  • Proposer du télétravail (dans de bonnes conditions)
  • Promouvoir l’égalité hommes-femmes dans la structure
  • Promouvoir la diversité dans vos équipes (et développer des pratiques inclusives)
  • Promouvoir des formes de management plus démocratiques
  • . . .
RSE/O & pratiques sociétales
  • Établir des règles pour les achats responsables
  • Participer au développement économique local en choisissant des partenaires locaux
  • Favoriser les circuits courts
  • Interagir avec l’économie sociale et solidaire
  • Rédiger une charte éthique
  • Évaluer et agir sur votre empreinte économique locale
  • . . .

Attention ce ne sont que des exemples !

Pour avoir du sens, les actions doivent s’inscrire dans une démarche globale, en concertation avec les parties prenantes.

Quelques exemples de « bénéfices » liés à la RSE ?

engrenage
  • Faciliter le recrutement en améliorant son attractivité
  • Motiver ses collaborateurs autour d’un projet positif et améliorer sa marque employeur
  • Garantir la santé, la sécurité et le bien-être au travail
  • Améliorer les relations avec ses partenaires (fournisseurs, prestataires, etc.)
  • Se différencier dans son positionnement lors de réponse à des marchés publics
  • Attirer des investisseurs / des mécènes
  • Agir pour le bien sociétal
  • Réduire son impact sur l’environnement
  • Favoriser l’innovation (en recherchant des solutions pour faire « autrement »)
  • Améliorer sa « notoriété »
  • Être en phase avec les attentes de ses clients / son public / ses usagers
  • Justifier le bien-fondé de ses activités
  • . . .

Vous avez dit performance ?

RSE et performance
RSE et performance

Une étude de France Stratégie fait même ressortir un gain de performance de 13%, pas mal non ?

Quel est le cadre réglementaire de la RSE ?

La Norme ISO 26000

Il existe une norme ISO (ISO 26000) qui définit le périmètre de la RSE au travers de 7 thématiques :

RSE
La Loi PACTE du 22/05/2019

Le Plan d’Action pour la Croissance et la Transformation des Entreprises (PACTE) permet de redéfinir la raison d’être des entreprises et de renforcer la prise en compte des enjeux sociaux et environnementaux liés à leur activité.

La Loi vient ainsi modifié certains articles du Code Civil pour :

  • intégrer la notion jurisprudentielle « d’intérêt social »
  • affirmer la nécessité pour les entreprises de prendre en considération les enjeux sociaux et environnementaux inhérents à leur activité
  • reconnaître la possibilité aux entreprises qui le souhaitent de se doter d’une raison d’être dans leurs statuts (= projet de long terme dans lequel s’inscrit l’objet social de l’entreprise).

La Loi a également créé le statut « d’entreprise à mission », qui se caractérise par 2 éléments :

  • une raison d’être : « constituée des principes dont la société se dote et pour le respect desquels elle entend affecter des moyens dans la réalisation de son activité. Elle explicite l’identité et la vocation de l’entreprise et éclaire son passé et son futur » (article 1835 du Code Civil
  • des objectifs associés

Pour autant, il est possible de développer des actions RSE/O sans s’inscrire spécifiquement dans un cadre réglementaire, souvent trop contraignant pour les petites structures.

RESSOURCES

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