▶️ Série "Découvrir le coaching professionnel" #6
Lorsqu'une organisation finance un coaching, une troisième partie entre dans la relation. Les questions arrivent vite, d'un côté comme de l'autre.
Pour la direction ou le service RH : que pouvons-nous attendre, et que saurons-nous ? Pour la personne accompagnée : pour qui le coach travaille-t-il, et que va-t-il rapporter à mon employeur ?
👉 Cet article présente la place de chaque partie, l'articulation des demandes, les règles de confidentialité, les temps du dispositif, ce que dit le droit, et ce que l'organisation garde à sa charge.
#1
Trois parties, parfois quatre
Un coaching financé par l'employeur réunit au moins trois parties, qui n'ont ni les mêmes attentes ni les mêmes responsabilités.
Qui fait quoi
La personne accompagnée est la ou le client du coach : c'est avec elle que se construit l'objectif et que se déroulent les séances.
Le commanditaire est, selon la définition de l'ICF, l'entité qui finance, organise ou définit la prestation de coaching (code de déontologie ICF, définitions).
Le coach, enfin, conduit l'accompagnement dans un cadre convenu avec les deux autres.
Le coach définit avec ses client·es et ses commanditaires, avant le début de la prestation, un accord portant sur les rôles, les responsabilités et les droits de toutes les parties concernées. Le coaching s'exerce dans la synthèse des intérêts du coaché et de son organisation.
Quand le service RH et le manager sont deux interlocuteurs
Dans beaucoup d'organisations, le commanditaire n'est pas une seule personne. Le service RH repère le besoin, choisit ou référence les coachs, organise et paie. Le ou la manager direct·e connaît le poste, formule des attentes et observe au quotidien ce qui change.
La sociologue Scarlett Salman décrit ainsi un marché à prescripteurs, dans lequel les services RH sélectionnent les coachs par référencement ou dans leur réseau pour limiter les risques.
Cette configuration à quatre suppose de clarifier qui participe aux réunions, qui reçoit quelle information et qui soutient la personne entre les séances. Laissée dans l'implicite, elle multiplie les malentendus.
📖 Repère : commanditaire, prescripteur, bénéficiaire - 📍Bénéficiaire : la personne accompagnée, cliente du coach au sens où le travail part de ses objectifs. 📍Commanditaire : l'organisation, ou la personne qui la représente, qui finance, organise ou définit le coaching. 📍Prescripteur·ice : la personne qui propose le coaching, souvent le service RH ou le manager. Elle peut se confondre avec le commanditaire, ou non.
📖 Repère : contrat triangulaire - Lorsqu'un accompagnement réunit trois parties, chacune a des attentes envers les deux autres. Les attentes qui ne sont pas exprimées et accordées entre les trois parties nourrissent les malentendus et les jeux de pouvoir. Le contrat tripartite vise à les rendre explicites.
💡 Ce que ça change pour vous - 📍Côté organisation : désigner clairement qui, du service RH ou du manager, porte la commande et participera aux réunions évite que la personne reçoive des messages contradictoires. 📍Côté personne accompagnée : savoir qui a demandé le coaching, et qui saura quoi, permet de s'y engager en connaissance de cause.
#2
Deux demandes à articuler
Ce que l'organisation attend et ce que la personne souhaite travailler peuvent coïncider, se recouvrir en partie, ou diverger.
La demande de l'organisation et celle de la personne
Lorsqu'une organisation prend en charge un coaching, la demande se situe à deux niveaux, l'un formulé par l'entreprise, l'autre par l'intéressé·e, et le coach valide la demande du coaché.
L'article précédent présente la distinction entre commande et demande, et le travail qui permet de passer de l'une à l'autre.
Concrètement, l'organisation exprime une attente (« qu'elle prenne sa place dans le comité de direction », « qu'il délègue davantage »), et la personne formule ce qu'elle veut travailler, avec ses propres mots et ses propres enjeux. L'objectif du coaching se construit à la jonction des deux, et appartient à la personne.
Ce qu'un coaching ne peut pas être
Une tribune publiée par le magazine luxembourgeois Paperjam décrit des commandes détournées : transmettre à la personne un message que son responsable n'ose pas lui adresser, obtenir un avis extérieur sur sa capacité à tenir le poste, ou une caution pour l'écarter (Paperjam). Scarlett Salman relève de son côté que certains services RH trouvent un intérêt à externaliser, par le coaching, un message à faire passer en interne (Salman, 2022).
Dans ces situations, le coaching perd sa fonction. Le code de déontologie permet au coach de refuser une prise en charge pour des raisons propres à l'organisation, au demandeur ou à lui-même, en indiquant alors un confrère. Un message managérial se transmet par le management, une évaluation par les dispositifs prévus à cet effet, et une décision sur l'avenir d'une personne relève de l'employeur.
💡 Ce que ça change pour vous - 📍Côté organisation : formuler par écrit ce que vous attendez, puis accepter que l'objectif soit retravaillé avec la personne, donne au coaching ses meilleures chances. 📍Côté personne accompagnée : vous pouvez demander au coach comment il ou elle articule la demande de votre employeur et la vôtre, et ce qui se passera si elles divergent.
#3
Ce qui est transmis, ce qui reste confidentiel
La confidentialité conditionne la possibilité de parler librement. Dans un cadre tripartite, elle se définit au départ, par écrit, avec toutes les parties.
Ce que disent les codes de déontologie
Le code de l'ICF demande au coach d'expliquer, avant ou lors de la première réunion, la nature de la confidentialité et ses limites aux client·es comme aux commanditaires, de comprendre clairement comment les informations circulent entre les parties, et d'observer les plus stricts niveaux de confidentialité, comme convenu dans l'accord. Le code de la SF Coach précise que le coach ne peut rendre compte de son action au donneur d'ordre que dans les limites établies avec le coaché.
Le contenu et l'avancement
Une distinction est couramment retenue. Le contenu des séances (ce que la personne y dit, ses doutes, ses réflexions) reste confidentiel. L'avancement vers les objectifs peut être partagé avec le commanditaire, dans les formes prévues au contrat et avec l'accord de la personne. Dans certains dispositifs, c'est d'ailleurs la personne elle-même qui présente son avancement lors des réunions à trois, ce qui lui laisse la maîtrise de ce qu'elle partage.
Les limites de la confidentialité
La confidentialité n'est pas absolue. Le code de l'ICF prévoit de convenir à l'avance avec toutes les parties des situations où elle sera levée, comme une activité illégale ou un risque de danger pour la personne ou pour autrui, et le code de l'EMCC demande d'informer de ces conditions et d'obtenir l'adhésion de chacun·e.
📖 Repère : confidentialité - Engagement à ne pas divulguer les informations obtenues dans le cadre du coaching, sauf consentement de la personne ou exception convenue à l'avance. Le code de l'ICF la définit comme la protection de toute information obtenue lors de la mission de coaching, à moins que le consentement à la divulgation ne soit donné. Sa portée juridique est présentée dans la section #5.
💡 Ce que ça change pour vous - 📍Côté organisation : renoncer explicitement à connaître le contenu des séances est la condition pour que la personne s'engage. Ce qui vous intéresse, l'avancement vers les objectifs, peut être partagé. 📍 Côté personne accompagnée : vous pouvez demander à lire la clause de confidentialité du contrat, et savoir qui présentera votre avancement lors des réunions.
#4
Les temps du dispositif
Un coaching tripartite s'organise en général autour de quelques réunions à trois, ou à quatre, qui eancadrent les séances individuelles.
Les réunions tripartites
Le référentiel de l'ICF prévoit que le coach collabore avec la personne et les parties prenantes pour définir le plan global du coaching, les objectifs et les indicateurs de succès. Les réunions communes en sont le lieu.
| Temps | Qui participe | À quoi il sert | Ce qui est partagé |
| Réunion de lancement | Personne accompagnée, coach, commanditaire (RH et/ou manager) | Partager le contexte et les attentes, formaliser les objectifs et les indicateurs, fixer les règles de confidentialité et de restitution | Les attentes de l'organisation, les objectifs convenus, le cadre |
| Séances individuelles | Personne accompagnée et coach | Travailler l'objectif | Rien, sauf accord de la personne |
| Point à mi-parcours (facultatif) | Les mêmes qu'au lancement | Vérifier que l'objectif reste pertinent, ajuster si besoin | L'avancement, présenté de préférence par la personne |
| Réunion de clôture | Les mêmes qu'au lancement | Faire le bilan au regard des objectifs et des indicateurs, envisager la suite | Les progrès constatés et les points d'appui pour la suite |
Le rôle du manager entre les séances
Ce qui se travaille en séance se met à l'épreuve dans le travail quotidien. Les travaux sur le transfert des apprentissages, présentés dans le premier article de cette série, montrent l'importance du soutien de l'environnement de travail. Un manager qui donne l'occasion d'essayer, qui reconnaît les changements et qui s'interroge sur sa propre part dans la situation contribue à l'utilité du coaching, sans avoir à en connaître le contenu.
🗣️ Sur le terrain - Lorsqu'une organisation finance un coaching, je propose une réunion de lancement à trois : nous y partageons le contexte et les attentes, formalisons des objectifs qui tiennent compte des besoins de l'organisation et de ceux de la personne, définissons les critères de réussite et clarifions la règle de confidentialité. L'accompagnement compte ensuite généralement de 8 à 10 séances. Seul l'avancement vers les objectifs, avec l'accord de la personne, est communiqué au commanditaire, jamais le contenu des séances. Une réunion intermédiaire peut être prévue, et une réunion de clôture fait le bilan au regard des objectifs. J'y laisse la personne accompagnée faire la restitution du processus, elle livre ce qu'elle partager.
#5
Ce que dit le droit
Aucun texte ne régit spécifiquement le coaching. Plusieurs règles du droit du travail et du droit des données personnelles s'y appliquent pourtant, selon la manière dont il est organisé. Ce qui suit est une information juridique générale, à jour au 6 novembre 2026.
Un coaching peut-il être financé comme une action de formation ?
Le Code du travail définit l'action de formation comme un parcours pédagogique permettant d'atteindre un objectif professionnel, qui peut être réalisé à distance ou en situation de travail (art. L6313-2).
Le coaching n'est pas cité parmi les actions concourant au développement des compétences (art. L6313-1). Il ne peut donc pas bénéficié d'une prise en charge par l'OPCO ou via le Compte Personnel de Formation (CPF).
Un coaching peut-il être imposé ?
Pour les formations du plan de développement des compétences suivies pendant le temps de travail, le principe est que le ou la salarié·e ne peut pas refuser : le départ en formation relève de l'exécution d'une mission professionnelle, et un refus peut être considéré comme une faute.
Ces règles pourraient s'appliquer à un coaching, mais la question se situe ailleurs que dans le droit : un coaching repose sur l'engagement volontaire de la personne. Un coaching suivi sous la contrainte a peu de chances d'être utile, et déontologiquement ça n'est pas envisageable.
La confidentialité du coach : un engagement contractuel
Le code pénal punit la révélation d'une information à caractère secret par une personne qui en est dépositaire par état, par profession, ou en raison d'une fonction ou d'une mission temporaire (art. 226-13 du code pénal). Aucun texte ne range les coachs parmi ces personnes, et aucune décision le faisant n'a été trouvée.
La confidentialité repose donc d'abord sur le contrat. Une clause précise engage le coach à ne rien divulguer du contenu des séances, et le commanditaire à ne pas le demander. Elle fixe aussi ce qui sera transmis, sous quelle forme et avec quel accord de la personne.
📖 Repère : secret professionnel - Obligation pénalement sanctionnée de taire les informations confiées à certaines personnes en raison de leur état, de leur profession, de leur fonction ou de leur mission : médecins, avocat·es, ou encore assistant·es de service social. Elle se distingue de la confidentialité contractuelle ou déontologique, qui engage par contrat ou par adhésion à un code, sans relever du droit pénal.
Données personnelles
Les notes du coach et les éventuels comptes rendus contiennent des données personnelles. Le RGPD s'applique. Le code de l'ICF demande de conserver et de détruire les dossiers de manière à préserver la confidentialité, conformément aux lois en vigueur (code de déontologie ICF, norme 7). Le contrat gagne à préciser la durée de conservation des notes et leur sort à la fin de l'accompagnement.
#6
Ce que l'organisation garde à sa charge
Financer un coaching engage l'organisation au-delà du paiement de la prestation.
Scarlett Salman décrit une fonction palliative du coaching : lorsque des difficultés tiennent à l'organisation, accompagner une personne peut conduire à lui en reporter la responsabilité, en pointant sa personnalité ou en lui laissant le soin de les résoudre seule (Salman, 2022). L'article sur l'efficacité du coaching revient sur cette analyse.
Un coaching ne remplace ni les décisions d'organisation, ni le management, ni un diagnostic RH lorsque la difficulté tient à la charge de travail, aux moyens ou à la gouvernance.
L'article L'accompagnement externe ne résout rien à votre place présente ce que chaque forme d'appui demande à la structure qui y recourt.
✅ Avant de lancer un coaching financé par l'organisation
- La personne concernée a-t-elle été consultée, et adhère-t-elle à la démarche ? Peut-elle choisir son coach ?
- La commande est-elle formulée par écrit, en distinguant ce qui relève de la personne et ce qui relève de l'organisation ?
- Qui porte la commande, et qui participera aux réunions : service RH, manager, direction ?
- Qu'est-ce qui sera transmis à l'organisation, par qui, sous quelle forme et avec quel accord ?
- Sur quel temps se déroulera le coaching ?
- Que deviendront les notes et les comptes rendus à la fin de l'accompagnement ?
- Comment le manager soutiendra-t-il la mise en œuvre entre les séances ?
🙋 Si l'on vous propose un coaching
- Qui a demandé ce coaching, et pourquoi maintenant ?
- Pouvez-vous rencontrer le coach avant de vous engager, et en choisir un autre si la relation ne s'établit pas ? L'article 4 propose des questions à poser.
- Que saura votre employeur, et qui le lui dira ?
- Que se passera-t-il si vous souhaitez arrêter ?

Conclusion
Un coaching financé par l'employeur fonctionne lorsque la place de chaque partie, la circulation de l'information et les responsabilités de l'organisation sont posées dès le départ.
→ Trois parties, parfois quatre, ont chacune leurs attentes : les rendre explicites est l'objet du contrat tripartite.
→ La demande de l'organisation et celle de la personne s'articulent ; le coach valide celle de la personne.
→ Le contenu des séances reste confidentiel ; l'avancement vers les objectifs peut être partagé, selon les règles convenues.
→ Le droit encadre le temps de travail, le financement, l'évaluation et les données ; la confidentialité du coach repose sur le contrat.
→ L'organisation garde la responsabilité de ce qui relève d'elle : décisions, moyens, management.
Le prochain article de la série s'intéresse aux personnes en transition professionnelle, et à ce qui distingue le coaching du bilan de compétences et du conseil en évolution professionnelle.
🤝 Vous envisagez un coaching pour une personne de votre organisation, ou l'on vous en propose un ?
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