Lien de subordination et pouvoir de direction : comprendre ces notions centrales dans la relation contractuelle

Lien de subordination et pouvoir de direction : comprendre ces notions centrales dans la relation contractuelle

Le lien de subordination est un concept fondamental en droit du travail, étroitement lié au pouvoir de direction de l'employeur. Au cours de mes accompagnements au sein de petites et moyennes organisations, je constate que les notions de "pouvoir de direction" et de "lien de subordination", et surtout ce qui en découle, sont encore très largement méconnues.

Pourtant, bien comprendre ces notions permet d'éviter de nombreux contentieux prud'homaux et d'instaurer des relations de travail plus saines et équilibrées. 

👉Cet article vous permettra de mieux comprendre ces concepts essentiels et leurs implications concrètes dans votre organisation.

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Le pouvoir de direction : un équilibre délicat

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Le pouvoir de direction : définition et fondements

Le pouvoir de direction, bien que non explicitement défini par un article unique du Code du travail, est implicitement reconnu et encadré par de nombreuses dispositions. Il permet à l'employeur d'organiser l'entreprise, de donner des instructions et de contrôler le travail des salariés afin d'atteindre les objectifs fixés.

Ce droit découle notamment du principe de la liberté d'entreprendre, garanti par l'article 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, qui permet, notamment, à toute personne de créer et de gérer une entreprise, impliquant le droit de prendre des décisions organisationnelles et de gestion. Il se met en place dès lors qu'un contrat de travail est établi, induisant de fait le lien de subordination.

 Exemple concret : Un responsable de PME décide de modifier l'organisation interne de son service : regroupement de tâches, attribution de nouvelles missions, modification des horaires dans le cadre légal. Ces décisions relèvent pleinement de son pouvoir de direction, sous réserve du respect des procédures de consultation lorsqu'elles s'imposent.

Les trois facettes du pouvoir de direction

🔖 Le pouvoir d'organisation et de gestion

📌 Ce que cela signifie : L'employeur définit la structure de l'entreprise, les méthodes de travail, et l'affectation des tâches.

⚠️ Limite importante : Cet aspect doit tenir compte des consultations obligatoires avec les représentants du personnel (CSE notamment). Certaines décisions nécessitent une information-consultation préalable (articles L2312-8 et suivants du Code du travail).

Exemple concret : Une entreprise de services à la personne souhaite passer à une organisation par pôles géographiques plutôt que par types de prestations. Cette réorganisation doit être présentée au CSE si l'entreprise en dispose.

🔖 Le pouvoir de donner des ordres et des directives

📌 Ce que cela signifie : Il s'agit de la capacité de l'employeur à donner des ordres et des instructions aux salariés, leur fixant les objectifs à atteindre et le cadre de leur travail.

⚠️ Limite importante : Cette prérogative doit respecter les lois et la réglementation sur le temps de travail, la santé et la sécurité au travail (articles L3121-1 et suivants pour le temps de travail, L4121-1 pour la santé-sécurité).

Exemple concret : Un responsable commercial peut demander à son équipe de prospecter de nouveaux clients et fixer des objectifs de rendez-vous hebdomadaires. En revanche, il ne peut pas exiger que ces démarches se fassent systématiquement en dehors des horaires de travail ou sans respecter les temps de repos.

🔖 Le pouvoir de contrôler l'exécution et de sanctionner

📌 Ce que cela signifie : L'employeur a le droit de contrôler le travail réalisé par les salariés et de prendre des mesures disciplinaires en cas de manquement, conformément à la législation (articles L1331-1 et suivants du Code du travail).

⚠️ Limite importante : L'employeur doit s'appuyer sur l'échelle des sanctions prévue au règlement intérieur (obligatoire à partir de 50 salariés). Le respect de la procédure disciplinaire est impératif.

Exemple concret : Un salarié accumule plusieurs retards injustifiés. L'employeur peut sanctionner progressivement (avertissement, mise à pied, etc.) mais doit respecter la procédure : entretien préalable avec possibilité pour le salarié de se faire assister, puis notification écrite de la sanction au plus tôt deux jours ouvrables après l'entretien (et au plus tard un mois après la convocation), respect du principe de proportionnalité et du délai de prescription de deux mois pour engager la procédure à compter de la connaissance des faits.

Bonhomme bois domino

Les limites du pouvoir de direction

La liberté d'entreprendre n'est pas absolue. Le pouvoir de direction est limité par :

🔖Limite 1 : Le respect des droits fondamentaux des salariés

Base juridique : L'article L1121-1 du Code du travail garantit la protection des droits et libertés individuelles et collectives des salariés. Toute restriction doit être justifiée par la nature de la tâche et proportionnée au but recherché.

Exemple concret : Un employeur ne peut pas interdire totalement l'utilisation du téléphone personnel pendant la journée de travail. En revanche, il peut encadrer cette utilisation (pas pendant les heures de service client, par exemple) si cela est justifié par la nature de l'activité.

⚖️ Jurisprudence : Cass. Soc., 17 octobre 2000, n°98-44.340 : l'employeur ne peut pas restreindre les libertés individuelles et collectives si cela n'est pas justifié par la nature de la tâche à accomplir et proportionné au but recherché.

🔖 Limite 2 : Le respect de la législation et de la réglementation

Ce qu'il faut respecter : Les conventions collectives, les accords d'entreprise et les lois en matière de santé, sécurité et temps de travail encadrent strictement l'exercice du pouvoir de direction.

Exemple concret — Dans le secteur du bâtiment, même en cas d'urgence sur un chantier, l'employeur ne peut pas demander à un salarié de travailler sans équipement de protection individuelle (EPI) adapté. La convention collective du bâtiment et le Code du travail prévalent sur l'urgence commerciale.

📊 Données chiffrées — Selon l'INRS, en 2021, 604 565 accidents du travail ont été déclarés en France (source : INRS, Statistiques AT-MP 2021). Une part significative est liée à des manquements aux obligations de sécurité de l'employeur.

🔖Limite 3 : Le dialogue social

Ce qu'implique cette limite : Le respect des prérogatives des représentants du personnel est un impératif. Une consultation régulière et constructive avec les représentants du personnel est essentielle et permet d'assurer un exercice équilibré du pouvoir de direction.

Exemple concret — Une association de 35 salariés souhaite mettre en place un nouveau logiciel de gestion des plannings. Même si juridiquement la consultation du CSE n'est pas toujours obligatoire selon la taille et l'impact de la décision, l'informer et recueillir son avis permet d'anticiper les difficultés d'appropriation et de renforcer l'adhésion au projet.

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L'évolution du pouvoir de direction : vers un management par la confiance

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Contexte historique et changement de paradigme

Traditionnellement, le pouvoir de direction était associé à une hiérarchie rigide et à un modèle de commandement centralisé, laissant peu de place à l'initiative individuelle.

La montée en puissance du télétravail, accentuée par la pandémie de COVID-19, a forcé les structures à repenser leur modèle de management. Le modèle hiérarchique est de plus en plus challengé par des structures plus plates qui favorisent la collaboration et l'implication des salariés dans le processus décisionnel.

📊 Selon les données de la Dares (Enquête Conditions de travail 2021), 22 % des salariés ont télétravaillé chaque semaine en 2021, contre environ 4 % avant la pandémie (source : Dares/INSEE, Enquête sur le travail à distance 2019).

Exemple concret : Dans une entreprise de conseil de 25 personnes, le dirigeant a abandonné le contrôle systématique des horaires au profit d'un management par objectifs. Les collaborateurs organisent librement leur temps de travail pourvu que les livrables soient respectés et la qualité au rendez-vous.

La place centrale de la confiance

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Le passage à un mode de travail à distance souligne l'importance de la confiance entre les dirigeants et leurs équipes. Dans un environnement où la supervision directe est limitée, la confiance devient un élément fondamental pour garantir efficacité et productivité.

⚠️ Attention : La confiance n'exclut pas le contrôle, mais elle le transforme. On passe d'un contrôle des moyens (présence, horaires) à un contrôle des résultats (objectifs, qualité du travail).

🔗 Pour approfondir la question des pratiques managériales, je vous invite à lire l'article "Pourquoi le « bon » style de management est un mythe"

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Autonomie et responsabilisation : un nouveau contrat implicite

En favorisant l'autonomie, les structures reconnaissent que les salariés peuvent être plus efficaces lorsqu'ils ont la possibilité d'organiser leur travail. Cela peut également contribuer à une meilleure satisfaction au travail, car les salariés se sentent valorisés et respectés pour leurs compétences et leur jugement.

La responsabilisation des salariés implique également un changement dans la manière dont les performances sont évaluées. Plutôt que de se concentrer uniquement sur des indicateurs quantitatifs, il devient crucial d'évaluer les résultats en fonction des objectifs et des résultats globaux atteints.

Exemple concret : Une PME du secteur social a remplacé son système de pointage par des entretiens trimestriels centrés sur les réalisations, les difficultés rencontrées et les besoins de formation. Le pouvoir de direction s'exerce désormais davantage dans l'accompagnement que dans le contrôle.

📊 Données chiffrées : Selon le rapport Gallup « State of the Global Workplace 2022 », les entreprises avec un taux élevé d'engagement des salariés enregistrent :

  • +21 % de rentabilité (profitabilité)
  • +17 % de productivité ;
  • -41 % d'absentéisme.

👉 En résumé : L'évolution du pouvoir de direction vers une approche davantage axée sur la confiance, l'autonomie et la responsabilisation des salariés représente une réponse à un environnement de travail en mutation. Cependant, cela nécessite un ajustement des mentalités et des pratiques managériales pour naviguer avec succès dans ces changements. Les organisations qui réussiront à instaurer ces nouvelles dynamiques pourront non seulement améliorer leur productivité, mais aussi renforcer l'engagement et le bien-être des salariés.

🔗 Pour approfondir la question de l'évolution des attentes des managers, je vous invite à lire l'article "Dépasser le désenchantement managérial : reconquérir son pouvoir d’agir"

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Le lien de subordination : une protection juridique à double tranchant

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Le lien de subordination : définition et fondements juridiques

Des trois éléments définissant la qualité de salarié (lien de subordination, rémunération et contrat) seul le premier constitue un critère décisif. En effet, le lien de subordination juridique permet de distinguer le travailleur indépendant du travailleur salarié.

💡 Concrètement, cela signifie :

  1. L'employeur définit les tâches : il décide ce qui doit être fait
  2. L'employeur donne les instructions : il indique comment et quand le travail doit être réalisé
  3. L'employeur contrôle : il vérifie la bonne exécution
  4. L'employeur peut sanctionner : il dispose d'un pouvoir disciplinaire

🔍 Illustration comparée : salarié vs travailleur indépendant

Situation A - Salarié : Un développeur informatique travaille dans vos locaux, utilise votre matériel, suit des horaires définis, reçoit des missions de votre part avec des modalités précises de réalisation → Lien de subordination = Statut salarié

Situation B - Indépendant : Un développeur informatique avec qui vous signez un contrat de prestation pour créer un site web, qui travaille de son propre bureau, organise librement son temps, vous facture à la livraison selon un devis → Pas de lien de subordination = Travailleur indépendant

Les critères du lien de subordination retenus par la jurisprudence

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La jurisprudence a progressivement affiné les critères permettant de caractériser le lien de subordination :

🔖 Critère 1 : L'intégration dans un service organisé

📌 Ce que dit la jurisprudence : L'appartenance à un service organisé peut constituer un indice de subordination, à condition qu'elle s'accompagne d'autres éléments.

⚖️ Jurisprudence : Cass. Soc., 13 novembre 1996, n°94-13.187 (dit « arrêt Société Générale ») : l'intégration dans un service organisé constitue un indice de subordination lorsqu'elle est accompagnée d'autres éléments caractéristiques.

Exemple concret : Un formateur qui intervient régulièrement dans un organisme de formation, utilise les salles et le matériel de la structure, suit le planning établi par celle-ci et dont les prestations sont intégrées au catalogue, peut être considéré comme salarié même s'il est formellement inscrit comme auto-entrepreneur.

🔎 Cas réel : En 2019, un livreur Uber Eats a été requalifié en salarié par la Cour d'appel de Paris, qui a estimé qu'il existait un lien de subordination caractérisé par l'intégration dans un service organisé par la plateforme (géolocalisation, impossibilité de se constituer une clientèle propre, pouvoir de sanction).

🔖 Critère 2 : Les instructions et directives données

📌 Degré de précision : Plus les instructions sont précises et régulières, plus le lien de subordination est caractérisé.

Exemple concret :

Dans le secteur immobilier, deux statuts coexistent pour les personnes qui négocient les transactions : le négociateur salarié (contrat de travail, fixe + commissions, soumis au lien de subordination) et le négociateur indépendant (agent commercial au sens des articles L134-1 et suivants du Code de commerce, lié à l'agence par un mandat, rémunéré uniquement à la commission, et censé organiser librement son activité).
C'est ce second profil qui illustre le risque de requalification. Un négociateur indépendant est supposé maître de ses méthodes : il choisit ses horaires, prospecte à sa façon, peut travailler pour plusieurs agences et supporte lui-même le risque économique. Mais si l'agence lui impose des horaires de présence dans les locaux, des scripts téléphoniques stricts, des modalités précises de prise de rendez-vous et des argumentaires de vente imposés, elle reconstitue en pratique tous les critères du lien de subordination — alors même que le contrat signé est un mandat d'agent commercial. En cas de contentieux, un juge pourra requalifier cette relation en contrat de travail, avec obligation de régulariser rétroactivement les cotisations sociales, les congés payés et toutes les garanties attachées au statut salarié.
⚠️ La leçon à retenir : ce n'est pas l'intitulé du contrat qui détermine le statut, mais la réalité des conditions d'exercice du travail.

🔖 Critère 3 : Le contrôle effectif de l'exécution du travail

📌 Nature du contrôle : Un contrôle uniquement sur le résultat est insuffisant pour caractériser la subordination. C'est le contrôle des modalités d'exécution qui est déterminant.

Exemple concret : Si vous vérifiez quotidiennement l'avancement du travail de vos commerciaux via un CRM, que vous analysez leurs déplacements et que vous pouvez réorienter leur action en temps réel, vous exercez un contrôle caractéristique du lien de subordination.

🔖Critère 4 : Le pouvoir de sanction

📌 Existence effective : La possibilité pour l'employeur de sanctionner (avertissement, mise à pied, licenciement) est un critère majeur du lien de subordination.

Exemple concret : Si vous pouvez suspendre l'accès d'un collaborateur à vos outils de travail, réduire ses missions ou mettre fin unilatéralement à la relation sans indemnités contractuelles, vous disposez d'un pouvoir de sanction caractéristique de l'employeur.

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Les enjeux de la qualification

🔖 Enjeu 1 : Les risques du travail dissimulé

⚠️ Attention : Faire travailler un salarié sous couvert d'un faux statut d'indépendant constitue du travail dissimulé (articles L8221-3 et L8221-5 du Code du travail).

👩‍⚖️ Sanctions encourues :

  • Sanctions pénales : 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende (225 000 € pour une personne morale)
  • Sanctions administratives : Annulation d'exonérations de cotisations sociales, remboursement des aides publiques
  • Sanctions civiles : Requalification en CDI, paiement rétroactif de tous les droits (congés payés, primes, etc.)

🔎Cas réel : En 2022, une société de livraison a été condamnée à verser plus de 180 000 € à un livreur après requalification de sa relation de travail en CDI, incluant 5 ans de rappels de salaires, congés payés et indemnités.

📊 Données chiffrées : Selon l'URSSAF, en 2022, plus de 25 000 redressements pour travail dissimulé ont été effectués, représentant près de 700 millions d'euros de cotisations réclamées.

🔖 Enjeu 2 : La protection sociale du travailleur

📌 Droits du salarié liés au lien de subordination :

  • Affiliation au régime général de sécurité sociale (santé, retraite, chômage)
  • Droits aux congés payés (minimum 5 semaines)
  • Protection contre le licenciement abusif
  • Droit à la formation professionnelle
  • Protection en cas d'accident du travail ou de maladie professionnelle
  • Accès aux avantages conventionnels

Exemple concret : Un auto-entrepreneur qui se blesse lors d'une prestation chez vous ne bénéficie pas de la protection accident du travail. Si la requalification en salarié est prononcée, vous pourriez être tenu pour responsable et devoir indemniser le préjudice.

🔖 Enjeu 3 : La responsabilité de l'employeur

Point juridique important — Obligation de sécurité : Depuis l'arrêt de la Cour de cassation du 25 novembre 2015 (Soc., n°14-24.444, Air France), l'obligation de sécurité de l'employeur prévue à l'article L4121-1 du Code du travail est une obligation de moyens renforcée, et non plus une obligation de résultat comme elle était qualifiée antérieurement. L'employeur satisfait à cette obligation s'il a identifié les risques, mis en œuvre les mesures de prévention adaptées et peut en justifier.

Exemple concret : Si vous faites travailler un « prestataire » régulier qui se trouve en réalité en situation de subordination, vous êtes responsable de sa sécurité au même titre que pour vos salariés déclarés. En cas d'accident, vous pourriez être poursuivi et mis en cause pour ne pas avoir respecté vos obligations légales.

Un statut qui fait exception

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Le statut de Salarié Entrepreneur Associé (SEA), défini dans le Livre 3, Titre 3 du Code du travail (articles L7331-1 et suivants), concerne les salariés de Coopératives d'Activité et d'Emploi (CAE). Ces personnes sont à la fois salariées de la coopérative et complètement autonomes dans l'exercice de leur activité, dès lors que la CAE ne leur impose pas de cadre et d'organisation de travail stricts. C'est par exemple le cas au sein des coopératives comme Elycoop.

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Les zones grises : situations délicates à clarifier

🔖 Cas 1 : Le télétravail et les travailleurs nomades

🤔 La question : Le télétravail remet-il en cause le lien de subordination ?

✅ Réponse : Non. Le lieu d'exécution du travail n'est pas déterminant. Un salarié en télétravail permanent reste soumis au lien de subordination dès lors que l'employeur conserve son pouvoir de direction (définition des tâches, contrôle des résultats, pouvoir disciplinaire).

Exemple concret : Vos salariés en télétravail à 100% restent des salariés à part entière. Vous devez simplement adapter vos modalités de contrôle et d'organisation, mais le lien de subordination demeure.

⚠️ Vigilance : Formalisez les modalités du télétravail (charte, avenant au contrat) et maintenez un lien régulier (réunions, points individuels, outils collaboratifs).

🔖 Cas 2 : Les cadres autonomes et dirigeants

🤔 La question : Un cadre très autonome est-il toujours soumis au lien de subordination ?

✅ Réponse : Oui, même si ce lien s'exerce différemment. L'autonomie importante d'un cadre ne supprime pas le lien de subordination.

⚖️ Jurisprudence : Cass. Soc., 29 juin 1999, n°97-41.995 : l'autonomie importante d'un cadre ne supprime pas le lien de subordination.

Exemple concret : Votre directeur commercial dispose d'une grande autonomie dans l'organisation de son travail et la gestion de son équipe. Il reste néanmoins votre salarié : vous définissez les orientations stratégiques, les budgets, validez les recrutements dans son équipe, et pouvez le sanctionner ou le licencier.​

⚠️ Cas particulier : Les mandataires sociaux (gérants, présidents) ne sont généralement pas liés par un contrat de travail, sauf cumul possible dans certaines conditions très encadrées.

🔖 Cas 3 : Les plateformes numériques et l'ubérisation

🤔 La question : Les travailleurs de plateforme sont-ils des indépendants ou des salariés ?

✅ Réponse jurisprudentielle évolutive : La jurisprudence tend de plus en plus à requalifier ces relations en contrats de travail.

⚖️ Jurisprudence : Cass. Soc., 28 novembre 2018 : requalification Take Eat Easy en contrat de travail.
Cass. Soc., 4 mars 2020 : requalification de la relation Uber en contrat de travail.

📌 Critères retenus par les juges :

  • Impossibilité de se constituer une clientèle propre
  • Géolocalisation et contrôle permanent
  • Système d'évaluation contraignant
  • Impossibilité de fixer librement ses tarifs
  • Pouvoir de sanction de la plateforme (désactivation du compte)

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Implications pratiques pour votre organisation

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Pour les dirigeants : bien cadrer sans sur-contrôler

✅ Bonnes pratiques :

  • Formalisez vos attentes : Des fiches de poste claires, des objectifs mesurables, des procédures documentées permettent d'exercer votre pouvoir de direction de façon légitime et transparente.🔗 Pour aller plus loin : Notre article sur la fiche de poste vous guide dans cette démarche.
  • Respectez les procédures : Toute sanction doit suivre un processus rigoureux (entretien préalable, notification écrite, respect des délais).
  • Documentez vos décisions : En cas de contentieux, vous devrez prouver la légitimité de vos décisions. Conservez les traces écrites (comptes-rendus, courriers, évaluations).
  • Formez vos managers : Ils sont vos relais dans l'exercice du pouvoir de direction. Assurez-vous qu'ils comprennent les limites et obligations.
  • Instaurez un dialogue régulier : Les entretiens annuels, les points réguliers et l'écoute active préviennent de nombreux conflits.

Pour les managers : un pouvoir qui s'accompagne de responsabilités

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✅ Bonnes pratiques :

  • Clarifiez votre légitimité : Assurez-vous que votre fonction de manager est claire pour tous (organigramme, délégations écrites).
  • Exercez un management équitable : Traitez tous vos collaborateurs avec la même exigence et selon les mêmes règles.
  • Donnez du sens : Le pouvoir de direction s'exerce mieux quand les salariés comprennent le "pourquoi" de vos demandes.
  • Adaptez votre style : Tous les collaborateurs n'ont pas le même besoin d'autonomie ou d'encadrement.

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Pour les salariés : connaître ses droits et ses devoirs

✅ Droits liés au lien de subordination :

  • Droit à la protection sociale complète
  • Droit aux congés payés et aux repos
  • Droit à la formation professionnelle
  • Protection contre le licenciement abusif
  • Droit à un environnement de travail sûr
  • Droit au respect de votre vie privée et de vos libertés fondamentales

✅ Devoirs liés au lien de subordination :

  • Obligation d'exécuter le travail demandé
  • Obligation de respecter les directives légitimes
  • Obligation de loyauté envers l'employeur
  • Obligation de respecter le règlement intérieur
  • Obligation de discrétion professionnelle

Pour les CSE : un rôle d'équilibre et de veille

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✅ Votre rôle :

  • Veiller au respect des droits des salariés : Vous êtes un contre-pouvoir légitime face aux dérives potentielles du pouvoir de direction.
  • Alerter sur les situations problématiques : Usage du droit d'alerte en cas de danger grave et imminent ou d'atteinte aux droits des personnes.
  • Être force de proposition : Contribuez à l'amélioration des conditions de travail et des pratiques managériales.
  • Faciliter le dialogue : Vous êtes un pont entre la direction et les salariés.

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Les effets pervers du lien de subordination

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Alors même que le lien de subordination induit une obligation de sécurité du dirigeant envers le salarié, il apparaît qu'il joue un rôle prépondérant dans les risques sur la santé mentale des salariés lorsqu'il est exercé de façon stricte et sans espaces d'expression.

🔎 Quelques situations fréquemment observées :

  • Décisions unilatérales et communication uniquement descendante.
  • Directives imposées sans possibilité de discussion.
  • Évaluation du travail prescrit sans prise en compte du réel de l'activité.
  • Dialogue social minimal sans contre-pouvoir réel.
  • Absence d'espaces pour s'exprimer et agir sur son travail.

💡Éclairage en psychologie du travail : Les approches de la clinique de l'activité (Clot, 1999) et de la psychodynamique du travail (Dejours, 1980) soulignent l'importance des marges de manœuvre et de la reconnaissance dans le travail. Lorsque les salariés sont privés d'autonomie pour organiser et réaliser leurs tâches, cela peut engendrer un sentiment de perte de sens et conduire à de la frustration, du désengagement et du mal-être. Le manque de reconnaissance, l'impossibilité de réaliser un travail de qualité et la pression constante pour atteindre des objectifs fixés sans concertation contribuent à l'érosion de l'estime de soi et peuvent mener à des troubles psychosociaux (burnout, dépression).

✅ Les bonnes pratiques :

Pour atténuer les effets négatifs du lien de subordination, il est essentiel que les employeurs adoptent des pratiques managériales qui encouragent la participation active des salariés dans toutes les questions concernant l'organisation et la réalisation du travail. L'instauration de méthodes de travail flexibles, la valorisation des compétences, ainsi qu'une communication ouverte et bidirectionnelle, restaurent aux travailleurs leur « pouvoir d'agir » et donnent un sens à leur activité.

🔗Pour approfondir la question des pratiques managériales, je vous invite à lire l'article "Le management participatif, qu’est-ce que c’est (et qu’est-ce que ça n’est pas) ?"

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Conclusion

Maîtriser les concepts de lien de subordination et de pouvoir de direction, leurs implications et les points de vigilance à garder à l'esprit pour éviter toute dérive est indispensable pour toute personne en situation de direction.

Dans le secteur associatif notamment, le problème remonte parfois jusqu'aux statuts qui manquent de précision sur la responsabilité autour de la fonction employeur. Les structures s'aperçoivent parfois trop tard que certaines choses essentielles ne sont pas suffisamment formalisées.

Le lien de subordination et le pouvoir de direction constituent les deux faces d'une même pièce : ils structurent la relation de travail en définissant clairement qui décide, qui exécute, et dans quelles limites.

Ces notions ne sont pas figées. Elles évoluent avec les transformations du travail : télétravail, management par objectifs, autonomie accrue des salariés, nouvelles formes d'emploi.

L'enjeu pour les organisations modernes est de trouver l'équilibre entre :

  • Un pouvoir de direction légitime et assumé, nécessaire au bon fonctionnement de l'entreprise.
  • Un respect des droits fondamentaux et de l'autonomie, facteur d'engagement et de santé au travail.
  • Un cadre juridique clair et sécurisé, protecteur pour toutes les parties.

Les organisations qui réussissent sont celles qui parviennent à exercer ce pouvoir de direction de manière transparente, proportionnée et dialoguée, tout en garantissant la protection des salariés inhérente au lien de subordination.


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Comprendre et prévenir l’usure professionnelle

Comprendre et prévenir l’usure professionnelle

Les enjeux de l’usure professionnelle sont multiples et concernent à la fois les individus et les organisations. Pour les individus, l’usure professionnelle peut entraîner des conséquences graves sur l’état de santé. Sur le plan organisationnel, elle peut conduire à une diminution de la performance, de la productivité et de la qualité du travail, ainsi qu’à une augmentation de l’absentéisme, du présentéisme et du turnover.

Afin de mieux répondre au défi de l'épuisement professionnel, il est crucial de réviser notre manière d'aborder le travail pour le rendre viable à long terme. Cela nécessite de prévenir non seulement les risques d'épuisement physique et mental, mais aussi de créer des conditions et un environnement de travail qui soutiennent le capital humain, le bien-être et la performance des salariés tout au long de leur carrière.

Qu'est-ce que l'usure professionnelle ?

Les différentes dimensions de l'usure professionnelle

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📝Historiquement, la prévention de la santé au travail s'est concentrée sur la santé physique et la pénibilité associée, souvent liée à des métiers comme le port de charges lourdes ou le travail posté. Cependant, depuis la loi de 2002 sur la modernisation sociale, l'employeur est également tenu de prévenir les risques liés à la santé mentale. Cela a permis de reconnaître que l'usure professionnelle peut être d'origine cognitive ou psychique, notamment à travers le syndrome du burn-out, qui touche particulièrement les salariés très investis.

L'usure psychologique découle de divers facteurs, tels que la charge de travail excessive ou insuffisante, la perte de sens, le conflit éthique, le manque de reconnaissance, la pression temporelle et les tensions relationnelles. Certains secteurs, comme ceux du "care", sont particulièrement exposés à ces risques en raison de leur intensité émotionnelle (mais ils ne sont pas les seuls!).

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Les conséquences de l'usure professionnelle

🙍‍♀️Les salariés usés professionnellement sont exposés à :

  • L’augmentation et l’aggravation de problèmes de santé
  • La difficulté à réaliser correctement leur travail
  • La perte de compétence et la dégradation de l’employabilité
  • La perte d’estime de soi et la démotivation

🏢 L’entreprise, de son côté, va devoir faire face à :

  • L’augmentation de l’absentéisme
  • La progression du nombre de personnes en inaptitude de travail
  • Un turnover plus élevé
  • La dégradation du climat social
  • La croissance du coût de la gestion RH
  • La baisse de la rentabilité et de la compétitivité

Quid de l'usure professionnelle dans la politique Ressources Humaines ?

📝 L'usure professionnelle est un enjeu croissant dans le monde du travail, distinct du burn-out par sa progression insidieuse et cumulative. Elle peut affecter tous les salariés et vient questionner les politiques RH et les conditions de travail.

parcours

La prise en compte de l'usure professionnelle dans l'accompagnement des parcours professionnels

L'allongement de la vie professionnelle, en raison du vieillissement de la population active, souligne l'importance croissante de la prévention de l'usure professionnelle, particulièrement pour les travailleurs seniors (mais pas que !). Avec l'augmentation attendue de l'âge de départ à la retraite, les entreprises doivent mettre en œuvre des mesures spécifiques pour favoriser le maintien en emploi de ces salariés, qui sont des ressources précieuses.

👉Il est donc crucial d'intégrer dans les politiques Ressources Humaines la construction de parcours d'accompagnement adaptés à chaque étape de la vie professionnelle, en intégrant la question de l'usure professionnelle.

diversité

Le lien entre usure professionnelle et les questions relatives à la diversité et à l'inclusion

Les données de l'observatoire des inégalités de 2023 révèlent un lien direct entre des conditions de travail dégradées et l’appartenance à certaines catégories de salariés, notamment les immigrés, les personnes en situation de handicap, les seniors et les femmes. Ces environnements difficiles augmentent les risques d’usure professionnelle.

La survenance de pathologies chroniques chez les travailleurs peut entraîner une exclusion du marché du travail. Cela souligne la nécessité d’une sensibilisation aux droits des salariés et au respect des obligations des employeurs.

👉 Une politique RH favorisant la diversité et l'inclusion doit permettre à chacun de poursuivre son activité professionnelle dans les meilleures conditions possibles, quels que soient son âge, sa santé ou son origine sociale/culturelle. Parmi les actions concrètes qui peuvent être mises en oeuvre, on retrouve l'adaptation des postes de travail aux capacités de chacun, la formation continue, l'accompagnement des parcours professionnels, . . . Ces initiatives permettent aux travailleurs concernés de rester performants et engagés dans un environnement de travail inclusif.

ensemble

Le maintien en emploi et la lutte contre la désinsertion professionnelle

🎯 L'objectif est d'aider ceux qui rencontrent des difficultés dues à leur état de santé à conserver leur emploi dans des conditions adaptées, tout en évitant des menaces de perte d'emploi.

💡Des solutions telles que des aménagements de poste, des adaptations du temps de travail, des aides matérielles et techniques, des formations, ou des reclassements internes peuvent être mises en place pour accompagner ces personnes. Cela permet non seulement aux salariés de poursuivre leur carrière sans risquer l’inaptitude, mais aide également les employeurs à éviter les conséquences d'une inaptitude, comme la perte de compétences et des impacts financiers.

⚠️ En France, un nombre important de licenciements pour inaptitude est noté, soulignant que beaucoup d'employeurs attendent la déclaration d'inaptitude par le médecin du travail pour agir, se concentrant principalement sur les personnes en situation de handicap. Toutefois, les causes de désinsertion professionnelle peuvent être diverses et peuvent inclure des problèmes de santé, des conditions de travail difficiles, et des changements organisationnels.

👉 Il est observé qu'il est plus efficace de soutenir les salariés à risque de désinsertion pendant qu'ils sont encore en emploi, plutôt que d'attendre l'incapacité ou la perte d'emploi. Un parcours de maintien dans l'emploi nécessite une approche collaborative entre le médecin du travail, l'employeur et le salarié, impliquant potentiellement d'autres experts en fonction des situations. Ainsi, la prévention de l’usure professionnelle apparaît comme la clé pour assurer un maintien durable dans l’emploi et la limitation du coût humain et financier, que ce soit pour le salarié, l'entreprise ou la société.

Comment prévenir et accompagner l'usure professionnelle

démarche

La démarche de prévention de l'usure professionnelle

Une évaluation des risques professionnels et un programme de prévention de qualité sont incontournables pour repérer et prévenir les situations à risque.

🟢La prévention primaire est cruciale pour agir en amont de l’usure au travail. Cela nécessite de porter une attention particulière à l'organisation et à la réalisation du travail, ainsi que sur les pratiques managériales.

🟠En prévention secondaire, les Services de Prévention et de Santé au Travail détectent les signes précoces d'usure, permettant une intervention rapide grâce à des visites médicales régulières.

🔴Pour la prévention tertiaire, un accompagnement est proposé aux salariés affectés par des troubles liés à l'usure, facilitant leur réadaptation et maintien dans l'emploi.

👉 La prévention primaire doit être privilégiée, ainsi que l'approche collective.

1

Lancer et structurer la démarche

L'ANACT recommande dans un premier temps d'identifier l'ensemble des parties prenantes mobilisables : la Direction et le management, les acteurs internes de la santé au travail et du dialogue social, les acteurs externes tels que CARSAT, Services de Prévention et de Santé au Travail, ...

Ceci afin de se mettre d'accord sur les 4 points suivants :

  1. L’usure professionnelle, qu’est-ce que ça signifie pour nous, dans notre contexte ?
  2. Quels sont les enjeux pour l’entreprise ? (maintien des compétences, attractivité de l’entreprise, limitation des coûts de sinistralité, etc.)
  3. Quels sont les enjeux pour les salariés ? (préservation de la santé, développement de l’employabilité, départs à la retraite en bonne santé)
  4. Qu’est-ce que nous attendons d’une démarche de prévention de l’usure ?

Et, ensuite, de s'entendre sur les éléments clés de la conduite du projet (pilote, moyens, planning, ...).

2

Réaliser un diagnostic de l'usure professionnelle et prioriser les actions à mettre en place

L'objectif de ce diagnostic est de définir les activités ou les catégories de salariés qui doivent prioritairement faire l‘objet d’une analyse plus précise, pour identifier les facteurs d’usure et déterminer les mesures de prévention.

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Analyser les origines de l'usure

Il s'agit de repérer les facteurs d'usure, via l'analyse des situations de travail, pour construire des mesures de préventions adaptées.

L'analyse des situations de travail passent par l'observation et/ou le recueil d'informations concernant les points suivants :

  • Qui ? (les collaborateurs concernés)
  • Quoi ? (les tâches à réaliser)
  • Avec qui ?
  • Avec quoi ? (matériel et moyens)
  • Où ?
  • Quand ?
  • Comment ? (organisation et modes opératoires)

L'important est de conduire cette analyse en collectif, afin de confronter les points de vue et de susciter un échange sur le travail et ses conditions de réalisation.

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Elaborer un plan d'actions, le mettre en oeuvre et l'évaluer

Les actions peuvent relever de différents champs, comme par exemple :

  • l’environnement de travail
  • l’organisation du travail
  • le développement des compétences
  • l’organisation de la prévention
  • les modes de gestions RH
  • les pratiques managériales
  • le dialogue social et professionnel
  • ...

Comme pour tout plan d'actions de prévention, il convient de définir qui est en charge de quelle action, avec quels moyens, à quelle échéance.

La temporalité des actions est à articuler : certaines peuvent être mises en place à court terme, d'autres s'inscriront sur un temps long.

idée

Les dispositifs mobilisables

La prévention de la désinsertion professionnelle et le maintien en emploi représentent des enjeux majeurs, auxquels la LOI n° 2021-1018 du 2 août 2021 pour renforcer la prévention en santé au travail a tenté d'apporter des réponses, notamment en créant ou en généralisant certains dispositifs, encore sous-utilisés.

📌 En voici quelques-uns :

  • la convention de rééducation professionnelle en entreprise (CRPE) : permet aux salariés concernés (RQTH ou inaptes), pour qui une reprise de leur emploi est incertaine du fait de leur état de santé, d’apprendre un nouveau métier dans leur entreprise d’origine ou dans une nouvelle entreprise
  • l'essai encadré : réalisé pendant un arrêt de travail, il permet de tester la compatibilité d’un poste de travail avec les capacités restantes de la personne concernée, dans l’entreprise d’origine ou dans une autre entreprise
  • le projet de transition professionnel : permet à tout salarié de mobiliser son compte personnel de formation(CPF) à son initiative, afin d’effectuer une action de formation certifiante pour changer de métier ou de profession
  • le rendez-vous de liaison : visant à maintenir un lien entre le salarié pendant son arrêt de travail et l’employeur et d’informer le salarié qu’il peut bénéficier d’actions de prévention de la désinsertion professionnelle, d’une visite de préreprise, et de mesures d’aménagement du poste et/ou du temps de travail
  • la visite de mi-carrière : destinée aux salariés âgés de quarante-cinq ans ou d’un âge déterminé par accord de branche. Permet d'établir un état des lieux, d'évaluer les risques et de sensibiliser le salarié au enjeux du vieillement au travail et à la prévention des risques professionnels
  • . . .

Conclusion

👉 La démarche de prévention de l'usure professionnelle ne doit pas être pensée de façon indépendante, elle doit faire partie intégrante de la stratégie et des politiques RH et être étroitement imbriquée avec l'ensemble des actions de prévention.

Comme pour toute démarche, il est important de ne pas négliger l'évaluation afin de mesurer les effets et de repérer les ajustements nécessaires.

Le droit à la déconnexion : cadre juridique, enjeux et mise en œuvre concrète

Le droit à la déconnexion : cadre juridique, enjeux et mise en œuvre concrète

A l'ère du numérique et des outils de communication omniprésents, la frontière entre vie professionnelle et vie personnelle tend à s'estomper. Pour de nombreux secteurs, le travail ne se réalise plus dans un un espace-temps unique.

"Malgré la législation de l’UE régissant le temps de travail, la santé et la sécurité au travail et l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, les données issues des enquêtes nationales et européennes montrent qu’une proportion élevée de travailleurs capables de travailler à distance et d’utiliser de manière flexible des outils numériques travaillent pendant de longues heures et sont soumis à des problèmes de santé dus au stress et à l’épuisement professionnel liés au travail." (Eurofound)

Le cadre juridique du droit à la déconnexion

Définition déconnexion
Qu'est-ce que le droit à la déconnexion ?

Le code du travail ne donne pas de définition du droit à la déconnexion.

L'Accord national interprofessionnel (ANI) relatif au télétravail du 26 novembre 2020 définit le droit à la déconnexion comme étant :" Le droit pour tout salarié de ne pas être connecté à un outil numérique professionnel en dehors de son temps de travail" ce droit ayant "pour objectif le respect des temps de repos et de congé ainsi que la vie personnelle et familiale du salarié".

https://390e7f45-7e9f-4898-9d6b-d1eec1090e17.usrfiles.com/html/2b2e4b_d767b483cae16e027c4ea8ac7906fbf4.html
France
Au niveau national

La loi dite « travail » du 8 août 2016, a introduit le droit à la déconnexion au sein de la négociation annuelle sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes et la qualité de vie au travail (QVT),

Ce droit a été inséré dans le code du travail pour encadrer la multiplication des outils numériques en entreprise, dont l'utilisation favorise les risques psychosociaux et peut conduire à du stress voire des burn-out.

Article L2242-17 : "La négociation annuelle sur l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes et la qualité de vie et des conditions de travail porte sur :

[...] 7° Les modalités du plein exercice par le salarié de son droit à la déconnexion et la mise en place par l'entreprise de dispositifs de régulation de l'utilisation des outils numériques, en vue d'assurer le respect des temps de repos et de congé ainsi que de la vie personnelle et familiale. A défaut d'accord, l'employeur élabore une charte, après avis du comité social et économique. Cette charte définit ces modalités de l'exercice du droit à la déconnexion et prévoit en outre la mise en œuvre, à destination des salariés et du personnel d'encadrement et de direction, d'actions de formation et de sensibilisation à un usage raisonnable des outils numériques."

Europe
Au niveau européen

"Au printemps 2023, il n’existait pas de législation spécifique au niveau de l’UE sur le droit à la déconnexion. Toutefois, une série de directives européennes existantes contiennent des dispositions pertinentes, en particulier la directive sur l’aménagement du temps de travail (directive 2003/88/CE). Celle-ci fixe des limites au temps de travail et réglemente les périodes de repos pour tous les travailleurs. La résolution du Parlement européen de janvier 2021 [2019/2181 (INL)] appelle la Commission européenne à présenter une législation spécifique sur le droit à la déconnexion, tout en reconnaissant le rôle clé joué par les partenaires sociaux dans les négociations sur les questions liées au lieu de travail. En 2022, les partenaires sociaux interprofessionnels européens ont entamé des négociations sur un éventuel accord-cadre sur le télétravail et le droit à la déconnexion" (Eurofound).

Les enjeux du droit à la déconnexion

Le premier enjeu du droit à la déconnexion est donc ... : le respect du temps de travail.

Au-delà, le droit à la déconnexion répond à plusieurs enjeux majeurs :

  • 💚Préserver la santé et le bien-être des salariés : Un hyperconnexion peut engendrer du stress, des troubles du sommeil, de l'anxiété et des risques d'épuisement professionnel. Le droit à la déconnexion permet aux salariés de se reposer et de recharger leurs batteries, favorisant ainsi leur santé mentale et physique.
  • 🎗️Améliorer la qualité de vie au travail : Un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle contribue à une plus grande satisfaction des salariés, une réduction du stress et une meilleure implication dans le travail.
  • 🚀Renforcer la performance et la productivité : Des salariés reposés et sereins sont plus efficaces et plus créatifs. Le droit à la déconnexion peut donc s'avérer bénéfique pour la performance globale de l'organisation.

Le droit à la déconnexion fait intrinsèquement partie de la Qualité de Vie et des Conditions de Travail. Il impacte l'équilibre pro / perso ainsi que la santé ♎

Une fois cela posé, comment s'y prend t-on concrètement ?

Mise en oeuvre concrète du droit à la déconnexion

La loi n’impose pas de modalités de mise en œuvre spécifique. C’est donc à l’employeur de déployer des mesures appropriées pour faciliter la déconnexion de ses salariés. C’est en effet de sa responsabilité de garantir à la fois :

  • le bon respect du temps de travail et des périodes de repos d’un employé ;
  • la bonne régulation de sa charge de travail ;
  • le développement de mesures dédiées à sa santé et sa sécurité au travail, afin d’éviter tout risque d’épuisement professionnel.
⏱️Se mettre au clair sur les modalités de gestion du temps travail et de son suivi

Ce que j'observe dans les petites structures et, à mon sens, le premier sujet à traiter, c'est l'absence de suivi du temps de travail réel. Par méconnaissance des obligations employeur en la matière, parce que le fonctionnement en basé sur la confiance, parce qu'il faut bien faire ce qu'il y a à faire avec les moyens existants ...

🔎Clarifier le périmètre des missions de chacun

Dans les organisations qui formalisent peu, parce que jusqu'à une certaine taille cela n'apparaît pas nécessaire aux parties prenantes, les grandes missions sont connues mais il y a toujours une part de flou quand on zoome un peu. Jusqu'où va t-on ? comment cela s'articule avec ce que font mes collègues ? quel niveau de qualité est attendu ? . . . Ce manque de clarté peut contribuer à "charger la barque".

💟 Mettre le travail au coeur des échanges entre managers et salariés

Les missions sont claires, mais sont-elles tenables dans le temps et avec les moyens impartis ? Les managers sont-ils formés à analyser la charge de travail et à la réguler ?

📑Mettre en place des règles claires et partagées sur l'équilibre vie pro / vie perso

Les salariés ont-ils l'habitude de rester joignables pendant leurs congés ? Y a t-il des consignes sur les horaires auxquels les équipes peuvent ou non se solliciter ? Certains travaillent-ils le WE pendant leur temps de repos ? L'organisation, les ressources humaines et matérielles permettent-elles de respecter la déconnexion de chacun ?

🤙Poser un cadre clair et partagé sur la pratique du télétravail régulier

Il y a eu le télétravail bricolé, le télétravail en mode urgence et dégradé, à présent il faut passer à l'étape d'après. Le télétravail est une modalité d'organisation du travail qui doit faire l'objet d'échanges, de négociations, d'expérimentations et d'ajustements.

L'ANI du 26 novembre 2020 "pour une mise en œuvre réussie du télétravail" prend en compte de nouvelles problématiques : l’adaptation des pratiques managériales au télétravail, la formation des managers, la nécessité du maintien du lien social et la prévention de l’isolement, . . .

En résumé, la Loi édicte la règle, ensuite c'est une analyse et une démarche sur mesure qu'il faut construire et mettre en place.

Où placer le curseur pour être dans une véritable démarche de prévention (et pas uniquement se protéger des risques juridiques) ?

Conclusion

équipe

Le respect du droit à la déconnexion est un enjeu collectif qui implique l'engagement de l'employeur, des managers et des salariés.

L'employeur doit mettre en place les conditions nécessaires et sensibiliser ses collaborateurs à l'importance de respecter les temps de repos et de non-disponibilité.

Les managers doivent montrer l'exemple en adoptant eux-mêmes des pratiques de déconnexion et en respectant les horaires de travail de leurs collaborateurs.

Enfin, les salariés doivent être vigilants à s'accorder des temps de déconnexion réguliers pour préserver leur santé et leur bien-être.

Le droit à la déconnexion est un élément essentiel de la qualité de vie au travail et de la performance des entreprises. En mettant en œuvre des mesures concrètes et en adoptant une culture d'entreprise favorable à l'équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, employeurs et salariés peuvent contribuer à un environnement de travail plus sain, plus serein et plus performant.

Quel est le rôle de l’employeur dans la prévention des Risques Psychosociaux ?

Quel est le rôle de l’employeur dans la prévention des Risques Psychosociaux ?

Le cadre de la prévention des Risques Psychosociaux

Au niveau Européen
drapeau européen

Issus de la Directive européenne cadre n°89/ 391 /CEE du 12 juin 1989, transposée dans le Droit du travail français par la loi n° 91- 1414 du 31 décembre 1991, les principes généraux de prévention sont à présent codifiés à l’Article L. 4121-2 du Code du Travail.

ani
Les Accords Nationaux Interprofessionnels (ANI) et aux textes clés

L’accord national interprofessionnel sur le stress au travail du 02 juillet 2008 propose des indicateurs pour dépister le stress au travail et un cadre pour le prévenir. L’accord précise également quelques facteurs de stress à prendre en compte, comme l’organisation et les processus de travail, les conditions et l’environnement du travail, la communication... Il rappelle que, dès qu’un problème de stress a été identifié, une action doit être entreprise pour le prévenir, l’éliminer, ou, à défaut, le réduire. La responsabilité de déterminer les mesures appropriées incombe à l’employeur qui doit associer les institutions représentatives du personnel, ou à défaut, les salariés à leur mise en œuvre.

Cet accord national est la transposition de l'accord-cadre européen signé en 2004 (Source INRS).

Le rapport Lachmann, "Bien-être et efficacité au travail" (février 2010) : 10 propositions pour améliorer la santé psychologique au travail

L’accord national interprofessionnel sur le harcèlement et la violence au travail signé le 26 mars 2010 et étendu par un arrêté du 23 juillet 2010 invite les entreprises :

  • à déclarer clairement que le harcèlement et la violence sur le lieu de travail ne sont pas tolérés,
  • à prévoir des mesures appropriées de gestion et de prévention.

Cet accord fournit une trame d’intervention à formaliser par l’entreprise : suivi des plaintes, respect de la confidentialité, prise en compte des avis de toutes les parties concernées, sanction disciplinaire en cas de fausse accusation, recours à un avis extérieur, médiation… Il rappelle que l’employeur a la responsabilité de déterminer, examiner et surveiller les mesures appropriées à mettre en place, en consultation avec les salariés et/ou leurs représentants.

Cet accord national est la transposition de l’accord-cadre européen signé en 2007. Il vient compléter l’accord national interprofessionnel sur le stress au travail. (Source INRS)

L'Accord national interprofessionnel du 19 juin 2013 "Vers une politique d’amélioration de la qualité de vie au travail et de l’égalité professionnelle" place le travail au coeur des échanges entre les salariés et le management, et établit une corrélation entre le bien être des salariés et la performance de l'entreprise.

assemblee nationale
Les lois

La Loi dite Rebsamen de 17 août 2015 ainsi que le décret n°2016-756 du 7 juin 2016 prévoient désormais expressément que les maladies psychiques, tel que le burn-out ou syndrome de l'épuisement professionnel, peuvent être reconnues comme maladies professionnelles

itinéraire

La loi du 2 aout 2021 pour renforcer la prévention en santé au travail intègre l'organisation du travail comme élément devant faire l'objet d'une évaluation des risques renforçant la prise en compte des risques psycho-sociaux dans la démarche de prévention

code du travail
Le code du travail

Article L4121-1 : "L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs.

Ces mesures comprennent :

1° Des actions de prévention des risques professionnels, y compris ceux mentionnés à l'article L. 4161-1 ;

2° Des actions d'information et de formation ;

3° La mise en place d'une organisation et de moyens adaptés.

L'employeur veille à l'adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l'amélioration des situations existantes".

Article L4121-2 : "L'employeur met en oeuvre les mesures prévues à l'article L. 4121-1 sur le fondement des principes généraux de prévention suivants :

1° Eviter les risques ;

2° Evaluer les risques qui ne peuvent pas être évités ;

3° Combattre les risques à la source ;

4° Adapter le travail à l'homme, en particulier en ce qui concerne la conception des postes de travail ainsi que le choix des équipements de travail et des méthodes de travail et de production, en vue notamment de limiter le travail monotone et le travail cadencé et de réduire les effets de ceux-ci sur la santé ;

5° Tenir compte de l'état d'évolution de la technique ;

6° Remplacer ce qui est dangereux par ce qui n'est pas dangereux ou par ce qui est moins dangereux ;

7° Planifier la prévention en y intégrant, dans un ensemble cohérent, la technique, l'organisation du travail, les conditions de travail, les relations sociales et l'influence des facteurs ambiants, notamment les risques liés au harcèlement moral et au harcèlement sexuel, tels qu'ils sont définis aux articles L. 1152-1 et L. 1153-1, ainsi que ceux liés aux agissements sexistes définis à l'article L. 1142-2-1 ;

8° Prendre des mesures de protection collective en leur donnant la priorité sur les mesures de protection individuelle ;

9° Donner les instructions appropriées aux travailleurs".

Les conséquences des Risques Psychosociaux

Sur la structure
entreprise

L'INRS rappelle que "les risques psychosociaux ont également des répercussions organisationnelles et économiques pour les entreprises, et un coût pour la société dans son ensemble.

Les risques psychosociaux désorganisent les entreprises et les collectifs de travail. Dans les entreprises où ils sont présents, on peut ainsi noter :

  • une augmentation de l’absentéisme et du turnover,
  • des difficultés pour remplacer le personnel ou recruter de nouveaux employés,
  • une augmentation des accidents du travail,
  • une démotivation, une baisse de créativité,
  • une dégradation de la productivité, une augmentation des rebuts ou des malfaçons,
  • une dégradation du climat social, une mauvaise ambiance de travail,
  • des atteintes à l’image de l’entreprise…

En raison de ces dysfonctionnements, les risques psychosociaux coûtent cher à l’entreprise".

Sur les salariés
salariés

Les conséquences des risques psychosociaux pèsent sur la santé physique et mentale des salariés et peuvent engendrer des pathologies parfois irréversibles :

  • troubles émotionnels
  • troubles du sommeil
  • troubles digestifs
  • hypertension
  • problèmes cardio-vasculaires
  • troubles métaboliques
  • troubles musculo-squelettiques
  • troubles anxio-dépressifs
  • suicide ou tentative de suicide

Comment évaluer les risques psychosociaux ?

évaluation RPS

Dossier INRS

Mettre en oeuvre une démarche de prévention

Les différents niveaux de prévention selon l'OMS
OMS

On peut classer en trois grandes catégories les interventions de prise en charge des troubles mentaux et du comportement, selon qu'il s'agit de prévention, de traitement ou de réadaptation. Ces trois catégories correspondent approximativement aux notions de prévention primaire, secondaire et tertiaire (Leavell & Clark, 1965).

  • Prévention (prévention primaire ou protection spécifique) : mesures applicables à une maladie ou groupe de maladies pour en bloquer les causes avant qu'elles n'agissent sur l'homme; en d'autres termes, pour empêcher la survenue de la maladie.
  • Traitement (prévention secondaire) : mesures destinées à interrompre un processus morbide en cours pour prévenir de futures complications et séquelles, limiter les incapacités et éviter le décès.
  • Réadaptation (prévention tertiaire) : ensemble de mesures visant à permettre aux personnes handicapées de recouvrer leurs fonctions initiales ou d'utiliser au maximum les capacités qui leur restent; la réadaptation comprend à la fois des interventions individuelles et des actions sur l'environnement.
8 bonnes pratiques à adopter pour prévenir les risques professionnels
prévention
  1. Intégrer la gestion de la santé et de la sécurité au travail dans toutes les fonctions de l’entreprise (achat, étude, production…)
  2. Harmoniser la politique de la santé et de la sécurité avec les autres politiques de l’entreprise (ressources humaines, qualité, environnement, production, gestion financière…)
  3. Développer l’autonomie de l’entreprise en matière de prévention
  4. Favoriser une approche pluridisciplinaire (technique, humaine et organisationnelle)
  5. Faire de l’identification et de l’évaluation a priori des risques un élément majeur de la politique de santé et de sécurité au travail
  6. Intégrer la prévention dès la conception des lieux, des équipements, des postes et des méthodes de travail
  7. Analyser les accidents du travail et les maladies professionnelles en remontant aux causes les plus en amont
  8. Améliorer la politique de maîtrise des risques et faire évoluer les valeurs de base de l’entreprise

(Source INRS)

Combattre les idées reçues

Il faut comprendre l’environnement et les circonstances et combattre les nombreuses idées reçues (Ministère du Travail)

Les risques psychosociaux touchent tout le monde.

Tous les individus, quelles que soient leur personnalité ou leur histoire, peuvent être exposés aux risques psychosociaux et en souffrir. Les premiers à exprimer un mal être dans une organisation trop perturbée sont souvent des salariés expérimentés et des cadres impliqués.

Il n’y a pas de « bon stress »

Le stress au travail n’est pas un « mal nécessaire ». Il ne faut pas confondre le stress avec la motivation ou l’implication. En revanche, il est essentiel pour les salariés et les employeurs de faire la distinction entre le « stress aigu » et le « stress chronique » : ils n’ont pas les mêmes effets sur la santé.

  • Lorsque la pression est ponctuelle – et acceptée par la personne –, les conséquences peuvent être supportables dans certaines limites.
  • Quand la pression est subie par le salarié et surtout quand elle dure – on parle alors de stress chronique –, elle finit toujours par avoir un coût pour l’organisme. Dans ce cas, la personne tente et continue de faire face à une exigence professionnelle qui dépasse ses ressources. Son organisme, constamment sollicité, s’épuise. Les effets sont délétères sur la santé et des dysfonctionnements apparaissent dans l’entreprise.

L’entreprise peut prévenir et lutter contre les risques psychosociaux

La prévention du stress avant l’apparition de problèmes de santé permet d’améliorer les conditions de travail des salariés, d’identifier les dysfonctionnements gênant la production et d’optimiser la qualité de la production.

Les acteurs de l’entreprise ont intérêt à diminuer le niveau de stress dans leur entreprise et à agir sur les causes, le plus en amont possible.

Prévenir les risques psychosociaux est une démarche accessible

Les solutions se trouvent dans l’organisation et le management de l’entreprise. Le seul coût est le temps consacré à comprendre, écouter et dialoguer à propos des facteurs des risques psychosociaux et des problèmes dans l’organisation du travail de l’entreprise.

Cette démarche pour améliorer les conditions de travail et le bien-être des salariés a un effet positif : elle favorise ensuite l’implication des équipes, renforce leur cohésion et améliore la performance de l’entreprise.

Les acteurs de la prévention des risques psychosociaux

RH IN SITU intervient sur la question des risques psychosociaux

IPRP

Enregistrée en tant qu'Intervenante en Prévention des Risques Professionnels et auprès de la CARSAT, je suis en capacité d'intervenir de différentes manières :

  • sensibilisation du dirigeant et/ou des managers sur les obligations de l'employeur en matière de santé et de sécurité au travail
  • accompagnement des IRP sur leur rôle en matière de Santé Sécurité et Conditions de Travail
  • accompagnement de l'Evaluation des Risques Professionnels et mise à jour du DUERP
  • accompagnement de la construction, en intelligence collective, de plans d'actions
  • animation d'ateliers sur les risques psychosociaux
  • ...

RESSOURCES

flèche
Pourquoi la prévention des risques professionnels dans les petites structures est-elle si complexe ?

Pourquoi la prévention des risques professionnels dans les petites structures est-elle si complexe ?

Les petites structures sont les TPE.

C'est une entité juridique (association, entreprise, scop, ...) qui emploie moins de 11 salarié.e.s.

drapeau français

Elles sont environ 3 millions en France. La moitié d'entre elles qui embauchent des salarié.e.s réprésentent 19% de l'emploi salarié du secteur privé. Elles oeuvrent à : 77,1% dans le tertiaire - 13,5% dans la construction - 6,7% dans l'industrie

Qu'est-ce qui les caractérise les TPE ?

empreinte
🤖 Portrait robot de ou de la dirigeant.e de petite structure
  • centré.e sur son coeur de métier (expert.e avant d'être chef.fe d'entreprise)
  • concentrant toutes les fonctions de la structure
  • plutôt isolé.e
  • très occupé.e
🤼 Un mode relationnel différent des grandes entreprises
  • proximité entre les personnes
  • prédominance de l'informel
  • peu ou pas de représentation du personnel
  • grande polyvalence de chaque salari.é pour optimiser le ratio fonction(s) à couvrir/ temps de travail
🧰 Des moyens plus limités
diy
  • peu ou pas de personnes ressources dédiées spécifiquement aux questions RH et santé au travail
  • manque de temps, de compétences, d'appétence pour réaliser une veille / rechercher des informations sur les sujets RH et santé au travail
  • plus grande fragilité financière qui définit des priorités en lien avec la pérennité économique immédiate

Et la prévention des risques professionnels dans tout ça ?

Elle est étroitement liée à la personnalité, à la formation et aux priorités du ou de la dirigeant.e 🧭

🕵️ La difficile évaluation des risques
checklist

La perception d'un risque n'est possible que si on est capable de l'identifier.

La plupart des dirigeant.es (et des salarié.e.s) considèrent que leur structure / leur activité ne présente pas de risque particulier, jusqu’à accident grave.

Le Document Unique d'Evaluation des Risques Professionnels (obligatoire dès le ou la 1er.e salarié.e) est, dans la majorité des structures :

  • soit méconnu
  • soit réalisé a minima pour remplir l'obligation règlementaire en cas de contrôle

Quand il est réalisé, il occulte généralement les risques psychosociaux pour ne se concentrer que sur les risques physiques.

🔬 Le manque de lisibilité de l'offre de prévention
sante au travail

Il existe pléthore d'intervenants et de dispositifs, pourtant les petites structures y recourent peu. Pourquoi ?

Le panel des interlocuteurs est (trop?) dense, pour des structures qui ne disposent pas des moyens humains à mobiliser sur la recherche d'informations sur ces sujets.

Si les services de santé au travail sont cités spontanément par les dirigeant.e.s, ils sont aussi considérés comme ne répondant pas à leurs besoins ("peu réactifs", "pas pro-actifs", "opaques" ...).

Les organismes de protection sociale ? les dirigant.e.s ne connaissent pas forcément leur rôle (hormis pour la partie complémentaire santé), ils ne savent pas trop ce que comprend leur offre, ce qui est inclus dans leurs garanties, ... et la relation "commerciale" peut susciter une certaine méfiance.

Les organismes tels que la CARSAT ou la DREETS ? Leurs rôles sont soit méconnus, soit ils suscitent également une certaine méfiance.

🔗Des intermédiaires de confiance, mais dont la prévention n'est pas le coeur de métier
expert-comptable

Quand on interroge un.e dirigeant.e sur sa personne ressource, il ou elle cite immédiatement l'expert-comptable. Une relation de confiance, à qui l'on confie tout : la gestion des finances, la gestion sociale, les questions juridiques plus globales, ...

Mais, sauf exception(s), les cabinets d'expertise comptable ne sont pas compétents en matière de prévention. Ils fournissent parfois des trames de DUERP, mais ils ne peuvent pas aider dirigeant.e.s et salarié.e.s à développer une culture de la prévention. Ils ont par contre été identifiés par le Groupe Permanent Régional d’Orientation des conditions de travail (GPRO) comme relais d'informations de prévention, et une expérimentation est en cours

Quels sont les leviers permettant de faciliter la prévention dans les petites structures ?

reflexion
  • Prendre en compte la situation du ou de la dirigeant.e et les difficultés que lui ou elle rencontre à son niveau au quotidien (charge mentale, conciliation vie personnelle/vie professionnelle, stress, ...)
  • Prendre en compte les moyens limités dont disposent les petites structures pour leur proposer des solutions adaptées à leur réalité
  • Construire à petits pas une culture de la prévention partagée entre les différentes parties prenantes de la structure (qui ne repose donc pas uniquement sur une seule personne) en accompagnant leur montée en compétences sur ces sujets
  • Démontrer l'intérêt économique à moyen-long terme de développer une culture de prévention (moins de coûts indirects et plus de performance globale)
  • Transformer les contraintes règlementaires en opportunités de mettre en place des actions pertinentes, qui ont du sens et génèrent d'autres contreparties (climat social, fluidité des relations, engagement, ...)
  • Privilégier les approches ciblées (métiers, secteur, territoire, risques prioritaires, ...) et pragmatiques
  • Construire des approches / offres complémentaires entre les différents acteurs (SST, CARSAT, DREETS, CCI, Syndicats employeur, Syndicats salarié.e.s, experts-comptables, organismes de protection sociale / d'assurance ...)

Pour résumer

  • Les "petites structures" sont très nombreuses et hétérogènes et il n'y a pas en leur sein d'interlocuteur.rice dédié.e aux questions de prévention que peuvent cibler les différents acteurs de la prévention
  • Les risques professionnels sont bien présents dans les petites structures (ce n'est pas pour rien qu'elles sont la cible prioritaire de Plan Santé Travail et de l'ensemble des dispositifs existants)
  • L'offre de prévention existe, elle se traduit par des ressources documentaires, des accompagnements, des appuis financiers . . . mais elle n'atteint pas sa cible
  • Pour les atteindre, il est nécessaire d'être en proximité avec elles et qu'une relation de confiance se mette en place

RESSOURCES

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Stress : les éléments clés à connaître

Stress : les éléments clés à connaître

Comment cerner le stress ?

« Un état de stress survient quand il y a un déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face ».

L’INRS détaille le syndrome général d’adaptation qui permet de décrire les mécanismes physiologiques du stress en trois phases :

stress

o PHASE 1 - « l’alarme. L’organisme se prépare au combat ou à la fuite. Dès sa confrontation à une situation évaluée comme stressante, l'organisme réagit immédiatement en libérant des catécholamines (hormones produites par la glande médullo-surrénale, dont l’adrénaline). Celles-ci augmentent la fréquence cardiaque, la tension artérielle, les niveaux de vigilance, la température corporelle… Ces modifications ont pour but de préparer l'organisme à réagir en amenant l’oxygène aux organes qui vont être sollicités.

o PHASE 2 - Si la situation persiste, l’organisme entre en phase de résistance. Peu de temps après la première phase, de nouvelles hormones, les glucocorticoïdes, sont sécrétées (par la glande corticosurrénale). Ces hormones augmentent le taux de sucre dans le sang pour apporter l'énergie nécessaire aux muscles, au cœur et au cerveau et y maintenir un niveau constant de glucose. L’organisme se prépare aux dépenses énergétiques que nécessite la réponse à la situation stressante. La sécrétion des glucocorticoïdes est autorégulée : des récepteurs du système nerveux central détectent les quantités libérées dans le sang et adaptent leur production.

o PHASE 3 - Si la situation stressante se prolonge ou s'intensifie, l’organisme entre en phase d’épuisement. Dans cette situation, les capacités de l’organisme sont débordées. L’autorégulation des glucocorticoïdes devient inefficiente. L'organisme est submergé d'hormones activatrices qui, si les tentatives de modification de la situation se révèlent inopérantes, peuvent devenir délétères pour la santé. »

Quels sont les facteurs de risques du stress ?

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Les grandes « familles » de facteurs de stress retenues dans le rapport LACHMANN :

o « la fréquence accrue des réorganisations, restructurations et changements de périmètre des entreprises, qui impactent tout ou partie de l’organisation et modifient parfois brutalement les conditions dans lesquelles les salariés exercent leur activité ;

o la peur du chômage et l’incertitude sur l’avenir, qui génèrent chez les salariés un sentiment d’insécurité et les rendent plus démunis face aux difficultés rencontrées sur le lieu de travail ;

o l’accélération et l’augmentation des exigences des clients dans une économie fortement tertiarisée depuis trente ans, marquée par de nouveaux modes de services (call centers, guichets, caissières…) ;

o l’utilisation parfois à mauvais escient des nouvelles technologies, qui « cannibalise » les relations humaines : elle fragilise la frontière entre vie privée et vie professionnelle, dépersonnalise la relation de travail au profit d’échanges virtuels et accélère le rapport au temps de travail – introduisant une confusion entre ce qui est urgent et ce qui est important. En une génération, on est passé d’un collectif de travail physiquement réuni à une communauté d’individus connectés mais isolés et éloignés les uns des autres ;

o le développement de nouvelles formes de taylorisme dans le domaine tertiaire. Caractérisées par la standardisation et la parcellisation des tâches et des relations, elles peuvent faire perdre le sens du travail. Lorsque les méthodes de management incitent simultanément à la prise d’initiative, les salariés se trouvent en situation d’injonction paradoxale. Les process doivent rester un moyen : ils ne règlent pas les enjeux humains, qui se jouent dans la proximité du management ;

o l’intériorisation par le management de la financiarisation accrue de l’économie. Elle fait de la performance financière la seule échelle de valeur dans les comportements managériaux et dans la mesure de la performance, sans prise en compte suffisante de la performance sociale ;

o la mondialisation, conjuguée avec une centralisation des organisations, qui éloigne les salariés des centres de décision, décrédibilise le management de proximité et crée un sentiment d’impuissance collective et individuelle ;

o le développement des organisations matricielles et du reporting permanent, ainsi que certains comportements managériaux, qui contribuent au sentiment de perte d’autonomie, d’efficacité et d’utilité des équipes ;

o les difficultés dans les relations de travail, au sein d’une équipe ou avec le supérieur hiérarchique, notamment lorsque l’isolement réduit les occasions d’échange ou d’écoute;

o les contraintes de transport, notamment dans les grandes agglomérations ou dans les zones géographiques mal desservies, qui créent de nouvelles tensions – surtout lorsqu’elles se cumulent avec des questions d’organisation personnelle qui pèsent particulièrement sur les femmes (modes de garde des enfants etc.) ;

o l’augmentation des attentes en matière de lien social vis-à-vis des entreprises, avec la diminution des autres formes de lien social (famille, école, cité, églises…), qui devient critique lorsque difficultés personnelles et professionnelles se cumulent."

Si ce petit tour d'horizon vous a permis de mieux cerner cette notion, sachez que d'autres articles sur la question des Risques Psychosociaux vont suivre.

Comment agir contre le stress ?

L'employeur doit veiller à la santé et à la sécurité de ses travailleurs en mettant en place des actions de prévention, d'information et de formation. Il doit également évaluer les risques professionnels sur chaque poste de travail. Ces risques sont consignés dans un document. En cas de non-respect de cette obligation, sa responsabilité civile et/ou pénale peut être engagée.

Par qu'on ne peut évaluer que ce qu'on connaît, il est important que les parties prenantes au sein d'une organisation disposent d'un socle de connaissances partagé sur les risques professionnels. Cela permettra par la suite de construire une culture de la prévention partagée et dynamique, tout en respectant les obligations légales.

Les Risques psychosociaux sont parfois difficiles à appréhender pour les employeurs.