Sur quoi repose le coaching professionnel : courants de pensée et méthodes
▶️ Série "Découvrir le coaching professionnel" #2
Écoute active, questionnement, recadrage, contrat, formulation d'objectif : les outils qu'un.e coach mobilise en séance viennent de courants de pensée identifiés et de méthodes qui s'en sont inspirées.
Le coaching s'est diffusé dans les grandes entreprises françaises à partir des années 1990. Il s'est construit en empruntant à la philosophie, à la psychologie et aux thérapies, et les formations le présentent comme une discipline intégrative. Connaître ces emprunts aide à comprendre ce qui se passe en séance et à apprécier la cohérence d'une pratique.
👉 Cet article présente six courants de pensée, puis quatre méthodes qui en sont issues. Pour chacun, il précise ce qu'il apporte au coaching, comment il se traduit en séance et quelles en sont les limites.
#1
Les courants de pensée
La maïeutique socratique
Le questionnement pratiqué en coaching se réclame souvent de Socrate. Le rapprochement repose sur un passage précis de l'œuvre de Platon.
🔖Faire accoucher les esprits
Dans le Théétète, Socrate se présente comme le fils d'une sage-femme et compare son activité à celle de sa mère : il aide ses interlocuteurs à mettre au jour ce que leur esprit porte, puis examine si ce qui en est né est une idée solide ou une illusion. De là vient le nom de maïeutique, l'art de faire accoucher. Socrate y affirme ne rien enseigner lui-même : ses interlocuteurs trouvent en eux ce qu'ils découvrent.
🔖Ce que le coaching en retient
Le coaching reprend cette posture de questionnement : le ou la coach pose des questions qui aident la personne à formuler sa propre pensée, et s'abstient de lui fournir une réponse. Chez Socrate, le questionnement sert aussi à éprouver les opinions et à les réfuter. Dans le Théétète, les trois définitions de la science proposées par le jeune Théétète sont examinées puis écartées l'une après l'autre, et le dialogue s'achève sans réponse définitive.
💡 En séance : des questions ouvertes sur la manière dont la personne voit sa situation, et peu de suggestions de la part du coach.
⚠️ Limites : le questionnement socratique cherche une vérité et peut mettre l'interlocuteur en difficulté. En coaching, il est mis au service d'un objectif défini avec la personne, dans un cadre conçu pour la protéger.
La phénoménologie et la psychologie humaniste
La psychologie humaniste a donné au coaching sa conception de la relation d'accompagnement. Elle repose sur une attention à l'expérience vécue qui doit beaucoup à la phénoménologie.
🔖Décrire l'expérience telle qu'elle est vécue
La phénoménologie, fondée par le philosophe Edmund Husserl au début du XXe siècle, se donne pour méthode de décrire les phénomènes tels qu'ils apparaissent à la conscience, en suspendant les présupposés sur ce qu'ils sont en eux-mêmes. Son mot d'ordre est le retour aux choses mêmes.
🔖Carl Rogers et l'approche centrée sur la personne
Le psychologue Carl Rogers a construit son approche sur une base phénoménologique. Dans Client-Centered Therapy (1951), il formule dix-neuf propositions. Les premières posent que chaque personne vit dans un monde d'expérience dont elle est le centre, et que ce champ, tel qu'elle le perçoit, constitue pour elle la réalité. Rogers en déduit que le comportement d'une personne se comprend le mieux à partir de son propre cadre de référence.
En 1957, il décrit les conditions qu'il juge nécessaires et suffisantes au changement en psychothérapie, parmi lesquelles l'authenticité du thérapeute, une considération positive inconditionnelle envers la personne et la compréhension empathique de son point de vue. Les formations au coaching présentent ces attitudes comme le socle de la relation d'accompagnement.
🔖Le mouvement du potentiel humain
Dans les années 1970, le mouvement du potentiel humain a diffusé ces idées au-delà de la psychothérapie. Selon les sociologues Françoise Champion et Xavier Briffault, le coaching en hérite son optimisme sur la nature humaine et son attention à l'autonomie, à l'initiative, à la créativité et à la responsabilité.
💡 En séance : l'écoute active et la reformulation, qui vérifient que le ou la coach a compris la situation telle que la personne la vit avant toute interprétation.
⚠️ Limites : l'approche de Rogers est non directive. Le coaching travaille sur un objectif contractualisé, et les formations présentent comme ouvert le débat entre les tenants de la non-directivité et ceux qui considèrent que tout changement passe par une forme d'influence.
L'approche clinique : l'héritage psychanalytique
🔖Une référence dans la formation des coachs
Champion et Briffault relèvent que la psychanalyse constitue depuis longtemps une référence normative, qui a marqué la psychothérapie puis le coaching, notamment par la formation des coachs. Ils notent qu'un travail sur soi, voire une expérience psychothérapeutique, est attendu des coachs. En France, la Société française de coaching indique avoir été fondée en 1996 par des consultants psychologues cliniciens, des psychothérapeutes et des ingénieurs issus de l'entreprise.
🔖Le paradigme clinique de Manfred Kets de Vries
Manfred Kets de Vries, professeur à l'INSEAD, a développé une approche clinique d'inspiration psychanalytique du coaching de dirigeant.e.s. Elle part de l'hypothèse que des phénomènes inconscients sont à l'œuvre chez les personnes comme dans les organisations, et que chacun.e importe au travail une part de son histoire. Le travail porte sur le rôle et l'efficacité de la personne dans son organisation, ce qui le distingue d'une psychothérapie.
🔖Des notions reprises par les coachs
Les coachs apprennent à repérer le transfert, par lequel la personne accompagnée reporte sur le coach des attentes ou des sentiments issus d'autres relations, et le contre-transfert, qui désigne les réactions du coach lui-même. La supervision, que les associations professionnelles demandent à leurs membres, offre un lieu pour examiner ces mouvements.
💡 En séance : une attention à ce que la relation fait vivre, de part et d'autre, sans l'interpréter devant la personne.
⚠️ Limites : le coaching ne travaille pas sur l'histoire d'une émotion ou d'une difficulté pour elle-même. Lorsque la demande appelle ce travail, elle relève d'une thérapie, comme le détaille l'article consacré aux confusions à propos du coaching.
L'approche systémique
L'approche systémique est l'un des socles du coaching. Elle déplace le regard : au lieu de chercher ce qui ne va pas chez une personne, elle observe les interactions dans lesquelles cette personne est prise.
🔖De la cybernétique à Palo Alto
Un système est un ensemble d'éléments en interaction, dont le fonctionnement ne se déduit pas de la somme de ses parties. Une équipe, une famille, une organisation forment des systèmes.
Plusieurs principes en découlent : le comportement d'un élément s'explique par sa place dans le système, les effets rétroagissent sur leurs causes (on parle de causalité circulaire), et le système tend à se maintenir en l'état, y compris lorsque cet état pose problème.
L'approche s'est développée à Palo Alto, en Californie. De 1952 à 1962, l'anthropologue Gregory Bateson y conduit un programme de recherche sur la communication avec John Weakland, Jay Haley et le psychiatre Don Jackson.
Le programme part d'une question issue de la cybernétique : comment un système se maintient-il et se régule-t-il par l'information et la rétroaction ? Don Jackson fonde en 1959 le Mental Research Institute, que rejoignent notamment Virginia Satir et Paul Watzlawick.
🔖La double contrainte
En 1956, Bateson, Jackson, Haley et Weakland décrivent la double contrainte : une personne reçoit deux messages contradictoires, à des niveaux différents, sans pouvoir s'y soustraire ni relever la contradiction.
Ils y voyaient une piste pour expliquer la schizophrénie, hypothèse abandonnée depuis faute de confirmation empirique.
La notion peut aider à décrire certaines situations de travail, comme une demande d'initiative assortie d'un contrôle de chaque décision.
🔖Les cinq axiomes de la communication
En 1967, Paul Watzlawick, Janet Beavin et Don Jackson formalisent cinq principes de la communication humaine, traduits en français sous le titre Une logique de la communication (1972) :
- 📌On ne peut pas ne pas communiquer. Tout comportement, y compris le silence, a valeur de message.
- 📌Toute communication a un contenu et une dimension de relation. La relation indique comment le contenu doit être compris.
- 📌La nature d'une relation dépend de la ponctuation des échanges. Chacun.e place le début de la chaîne des causes à un endroit différent.
- 📌La communication est à la fois digitale et analogique. Les mots d'un côté, les gestes, le ton et la posture de l'autre, qui peuvent se contredire.
- 📌Les échanges sont symétriques ou complémentaires. Ils reposent soit sur l'égalité, soit sur une différence de position.
La "ponctuation" éclaire beaucoup de blocages au travail. Un.e manager contrôle parce que l'équipe prend peu d'initiatives, l'équipe prend peu d'initiatives parce que tout est contrôlé : chacun.e situe le point de départ chez l'autre, et la situation se reproduit.
🔖Quand la solution devient le problème
En 1974, Paul Watzlawick, John Weakland et Richard Fisch analysent la manière dont les difficultés se maintiennent.
Face à une difficulté, on applique une solution de bon sens. Si elle ne produit pas l'effet attendu, le réflexe est de l'intensifier, et cette tentative de solution finit par entretenir le problème. L'exemple classique est celui de l'insomnie : plus on s'efforce de dormir, plus on est tendu, et moins on dort.
Les auteurs distinguent deux types de changement, en s'appuyant sur la théorie des types logiques reprise par Bateson :
- 📌Le changement de type 1 se produit à l'intérieur d'un système et en respecte les règles.
- 📌Le changement de type 2 modifie les règles elles-mêmes.
Une image souvent utilisée l'illustre : accélérer relève du type 1, passer une vitesse relève du type 2. Ils décrivent aussi le recadrage, qui consiste à placer une situation dans un autre cadre de compréhension, qui rend compte des faits aussi bien que le précédent, et à en modifier ainsi le sens.
En 1966, Richard Fisch, John Weakland et Paul Watzlawick créent au sein du Mental Research Institute le Brief Therapy Center, d'où sont issues les thérapies brèves présentées dans la seconde partie.
💡 En séance : examiner ce que la personne a déjà essayé et ce que chaque tentative a produit, repérer la manière dont elle ponctue les échanges, distinguer ce qui relève d'un ajustement et ce qui modifierait les règles de la situation.
⚠️ Limites : appliquée à une situation déséquilibrée, une lecture circulaire décrit bien les interactions et ne dit rien de leur origine. Elle placerait sur le même plan un financeur qui réduit une dotation d'un tiers et une direction qui absorbe la différence, alors qu'ils ne pèsent pas du même poids. L'approche systémique n'a jamais prétendu établir des responsabilités : il s'agit d'une limite d'emploi. Certains changements de type 2 restent à la portée de la personne : faire écrire ou réviser une délégation de pouvoir, porter devant le conseil d'administration l'écart entre les obligations et les moyens, instituer un temps régulier de discussion sur le travail. D'autres se situent hors de sa portée, comme le niveau d'une dotation publique. Les distinguer fait partie du travail d'accompagnement.
👉Pour une approche du changement à partir du travail réel, voir aussi cet article sur la transformation des organisations.
Le constructivisme
Le constructivisme part d'une idée : ce que nous appelons réalité est en partie construit par la manière dont nous la percevons, la nommons et en parlons.
🔖La carte n'est pas le territoire
La formule est due à Alfred Korzybski, fondateur de la sémantique générale, qui l'énonce en 1931 puis la développe dans Science and Sanity (1933).
Korzybski précise qu'une carte juste a une structure semblable à celle du territoire qu'elle représente, ce qui fait son utilité. Il applique cette idée au langage, qu'il considère comme une carte (présentation de la notion). Cette précision écarte une lecture relativiste de la formule.
🔖L'invention de la réalité
En 1981, Paul Watzlawick dirige un ouvrage collectif consacré au constructivisme, traduit en français sous le titre L'invention de la réalité (1988).
Le philosophe Ernst von Glasersfeld y présente le constructivisme radical et le physicien Heinz von Foerster la construction de la réalité par l'observateur. Watzlawick y consacre un chapitre aux prophéties autoréalisatrices, notion formulée par le sociologue Robert K. Merton en 1948 : une attente, en orientant les comportements, contribue à produire ce qu'elle anticipe.
💡 En séance : distinguer les faits de leur interprétation, demander à la personne comment elle sait ce qu'elle affirme, examiner les croyances qui orientent ses choix et proposer un autre cadre de lecture.
⚠️ Limites : une contrainte matérielle, comme un budget ou un effectif, ne disparaît pas parce qu'on la regarde autrement. Le travail sur les représentations porte sur la manière dont la personne se rapporte à cette contrainte et sur les marges de manœuvre qu'elle n'avait pas repérées.
Le cognitivo-comportemental
Les thérapies cognitives et comportementales ont fourni au coaching des méthodes structurées pour travailler les pensées et les comportements. Leurs fondateurs se réclament d'une source philosophique ancienne, le stoïcisme.
🔖La source stoïcienne
Le Manuel du philosophe stoïcien Épictète s'ouvre sur cette phrase : « Des choses les unes dépendent de nous, les autres ne dépendent pas de nous ». Épictète range du côté de ce qui dépend de nous les jugements, les tendances, les désirs et les aversions, et du côté de ce qui n'en dépend pas le corps, la fortune, la considération d'autrui et les charges publiques. Plus loin, il précise : « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, ce sont les jugements qu'ils portent sur les choses ».
Le psychologue Albert Ellis rattache explicitement sa thérapie rationnelle-émotive aux stoïciens, dont Épictète. Le psychiatre Aaron Beck fait lui aussi remonter les origines philosophiques de la thérapie cognitive au stoïcisme.
Une précision évite un contresens fréquent. Pour Épictète, ce qui dépend de nous se limite à nos jugements, nos désirs et nos aversions. Les cercles de préoccupation et d'influence, souvent présentés comme une traduction moderne de cette distinction, viennent de Stephen Covey : ils portent sur la capacité à agir sur son environnement, ce qui relève d'une autre idée.
🔖Trois vagues
La première vague, comportementale, s'appuie sur les principes du conditionnement, avec notamment les travaux de Burrhus Skinner et la désensibilisation systématique de Joseph Wolpe.
La deuxième, cognitive, est portée dans les années 1970 par Aaron Beck et Albert Ellis : elle s'intéresse aux pensées automatiques et aux distorsions qui accompagnent les émotions.
Les deux se rejoignent à la fin des années 1980 dans les thérapies cognitivo-comportementales.
Une troisième vague, décrite par Steven Hayes en 2004, travaille moins le contenu des pensées que le rapport que la personne entretient avec elles, en mobilisant l'acceptation et la pleine conscience.
🔖Biais cognitifs et sentiment d'auto-efficacité
Le coaching emprunte aussi aux travaux du psychologue Daniel Kahneman sur les biais cognitifs, ces raccourcis de raisonnement qui orientent nos jugements à notre insu, et à ceux d'Albert Bandura sur le sentiment d'auto-efficacité : la croyance d'une personne en sa capacité à réussir une action influence ses choix, son effort et sa persévérance. Les biais cognitifs font l'objet d'un article consacré au recrutement.
💡 En séance : repérer les pensées qui accompagnent une réaction, les confronter aux faits, expérimenter de nouveaux comportements entre les séances et s'appuyer sur des réussites progressives.
⚠️ Limites : traiter comme une erreur de jugement une contrainte qui relève de l'organisation reviendrait à faire porter à la personne ce qui ne dépend pas d'elle. Cette question du pouvoir d'agir fera l'objet d'une prochaine série d'articles.
#2
Des méthodes issues de ces courants
Les méthodes suivantes ont été élaborées à partir des courants présentés plus haut. Elles fournissent une grande partie des outils enseignés aux coachs.
L'analyse transactionnelle
Origine : le psychiatre Éric Berne, formé à la psychanalyse, élabore l'analyse transactionnelle dans les années 1950. Son premier article sur le sujet paraît en 1958 ; Games People Play (1964, traduit sous le titre Des jeux et des hommes) connaît un large succès public, et l'association internationale d'analyse transactionnelle est créée la même année.
Courants mobilisés : l'approche clinique, dont Berne est issu, et la psychologie humaniste.
Notions : les trois états du moi (Parent, Adulte, Enfant), les transactions entre ces états, les signes de reconnaissance, les jeux psychologiques, le triangle dramatique de Stephen Karpman (1968), qui distingue les positions de persécuteur, de sauveur et de victime, les messages contraignants décrits par Taibi Kahler (1975), comme sois parfait, fais plaisir ou dépêche-toi, et la règle des 3P (protection, permission, puissance), issue d'un article de Pat Crossman sur la permission et la protection (1966).
💡En séance : repérer la position qu'une personne occupe dans un échange difficile, identifier un message contraignant qui pèse sur ses choix. L'importance que l'analyse transactionnelle accorde au contrat entre praticien.ne et personne accompagnée se retrouve dans le contrat de coaching (Linkup Coaching, module 2).
⚠️Limites : ses catégories décrivent des transactions et des positions occupées à un moment donné. Appliquées comme des étiquettes à des personnes, elles figent ce qu'elles devaient aider à faire évoluer.
Les thérapies brèves et l'approche orientée solution
Origine : le psychiatre Milton Erickson, connu pour son usage de l'hypnose, s'appuie sur les ressources et le langage propres à chaque patient. Le Brief Therapy Center de Palo Alto (1966) en tire une thérapie centrée sur les tentatives de solution. Steve de Shazer et Insoo Kim Berg fondent en 1978 à Milwaukee le Brief Family Therapy Center, où se développe au début des années 1980 la thérapie brève orientée solution. En France, Hélène Blanchard a transposé cette approche au coaching, en l'associant à la PNL.
Courants mobilisés : l'approche systémique et le constructivisme.
💡En séance : rechercher les exceptions, c'est-à-dire les moments où le problème est moins présent ; situer la situation sur une échelle de 0 à 10 et définir ce qui permettrait de gagner un point ; poser la question dite du miracle, qui invite la personne à décrire concrètement ce qui serait différent si le problème était résolu.
⚠️Limites : l'approche s'attache à ce qui fonctionne déjà et s'intéresse peu aux causes. Lorsque la difficulté tient à l'organisation du travail, elle peut laisser intact ce qui la produit.
La programmation neuro-linguistique (PNL)
Origine : Richard Bandler et John Grinder élaborent la PNL dans les années 1970, à partir de l'observation de trois thérapeutes : Fritz Perls (Gestalt-thérapie), Virginia Satir (thérapie familiale) et Milton Erickson. Leur premier ouvrage, The Structure of Magic, paraît en 1975.
Courants mobilisés : le constructivisme, dont elle reprend la formule de Korzybski, ainsi que les approches humaniste et systémique des thérapeutes observés.
💡En séance : la synchronisation et la calibration, qui consistent à s'accorder au rythme de la personne et à observer ses réactions ; le méta-modèle, qui questionne les généralisations et les omissions du langage ; des critères pour formuler un objectif ; les niveaux logiques de Robert Dilts, inspirés de Bateson, et le modèle SCORE de Todd Epstein et Robert Dilts.
⚠️Limites : la PNL fait l'objet d'un débat scientifique. Les études divergent quant à sa robustesse scientifique. Une revue consacrée à son usage en coaching conclut que les pratiques propres à la PNL sont peu étayées par la recherche. Certains outils restent utiles comme techniques de conduite d'entretien, à condition de ne pas leur prêter de fondement scientifique.
Le jeu intérieur et le modèle GROW
Origine : en 1974, l'entraîneur de tennis Timothy Gallwey publie The Inner Game of Tennis. Il y distingue chez le joueur une instance qui commente et critique, et une autre qui exécute le geste, et situe les principaux obstacles à la performance dans le doute et l'anxiété. En 1992, John Whitmore diffuse dans Coaching for Performance le modèle GROW, dont la paternité est aussi attribuée à Graham Alexander et Alan Fine.
Courants mobilisés : la psychologie humaniste, par la confiance dans le potentiel de la personne, et la pratique sportive.
💡En séance : une séance structurée en quatre temps : l'objectif (goal), la réalité de la situation (reality), les options (options) et l'engagement dans l'action (will).
⚠️Limites : le modèle propose une séquence linéaire, alors qu'un processus de coaching avance rarement de façon linéaire et revient souvent sur des étapes déjà parcourues ).

Conclusion
Le coaching professionnel s'appuie sur plusieurs courants de pensée et sur des méthodes qui en sont issues. Ces emprunts lui donnent une grande variété d'outils, dont la validité et le domaine d'emploi diffèrent.
Trois outils premiers
Parmi tous ces outils, trois occupent une place à part, parce qu'ils précèdent et conditionnent l'usage des méthodes présentées plus haut : le rapport collaboratif, la règle des 3P et le questionnement.
- 📌Le rapport collaboratif. Il désigne une relation dans laquelle le ou la coach et la personne accompagnée travaillent ensemble, de manière active, en direction d'un objectif déterminé en commun. Il repose sur quatre composantes, l'empathie, l'authenticité, la chaleur et le professionnalisme, et il revient au coach de l'instaurer et de le maintenir séance après séance. La notion rejoint celle d'alliance de travail, que le psychologue Edward Bordin définissait en 1979 par trois éléments : un accord sur les objectifs, un accord sur les tâches à accomplir et un lien de confiance.
- 📌La règle des 3P. Elle trouve son origine dans un article de Pat Crossman, collègue d'Éric Berne, consacré à la permission et à la protection ; la triade complète, avec la puissance, s'est ensuite diffusée parmi les praticien.ne.s de l'analyse transactionnelle. La protection garantit un espace sûr : contrat clair, confidentialité, absence de jugement, respect du rythme de la personne. La permission autorise à explorer, à expérimenter et à se tromper. La puissance désigne la capacité d'agir et de décider qui en résulte. Les trois dimensions sont interdépendantes : la permission suppose la protection, et la puissance suppose la permission. Le référentiel de compétences de l'ICF retient une exigence proche, puisque le ou la coach « collabore avec le client pour créer un climat de sécurité et de soutien, qui permette au client de s'exprimer librement ».
- 📌Le questionnement. Les formations le présentent, avec l'écoute active et la responsabilisation, comme l'un des trois piliers du coaching, et rattachent chaque type de question à une intention du coach. Le référentiel de l'ICF le place au cœur de la compétence qui consiste à susciter des prises de conscience, définie comme le fait de faciliter « les prises de conscience et l'apprentissage du client en utilisant des outils et des techniques tels que le questionnement puissant, le silence, la métaphore ou l'analogie ». Il prolonge la maïeutique présentée au début de cet article.
Récapitulatif
Le tableau suivant récapitule l'apport propre à chaque courant et à chaque méthode.
| 💡Courant ou méthode | ❔Question qu'il aide à poser | 🧰Exemple d'outil | ⚠️ Limite |
| 🟢 Maïeutique | Qu'en pensez-vous ? | Question ouverte | Peut mettre en difficulté hors d'un cadre protecteur |
| 🟢Phénoménologie et humanisme | Comment vivez-vous cette situation ? | Reformulation | Non-directivité à concilier avec un objectif |
| 🟢Approche clinique | Que rejoue cette relation ? | Supervision du coach | Frontière avec la thérapie |
| 🟢Approche systémique | Qu'avez-vous déjà essayé ? | Analyse des tentatives de solution | Décrit mal l'origine des situations déséquilibrées |
| 🟢Constructivisme | Comment le savez-vous ? | Recadrage | Une contrainte matérielle demeure |
| 🟢 Cognitivo-comportemental | Quelle pensée accompagne cette réaction ? | Examen des pensées automatiques | Traiter une contrainte comme une erreur de jugement |
| 🟢Analyse transactionnelle | Quelle position occupez-vous dans cet échange ? | Triangle dramatique | Étiqueter les personnes |
| 🟢Thérapies brèves | Quand le problème est-il moins présent ? | Échelle de 0 à 10 | S'intéresse peu aux causes |
| 🟢PNL | Que voulez-vous précisément ? | Critères de formulation d'objectif | Fondements scientifiques non validés |
| 🟢GROW | Quel est votre objectif ? | Séance en quatre temps | Séquence linéaire |
Lors d'un premier échange, il est légitime de demander à un.e coach sur quels courants et quelles méthodes repose sa pratique, et comment il ou elle les a appris. Le quatrième article de cette série détaillera les repères pour choisir un coach. Le prochain présentera ce que la recherche établit sur les effets du coaching.
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