Travailler pour une cause : richesses et tensions du travail associatif

Travailler pour une cause : richesses et tensions du travail associatif

▶️ Série "L'écosystème associatif - Gouverner, manager et travailler - Réalités humaines de terrain" #6

Diriger une association, c'est exercer un rôle qui résiste aux définitions habituelles. On est salarié de droit commun, avec un contrat de travail, un employeur, une évaluation possible. On est aussi dépositaire de la fonction employeur, on manage, on recrute, on est responsable des conditions de travail des équipes. On répond à une gouvernance bénévole dont les membres changent. Et on porte une mission qui donne du sens à tout ça et qui, parfois, complique la capacité à se protéger. Cet article est écrit pour celles et ceux qui exercent ce rôle : pour mettre des mots sur ce qui nourrit, sur ce qui use, et sur ce qui peut aider à tenir dans la durée.

#1

Un rôle à part dans le paysage des organisations

Bonhomme bois reflet

À la fois salarié et employeur

La position du directeur ou de la directrice d'association est juridiquement singulière. Il ou elle est titulaire d'un contrat de travail - signé par le président de l'association, qui représente le CA dans sa qualité d'employeur. À ce titre, il ou elle est subordonné·e au CA : peut être évalué·e, recadré·e, et révocable selon les conditions du droit du travail et du contrat. Et dans le même temps, par délégation du président ou du CA, il ou elle exerce la fonction employeur sur les équipes salariées : recrute, manage, sanctionne, et porte la responsabilité des conditions de travail.

Cette double position - salarié de ses propres gouvernants, employeur de ses propres équipes - n'a pas d'équivalent exact dans les organisations publiques ou privées. C'est cette singularité de position qui structure toutes les tensions et toutes les richesses du rôle.

👉 Article 4 : Être employeur en association : une responsabilité qui ne s'improvise pas - les obligations juridiques, les conditions de délégation, et les profils d'employeurs bénévoles

Un tour d'horizon de la diversité du métier

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Le titre de « directeur·rice d'association » recouvre des réalités si différentes qu'on peut se demander s'il s'agit du même métier. Quelques dimensions de cette diversité :

  • 📍La taille de la structure : diriger une association de 3 salariés avec un budget de 250 000 € et diriger un ESMS de 80 salariés avec plusieurs conventions collectives applicables, des instances représentatives du personnel, un CPOM et plusieurs financeurs institutionnels n'ont en commun que le titre. Dans le premier cas, le directeur est souvent aussi opérateur - il intervient directement auprès des bénéficiaires. Dans le second, il est une fonction de management pur, à distance du terrain.
  • 📍Le secteur d'activité : les associations culturelles, sportives, d'éducation populaire, d'insertion, médico-sociales ou environnementales n'ont pas les mêmes financeurs, les mêmes conventions collectives, les mêmes cultures organisationnelles, ni les mêmes pressions institutionnelles. Un directeur de centre social travaille dans un cadre très balisé par la CAF et son agrément quadriennal. Un directeur d'association de défense des droits travaille dans un contexte de plaidoyer et de mobilisation très différent.
  • 📍La maturité de la gouvernance : certains CA sont structurés, stables, formés à leur rôle. D'autres sont composés de membres qui apprennent sur le tas, qui changent fréquemment, ou qui peinent à distinguer leur rôle stratégique de l'opérationnel. Cette variable est probablement la plus déterminante pour la qualité du travail du directeur ou de la directrice.
  • 📍La configuration fondateur/successeur : diriger une association qu'on a créée et diriger une association fondée par d'autres - parfois des bénévoles toujours présents et attachés à leur vision originelle - sont deux expériences radicalement différentes. La légitimité n'est pas acquise de la même façon, et les marges de manœuvre non plus.

💡Ce tour d'horizon n'est pas exhaustif. Il sert à poser un principe de lecture de l'article : ce qui suit décrit des dynamiques communes à la plupart des directeurs·rices associatifs, mais chacun·e les vivra à une intensité différente selon sa configuration propre.

haut parleur

Ce que la fiche de poste ne dit jamais

Les fiches de poste des directeurs·rices d'association décrivent généralement les responsabilités opérationnelles (gestion des équipes, des finances, des partenariats, du projet associatif) et stratégiques (relation avec le CA, représentation extérieure). Elles ne décrivent pas ce qui occupe en réalité une part significative du rôle.

Gérer la continuité institutionnelle entre les CA successifs : s'assurer que ce que le CA précédent a décidé est connu, compris et intégré par le nouveau bureau est un travail invisible et chronophage. Être (parfois) le seul acteur qui dispose d'une mémoire institutionnelle complète de la structure. Naviguer entre les personnalités et les agendas individuels des administrateurs. Traduire en décisions opérationnelles concrètes des orientations stratégiques parfois formulées de façon vague. Expliquer aux équipes les décisions de la gouvernance sans disposer soi-même de toutes les explications.

Henry Mintzberg, dans ses travaux sur les configurations organisationnelles(Mintzberg, H. (1982). Structure et dynamique des organisations), décrit l'organisation missionnaire - celle dont la coordination repose principalement sur la culture, les valeurs et la mission partagée - comme particulièrement exigeante pour ses dirigeants : la mission ne remplace pas les mécanismes de coordination, elle s'y superpose, créant une couche supplémentaire de complexité managériale. 

👉 Article 6 : Dirigeants associatifs : comment améliorer l'accompagnement de votre direction salariée - le regard du CA sur ce rôle et les conditions d'un accompagnement efficace

#2

Ce qui nourrit : les richesses réelles du travail associatif

Les richesses de ce rôle sont réelles. Les nommer avec précision - sans les idéaliser - est ce qui permet aux directeurs·rices de les reconnaître comme des ressources, et non comme des évidences qui n'ont pas besoin d'être entretenues.

boussole bonhommes bois

La mission comme boussole et comme ressource psychique

Peter Drucker a formalisé ce que les directeurs·rices d'association savent intuitivement : dans une organisation non lucrative, la mission joue le rôle que joue le profit dans une entreprise. Elle est le critère ultime d'évaluation des décisions - ce qui permet de dire non à un financement qui ferait dévier la structure, de renoncer à un partenariat qui diluerait l'identité, de tenir un cap quand la pression des financeurs pousse à s'adapter. « The non-profit organization exists to bring about a change in individuals and in society », écrit-il dans Managing the Nonprofit Organization. Cette clarté de mission est une ressource psychique authentique : elle donne un sens que beaucoup de fonctions managériales dans le secteur privé ne procurent pas.

Mais cette ressource a une condition : que le projet associatif soit suffisamment clair et partagé pour remplir effectivement ce rôle de boussole. Un projet flou ne protège pas - il fragilise. Le directeur ou la directrice qui ne peut pas se référer à un projet précis pour arbitrer les décisions difficiles est privé·e de l'une de ses ressources les plus importantes.

👉 Article 3 : Le projet associatif et la stratégie : du sens à l'action - comment élaborer un projet qui joue vraiment son rôle de boussole

L'amplitude du rôle : une richesse à double tranchant

flèches bois rouge vert

Diriger une petite association, c'est souvent être simultanément directeur général, DRH, directeur financier, chargé de communication, représentant institutionnel et chargé de mission opérationnel. Cette amplitude est vécue par beaucoup comme une richesse réelle - la variété des missions, la polyvalence forcée, la capacité à avoir un impact sur l'ensemble de la structure. Il n'y a pas de poste dans le secteur privé ou public qui offre cette combinaison de responsabilités à des niveaux comparables de taille d'organisation.

Cette amplitude crée aussi des compétences larges qui se construisent rapidement : un directeur·rice associatif de cinq ans d'expérience a généralement développé des savoir-faire en gestion sociale, en relations institutionnelles, en management d'équipes hétérogènes et en pilotage budgétaire que ses équivalents dans de grandes organisations n'ont souvent pas l'occasion de développer avant quinze ou vingt ans de carrière.

L'autre face de cette amplitude est la surcharge structurelle - nous y reviendrons plus loin.

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Construire du collectif, donner du sens aux autres

Une satisfaction spécifique à ce rôle, souvent nommée par les directeurs·rices qui y réfléchissent : la capacité à créer les conditions dans lesquelles des équipes trouvent du sens à leur travail. Construire une culture d'équipe qui articule engagement dans la mission et professionnalisme, créer des espaces où bénévoles et salariés collaborent efficacement, représenter une structure dont le travail produit des changements concrets dans la vie des bénéficiaires - ces dimensions sont des sources de satisfaction professionnelle difficiles à trouver ailleurs.

Elles supposent cependant que le directeur ou la directrice dispose lui-même ou elle-même d'un espace pour prendre du recul, pour réfléchir à ses pratiques et pour être accompagné·e. Ce qui est loin d'être systématique.

#3

Employé·e de ses employeurs bénévoles : une position structurellement inconfortable

La singularité de la position du directeur·rice ne tient pas seulement à l'amplitude de ses responsabilités. Elle tient à sa situation dans la structure de pouvoir de l'association - une situation qui génère des tensions que la plupart des descriptions du rôle ne nomment pas.

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À l'interface entre la gouvernance et les équipes

Le directeur ou la directrice est le seul acteur de l'association qui se trouve simultanément en relation avec la gouvernance bénévole (vers laquelle il ou elle est subordonné·e) et avec les équipes salariées (sur lesquelles il ou elle exerce l'autorité managériale).

Cette position d'interface est structurellement inconfortable : il ou elle doit traduire en décisions opérationnelles compréhensibles et acceptables des orientations dont il ou elle n'est pas toujours l'auteur, et rendre compte à une gouvernance des réalités de terrain que celle-ci ne voit souvent qu'à travers son propre prisme.

Matthieu Hély a analysé, dans Les métamorphoses du monde associatif, la tension structurelle entre la logique militante qui fonde les associations et la logique patronale que leur développement impose. Cette tension ne se résout pas - elle se manage. Et c'est le directeur ou la directrice qui en est le principal gestionnaire au quotidien, souvent sans que ce travail invisible soit reconnu comme tel.

La triple loyauté et ses impossibilités

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Le directeur ou la directrice doit simultanément sa loyauté à la mission de l'association (qui est sa raison d'être dans ce rôle), à la gouvernance bénévole (qui est son employeur), et aux équipes salariées (dont il ou elle est le responsable et le protecteur). Ces trois loyautés sont généralement compatibles - et se révèlent parfois radicalement contradictoires.

Exemple typique : une décision du CA qui contredit les engagements pris aux équipes, ou qui va à l'encontre de ce que le directeur·rice sait du terrain. Défendre la décision du CA est sa responsabilité hiérarchique. La questionner avant qu'elle soit prise est son devoir de conseil. En assumer les conséquences opérationnelles sans en avoir choisi les termes est son quotidien.

Cette triple contrainte n'est pas un dysfonctionnement - c'est la structure normale du rôle. Ce qui est dysfonctionnel, c'est quand aucun espace n'existe pour la nommer et la travailler.

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Quand la gouvernance fragilise plutôt qu'elle ne soutient

La relation entre le directeur·rice et sa gouvernance est le premier facteur de qualité ou de dégradation de ses conditions de travail. Plusieurs configurations fragilisantes sont fréquentes :

  • 📍L'instabilité du bureau : des changements fréquents de présidence ou de bureau créent une discontinuité dans les orientations et obligent le directeur·rice à reconstruire régulièrement la relation de confiance avec ses interlocuteurs gouvernants. Chaque nouveau bureau apporte sa propre vision - et le directeur est le seul à disposer de la mémoire institutionnelle complète.
  • 📍L'absence d'évaluation formalisée : beaucoup de directeurs·rices ne bénéficient d'aucun entretien annuel avec leur CA. L'absence de retour structuré les prive d'un espace de reconnaissance et de cadrage et les expose à une insécurité diffuse sur ce qu'on attend réellement d'eux. Cette situation est documentée dans l'article 6 de cette série.
  • 📍La confusion des rôles : des administrateurs qui interviennent dans l'opérationnel, qui donnent des instructions directement aux salariés, ou qui n'acceptent pas la délégation qu'ils ont pourtant formellement accordée créent une ambiguïté d'autorité qui place le directeur·rice dans une position impossible.
  • 📍L'isolement décisionnel : une gouvernance peu disponible, qui délègue largement mais sans fournir de cadre stratégique clair, laisse le directeur·rice sans appui dans les décisions difficiles. La solitude du manager est documentée ; dans les associations, elle est souvent amplifiée par l'absence de pairs internes et par la rareté des espaces de travail collectif avec d'autres directeurs·rices du secteur.

#4

Le piège de la vocation : quand l'engagement devient facteur de risque

Ce qui attire dans le travail associatif - la mission, le sens, l'engagement dans une cause - peut aussi devenir, sans qu'on le voie venir, un facteur d'exposition aux risques professionnels. Ce mécanisme n'est pas une faiblesse individuelle : c'est une dynamique organisationnelle documentée.

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La vocation comme ressource et comme angle mort

Le travail pour une cause crée une forme d'engagement qui dépasse le cadre ordinaire du contrat de travail. C'est cette caractéristique qui donne au travail associatif sa puissance motivationnelle. Et c'est elle qui peut rendre invisible certains signaux d'alerte.

Christina Maslach, dont les travaux ont fondé la conceptualisation du burnout dans les professions d'engagement, a montré que l'épuisement professionnel touche en priorité les personnes les plus investies - celles qui s'identifient le plus fortement à leur mission. Dans Burnout : The Cost of Caring, elle identifie trois dimensions du burnout : l'épuisement émotionnel (la sensation d'être vidé·e par les exigences du rôle), la dépersonnalisation ou cynisme (un détachement protecteur qui peut devenir destructeur), et la réduction du sentiment d'efficacité personnelle. La progression vers le burnout est d'autant plus insidieuse que l'engagement dans la mission masque les premiers signaux d'épuisement.

Pour un directeur·rice d'association, l'angle mort spécifique est le suivant : la mission justifie les efforts supplémentaires, les heures non comptées, les décisions prises seul·e tard le soir. Elle justifie aussi de ne pas demander d'aide, de ne pas signaler les difficultés, de ne pas poser de limites au CA. Ce n'est pas de la naïveté - c'est la logique normale d'un engagement fort. Ce qui manque, c'est l'espace pour examiner cette logique de l'extérieur.

La difficulté de défendre ses droits dans une organisation militante

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Christophe Dejours a analysé, dans Souffrance en France. La banalisation de l'injustice sociale, comment les travailleurs en viennent à normaliser des conditions de travail inacceptables - le silence sur la souffrance devenant une forme de loyauté au collectif. Ce mécanisme opère avec une intensité particulière dans les associations.

Un directeur·rice qui supporte des heures supplémentaires non compensées, une surcharge structurelle, une absence d'évaluation ou un CA instable sans les nommer est souvent mû par le sentiment que le signaler serait faire passer ses intérêts personnels avant la cause collective. Ce n'est pas une coïncidence : c'est précisément le mécanisme que Dejours décrit. Et il s'applique aux cadres dirigeants des associations au moins autant qu'aux salariés de terrain.

⚠️  Point de vigilance : Un directeur ou une directrice qui n'a pas de contrat de travail formalisé, qui n'a jamais eu d'entretien annuel avec son CA, qui cumule depuis des années des heures non récupérées, ou qui n'a jamais osé signaler une difficulté à sa gouvernance n'est pas dans une situation confortable - quelle que soit la qualité de sa relation personnelle avec les administrateurs. La bienveillance relationnelle ne remplace pas le cadre juridique et managérial.

Bonhomme en bois rouge

L'isolement professionnel : un risque spécifique à ce rôle

Yves Clot a développé, dans Le travail à cœur, le concept de « genre professionnel » : le corps collectif de savoirs, pratiques et normes qu'une communauté professionnelle partage. Ce genre professionnel est une ressource : il permet à chaque professionnel d'évaluer sa pratique par rapport à une norme partagée, de débattre de ce qui est « bien faire » avec des pairs, et de se situer dans une histoire collective plus large que son propre parcours.

La position du directeur·rice d'association le ou la prive structurellement d'une grande partie de cette ressource. Il ou elle n'a pas de pairs dans la structure - par définition, il ou elle est seul·e à ce niveau hiérarchique. Ses interlocuteurs naturels sont soit au-dessus (le CA, qui est son employeur et non son pair) soit en dessous (les équipes, dont il ou elle est le responsable). L'accès au genre professionnel des directeurs·rices associatifs suppose de le construire délibérément - par des réseaux sectoriels, des groupes de pairs, des formations spécifiques. Ce travail est rarement priorisé dans des agendas surchargés.

Les signaux d'alerte à reconnaître

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Sans tomber dans le catalogue clinique - qui n'est pas l'objet de cet article - quelques signaux méritent d'être nommés, parce qu'ils sont fréquemment rationalisés plutôt que traités :

  • 📍La difficulté à "décrocher" du travail - les soirs, les week-ends, les congés : quand la frontière entre le temps de travail et le temps personnel devient poreuse de façon chronique, ce n'est pas un signe de dévouement, c'est un signal d'alerte.
  • 📍La sensation de porter seul·e : quand on ne délègue plus - non par volonté de contrôle, mais parce qu'on n'a plus l'énergie d'expliquer, de former, de faire confiance - c'est souvent le signe d'un épuisement avancé.
  • 📍La perte de sens : quand la mission, qui était une ressource, commence à sembler creuse ou inaccessible - quand on fait « pour faire » - c'est l'une des formes les plus sérieuses d'épuisement associatif.
  • 📍L'irritabilité ou le cynisme croissants vis-à-vis des bénévoles, du CA ou des partenaires : quand le regard sur les personnes avec qui on travaille se détériore progressivement, c'est souvent le signe d'un déséquilibre qui dure depuis trop longtemps.

Ces signaux ne sont pas des faiblesses. Ce sont des informations sur l'état de l'organisation autant que sur l'état de la personne. Les traiter comme des problèmes individuels - « je suis moins motivé·e qu'avant » - plutôt que comme des données sur la configuration du rôle est la principale erreur d'analyse qui retarde les décisions nécessaires.

#5

Repères pour exercer ce rôle de façon durable

🔖Pour les directeurs·rices

  • 📍Nommer ce qu'on vit - pas nécessairement à son CA, mais dans un espace qui le permet. Un groupe de pairs, un accompagnement individuel, un superviseur externe. L'absence d'espace pour parler du travail est elle-même un facteur de risque.
  • 📍Distinguer ce qui relève de la configuration du rôle de ce qui relève de ses propres limites. Beaucoup de difficultés vécues comme des défaillances personnelles sont en réalité des tensions structurelles du rôle. Les reconnaître comme telles est la première étape pour les traiter autrement.
  • 📍Se constituer un réseau de pairs - d'autres directeurs·rices d'associations de taille et de secteur comparables - comme espace de normalisation et de ressourcement professionnel. Ce réseau ne se constitue pas spontanément : il se construit et s'entretient.
  • 📍Formaliser sa propre relation de travail avec le CA : s'assurer qu'un entretien annuel existe, que les objectifs sont écrits, que la délégation est formalisée. Ces outils protègent autant le directeur·rice que la gouvernance.
  • 📍Traiter la formation et l'accompagnement comme des investissements, pas comme des luxes. Un directeur·rice qui ne se forme pas et ne se fait pas accompagner finit par gérer avec ses ressources propres - et seulement elles.

🔖Pour les dirigeants bénévoles qui les accompagnent

  • 📍Formaliser l'entretien annuel de la direction salariée - avec des objectifs écrits dérivés du projet associatif, un espace de retour réciproque, et une attention explicite aux conditions de travail.
  • 📍S'interroger régulièrement sur l'équilibre de la délégation : est-ce qu'on donne au directeur·rice les moyens - humains, financiers, décisionnels - de faire ce qu'on lui demande de faire ? Une délégation sans moyens est une source structurelle d'épuisement.
  • 📍Créer les conditions pour que la direction puisse signaler les difficultés sans que ce soit vécu comme un aveu d'incompétence. Cela suppose une relation de confiance qui se construit dans la durée, pas seulement dans les moments de crise.
  • 📍Soutenir activement l'accès du directeur·rice à des espaces de développement professionnel : formations, supervisions, groupes de pairs. Ce n'est pas un avantage - c'est un investissement dans la durabilité de la fonction.

🔖Les ressources collectives adaptées à cette position

Trois formats sont particulièrement adaptés à la position du directeur·rice d'association, parce qu'ils prennent en compte à la fois la singularité du rôle et le besoin de sortir de l'isolement :

  • 📍Le codéveloppement professionnel : une méthode de travail en groupe de pairs où chacun présente tour à tour une situation professionnelle réelle. Elle permet de bénéficier de l'intelligence collective d'un groupe de pairs sur des problématiques concrètes, tout en développant sa capacité à analyser sa propre pratique. Particulièrement adapté aux directeurs·rices qui ont peu d'espaces pour parler de leur travail.
  • 📍Le coaching professionnel : un accompagnement individuel centré sur les ressources et les objectifs de la personne, qui permet de travailler la posture, les modes de décision, la relation à l'autorité et au sens. Adapté aux transitions de poste, aux périodes de tension avec la gouvernance, ou aux questionnements sur l'avenir professionnel.
  • La supervision : un accompagnement régulier, souvent collectif, centré sur les situations de travail et leurs effets sur la personne. Développée dans les métiers du soin et de l'accompagnement, elle est de plus en plus mobilisée par les directeurs·rices de structures qui portent des problématiques humaines complexes.

Ces trois formats ne s'excluent pas - ils répondent à des besoins différents et peuvent se compléter. Ce qu'ils ont en commun : ils créent un espace hors de la structure pour travailler la posture professionnelle avec la rigueur qu'elle mérite.

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Conclusion

Diriger une association, c'est exercer un rôle exigeant, souvent sous-estimé dans sa complexité réelle, et porteur d'une satisfaction professionnelle que peu d'autres fonctions offrent à ce niveau. Ce rôle est à part dans le paysage des organisations - non pas parce qu'il serait supérieur ou inférieur à d'autres, mais parce qu'il a ses propres règles, ses propres tensions et ses propres ressources.

Ce qui protège les directeurs·rices associatifs dans la durée, ce n'est pas l'effacement de ces tensions - elles sont structurelles et ne disparaîtront pas. C'est la capacité à les nommer, à trouver des espaces pour les travailler, et à construire des conditions d'exercice du rôle qui prennent au sérieux à la fois la mission et la personne qui la porte.


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🗃️ Dans la même série : « L'écosystème associatif - Gouverner, manager et travailler - Réalités humaines de terrain » :
#1Associations employeuses : ce que ça change, concrètement
#2La gouvernance démocratique en association : fonctionnement et effets concrets sur les équipes
#3Le projet associatif et la stratégie : du sens à l'action
#4Être employeur en association : une responsabilité qui ne s'improvise pas
#5Bénévoles et salariés dans une association : deux logiques, une mission
#6  Travailler pour une cause : richesses et tensions du travail associatif
#7Dirigeants associatifs : comment améliorer l'accompagnement de votre direction salariée ?
Construire une démarche de prévention des RPS adaptée dans une petite ou moyenne organisation

Construire une démarche de prévention des RPS adaptée dans une petite ou moyenne organisation

▶️ Série "Santé au travail et RPS" | Acte 4 - Prévenir les RPS durablement #18

Dix-sept articles pour comprendre les RPS, les reconnaître dans votre organisation, en mesurer les conséquences. Reste la question la plus difficile : comment passe-t-on à l'action, concrètement, dans une petite structure sans service RH dédié ? Cet article aborde ce qui rend la prévention difficile dans une PMO, les principes d'une approche adaptée, les acteurs à mobiliser — et comment tenir dans la durée. Pour la méthode de diagnostic en 6 étapes, référez-vous à l'article #2 de cette série.

#1

Les obstacles spécifiques aux petites et moyennes organisation et leurs réponses

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Les réalités à prendre en compte

La prévention des RPS dans une petite ou moyenne organisation se heurte à des obstacles réels et documentés _ qui ne sont pas des excuses, mais des réalités à prendre en compte pour adapter la méthode.

⛔  Obstacle fréquent✅  La réponse
Pas le tempsCommencer petit : 2 heures pour relire le DUERP et identifier les risques les plus flagrants. La prévention prend du temps sur le court terme — elle en économise sur le long terme.
Pas les moyens financiersLa plupart des actions de prévention primaire ne coûtent rien : réorganiser la charge, instaurer un entretien de retour, clarifier les missions. Les outils financiers (FIPU, AGEFIPH, OPCO) prennent le relais pour les actions plus coûteuses.
Pas les compétences internesC'est précisément le rôle du médecin du travail, de l'IPRP et des ressources de l'ANACT. L'employeur n'a pas à tout savoir — il doit savoir à qui s'adresser et quand.
"Mes salariés ne se plaignent pas"L'absence de plainte n'est pas l'absence de problème. Elle peut signifier que les gens ont renoncé à dire, qu'ils ont peur de parler, ou qu'ils normalisent des conditions qui les abîment. Le silence est un signal, pas une garantie.
"C'est un problème individuel, pas collectif"Les RPS sont par définition des risques organisationnels — ils ont des causes dans l'organisation du travail, pas seulement dans les individus. Traiter les personnes sans traiter l'organisation produit des rechutes.
"La prévention, c'est pour les grandes entreprises"Les obligations légales s'appliquent dès le premier salarié. Et dans une PMO, l'impact d'un burnout ou d'un harcèlement non traité est proportionnellement plus fort qu'en grande structure — une seule situation peut ébranler tout un collectif.
"Je ne sais pas par où commencer"Par les signaux déjà visibles : absentéisme en hausse, turnover sur un service, tensions autour d'un manager, salarié en arrêt long. La démarche commence là où le problème est le plus visible.

 

#2

Quatre principes pour une démarche adaptée

Une démarche de prévention des RPS dans une petite ou moyenne organisation n'est pas la réduction d'une démarche de grande entreprise. C'est une démarche pensée pour les contraintes spécifiques des petites structures : peu de moyens, peu de temps, relations de proximité, absence fréquente de CSE.

Chiffre 1

Principe 1 — Partir du travail réel, pas des cases à cocher

La tentation de la conformité est réelle : faire un DUERP qui « couvre » les RPS, cocher les cases et passer à autre chose.

Cette approche ne protège ni les salariés ni l'employeur _ parce qu'elle ne change rien.

Ce qui change les choses, c'est de regarder ce qui se passe vraiment dans le travail : ce qui empêche les gens de faire du bon travail, ce qui les épuise, ce qui crée des tensions.

Exemple terrain : une auxiliaire de vie qui court d'une intervention à l'autre sans temps de trajet, qui « fait avec » parce que c'est le métier, et qui ne signale pas parce que tout le monde fait pareil.

Le DUERP peut « cocher » la charge de travail _ mais la prévention réelle commence quand on s'assoit avec l'équipe pour regarder ce qui se passe vraiment.

Principe 2 — Co-construire avec les équipes

Chiffre 2

La prévention des RPS ne se décrète pas depuis le bureau du dirigeant

Elle se construit avec ceux qui font le travail, parce qu'ils sont les seuls à savoir ce qui se passe vraiment, et parce que leur participation est la condition de l'efficacité des mesures.

La co-construction ne signifie pas que le dirigeant se dessaisit de ses responsabilités,  il reste décideur. Elle signifie qu'il construit les mesures avec les personnes concernées plutôt que pour elles.

La différence est majeure : une mesure co-construite est mieux acceptée, mieux adaptée, et dure plus longtemps.

Chiffre 3

Principe 3 — Agir sur les causes, pas sur les symptômes

C'est le principe le plus difficile à tenir. Prendre en charge les personnes en souffrance est nécessaire, mais insuffisant si les causes organisationnelles ne sont pas traitées.

Un salarié en burnout qui revient dans les mêmes conditions rechute. Un manager formé à la gestion du stress qui pilote une équipe en sous-effectif chronique ne peut rien faire de ses nouvelles compétences.

La question à se poser systématiquement n'est pas « comment aider cette personne » mais « qu'est-ce qui a rendu cette situation possible dans notre organisation ? ».

Principe 4 — Proportionner la démarche aux ressources disponibles

Chiffre 4

Une démarche de prévention n'a pas besoin d'être parfaite pour être utile. Dans une petite ou moyenne organisation, mieux vaut une démarche imparfaite mais réelle qu'un plan ambitieux jamais mis en œuvre.

La régularité et la continuité comptent plus que la sophistication.

#3

Les acteurs à mobiliser

Le dirigeant d'une petite ou poyenne organisation n'est pas seul face à la prévention des RPS. L'enjeu est de connaître les acteurs disponibles _ et de ne pas attendre une crise pour les contacter.

ActeurRôleQuand le solliciter
🏥  Médecin du travail / SPSTÉvaluation des risques, diagnostic de situations dégradées, préconisations d'aménagement, cellule PDPPrioritaire — premier interlocuteur à contacter dès les premiers signaux. Un simple appel suffit.
🔧  IPRPDiagnostic RPS terrain, co-construction du plan de prévention, animation d'espaces de dialogue, formation des équipes, enquête interneIntervient en complément d'un service RH interne ou en substitution dans les petites structures
📊  ANACT / ARACTRessources méthodologiques gratuites, outils d'autodiagnostic, formations, accompagnementRessources téléchargeables gratuitement sur anact.fr — idéal pour les PMO qui veulent aller à leur rythme
💰  OPCOFinancement de formations RPS, management, préventionÀ mobiliser pour financer la formation des managers et des équipes
⚖️  Inspection du travailInformation sur les obligations légales, intervention en cas de situation graveDisponible aussi pour du conseil préventif — pas uniquement en cas de problème

💡  Le médecin du travail : l'allié le plus sous-utilisé - Dans les PMO, le médecin du travail est souvent perçu comme une obligation administrative. C'est pourtant un acteur stratégique de la prévention, disponible pour des actions bien au-delà des visites médicales : diagnostic des conditions de travail, sensibilisation des équipes, conseil au dirigeant sur une situation dégradée, orientation vers les dispositifs PDP. 

#4

Ancrer la prévention dans le quotidien

La prévention des RPS n'est pas un projet, c'est une pratique. La difficulté n'est pas de démarrer, c'est de tenir. Voici les routines les plus simples et les plus efficaces.

Puzzle

Des routines à faible coût, fort impact

  • L'entretien de retour systématique : après tout arrêt — même court. Premier outil de détection du désengagement et des signaux RPS (voir article #14)
  • L'entretien individuel régulier : mensuel ou bimensuel, centré sur le vécu du travail. « Est-ce que tu as les moyens de faire du bon travail en ce moment ? » — cette question, posée sincèrement, vaut tous les questionnaires
  • La réunion d'équipe centrée sur le travail réel : 30 minutes par mois pour parler de ce qui empêche de bien faire, pas seulement de ce qui a été fait
  • La lecture régulière des indicateurs : absentéisme, arrêts, accidents du travail — une lecture mensuelle, même rapide, permet de détecter les signaux avant qu'ils ne s'aggravent

Les signaux qui doivent déclencher une action sans délai

Feu tricolore

⚠️ Repasser en mode actif si vous observez

🎯  La règle d'or - Agir sur les causes, pas seulement sur les personnes. Accompagner les individus en souffrance est nécessaire. Mais si l'organisation qui a produit cette souffrance ne change pas, d'autres personnes seront dans la même situation.

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Conclusion

La prévention des RPS dans une petite ou moyenne organisation ne commence pas avec un plan, elle commence avec une question : « Qu'est-ce qui, dans notre façon de travailler, empêche les gens de bien travailler et de tenir dans la durée ? »

Les outils et les méthodes existent, les acteurs sont disponibles, les ressources sont accessibles. Ce qui fait la différence entre les organisations qui avancent et celles qui restent bloquées, ce n'est pas le budget ni la taille _ c'est la décision de regarder en face ce qui se passe, et d'agir sur les causes. C'est aussi simple et aussi difficile que ça.


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🗃️ Dans la même série "Santé au travail et RPS " :

Acte 1 - Comprendre les RPS
#1RPS : comprendre les facteurs de risque et sortir des idées reçues
#2RPS : de l'évaluation à la prévention
Acte 2 – Repérer les manifestations des RPS dans votre organisation
#3Le stress au travail : comprendre, reconnaître et agir
#4La surcharge mentale : un enjeu majeur du monde du travail moderne
#5Le burnout
#6  Bore-out et brown-out : quand le travail ne nourrit plus
#7Dépression liée au travail : comprendre, reconnaître et agir
#8Les addictions en milieu professionnel : comprendre, reconnaître et agir
#9L’usure professionnelle : comprendre, prévenir et agir
#10Le harcèlement moral au travail : comprendre, prévenir et agir
#11Le harcèlement vertical ascendant : reconnaître, comprendre et agir
#12Harcèlement sexuel et agissements sexistes au travail : définition, signaux et obligations
#13Les violences externes au travail : comprendre, prévenir et réagir
Acte 3 – Identifier les conséquences pour l'organisation
#14L'absentéisme : comprendre, mesurer, agir
#15Le présentéisme : le coût invisible
#16Désengagement et turnover subi : reconnaître, mesurer et agir
#17La désinsertion professionnelle : comprendre et prévenir
Acte 4 - Prévenir les RPS durablement
#18Construire une démarche de prévention des RPS dans une petite ou moyenne organisation
Désengagement et turnover subi : reconnaître, mesurer et agir

Désengagement et turnover subi : reconnaître, mesurer et agir

▶️ Série "Santé au travail et RPS" | Acte 3 – Identifier les conséquences pour l'organisation #16

La démission d'un salarié clé n'est jamais vraiment une surprise _ elle est toujours précédée de signaux que l'organisation n'a pas su lire, ou qu'elle a lus trop tard. Le désengagement s'installe progressivement, coûte cher avant même le départ, et le turnover qui s'ensuit coûte plus cher encore. Dans une petite structure, un seul départ non voulu peut ébranler durablement un collectif. Comprendre ces mécanismes, les mesurer et agir tôt : c'est l'objet de cet article.

#1

Définir : désengagement et turnover subi

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Le désengagement

L'engagement au travail mesure l'implication émotionnelle et intellectuelle d'un salarié dans son travail et son organisation. Gallup en propose chaque année un baromètre mondial — la référence la plus robuste disponible — à travers son rapport State of the Global Workplace.

Gallup distingue trois niveaux d'engagement :

  • 🟢Engagés : enthousiastes, impliqués, en lien avec les objectifs de l'organisation — ils constituent le moteur de la performance collective
  • 🟠Non engagés (quiet quitting) : présents mais passifs — ils font ce qu'on leur demande sans plus. C'est la zone du strict minimum
  • 🔴Activement désengagés : mécontents, négatifs — ils nuisent activement à la dynamique collective en exprimant leur ressentiment
IndicateurSGW 2025 — données 2024SGW 2026 — données 2025
Engagement mondial21 % — en baisse vs 23 % en 202320 % — plus bas niveau depuis 2020
Désengagement actif mondial17 % — en hausseNon précisé (tendance aggravée)
Engagement en France8 % — légère progression vs 7 % en 20238 % — stable, toujours 36e/38 en Europe
Engagement en Europe13 % en moyenneNon actualisé — France reste en bas de classement
Engagement des managers mondial27 % — en baisse (vs 30 % précédemment)22 % — chute de 5 pts en un an, record absolu
Coût du désengagement438 milliards $ de perte de productivité~10 000 milliards $ — 9 % du PIB mondial
70 % de l'engagement d'une équipeAttribuable au manager directConfirmé — la crise des managers amplifie le problème

📌  Le signal majeur des éditions 2025 et 2026 : la crise des managers - Pour la première fois dans l'histoire du baromètre Gallup, les managers sont aussi désengagés que les collaborateurs qu'ils dirigent. L'engagement des managers est passé de 30 % à 27 % (SGW 2025), puis a chuté à 22 % en 2025 — une baisse de 5 points en un an, jamais enregistrée. Quand les managers se désinvestissent, c'est toute la dynamique d'équipe qui en pâtit. Source : Gallup — State of the Global Workplace 2025 et 2026 

💡  La France : en légère progression mais structurellement en bas du classement - 8 % des salariés français se déclarent engagés en 2024 (SGW 2025 — progression de 1 point vs 2023). La France reste cependant 36e sur 38 pays européens. En Europe, la moyenne est de 13 %. 70 % de l'engagement d'une équipe est attribuable directement au manager direct (Gallup, constante sur toutes les éditions).

Le turnover : subi ou voulu ?

vrai faux

Toutes les mobilités ne sont pas des problèmes. Il faut distinguer :

  • 📍Le turnover naturel : départs en retraite, fins de CDD prévues, mobilités internes — inévitables et sains
  • 📍Le turnover voulu : l'organisation met fin à des contrats qui ne fonctionnent pas
  • 📍Le turnover subi : des démissions ou ruptures non souhaitées de salariés que l'organisation souhaitait garder — c'est ce que cet article traite

#2

Les données françaises : ce que montrent les démissions

Les Mouvements de main-d'œuvre (MMO) publiés trimestriellement par la DARES — basés sur les déclarations sociales nominatives (DSN) de l'ensemble des établissements privés — constituent la référence officielle française sur les démissions. Source : DARES — « Les démissions » et « Les mouvements de main-d'œuvre des salariés du privé » — données trimestrielles disponibles sur dares.travail-emploi.gouv.fr.

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Les chiffres clés

  • 📍419 300 démissions de CDI au 3e trimestre 2025 en France métropolitaine (–2,0 % sur un trimestre), soit 463 800 démissions en incluant les ruptures anticipées de CDD (–1,5 %). Source : DARES MMO T3 2025
  • 📍1 986 700 démissions de CDI en 2023 — les démissions continuaient à progresser (+3,2 % vs 2022), dépassant très largement le niveau d'avant-crise (+20,1 %). Source : INSEE/DARES — Emploi, chômage, revenus du travail 2024
  • 📍~15 % de taux de rotation du personnel dans le secteur privé français — avec de très fortes disparités selon les secteurs : plus de 30 % dans le numérique et le commerce, moins de 8 % dans l'industrie. Source : INSEE/DARES
  • 📍72 % des démissionnaires CDI retrouvent un emploi salarié dans le secteur privé un an après leur démission — dont 44 % dans un secteur différent. Source : DARES/SISMMO
  • 📍45 % des ruptures de contrat ont lieu au cours de la première année — la phase d'intégration est décisive pour la fidélisation. Source : DARES 2023

💡  Le « Big Stay » — phénomène 2024-2025 - Depuis fin 2023, les démissions sont en repli. La DARES observe un recul des démissions de CDI de –2,0 % au T3 2025 et de –4,2 % au T2 2024. Ce phénomène — qualifié de « Big Stay » — traduit la prudence des salariés face aux incertitudes économiques et politiques : les salariés savent ce qu'ils quittent, mais pas ce qu'ils vont trouver. Attention : ce recul des démissions n'est pas synonyme d'engagement retrouvé. Il peut masquer un désengagement silencieux — des salariés qui restent mais n'y croient plus. C'est précisément ce que mesurent les données Gallup 2025-2026. Source : DARES — Mouvements de main-d'œuvre T2 et T3 2025

Le coût du désengagement — données IBET

Le désengagement est coûteux bien avant le départ. Selon l'Indice de Bien-Être au Travail (IBET) de Mozart Consulting / Territoria Mutuelle, calculé sur 19,5 millions de salariés du secteur privé, le désengagement coûte en moyenne 14 840 € par salarié et par an — intégrant absentéisme, perte de productivité, présentéisme et turnover.

  • Coût d'un départ et remplacement : entre 6 et 9 mois du salaire brut selon les études — incluant recrutement, formation, perte de productivité pendant la montée en compétence
  • Coût indirect : baisse de moral des équipes restantes, perte de mémoire organisationnelle, désorganisation — souvent non mesurés mais réels

#3

Comprendre le désengagement comme symptôme RPS

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Les facteurs de désengagement

Le désengagement n'est pas une attitude, c'est une réponse. Les salariés arrivent engagés. Ils se désengagent parce que quelque chose dans leur expérience du travail les y pousse.

Les facteurs les plus documentés par Gallup et l'ANACT :

  • 📍Le manque de reconnaissance : premier facteur de désengagement _ avant même la rémunération. Gallup confirme que 70 % de l'engagement d'une équipe dépend du manager
  • 📍Un management inefficace ou absent : la crise d'engagement des managers (22 % en 2025 selon Gallup SGW 2026) génère mécaniquement un désengagement des équipes — un manager désengagé ne peut pas maintenir l'engagement de son équipe
  • 📍L'absence de perspectives : sans perspective d'évolution ou d'apprentissage, le salarié se démotive _ particulièrement visible chez les moins de 35 ans
  • 📍Le sentiment d'injustice : inégalités de traitement perçues, décisions arbitraires, absence de transparence
  • 📍La perte de sens : brown-out (article #6) _ quand le salarié ne comprend plus à quoi sert son travail
  • 📍Les RPS non traités : stress chronique, surcharge, harcèlement non résolu — le désengagement est souvent la réponse de l'organisme à une situation insoutenable

⚠️  Le désengagement en PMO : une bombe à retardement - Dans une petite structure, un salarié désengagé est infiniment plus visible _ et plus impactant _ que dans une grande organisation. Trois personnes désengagées dans une équipe de dix représentent 30 % de la capacité collective dégradée. Et leur attitude négative contamine les autres plus vite, faute de masse critique pour diluer le signal.

La spirale du désengagement

toxique

Le désengagement progresse par étapes — chacune rend la suivante plus probable si rien n'intervient.

1🟡 Les signaux précurseurs
  • Micro-absentéisme en légère hausse
  • Moins d'initiatives et de propositions
  • Légère baisse de la qualité du travail
  • Retrait progressif des échanges informels
2🟠 Le désengagement installé
  • Présentéisme psychologique — présent mais absent
  • Refus croissant des tâches supplémentaires
  • Attitude négative ou cynique sur l'organisation
  • Absentéisme plus marqué, arrêts plus fréquents
3🔴 Le quiet quitting
  • Strict minimum — ni plus, ni moins
  • Aucune implication dans la vie collective
  • Recherche active d'emploi non déclarée
  • Dégradation de la relation avec le manager
4❌ La sortie
  • Démission (parfois surprise pour l'employeur)
  • Rupture conventionnelle négociée
  • Licenciement pour insuffisance professionnelle
  • Arrêt long pour épuisement avant le départ

#4

Reconnaître : les signaux managériaux

Précaution essentielle : ces signaux alertent — ils ne permettent pas de conclure seuls à un désengagement. C'est la durée, la systématicité et la combinaison de plusieurs signaux qui font le diagnostic.

Feu tricolore

Les différents niveaux de signaux

🔴 Signaux comportementaux

📊 Signaux organisationnels

L'entretien individuel régulier : premier outil de détection

bulles puzzle

Un entretien individuel régulier centré sur le vécu du travail est l'outil le plus simple et le plus efficace pour détecter le désengagement naissant.

Il ne s'agit pas de l'entretien annuel d'évaluation, mais d'échanges réguliers (mensuels ou bimensuels) où la question centrale est :

« Comment tu vis ton travail en ce moment ? Est-ce qu'il y a des choses qui t'empêchent de faire du bon travail _ ou qui te pèsent ? »

 Posée sincèrement, dans un cadre de confiance, cette question donne plus d'information que tout indicateur RH. Elle signale aussi à la personne qu'elle compte — ce qui est en soi un facteur protecteur contre le désengagement.

#5

Agir : fidéliser pour les bonnes raisons

La fidélisation ne se réduit pas à la rémunération. Elle commence par créer les conditions dans lesquelles les gens ont envie de rester _ pas seulement les moyens de ne pas partir.

action clap

Agir sur les facteurs de désengagement

  • 📍Reconnaître le travail fait : nommer ce qui est bien fait, pas seulement ce qui ne va pas. La reconnaissance est le premier facteur de réengagement documenté par Gallup
  • 📍Soutenir et former les managers : avec seulement 22 % des managers engagés dans le monde en 2025 (Gallup SGW 2026), investir dans le développement managérial est devenu la priorité absolue. Un manager désengagé désengage son équipe
  • 📍Offrir des perspectives : mobilité interne, formation, nouvelles responsabilités — même dans une petite structure, il est possible de faire évoluer les personnes
  • 📍Traiter les RPS à la source : un plan d'action sur les conditions de travail est plus efficace que n'importe quelle politique RH de fidélisation en surface
  • 📍Être transparent : les salariés tolèrent les décisions difficiles beaucoup mieux qu'ils ne tolèrent de ne pas comprendre leur logique

Gérer un départ non voulu

mains accord

🔖Quand le départ semble inéluctable

  • Ne pas laisser le salarié dans le flou : une discussion franche permet de préparer la transition
  • Proposer une rupture conventionnelle si les conditions le permettent : une sortie négociée préserve la relation et la réputation employeur
  • Ne pas chercher à retenir à tout prix : si les causes du désengagement n'ont pas été traitées, la personne qu'on retient repart souvent dans les six mois

🔖L'entretien de sortie

  • L'entretien de sortie ("exit interview") est une ressource précieuse et sous-exploitée. Une conversation franche avec un salarié qui part révèle souvent les vraies causes du départ et peut orienter les actions de prévention pour les suivants
  • Questions utiles : « Qu'est-ce qui aurait pu faire que vous restiez ? », « Y a-t-il quelque chose que nous aurions pu faire différemment ? »

🔖Après un départ

  • Ne pas surcharger les salariés restants de façon permanente : le risque de désengagement en cascade est réel
  • Communiquer sur le recrutement et la réorganisation pour éviter l'incertitude
  • Identifier si le départ révèle une cause systémique à traiter
papier

Conclusion

Le désengagement n'est jamais une surprise pour celui qui part — il est toujours une surprise pour celui qui reste, parce qu'il n'a pas su lire les signaux ou qu'il a choisi de ne pas les voir.

Les données Gallup 2025 et 2026 apportent un signal inédit : les managers eux-mêmes sont désengagés. Avec seulement 22 % des managers engagés dans le monde, la crise ne touche plus seulement les équipes — elle touche ceux qui ont la charge de les maintenir en mouvement. Dans une PMO, un manager désengagé qui pilote une petite équipe représente un risque systémique réel.

Parallèlement, les données DARES montrent un recul des démissions depuis 2024 — le « Big Stay » — qui ne doit pas être confondu avec un retour de l'engagement. Les salariés restent, mais nombreux sont ceux qui ne sont là qu'en apparence. C'est précisément la situation que les dirigeants de PMO doivent apprendre à lire : pas seulement qui part, mais qui reste sans y croire

La réponse : des conditions de travail qui permettent vraiment de travailler, une reconnaissance sincère, des managers soutenus et formés, des perspectives réelles. Ces conditions ne se décrètent pas — elles se construisent, dans la durée, avec les personnes concernées.


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🗃️ Dans la même série "Santé au travail et RPS " :

Acte 1 - Comprendre les RPS
#1RPS : comprendre les facteurs de risque et sortir des idées reçues
#2RPS : de l'évaluation à la prévention
Acte 2 – Repérer les manifestations des RPS dans votre organisation
#3Le stress au travail : comprendre, reconnaître et agir
#4La surcharge mentale : un enjeu majeur du monde du travail moderne
#5Le burnout
#6  Bore-out et brown-out : quand le travail ne nourrit plus
#7Dépression liée au travail : comprendre, reconnaître et agir
#8Les addictions en milieu professionnel : comprendre, reconnaître et agir
#9L’usure professionnelle : comprendre, prévenir et agir
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#11Le harcèlement vertical ascendant : reconnaître, comprendre et agir
#12Harcèlement sexuel et agissements sexistes au travail : définition, signaux et obligations
#13Les violences externes au travail : comprendre, prévenir et réagir
Acte 3 – Identifier les conséquences pour l'organisation
#14L'absentéisme : comprendre, mesurer, agir
#15Le présentéisme : le coût invisible
#16Désengagement et turnover subi : reconnaître, mesurer et agir
#17La désinsertion professionnelle : comprendre et prévenir
Acte 4 - Prévenir les RPS durablement
#18Construire une démarche de prévention des RPS dans une petite ou moyenne organisation
Le présentéisme : le coût invisible

Le présentéisme : le coût invisible

▶️ Série "Santé au travail et RPS" | Acte 3 – Identifier les conséquences pour l'organisation #15

L'absentéisme se voit. Le présentéisme, non. Pourtant, un salarié qui vient travailler avec un état de santé dégradé _ physique ou psychologique _ coûte souvent plus cher à l'organisation que s'il était absent. Moins productif, plus sujet aux erreurs, plus susceptible de fragiliser le collectif et d'aggraver sa propre condition : le présentéisme est le coût que personne ne mesure, et que tout le monde paie.

#1

Définir : qu'est-ce que le présentéisme ?

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Distinction entre présentéisme maladie et présentéisme psychologique

Le présentéisme désigne la situation d'un salarié qui se rend au travail malgré un état de santé dégradé _ physique ou psychologique _ qui altère sa capacité à accomplir correctement ses tâches.

Ce n'est pas de la paresse, ni de la mauvaise volonté : c'est une présence physique sans présence réelle.

Il se manifeste sous deux formes principales :

  • 📍Le présentéisme maladie : venir travailler avec une pathologie physique qui devrait justifier un arrêt _ grippe, douleurs musculo-squelettiques, migraine. Le salarié reste parce qu'il ne peut pas se permettre d'être absent, parce qu'il a peur des conséquences, ou parce que la culture de l'organisation le poussse à tenir
  • 📍Le présentéisme psychologique : être physiquement présent mais mentalement absent _ suite à un épuisement, une dépression, un burn-out naissant, un désengagement profond. La personne est là mais ne peut pas réellement travailler

💡  Présentéisme et quiet quitting : deux signaux du même problème - Le présentéisme psychologique rejoint ce que Gallup nomme le « quiet quitting » _ le salarié fait le strict minimum, sans jamais franchir la ligne de la faute professionnelle. Ces deux phénomènes partagent la même cause racine : des conditions de travail ou un contexte organisationnel qui ne permettent pas à la personne d'être vraiment là. → Lien avec l'article #16 — Désengagement et turnover subi

Ce qui distingue présentéisme et absentéisme

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🔴  Absentéisme

  • Le salarié est physiquement absent
  • L'absence est visible, déclarée, traçable
  • L'impact organisationnel est immédiat et quantifiable
  • La prise en charge médicale est plus probable
  • L'employeur peut gérer la situation en prévoyant un remplacement

🟠  Présentéisme

  • Le salarié est physiquement présent, mais peu ou pas opérationnel
  • L'état dégradé est invisible, souvent non déclaré
  • L'impact est diffus, cumulatif, difficile à mesurer
  • La pathologie peut s'aggraver sans prise en charge
  • L'employeur ne voit rien — et ne peut donc pas agir

📌  Le présentéisme coûte plus cher que l'absentéisme - Plusieurs études nord-américaines (notamment de l'Université de Stanford, citées par l'INRS) ont estimé que le présentéisme coûte 2 à 3 fois plus cher que l'absentéisme, pour les mêmes pathologies. En France, les données restent moins précises mais convergent dans le même sens. Source :  INRS.

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Mesurer : les données disponibles en France

L'enquête CT-RPS 2016 constitue la source française la plus robuste et la plus détaillée sur le présentéisme en lien avec les conditions de travail.

Elle a été conduite auprès de 27 000 individus et analysée par la DARES, la DGAFP et la DREES. Ses principaux enseignements sur le présentéisme ont été publiés dans DARES Analyses n° 024 (août 2020), complétés par le Document d'études DARES/DREES sur l'effet des conditions de travail sur la santé et le recours aux soins

Les chiffres clés

  • 27 % des jours de maladie se sont traduits par du présentéisme en 2016 : en moyenne, un salarié déclare 11 jours de maladie par an, dont 8 jours d'absence et 3 jours de présentéisme _ plus d'un jour sur quatre est donc travaillé en état de maladie
  • 62 % des salariés en France ont fait au moins 1 jour de présentéisme au cours de l'année 2015, contre 42 % en moyenne dans l'Union européenne (Eurofound, 6e enquête européenne sur les conditions de travail, 2016) — la France fait partie des pays européens à la plus forte propension au présentéisme
  • La propension au présentéisme varie fortement selon l'état de santé : 83 % des jours de maladie sont travaillés pour les salariés n'ayant que 1 à 2 jours de maladie par an, contre 21 % pour ceux cumulant plus de 15 jours
  • Les cadres non-encadrants : +4,6 points de propension au présentéisme par rapport aux professions intermédiaires, à état de santé comparable
  • Les seniors (60 ans et plus) : +10,2 points par rapport aux salariés de moins de 30 ans
  • Les salariés dans des petits établissements (moins de 10 salariés) : +6,6 points par rapport aux établissements de 10 salariés et plus — donnée particulièrement significative pour les petites et moyennes organisations

📌  Note méthodologique sur les données disponibles - L'enquête CT-RPS est conduite tous les 6 ans environ. La dernière édition disponible avec données sur le présentéisme est 2016. Aucune édition plus récente ne comporte les mêmes mesures à ce jour. Ces données restent la référence française en la matière.

#2

Conditions de travail et présentéisme : les liens documentés

L'apport majeur de l'enquête CT-RPS 2016 est de mesurer l'effet causal de chaque condition de travail sur la propension au présentéisme, indépendamment de l'état de santé des salariés. Ces résultats permettent d'identifier précisément les leviers organisationnels à actionner.

graphiques

Tableau des effets mesurés — à conditions de santé équivalentes

Lecture : les valeurs indiquent l'écart de propension au présentéisme par rapport aux salariés non exposés, toutes choses égales par ailleurs (état de santé, sexe, âge, secteur…). Source : DARES Analyses n° 024, août 2020, tableau 2 et graphique 2.

Condition de travailEffet sur la propensionAxe CT-RPS (enquête 2016)
Rapports conflictuels avec la hiérarchie+7,6 pts« Rapports sociaux – hiérarchie / Conflictuel »
Insécurité de l'emploi+7,1 pts« Insécurité de la situation de travail »
Travail normé (contraintes de rythme multiples)+6,9 pts« Intensité du travail / Travail normé »
Indifférence de la hiérarchie (ni soutien, ni attention)+6,6 pts« Rapports sociaux – hiérarchie / Indifférence »
Obligation d'impassibilité (hommes uniquement)+9,6 pts (hommes)« Exigences émotionnelles / Impassible »
Pression temporelle+6,1 pts« Intensité du travail / Pression temporelle »
Contact avec public en difficulté (empathique)+5,0 pts« Exigences émotionnelles / Empathique »
Temps de travail long et envahissant (> 40h, empiète sur vie privée)+4,8 pts« Temps de travail / Long et envahissant »
Sentiment de qualité empêchée (manque de moyens)+4,4 pts (+7,4 pts femmes)« Conflits de valeurs / Qualité empêchée »
Changements organisationnels importants+5,6 pts« Insécurité de la situation de travail »
Travail isolé ou collectif divisé–6,3 pts / –4,1 ptsMoins de présentéisme : absence de contrôle collectif
Violence physique subie dans l'année–8,0 ptsMoins de présentéisme : perte de solidarité collective

💡  Ce que ces données montrent concrètement - Ce n'est pas l'état de santé seul qui détermine le présentéisme — c'est surtout l'organisation du travail. Un salarié en bonne santé exposé à des rapports conflictuels avec sa hiérarchie ou à un travail intense va travailler malade dans une proportion bien supérieure à un salarié en moins bonne santé mais bien soutenu. Le présentéisme est donc un indicateur des conditions de travail _ pas seulement de la santé individuelle.

Les cinq groupes d'exposition et leur propension au présentéisme

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L'enquête CT-RPS 2016 identifie cinq groupes homogènes de salariés selon leurs profils d'exposition cumulée. Le groupe « très exposés » présente une propension au présentéisme supérieure de 18,9 points à celle des salariés peu ou pas exposés, à état de santé comparable.

Groupe d'exposition% salariésPropension au présentéisme (vs groupe réf.)Caractéristiques principales
Peu ou pas exposés33Réf.+2 expositions en moyenne — aucun facteur dominant
Risques physiques19+5,0 ptsContraintes physiques (93 %), travail normé (41 %), horaires décalés (40 %)
Sous-pression16+10,7 ptsPression temporelle (47 %), horaires longs (35 %), qualité empêchée (59 %), indifférence hiérarchique (52 %). Très souvent en contact direct avec le public (41 %)
Insécurisés19+4,9 ptsChangements organisationnels (69 %), insécurité emploi (24 %), collectif divisé (80 %)
Salariés très exposés13+18,9 pts8 expositions en moyenne : travail normé, manque d'autonomie, rapports conflictuels avec hiérarchie, violences morales, conflits éthiques, contraintes physiques

⚠️  Focus sur le groupe « sous-pression » _ profil "petite structure "fréquent - Ce groupe (+10,7 points) correspond souvent aux fonctions de service et de contact avec le public dans les petites et moyennes organisations : pas de manque d'autonomie notable, mais pression temporelle forte, qualité empêchée, indifférence de la hiérarchie. Ces salariés viennent travailler malades parce qu'ils ne peuvent pas se permettre de laisser tomber leurs interlocuteurs _ et parce qu'ils ne perçoivent pas de soutien suffisant pour s'autoriser à s'arrêter. Source : DARES Analyses n° 024, août 2020, tableau 3

domino doigt

L'effet des conditions de travail sur la santé _ et son lien indirect avec le présentéisme

Le Document d'études DARES/DREES  apporte un éclairage complémentaire : les mauvaises conditions de travail augmentent également le nombre annuel de jours de maladie :

  • 📍Rapports conflictuels avec la hiérarchie : +3,7 jours de maladie supplémentaires par an
  • 📍Violences physiques ou sexuelles : +5,5 jours de maladie supplémentaires
  • 📍Conflits éthiques (devoir faire des choses qu'on désapprouve, qualité empêchée) : +7 jours de maladie supplémentaires par an
  • 📍Contraintes physiques : +4,8 jours de maladie supplémentaires
  • 📍Insécurité de l'emploi : +4,4 jours de maladie supplémentaires

Ces chiffres sont cumulatifs avec les effets sur la propension au présentéisme : les mauvaises conditions de travail génèrent à la fois plus de jours de maladie ET une plus forte propension à venir travailler malgré la maladie. Les deux phénomènes se renforcent mutuellement.

#3

Comprendre : pourquoi les salariés viennent malgré tout ?

Le présentéisme n'est pas un choix libre, c'est une réponse à des contraintes, une pression culturelle ou une peur. En identifier les mécanismes est la condition pour agir.

collectif papier

Les facteurs individuels

  • 📍La peur des conséquences : peur d'être mal perçu, de perdre sa place, d'accumuler du retard _ particulièrement présente dans les organisations où l'absence est vécue comme une défaillance
  • 📍L'indispensabilité perçue : « si je ne suis pas là, ça ne tournera pas » _ fréquente chez les profils très engagés et les workaholiques
  • 📍La peur pour son emploi : l'insécurité de l'emploi est directement associée à une propension au présentéisme plus élevée (+7,1 pts, DARES CT-RPS 2016) _ la menace perçue sur l'emploi pousse à être présent à tout prix
  • 📍Le contrôle des pairs : l'enquête CT-RPS 2016 confirme que les normes collectives influencent fortement la décision de venir ou non _ les salariés intègrent les attentes implicites du collectif

Les facteurs organisationnels

rouages équipe
  • 📍La pression temporelle et le travail intense : quand la charge est forte, le salarié anticipe la montagne de travail qui l'attend à son retour et préfère venir malgré la maladie (+6,9 pts pour le travail normé, +6,1 pts pour la pression temporelle)
  • 📍La qualité empêchée : ne pas avoir les moyens de faire un bon travail génère un sentiment de responsabilité exacerbé _ la personne vient parce qu'elle ne peut pas se permettre de ne pas être là pour « gérer » (+4,4 pts, +7,4 pts pour les femmes)
  • 📍Le contact avec un public en difficulté : les salariés en situation empathique (« devoir calmer des gens », « contact avec des personnes en détresse ») ont une propension au présentéisme de 5 points supérieure _ le présentéisme peut y être vécu comme une forme de solidarité envers les usagers
  • 📍La culture du présentiel : dans certaines organisations, être présent est valorisé en soi indépendamment de la qualité du travail _ cela crée une norme implicite qui rend l'absence difficile à assumer

⚠️  Le piège du présentéisme en petite ou moyenne organisation - Dans une petite structure, la pression à « tenir » est particulièrement forte : l'absence visible de chacun pèse plus lourd, et le dirigeant peut observer avec satisfaction que « tout le monde est là » sans percevoir que certains ne sont là qu'en apparence. Les données DARES confirment que les petits établissements présentent une propension au présentéisme supérieure de +6,6 points _ justement parce que l'absence de chacun se ressent davantage.

#4

Reconnaître : les signaux observables

Le présentéisme est difficile à repérer _ par définition, le salarié est présent. Ces signaux sont des alertes, non des diagnostics.

🟠 Signaux à observer chez un salarié

📊 Signaux organisationnels à suivre

#5

Agir : réduire le présentéisme

Le présentéisme se traite à la source _ les données DARES le confirment : c'est l'organisation du travail qui génère la propension au présentéisme, pas l'état de santé seul.

Rouages

Agir sur les facteurs organisationnels identifiés

  • 📍Réduire la pression temporelle et le travail normé : les deux premiers facteurs de propension au présentéisme. Réguler la charge, clarifier les priorités, éviter la « todo list infinie »
  • 📍Soigner les relations managériales : les rapports conflictuels avec la hiérarchie génèrent +7,6 points de propension au présentéisme _ un des effets les plus importants de toute l'étude. Investir dans la formation des managers est aussi un investissement contre le présentéisme
  • 📍Lutter contre la qualité empêchée : donner aux salariés les moyens de faire un bon travail réduit la culpabilité qui les pousse à venir malgré la maladie
  • 📍Soutenir les salariés en contact avec le public : particulièrement exposés (+5 pts), ils ont besoin d'espaces de décompression et de récupération
  • 📍Réduire l'insécurité de l'emploi : plus facile à dire qu'à faire _ mais une communication transparente sur l'avenir de l'organisation réduit l'insécurité perçue et donc la propension au présentéisme

Agir sur la culture organisationnelle

Main rouage
  • 📍Nommer explicitement que la présence malade n'est pas une vertu : un message clair du dirigeant _ « si vous n'êtes pas en état, rentrez chez vous » _ change la norme implicite
  • 📍Valoriser la qualité de présence, pas la quantité : reconnaître le travail fait, pas les heures affichées
  • 📍Ne jamais valoriser publiquement le fait d'être « toujours là même malade » : c'est institutionnaliser le présentéisme
  • 📍Organiser les remplacements et la polyvalence : que l'absence d'une personne soit absorbable sans que le collectif s'effondre _ les données DARES montrent que le présentéisme est plus fort dans les petits établissements précisément parce que chaque absence est perçue comme critique
Feu tricolore

Face à un salarié visiblement en état de présentéisme

  • 📍Lui proposer de rentrer ou de se reposer, sans pression ni culpabilisation
  • 📍Ne pas renforcer la culpabilité en valorisant son « courage » d'être venu
  • 📍Orienter vers le médecin du travail si le présentéisme s'installe dans la durée, c'est le signe d'une situation qui dépasse l'épisode maladif ponctuel
papier

Conclusion

Le présentéisme est le coût que l'organisation paie pour ne pas avoir créé les conditions permettant à ses salariés de s'arrêter sans crainte. Les données DARES le confirment avec précision : ce n'est pas l'état de santé qui détermine principalement la décision de venir travailler malade _ c'est l'organisation du travail.

Les facteurs les plus puissants sont précisément ceux que le dirigeant ou le manager peut agir : la qualité des relations managériales, la régulation de la charge, la lutte contre la qualité empêchée, et la culture du présentiel. Aucun ne nécessite un budget — ils nécessitent une décision et une attention.

Dans une petite ou moyenne organisation, les données DARES apportent un signal spécifique : la propension au présentéisme est systématiquement plus élevée dans les petits établissements (+6,6 points). La proximité des relations et l'importance de chaque présence individuelle créent une pression sociale réelle. Le dirigeant qui normalise la présence malade ne fait pas un cadeau à ses équipes _ il les abîme lentement.


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🗃️ Dans la même série "Santé au travail et RPS " :

Acte 1 - Comprendre les RPS
#1RPS : comprendre les facteurs de risque et sortir des idées reçues
#2RPS : de l'évaluation à la prévention
Acte 2 – Repérer les manifestations des RPS dans votre organisation
#3Le stress au travail : comprendre, reconnaître et agir
#4La surcharge mentale : un enjeu majeur du monde du travail moderne
#5Le burnout
#6  Bore-out et brown-out : quand le travail ne nourrit plus
#7Dépression liée au travail : comprendre, reconnaître et agir
#8Les addictions en milieu professionnel : comprendre, reconnaître et agir
#9L’usure professionnelle : comprendre, prévenir et agir
#10Le harcèlement moral au travail : comprendre, prévenir et agir
#11Le harcèlement vertical ascendant : reconnaître, comprendre et agir
#12Harcèlement sexuel et agissements sexistes au travail : définition, signaux et obligations
#13Les violences externes au travail : comprendre, prévenir et réagir
Acte 3 – Identifier les conséquences pour l'organisation
#14L'absentéisme : comprendre, mesurer, agir
#15Le présentéisme : le coût invisible
#16Désengagement et turnover subi : reconnaître, mesurer et agir
#17La désinsertion professionnelle : comprendre et prévenir
Acte 4 - Prévenir les RPS durablement
#18Construire une démarche de prévention des RPS dans une petite ou moyenne organisation
L’absentéisme : comprendre, mesurer, agir

L’absentéisme : comprendre, mesurer, agir

▶️ Série "Santé au travail et RPS" | Acte 3 – Identifier les conséquences pour l'organisation #14

L'absentéisme augmente depuis des années et atteint des niveaux records dans certains secteurs. Mais un taux ne dit pas grand-chose de lui-même _ c'est ce qu'il révèle qui importe. Dans une petite ou moyenne organisation, quelques jours d'absence répétés sur le même poste ou le même manager sont un signal d'alarme autrement plus parlant que la moyenne nationale. Comprendre les mécanismes, mesurer correctement, zoomer sur la dimension RPS, et savoir gérer les arrêts et les retours : c'est l'objet de cet article.

#1

Comprendre : qu'est-ce que l'absentéisme ?

Livra lampe ampoule

Définition

L'absentéisme au travail désigne l'ensemble des absences non prévues et non planifiées des salariés _ hors congés payés, RTT, congés maternité/paternité et absences autorisées. Il regroupe les arrêts maladie ordinaires, les accidents du travail et les maladies professionnelles.

L'absentéisme n'est pas une défaillance individuelle, c'est un symptôme organisationnel. Il exprime une inadéquation entre les exigences du travail et les ressources disponibles. En 2025, la santé mentale a été érigée en Grande Cause nationale _ signe que la puissance publique reconnaît l'ampleur du problème (source : Groupe APICIL, Observatoire des arrêts de travail 2025).

Les cinq typologies d'absentéisme

Flèche
TypeDuréeCe qu'il révèleLevier prioritaire
Micro-absentéisme< 3 joursClimat social dégradé, management sous tension, charge mal répartie, désengagement — signal RPS le plus sensible. En hausse en 2024 : 21,92 % des arrêts (vs 19,68 % en 2023)Diagnostic management et conditions de travail — entretien de retour dès le 1er arrêt
Court3 à 7 joursPathologies bénignes, mais si répétés : accumulation de fatigue ou malaise. Les plus fréquents : 39,17 % des arrêts (APICIL 2025)Entretien de retour systématique, suivi médecin du travail
Intermédiaire8 à 30 joursPathologies plus sérieuses — TMS, RPS, maladie. 24,85 % des arrêts (APICIL 2025)Visite de pré-reprise, préparation du retour, EPP si applicable
Long31 à 90 joursTMS sévères, burnout, dépression — souvent l'aboutissement d'une situation non traitée en amont. 8,93 % des arrêtsPlan de retour structuré, éventuel aménagement de poste
Très long> 90 joursRPS sévères et TMS chroniques : 5,13 % des arrêts mais poids financier et humain disproportionné. Pathologies psychologiques > 40 % des dossiers de suivi médical (APICIL 2025)Prévention de la désinsertion professionnelle — dispositifs loi du 2 août 2021 — voir article #17

 

💡  Le micro-absentéisme : l'indicateur RPS le plus sensible - Des arrêts courts et répétés (< 3 jours) révèlent souvent un malaise au travail — désengagement, surcharge, tensions managériales — avant d'aboutir à un arrêt long. En 2024, la part des arrêts de moins de 3 jours a progressé à 21,92 % des arrêts (vs 19,68 % en 2023), signalant une dégradation du micro-absentéisme. Source : APICIL / Groupe JLO — Observatoire des arrêts de travail 2025

#2

Les données 2024 — sources officielles

Les données ci-dessous proviennent exclusivement de sources officielles ou institutionnelles françaises, publiées en 2025 sur les données 2024. 

données analyse indicateurs

Taux d'absentéisme et tendances — données 2024

DonnéeValeur 2024Source
Taux d'absentéisme moyen secteur privé4,41 % (hausse vs 4,27 % en 2023)APICIL / Groupe JLO — Observatoire 2025
Part de salariés ayant eu au moins un arrêt26,98 % en 2024 (vs 26,32 % en 2023)APICIL / Groupe JLO 2025
Durée moyenne des arrêts19,85 jours en 2024 (vs 19,64 en 2023)APICIL / Groupe JLO 2025
9 arrêts sur 10 dus à la maladie90,94 % des arrêts — maladie ordinaire dominanteAPICIL / Groupe JLO 2025
Hausse des maladies professionnelles+ 6,7 % en 2024 dont TMS +6,6 % (90 % des MP)Assurance Maladie — Rapport AT/MP 2024, nov. 2025
Affections psychiques reconnues en MP1 805 cas en 2024 (+9 %) — plus que doublé depuis 2020 (840 cas). 73 % sont des dépressionsAssurance Maladie / Eurogip — jan. 2026
AT liés à des affections psychiques ou RPSPrès de 29 000 AT reconnus en 2024 — 5 % de l'ensembleAssurance Maladie — Essentiel 2024, jan. 2026
IJ versées au titre AT/MP4,9 milliards € — pour la 1ère fois, 1er poste de dépenses de la branche AT/MPAssurance Maladie — Rapport AT/MP 2024, nov. 2025
Jeunes actifs (< 30 ans) avec arrêt en 202449 % — soit +7 points vs moyenne des salariésMalakoff Humanis — Baromètre Absentéisme 2025
Troubles psychologiques chez les jeunes22 % des jeunes arrêtés (< 30 ans) l'ont été pour troubles psychologiques (+6 pts vs 2019)Malakoff Humanis — Baromètre Absentéisme 2025
Maladies pro psychosociales+ 117 % entre 2019 et 2023 (données Assurance Maladie citées par APICIL)Assurance Maladie, cité dans APICIL 2025

Les indicateurs complémentaires à suivre en petites et moyennes organisations

graphiques
  • 📍Taux par service / équipe / manager : un absentéisme concentré sur un périmètre précis est un signal de dysfonctionnement local
  • 📍Fréquence des arrêts : nombre d'arrêts par salarié — distingue les absences concentrées des absences diffuses
  • 📍Durée moyenne par arrêt : une durée qui s'allonge signale des pathologies plus lourdes ou un retour difficile à organiser
  • 📍Taux de récidive : proportion de salariés ayant eu au moins deux arrêts sur la période — indicateur de désengagement ou de condition non résolue
  • 📍Répartition par motif : maladie ordinaire / AT / maladie professionnelle — permet d'identifier le levier prioritaire

💡Taux d'absentéisme  =  Nombre de jours d'absence sur la période  ÷  (Effectif × Nombre de jours ouvrés de la période)  ×  100

Exemple : 10 jours d'absence sur 20 salariés × 22 jours ouvrés = 440 jours possibles → taux = 10/440 × 100 = 2,27 %

Le coût réel de l'absentéisme pour l'employeur

Le coût de l'absentéisme est systématiquement sous-estimé parce que seul son volet direct est visible. Le coût indirect est souvent deux à trois fois supérieur.

  • 📍Coût direct : maintien de salaire pendant le délai de carence, indemnités complémentaires selon la convention collective, cotisations prévoyance
  • 📍Coût de remplacement : intérim, heures supplémentaires, recours à un prestataire _ dans une petite structure, le recours à l'intérim pour un poste spécialisé peut coûter très cher
  • 📍Coût de désorganisation : révision des plannings, perte de continuité de service, dégradation de la relation client, répartition de la charge sur les présents _ avec risque d'épuisement en cascade
  • 📍Coût de perte de compétences : sur un long arrêt, le salarié absent est difficile à remplacer et son retour nécessite un temps de réadaptation

#3

Comprendre la dimension RPS : l'absentéisme comme signal

flèches

L'absentéisme RPS : une réalité en forte hausse

Les données 2024 sont sans ambiguïté : les risques psychosociaux sont devenus la première cause d'arrêts longs. L'Observatoire APICIL 2025 confirme que les pathologies psychologiques (fatigue psychologique, burnout, dépression) pèsent pour plus de 40 % des dossiers d'arrêts longs faisant l'objet d'un suivi médical.

Encore plus significatif : les maladies professionnelles liées aux troubles psychosociaux ont augmenté de 117 % entre 2019 et 2023 selon l'Assurance Maladie. Ce n'est pas une crise passagère _ c'est une tendance structurelle.

La relation absentéisme ↔ RPS : dans les deux sens

Flèches

L'absentéisme et les RPS entretiennent une relation bidirectionnelle que les dirigeants de petites et moyennes organisations doivent comprendre pour agir au bon endroit :

  • 📍Les RPS causent l'absentéisme : stress chronique (article #3), surcharge mentale (article #4), burnout (article #5), dépression (article #7), harcèlement (articles #10-12), violences (article #13) _ chacun de ces risques augmente mécaniquement la probabilité d'arrêt
  • 📍L'absentéisme aggrave les RPS : la désorganisation générée par les absences augmente la charge de travail des présents, dégrade le collectif et peut déclencher de nouveaux arrêts _ c'est le mécanisme de la spirale d'absentéisme
  • 📍Les arrêts longs non accompagnés conduisent à la désinsertion : un salarié en arrêt prolongé pour raison psychologique qui n'est pas accompagné dans son retour risque de ne jamais revenir _ voir article #17

⚠️  Ce que l'absentéisme RPS révèle dans une petite ou  moyenne organisation - Dans une petite structure, un arrêt long pour burnout ou dépression ne se produit jamais dans le vide. Il signale presque toujours une situation dégradée depuis plusieurs mois : surcharge non régulée, management sous tension, relations professionnelles abîmées, perte de sens. L'arrêt est l'aboutissement — pas la cause. La bonne question n'est pas « comment faire rentrer ce salarié plus vite ? » mais « qu'est-ce qui a contribué à cet arrêt, et qu'est-ce qui doit changer ? »

loupe

Identifier les facteurs RPS qui alimentent l'absentéisme

Les baromètres et les recommandations de l'ANACT identifient plusieurs facteurs organisationnels directement liés à l'absentéisme RPS. Ils peuvent être évalués dans le DUERP :

  • 📍Surcharge de travail et pression temporelle : premier facteur _ quand la charge dépasse les ressources disponibles sur une durée prolongée
  • 📍Manque de reconnaissance : facteur protecteur quand il est présent, facteur d'épuisement quand il est absent _ le sentiment d'iniquité est particulièrement délétère
  • 📍Manque d'autonomie : un salarié qui n'a aucune marge de manœuvre face à ses contraintes est en position de vulnérabilité RPS élevée
  • 📍Relations de travail dégradées : tensions managériales, conflits non résolus, ambiance collective détériorée _ très prédictifs d'un absentéisme qui s'installe
  • 📍Perte de sens : un salarié qui ne comprend plus à quoi sert son travail ou qui ne peut pas faire du bon travail se désengage progressivement _ bore-out (article #6), puis absentéisme

#4

Agir : prévenir, gérer les arrêts, organiser le retour

prévention

Prévenir : agir sur les causes

  • 📍Évaluer les risques dans le DUERP : identifier les postes, équipes et situations à risque (surcharge, isolement, management difficile, pénibilité)
  • 📍Réguler la charge de travail : adapter les effectifs aux flux, prioriser les missions, clarifier les périmètres
  • 📍Renforcer la reconnaissance : nommer ce qui est bien fait _ premier facteur protecteur contre l'épuisement
  • 📍Former les managers : à repérer les signaux précoces et adapter leur posture
  • 📍Créer des espaces de dialogue sur le travail réel : permettre aux salariés d'exprimer les difficultés avant qu'elles ne deviennent des arrêts

Gérer les arrêts courts répétés : l'entretien de retour

Main dialogue

L'entretien de retour est l'outil le plus puissant et le plus sous-utilisé dans les petites et moyennes organisations. Il n'est pas un interrogatoire _ c'est un moment d'écoute qui permet de comprendre et de prévenir la récidive.

✅ L'entretien de retour — bonnes pratiques

📌  L'entretien de retour est-il obligatoire ? - L'entretien de retour après arrêt maladie n'est pas une obligation légale générale en droit du travail. Certaines conventions collectives le prévoient — vérifier la convention applicable. Il est fortement recommandé par l'ANACT comme pratique de prévention secondaire. Dans les petites et moyennes organisations, sa mise en place volontaire est un signal fort : l'absence n'est pas ignorée, mais elle n'est pas punitive non plus.

Main rouage

Les dispositifs de maintien en emploi et prévention de la désinsertion professionnelle

La loi du 2 août 2021 pour renforcer la prévention en santé au travail a instauré ou renforcé plusieurs dispositifs obligatoires que l'employeur doit connaître et mobiliser lors des absences longues :

  • 📍Rendez-vous de liaison (Art. L. 1226-1-3 Code du Travail) : dès 30 jours d'arrêt consécutifs ou discontinus, l'employeur peut organiser ce rendez-vous non médical pour maintenir le lien avec le salarié et l'informer des actions PDP disponibles. L'employeur a l'obligation d'informer le salarié de l'existence de ce dispositif
  • 📍Visite de pré-reprise : à organiser avec le médecin du travail idéalement 4 à 6 semaines avant la reprise _ pour anticiper les aménagements nécessaires. Peut être demandée par le salarié, le médecin traitant ou le médecin conseil
  • 📍Visite de reprise (Art. R. 4624-31 Code du Travail) : obligatoire avant ou le jour de la reprise, après tout arrêt de plus de 30 jours. L'employeur doit l'organiser _ son absence peut engager sa responsabilité
  • 📍Essai encadré : permet de tester les capacités du salarié à reprendre son poste avant la reprise officielle, sans rompre l'arrêt de travail
  • 📍Temps partiel thérapeutique : sur prescription médicale, permet une reprise progressive avec maintien partiel du salaire pris en charge par la Sécurité sociale
  • 📍Cellule pluridisciplinaire PDP : rendue obligatoire dans tous les Services de Prévention et de Santé au Travail (SPST) interentreprises par la loi du 2 août 2021 _ accessible aux petites et moyennes organisations gratuitement pour accompagner les situations complexes de maintien en emploi

💡  Loi du 2 août 2021 : ces dispositifs existent, ils sont sous-utilisés - La méconnaissance de ces outils conduit souvent à une gestion par défaut — attente passive du retour, puis découverte tardive de l'inaptitude. Contacter le médecin du travail dès le 1er mois d'arrêt est la mesure la plus simple et la plus efficace pour activer le bon dispositif au bon moment.

→ Voir aussi l'article #17 — La désinsertion professionnelle : tableau complet des dispositifs

L'entretien de parcours professionnel (EPP) après un arrêt long

dialogue bulles

La loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025 (loi relative à l'emploi des salariés expérimentés et au dialogue social) a réformé l'entretien professionnel, désormais rebaptisé entretien de parcours professionnel (EPP). Elle introduit une obligation spécifique au retour d'absences longues directement liée à la prévention de la désinsertion professionnelle.

 

Point cléCe qui change depuis le 26 octobre 2025
Nouveau nomL'entretien professionnel devient l'entretien de parcours professionnel (EPP) — Art. L.6315-1 CT modifié
Nouvelle périodicitéRythme « 1-4-8 » : 1ère année suivant l'embauche, puis tous les 4 ans (vs 2 ans avant). Bilan récapitulatif tous les 8 ans (vs 6 ans)
EPP après absence longueL'employeur doit proposer un EPP au salarié qui reprend après : arrêt longue maladie, congé parental, congé sabbatique, mandat syndical, congé proche aidant — À CONDITION qu'aucun EPP n'ait eu lieu dans les 12 mois précédant la reprise
AssouplissementSi un EPP a été réalisé dans les 12 mois précédant le retour, il n'est plus obligatoire — sauf si le salarié en fait la demande
EPP avant la repriseLe salarié peut demander un EPP avant sa reprise effective — à l'initiative du salarié
Contenu renforcé5 thèmes obligatoires : compétences/qualifications, situation et parcours, besoins de formation, souhaits d'évolution, activation CPF. L'entretien mi-carrière (à 45 ans) doit aborder l'usure professionnelle et les aménagements de poste
Mise en conformitéLes entreprises disposant d'un accord collectif ont jusqu'au 1er octobre 2026 pour le mettre en conformité. Sans accord : règles légales applicables depuis le 26 octobre 2025
SanctionAbondement correctif de 3 000 € sur le CPF du salarié concerné pour les entreprises de 50 salariés et plus en cas de manquement

 

⚠️  EPP après arrêt maladie : ce qu'il ne doit pas être - L'employeur n'a aucun accès aux données de santé du salarié lors de cet entretien. Le contenu porte sur les compétences, les souhaits d'évolution et les besoins de formation — pas sur les raisons médicales de l'absence. L'entretien de parcours professionnel est un espace de dialogue sur l'avenir professionnel, pas un contrôle du motif d'arrêt.

icone Main coche

Gérer les arrêts longs : préparer le retour

Un retour après arrêt long non préparé est à haut risque de rechute — particulièrement pour les burnouts et les dépressions.

🔖Avant la reprise

  • Maintenir un lien bienveillant : une carte, un message simple — sans pression sur la date de retour
  • Visite de pré-reprise : idéalement 4 à 6 semaines avant la reprise
  • Rendez-vous de liaison : si le salarié y consent — maintenir le lien, informer des dispositifs disponibles

🔖Le jour de la reprise

  • Visite de reprise obligatoire : avant ou le jour de la reprise (Art. R. 4624-31 CT) après arrêt > 30 jours
  • Accueil bienveillant — reprendre progressivement

🔖Dans les jours et semaines suivants

  • Proposer l'EPP si applicable : si aucun EPP n'a eu lieu dans les 12 mois précédant la reprise — cadrage de la prochaine étape de parcours
  • Traiter les causes organisationnelles : un retour dans le même environnement non modifié conduit presque systématiquement à une rechute
  • Maintenir le contact avec le médecin du travail

⛔ Posture à éviter
Sanctionner ou surveiller — pression sur les dates de retour, contrôles répétés. Résultat : aggravation du problème, risque juridique, dégradation de la relation

⚠️ Posture insuffisante
Gérer administrativement — déclarer, maintenir le salaire, attendre le retour sans rien faire d'autre. Résultat : le problème n'est pas traité, le cycle se reproduit

✅ Posture efficace
Comprendre et agir — entretien de retour, médecin du travail, analyse des causes, plan d'action sur les conditions de travail. Résultat : réduction durable de l'absentéisme

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Conclusion

Un taux d'absentéisme, seul, ne dit rien : il faut le lire au regard de sa structure (courts ou longs arrêts ?), de sa localisation (tout le monde ou certains services ?) et de son évolution dans le temps.

Les données 2024 confirment une tendance qui n'a rien de passager : les troubles psychiques sont devenus la première cause de progression de l'absentéisme long, qu'il s'agisse des accidents du travail liés aux RPS, des maladies professionnelles psychiques ou des arrêts de prévoyance. La santé mentale érigée en Grande Cause nationale 2025 traduit la reconnaissance publique de cette réalité.

Dans une petite structure, la proximité avec les équipes est un avantage : les signaux sont souvent plus visibles. Une équipe tendue, un manager qui perd pied, un salarié qui multiplie les petits arrêts — autant de signaux que le dirigeant peut percevoir et traiter en amont, avant que l'arrêt court devienne l'arrêt long.

L'entretien de retour systématique, les dispositifs de la loi du 2 août 2021 et le nouvel EPP après absence longue sont les outils à mobiliser _ à condition de les connaître.


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#8Les addictions en milieu professionnel : comprendre, reconnaître et agir
#9L’usure professionnelle : comprendre, prévenir et agir
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#12Harcèlement sexuel et agissements sexistes au travail : définition, signaux et obligations
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#15Le présentéisme : le coût invisible
#16Désengagement et turnover subi : reconnaître, mesurer et agir
#17La désinsertion professionnelle : comprendre et prévenir
Acte 4 - Prévenir les RPS durablement
#18Construire une démarche de prévention des RPS dans une petite ou moyenne organisation