Salarié : vous êtes le premier acteur de votre développement professionnel
Cet article est le quatrième d'une série de 5 sur la gestion des compétences. 🔗 Article 1 : "Gestion des compétences dans les petites et moyennes organisations : pourquoi c’est l’affaire de tous" 🔗 Article 2 : "Comment identifier et cartographier les compétences dans votre organisation ?" 🔗 Article 3 : "Plan de développement des compétences : mode d’emploi pour les petites et moyennes organisations" 🔗 Article 5 : "Organisation apprenante : transformer la gestion des compétences en dynamique collective"
Les trois articles précédents de cette série s'adressaient aux dirigeants et managers. Celui-ci est différent. Il s'adresse à vous — salariés — et aux élus du CSE qui vous représentent.
Dans les petites structures, les droits en matière de formation et de développement professionnel sont souvent mal connus. Pas parce qu'ils n'existent pas — ils sont nombreux, solides, et parfois contraignants pour l'employeur. Mais parce que personne ne prend le temps de les expliquer. L'employeur ne le fait pas toujours, faute de temps, de maîtrise des sujets ou d'intérêt à le faire. Et les salariés ne savent pas où chercher.
Cet article comble ce manque. Il ne s'agit pas de mettre employeurs et salariés en opposition — ce serait contre-productif — mais de vous donner les clés pour être un acteur réel de votre propre parcours professionnel. Informé, légitime, capable d'engager le dialogue avec votre employeur sur ces sujets et surtout être pro-actif.
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Ce que la loi vous garantit
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Commençons par les fondations. Voici ce que le Code du travail vous garantit en tant que salarié, quelle que soit la taille de votre structure et quelle que soit votre ancienneté.
L'obligation d'adaptation de votre employeur
Votre employeur a une obligation légale de vous former — pas une option, une obligation.
L'article L6321-1 du Code du travail lui impose d'assurer votre adaptation à votre poste de travail et de veiller au maintien de votre employabilité, notamment face aux évolutions de votre emploi.
📍Ce que cela signifie concrètement : si votre poste évolue (nouveaux outils, nouvelles réglementations, nouvelles pratiques), votre employeur ne peut pas vous laisser sans formation. S'il le fait, il engage sa responsabilité.
💡Des salariés ont obtenu gain de cause aux prud'hommes après avoir démontré que leur employeur avait manqué à cette obligation — notamment dans des situations de licenciement pour insuffisance professionnelle où l'employeur n'avait fourni aucune formation.
⚠️Point de vigilance : Cette obligation a deux niveaux distincts. L'adaptation au poste est une obligation stricte : si votre poste évolue, votre employeur doit vous former. Le maintien de votre employabilité — face aux évolutions des technologies et des organisations, y compris au-delà de votre poste actuel — est également une obligation légale (art. L6321-1). En revanche, le développement de compétences visant une reconversion ou une évolution que vous souhaitez personnellement reste une faculté de l'employeur — c'est là que les dispositifs individuels (CPF, CEP, CPF de transition) prennent le relais.
L'entretien de parcours professionnel : un droit, pas une faveur
Depuis la loi du 24 octobre 2025, tous les salariés bénéficient d'un entretien de parcours professionnel (EPP) (appelé précédemment entretien professionnel) dès la première année suivant leur embauche, puis tous les 4 ans. Deux entretiens renforcés s'y ajoutent : l'un à mi-carrière (dans les deux mois suivant la visite médicale de mi-carrière), l'autre en fin de carrière (dans les deux ans précédant vos 60 ans).
Cet entretien n'est pas un entretien d'évaluation. Il ne porte pas sur votre performance. Il porte sur vous — vos compétences, vos souhaits d'évolution, vos besoins de formation, votre parcours.
Cinq thématiques sont obligatoirement abordées : les compétences que vous mobilisez et leur évolution, votre parcours professionnel et les mutations de votre métier, vos besoins de formation, vos souhaits d'évolution (reconversion, VAE, bilan de compétences), et votre CPF.
🛠️ Outil pratique — Comment préparer votre EPP pour en faire un vrai outil de développement :
- 📍Avant l'entretien : listez les compétences que vous avez développées depuis le dernier entretien — y compris celles acquises hors formation. Identifiez ce qui vous plaît dans votre poste, ce qui vous pèse, ce que vous aimeriez faire évoluer.
- 📍Pendant l'entretien : ne restez pas dans le vague. Nommez des objectifs précis : « Je souhaite développer telle compétence », « Je m'interroge sur une évolution vers tel type de poste ».
- 📍Après l'entretien : demandez un compte-rendu écrit, même succinct. Il trace les engagements pris des deux côtés. C'est une olbigation pou rl'employeur de vous le remettre.
⚠️ Point de vigilance
En tant que RH je vois nombre de salariés arriver à cet entretien sans l'avoir préparé, sans connaître leurs droits sur leur CPF, sans avoir réfléchi à leur évolution, ... Du coup, cela complexifie le rôle de l'employeur qui, lui-même, n'est pas toujours au clair sur ces questions dans les petites structures.
Le droit à la formation pendant et hors temps de travail
Les formations obligatoires liées à votre poste se déroulent obligatoirement sur votre temps de travail et sont rémunérées normalement. Votre employeur ne peut pas vous demander de les suivre sur votre temps personnel.
Les formations non obligatoires peuvent, avec votre accord exprès, se dérouler en dehors du temps de travail. Dans ce cas, elles ne donnent lieu à aucune rémunération ni allocation — c'est une évolution de la loi du 5 septembre 2018 qui a supprimé l'ancienne allocation de formation. Un accord d'entreprise ou de branche peut prévoir des contreparties (frais de garde d'enfant notamment), mais rien n'est prévu par défaut. Votre accord reste donc un choix libre que la loi ne vous impose pas.
🗳️ Côté CSE — Les élus du CSE ont un rôle de veille sur le respect de ces droits dans la structure. Lors de la consultation sur le Plan de Développement des Compétences, vérifiez que les formations obligatoires sont bien planifiées sur le temps de travail, et que les salariés n'ont pas été contraints de suivre des formations obligatoires sur leur temps personnel.
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Le CEP : votre boussole pour choisir
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Avant de parcourir les dispositifs disponibles, il y a un outil à connaître absolument : le Conseil en Évolution Professionnelle. C'est lui qui vous aide à y voir clair avant de choisir.
📖 En bref — Le Conseil en Évolution Professionnelle (CEP) est un accompagnement gratuit, confidentiel et accessible à tout salarié, dispensé par des opérateurs habilités (en dehors de votre employeur). Il vous aide à faire le point sur votre situation professionnelle, à identifier vos compétences, à construire un projet d'évolution, et à choisir les dispositifs les mieux adaptés à votre situation. 📍Qui dispense le CEP ? Pour les salariés du secteur privé : l'opérateur désigné dans votre région (en 2026 : Transitions Pro pour les CPF de transition, et des opérateurs régionaux pour le CEP généraliste). Pour les demandeurs d'emploi : France Travail. Pour les fonctionnaires : des opérateurs dédiés. 📍 Comment y accéder ? Sur mon-cep.org — plateforme officielle qui liste les opérateurs CEP de votre région.
💡Le CEP est particulièrement utile dans trois situations :
- 📍Vous sentez que votre poste évolue ou se fragilise et vous ne savez pas comment anticiper.
- 📍Vous avez un projet d'évolution ou de reconversion mais vous ne savez pas par où commencer ni quels dispositifs mobiliser.
- 📍Vous souhaitez utiliser votre CPF de façon pertinente plutôt qu'au hasard d'une offre.
ℹ️ Bon à savoir
Le CEP est confidentiel. Votre employeur n'en est pas informé.
Vous pouvez consulter un conseiller CEP sans que cela ait le moindre impact sur votre relation de travail.
C'est un espace pour penser votre parcours librement, y compris si ce parcours vous amène à envisager de quitter votre structure.
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Les dispositifs individuels : ce qui existe et comment l'utiliser
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Voici les principaux dispositifs à votre disposition en tant que salarié. Ils ne s'excluent pas — certains se combinent, d'autres se succèdent logiquement dans un parcours.

Le CPF : vos droits, mais pas un chèque-cadeau
Le Compte Personnel de Formation vous appartient. Il est alimenté chaque année par vos heures de travail et converti en euros depuis 2019 :
- 500 € par an pour les salariés à temps complet (plafonné à 5 000 €),
- ou 800 € par an pour les salariés sans qualification ou n'ayant pas atteint le niveau bac (plafonné à 8 000 €).
Il vous suit tout au long de votre vie professionnelle, indépendamment des changements d'employeur.
⚠️ Attention : depuis le 1er janvier 2026, chaque mobilisation du CPF entraîne un reste à charge obligatoire de 103,20 € par action de formation — sauf si vous êtes demandeur d'emploi, bénéficiaire d'un cofinancement employeur/OPCO, ou titulaire d'une RQTH.
📋 À retenir — Comment accéder à votre solde CPF ?
Sur moncompteformation.gouv.fr ou via l'application mobile Mon Compte Formation.
📍Qui peut utiliser votre CPF ? Vous seul — votre employeur ne peut pas y accéder ni vous contraindre à l'utiliser. Une formation CPF prise sur votre temps personnel ne nécessite pas l'accord de votre employeur. Sur le temps de travail, son accord est nécessaire.
📍Plafonds de prise en charge selon le type de formation (en vigueur au 1er trimestre 2026) :
- Formations inscrites au RNCP (titres professionnels, diplômes reconnus par l'État) : pas de plafond — vous pouvez mobiliser l'intégralité de votre solde.
- Bilan de compétences : plafonné à 1 600 €, quel que soit votre solde disponible.
- Formations inscrites au Répertoire Spécifique (RS) : plafonnées à 1 500 € depuis le 26 février 2026.
📍Quelles formations sont éligibles ? Uniquement les formations inscrites au registre France Compétences (certifications, diplômes, habilitations, bilans de compétences, VAE). Les formations de développement personnel non certifiantes ne sont pas éligibles.
⚠️ Quelques pièges à éviter :
- 📍Les démarchages frauduleux : des organismes peu scrupuleux contactent des salariés pour leur proposer des formations « gratuites » via leur CPF, souvent sans valeur réelle. Ne communiquez jamais votre numéro de sécurité sociale à un démarcheur et n'utilisez votre CPF que sur la plateforme officielle.
- 📍Utiliser son CPF par défaut, sans projet professionnel précis. Une formation CPF bien choisie peut transformer un parcours. Une formation CPF choisie au hasard d'une offre alléchante épuise des droits sans produire de résultat. Le CEP est là pour vous aider à choisir.
- 📍Oublier la co-construction avec l'employeur : si la formation que vous visez s'inscrit aussi dans les besoins de votre structure, proposez à votre employeur un abondement. Cela peut permettre d'accéder à des formations plus longues ou plus qualifiantes que vos droits seuls ne financeraient pas.
La VAE : faire reconnaître ce que vous savez déjà faire
La Validation des Acquis de l'Expérience permet d'obtenir tout ou partie d'un diplôme, d'un titre professionnel ou d'une certification, en faisant reconnaître les compétences développées dans votre expérience professionnelle — sans passer par une formation classique.
💡C'est un dispositif particulièrement puissant pour les salariés qui ont acquis des compétences réelles sur le terrain mais dont le diplôme ne reflète pas ce qu'ils savent faire. Dans les petites structures, ce profil est extrêmement fréquent.
| Conditions | Ce qu'il faut savoir |
| Expérience requise | Au moins 1 an d'expérience en lien avec la certification visée (en cumulé, pas nécessairement continu). Bénévoles et volontaires inclus. |
| Toutes certifications éligibles ? | Diplômes d'État, titres professionnels et certifications inscrits au RNCP. Vérifiez sur france-vae.fr. |
| Durée du parcours | Variable — de quelques mois à 2 ans selon la complexité de la certification et l'accompagnement choisi. |
| Financement | Via le CPF, le PDC de l'employeur, ou un financement spécifique VAE via l'OPCO. Un accompagnement est fortement recommandé — et finançable. |
| Résultat possible | Validation totale (le diplôme entier), validation partielle (certains blocs de compétences), ou refus. Une validation partielle n'est pas un échec — vous pouvez compléter par la formation. |
Exemple concret — Une assistante de direction en poste depuis 12 ans dans une association n'a aucun diplôme au-delà du bac. Elle assure depuis des années la gestion administrative, comptable et RH de la structure — des compétences qui correspondent à un BTS Support à l'Action Managériale. Elle engage une VAE avec l'appui de sa direction (qui co-finance via le PDC) et d'un accompagnateur certifié. Résultat : validation totale du BTS en 8 mois. Son salaire est revalorisé lors de l'entretien suivant, et elle se retrouve en position de postuler à des postes de responsable administratif qu'elle ne pouvait pas atteindre auparavant.
🔗 Pour aller plus loin — Le portail officiel de la VAE depuis la réforme de 2022 Trajectoire VAE — accompagnement en ligne, recherche de certifications, liste des accompagnateurs agréés.
Le bilan de compétences : faire le point avant d'agir
Le bilan de compétences est un dispositif d'accompagnement individuel qui vous aide à analyser vos compétences professionnelles et personnelles, vos aptitudes et motivations, afin de définir un projet professionnel ou de formation.
Il dure au maximum 24 heures, réparties sur plusieurs semaines, et se déroule avec un organisme agréé.
Il est particulièrement adapté dans deux situations : quand vous sentez que vous êtes à un tournant sans savoir dans quelle direction aller, ou quand vous avez un projet mais que vous n'êtes pas certain qu'il vous correspond vraiment.
📋 À retenir — Financement du bilan de compétences :
- 📍Via le CPF : le bilan de compétences est éligible. Comptez entre 1 500 € et 3 000 € pour un bilan de qualité.
- 📍Via le PDC de l'employeur, si le bilan s'inscrit dans une réflexion partagée sur l'évolution du poste.
- 📍Via le CEP : le conseiller CEP peut orienter vers un bilan et aider à en financer une partie.
Important : le bilan est confidentiel. Votre employeur ne peut pas avoir accès aux résultats sans votre accord.
Le CPF de transition professionnelle : changer de métier avec un filet de sécurité
Le CPF de transition professionnelle (anciennement CIF — Congé Individuel de Formation) vous permet de suivre une formation longue pour changer de métier ou de secteur d'activité, tout en conservant votre contrat de travail et votre rémunération. C'est le dispositif le plus protecteur pour les reconversions ambitieuses.
📖 En bref
📍Conditions d'accès : être en CDI avec au moins 24 mois d'ancienneté comme salarié (dont 12 mois dans votre entreprise actuelle), ou être en CDD avec 24 mois de travail salarié dont 12 dans votre entreprise. La formation doit être certifiante et éligible au CPF.
📍Financement : votre CPF est mobilisé en premier. La différence est prise en charge par Transitions Pro (l'association paritaire de votre région). Votre rémunération est maintenue pendant la formation, à 100 % jusqu'à 2 SMIC, puis à 90 % au-delà.
📍Démarche : dépôt du dossier auprès de Transitions Pro au minimum 60 jours avant le début de la formation (120 jours pour les formations de 6 mois et plus). Votre employeur doit être informé, mais ne peut pas refuser — seulement reporter de 9 mois maximum.
⚠️ Point de vigilance
Le CPF de transition professionnelle est conditionné à un projet professionnel clair et réaliste.
Transitions Pro évalue la cohérence du projet avant d'accorder le financement.
Un accompagnement CEP en amont est fortement recommandé pour construire un dossier solide.
La période de reconversion : la nouvelle voie pour changer de trajectoire
Créée par la loi du 24 octobre 2025 et applicable depuis le 1er janvier 2026, la période de reconversion fusionne la Pro-A et le dispositif TransCo.
Elle ouvre une voie de reconversion accessible à tout salarié en CDI ou CDD, sans condition de qualification préalable.
Deux modalités, selon votre projet :
- 📍La reconversion interne : vous restez dans votre entreprise, votre contrat est maintenu, votre rémunération est conservée. Vous suivez une formation certifiante pour accéder à un métier différent au sein de la même structure.
- 📍La reconversion externe : vous partez dans une autre entreprise dans le cadre d'un CDD de reconversion d'au moins 6 mois. Votre contrat d'origine est suspendu — vous y revenez si la reconversion n'aboutit pas, ou vous le rompez d'un commun accord si elle réussit.
💡L'avantage par rapport au CPF de transition : la période de reconversion n'impose pas de conditions d'ancienneté strictes et s'appuie sur un financement OPCO qui peut être abondé par le CPF. Elle est particulièrement adaptée aux salariés dont le métier est menacé par des mutations technologiques ou économiques.
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Aller plus loin : d'autres axes de développement des compétences à explorer
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Au-delà des dispositifs légaux, deux pratiques méritent d'être connues. Elles ne sont pas des droits — elles relèvent de la culture de la structure et de votre propre démarche. Mais elles peuvent transformer profondément votre façon de progresser.
Le codéveloppement professionnel : apprendre avec et par les autres
Le codéveloppement professionnel est une méthode d'apprentissage collectif structurée, développée par les Québécois Adrien Payette et Claude Champagne.
📍Son principe : un petit groupe de professionnels se réunit régulièrement pour travailler, à tour de rôle, sur des situations professionnelles réelles que chacun apporte. Celui qui présente la situation (le « client ») bénéficie de la réflexion collective du groupe (les « consultants ») pour progresser dans sa pratique.
📍Ce qui le distingue d'une formation classique : l'apprentissage part de vos situations réelles, les compétences développées sont immédiatement applicables, et le groupe construit progressivement une expertise collective. Les soft skills — communication, gestion des situations difficiles, prise de décision — y progressent particulièrement bien.
Exemple concret — Dans une association de 30 salariés, six managers de proximité participent à un groupe de codéveloppement mensuel animé par une consultante externe. Chaque séance de 2h30 traite une situation apportée par l'un d'eux : un conflit dans l'équipe, une difficulté à fixer des objectifs clairs, un salarié en difficulté. En six mois, les participants rapportent une amélioration significative de leur aisance dans les situations managériales complexes — sans avoir suivi aucune formation « management » en salle.
🔗 Pour aller plus loin — Pour aller plus loin sur la méthode et ses applications dans les petites structures : « Pourquoi le codev devrait être l'outil préféré des managers ? »
L'accompagnement professionnel réflexif : penser son action pour la transformer

L'accompagnement professionnel est un espace individuel de réflexion sur votre pratique professionnelle, animé par un tiers.
L'accompagnement réflexif vous invite à analyser votre façon d'agir, de décider, de vous positionner dans votre environnement professionnel.
Il est particulièrement utile dans les moments de transition : prise de nouvelles responsabilités, changement d'équipe, évolution du périmètre, sentiment d'usure ou de perte de sens.
💡S'il ne remplace pas une psychothérapie — mais il peut aider à traverser des périodes professionnelles complexes avec davantage de clarté et de ressources.
🔗 Pour aller plus loin — Sur l'accompagnement réflexif et ses conditions d'efficacité : « L'accompagnement réflexif : un espace pour penser son action professionnelle »
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Comment solliciter votre employeur sur ces sujets ?
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Connaître vos droits est une chose. Savoir comment les mettre en œuvre dans la relation avec votre employeur en est une autre. Voici quelques repères pour engager ce dialogue de façon constructive.
Choisir le bon moment et le bon cadre
L'entretien de parcours professionnel est le moment naturel pour aborder vos besoins de développement.
Préparez-le sérieusement (voir l'outil pratique en partie 1) et utilisez-le comme espace de dialogue, pas seulement comme formalité.
Si l'EPP n'est pas encore prévu ou si votre besoin est urgent, vous pouvez demander un entretien spécifique avec votre manager ou la direction pour aborder votre projet de formation.
Ce n'est pas une démarche extraordinaire — c'est légitime et professionnel.
Arrivez avec un projet précis plutôt qu'une demande vague.
Formuler une demande qui trouve un écho

Une demande de formation qui ne trouve pas écho est souvent une demande formulée uniquement sous l'angle de votre intérêt personnel.
Pour maximiser vos chances, montrez le lien entre votre projet et les besoins de la structure :
- 📍Nommez la compétence précise que vous souhaitez développer — pas « je veux me former au management » mais « je souhaite développer ma capacité à animer des réunions d'équipe, qui fait partie de mes nouvelles responsabilités ».
- 📍Montrez l'impact attendu pour la structure : en quoi cette compétence améliorera votre contribution ? Quels problèmes actuels permettra-t-elle de résoudre ?
- 📍Proposez des solutions concrètes : avez-vous identifié une formation ? Un financement possible (CPF co-construit, OPCO) ? Une modalité qui minimise l'impact sur votre activité (AFEST, formation courte, e-learning) ?
- 📍Anticipez les objections : si le budget est une préoccupation, venez avec des alternatives. Si le timing est délicat, proposez une période qui convient mieux à la structure.
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Le rôle du CSE : bien plus qu'une formalité
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Le CSE dispose de plusieurs attributions légales sur les questions de formation et de développement des compétences, qui s'exercent à deux niveaux.
Les attributions légales du CSE en matière de formation
🔖 Les attributions consultatives (structures de 50 salariés et plus)
Dans les structures de 50 salariés et plus, la direction est obligée de consulter le CSE sur :
- Le Plan de Développement des Compétences : chaque année, avant sa mise en œuvre. La consultation est précédée d'une présentation détaillée des actions prévues, de leur financement et de leur calendrier. Le CSE rend un avis — qui n'est pas contraignant, mais qui doit être recueilli et consigné.
- Les orientations stratégiques de la formation : dans le cadre de la consultation annuelle sur les orientations stratégiques de l'entreprise, le CSE est consulté sur les conséquences prévisibles sur les emplois et les compétences.
- Les actions de formation liées aux mutations technologiques : quand des changements importants de l'organisation ou des outils impactent les emplois, le CSE doit être informé et consulté sur les formations d'accompagnement prévues.
🔖 Les attributions d'information et de veille (toutes structures)
Dans les structures de 11 à 49 salariés, les attributions légales du CSE sur la formation sont limitées.
Il n'y a ni consultation obligatoire sur le PDC, ni BDESE.
Le CSE dispose cependant de deux leviers : 📍d'une part, sa mission de présentation des réclamations collectives des salariés — ce qui inclut les demandes de formation non satisfaites ou les manquements à l'obligation d'adaptation ; 📍d'autre part, le droit d'alerte en cas d'atteinte aux droits des personnes (art. L.2312-59 du Code du travail), mobilisable si un salarié est placé en situation d'insuffisance professionnelle sans qu'aucune formation lui ait été proposée.
Ce que les élus font concrètement : quatre leviers d'action
🔖 Levier 1 — Analyser le PDC avant de rendre l'avis
La consultation sur le PDC n'est utile que si elle est préparée sérieusement. Avant la réunion de consultation, les élus devraient examiner :
- 📍La répartition des actions de formation par catégorie de personnel : les cadres sont-ils sur-représentés par rapport aux ouvriers et employés ? C'est une inégalité d'accès classique que le CSE peut pointer.
- 📍Les formations obligatoires non réalisées les années précédentes : un retard accumulé sur les habilitations ou les formations réglementaires est un signal d'alerte.
- 📍La nature des formations : sont-elles en lien avec les compétences critiques identifiées ? Ou reconduites par habitude ?
- 📍Le recours aux dispositifs de financement externe : l'employeur sollicite-t-il son OPCO ? Informe-t-il les salariés de leurs droits CPF ?
🔖Levier 2 — Être le relais d'information auprès des salariés
Beaucoup de salariés ne connaissent pas leurs droits en matière de formation.
Les élus du CSE peuvent jouer un rôle essentiel de diffusion de l'information — sans se substituer à l'employeur, mais en complétant ce que la direction ne dit pas toujours spontanément.
💡Quelques actions simples : afficher une note synthétique sur les droits CPF dans les espaces communs, organiser une courte réunion d'information en début d'année sur les dispositifs disponibles, être disponibles pour répondre aux questions individuelles des salariés qui hésitent à solliciter directement leur manager.
🔖Levier 3 — Veiller sur les inégalités d'accès à la formation
Les données nationales sont claires : dans les petites structures, l'accès à la formation est très inégal selon les catégories de personnel.
Les élus du CSE ont une responsabilité particulière de vigilance sur ce point, en s'assurant que les salariés les moins qualifiés et les moins visibles ne sont pas systématiquement oubliés dans le PDC.
🗳️Côté CSE — Questions à poser lors de la consultation sur le PDC :
- Combien de salariés sans qualification accèdent à une formation cette année ?
- Y a-t-il des salariés qui n'ont reçu aucune proposition de formation depuis plus de 3 ans ?
- Comment les besoins de formation des salariés à temps partiel ou en contrat atypique sont-ils pris en compte ?
- Les salariés qui ont exprimé un souhait de formation dans leur EPP ont-ils reçu une réponse ?
🔖Levier 4 — Interpeller sur les manquements à l'obligation d'adaptation
Si des salariés signalent que leur poste a évolué sans qu'aucune formation ait été proposée, ou si une transformation technologique majeure est déployée sans plan de formation d'accompagnement, le CSE peut interpeller formellement la direction.
💡Cette interpellation peut prendre la forme d'une question posée en réunion, d'un courrier officiel, ou — en cas de manquement persistant — d'une alerte auprès de l'inspection du travail.
Les moyens des élus pour traiter les questions de formation
Les élus du CSE disposent de moyens légaux pour exercer leurs missions, dont ils ne font pas toujours usage sur les questions de formation :
- 📍Les heures de délégation : elles peuvent être utilisées pour préparer les consultations sur le PDC, rencontrer les salariés, et analyser les données de formation.
- 📍Le recours à un expert : dans les structures de 50 salariés et plus, le CSE peut, dans certaines conditions, mandater un expert-comptable pour analyser les données de formation — notamment lors de la consultation sur la situation économique et financière.
- 📍La formation des élus : les élus du CSE ont droit à une formation en économie, gestion et en santé au travail. Cette formation peut inclure des modules sur la lecture du PDC et les obligations de l'employeur en matière de formation.

Conclusion - Votre développement professionnel : une responsabilité partagée
Votre développement professionnel ne dépend pas uniquement de votre employeur.
Il ne dépend pas non plus uniquement de vous.
C'est une responsabilité partagée — entre ce que vous avez le droit d'attendre de votre structure, et ce que vous avez la capacité d'initier par vous-même.
Ce que cet article a cherché à vous donner, c'est la carte du territoire : les droits que vous pouvez exercer, les dispositifs que vous pouvez mobiliser, les leviers que les élus du CSE peuvent actionner, et les outils qui permettent d'aller plus loin que ce que la loi seule impose.
La suite vous appartient.
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