Pourquoi parler du travail au travail change tout

Pourquoi parler du travail au travail change tout

▶️ Série — L'approche clinique du travail

#1

Cet article est le premier d'une série de neuf consacrée à l'approche clinique du travail. 🔗 Article 2 : Travailler sur le travail : l'approche clinique pour transformer les pratiques professionnelles 🔗 Article 3 : Analyser le travail et mieux comprendre les réalités professionnelles : un enjeu clé pour les dirigeants et managers  🔗 Article 4 : Les cliniques du travail et la santé au travail 🔗 Article 5 : Le genre professionnel et le style personnel : Pourquoi vos salariés ne travaillent pas tous de la même façon (et pourquoi c’est une bonne nouvelle) 🔗 Article 6 : L’auto-confrontation croisée : rendre visible ce que le travail réel contient d’invisible🔗 Article 7 : La dispute professionnelle : pourquoi le désaccord sur le travail est une ressource, pas un problème 🔗 Article 8 :  La clinique du travail dans les petites et moyennes organisations : conditions de réussite d'une intervention 🔗 Article 9 :  Clinique du travail et dialogue social : un pont nécessaire

Il y a une conversation qui n'a presque jamais lieu dans les organisations. Pas celle sur les résultats, les objectifs ou les indicateurs. Pas celle sur le bien-être ou la motivation. Celle sur le travail lui-même — sur ce que c'est, vraiment, de faire ce métier, dans cette organisation, avec ces contraintes, tous les jours.

Pourtant, cette conversation change tout quand elle a lieu. Elle change la façon dont les équipes coopèrent. Elle change la façon dont les problèmes sont résolus. Elle change le rapport que les professionnels entretiennent avec leur travail — et avec eux-mêmes.

👉Cet article n'est pas un article théorique. C'est une invitation à prendre au sérieux une idée simple : parler du travail au travail, c'est l'une des choses les plus puissantes qu'une organisation puisse faire.

#1

Ce qu'on dit du travail — et ce qu'on ne dit pas

Dans la plupart des organisations, on parle beaucoup autour du travail.📍On parle des résultats qu'il doit produire. On parle des problèmes qu'il génère.📍On parle des personnes qui le font — de leurs compétences, de leur engagement, de leur bien-être.

Mais on parle rarement du travail lui-même :

  • 📍de ce qui le rend difficile certains jours et fluide d'autres jours.
  • 📍 de ce que les professionnels inventent pour que ça marche malgré tout.
  • 📍 de ce qui leur tient à cœur dans leur façon de faire, et de ce qui les empêche de le faire.

💡Ce silence n'est pas anodin. Il a des conséquences concrètes :

  • 📍Les problèmes organisationnels restent invisibles parce que personne ne les nomme.
  • 📍Les solutions trouvées par les équipes restent non reconnues — et donc non transmises.
  • 📍Les professionnels se sentent réduits à des exécutants, alors qu'ils sont en réalité des experts de leur propre activité.

⚠️La qualité du travail se dégrade en silence, parce que les critères de qualité des professionnels ne sont jamais discutés.

#2

Travail prescrit, travail réel : l'écart qui dit tout

Il existe un concept fondamental en psychologie du travail, si simple qu'il semble évident une fois qu'on l'a compris : la distinction entre le travail prescrit et le travail réel.

📍Le travail prescrit, c'est ce qui est défini à l'avance — la fiche de poste, la procédure, la consigne.

📍Le travail réel, c'est ce que les professionnels font effectivement pour accomplir leur mission, avec tout ce que la réalité introduit d'imprévu, de complexe et de contradictoire.

💡Entre les deux, il y a toujours un écart. Cet écart n'est pas une anomalie — c'est la trace de l'intelligence que les professionnels déploient pour que le travail se fasse. C'est là que résident l'expertise, la créativité et souvent, la satisfaction professionnelle.

Mais cet écart est aussi, quand il est trop grand ou non reconnu, une source de souffrance. Quand l'organisation demande l'impossible sans le savoir. Quand les règles contredisent la réalité. Quand on ne peut pas faire du bon travail selon ses propres critères de qualité.

🔗 Pour approfondir : Analyser le travail : prescrit, réel, tâche, activité 

#3

Pourquoi cette conversation est-elle si rare ?

Si parler du travail est si utile, pourquoi ça n'arrive pas spontanément ? Plusieurs raisons se conjuguent.

📍Le manque d'espace et de temps. Dans la plupart des organisations, les réunions sont consacrées aux résultats, aux plannings, aux problèmes urgents. Il n'y a pas d'espace dédié à la réflexion sur l'activité elle-même.

📍La difficulté à mettre en mots. Le travail réel est souvent tacite — on sait faire sans pouvoir facilement expliquer comment. Mettre en mots une pratique professionnelle demande un effort particulier, et souvent un interlocuteur qui sache poser les bonnes questions.

📍La peur du jugement. Parler de comment on travaille vraiment, c'est exposer ses doutes, ses bricolages, ses compromis. Dans des cultures professionnelles où l'image de compétence est importante, cette exposition peut être vécue comme un risque.

📍L'idée que ça ne sert à rien. Si les conversations précédentes sur le travail n'ont jamais rien changé, pourquoi recommencer ? Le cynisme organisationnel est une forme de protection raisonnable face à des dynamiques de dialogue qui n'ont pas tenu leurs promesses.

#4

Ce que l'approche clinique du travail apporte

La clinique du travail est un ensemble de démarches et de méthodes qui prennent au sérieux cette conversation.

📍Son postulat fondateur : les travailleurs sont des experts de leur propre activité. Personne ne sait mieux qu'eux ce qu'ils font vraiment, ce qui pose problème, et ce qui pourrait être différent.

📍Ce que la clinique du travail apporte, c'est une méthode pour que cette expertise devienne visible et productive. Pas pour contrôler ou évaluer — pour comprendre et transformer.

📍Les effets observés dans les organisations qui s'engagent dans ces démarches sont remarquablement constants : amélioration de la qualité du travail, renforcement du sens professionnel, réduction des tensions, développement des coopérations, et souvent, une surprise : « on ne savait pas que nos collègues faisaient ça ».

🔗 Pour approfondir : Travailler sur le travail : l'approche clinique 

#5

Pour qui, pour quoi ?

L'approche clinique du travail intéresse d'abord les organisations qui se posent des questions concrètes :

  • 📍Pourquoi nos équipes font-elles les choses différemment malgré des procédures identiques ?
  • 📍Comment renforcer la coopération entre des métiers qui se connaissent peu ?
  • 📍Pourquoi certains changements passent bien et d'autres génèrent de la résistance ?
  • 📍Comment réduire l'absentéisme ou les tensions sans en rester aux symptômes ?
  • 📍Comment transmettre les savoir-faire tacites dans un contexte de renouvellement des équipes ?

💡Elle intéresse aussi les professionnels RH, les managers et les dirigeants qui ont le sentiment que quelque chose leur échappe dans ce qui se passe réellement dans leur organisation — et qui cherchent une démarche rigoureuse pour le comprendre.

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Conclusion

Cette série de 9 articles vous propose un parcours complet dans l'approche clinique du travail — des fondements conceptuels aux méthodes, des dynamiques collectives aux conditions de réussite dans les petites et moyennes organisations.

Vous pouvez la lire dans l'ordre ou piocher selon vos besoins. Chaque article est autonome, mais ils forment ensemble une architecture cohérente.

Bonne découverte !

RPS : de l’évaluation à la prévention

RPS : de l’évaluation à la prévention

▶️ Série "Santé au travail et RPS" | Acte 1 - Comprendre les RPS #2

Vous avez compris ce que sont les RPS et d'où ils viennent (article 1). Vous avez peut-être même reconnu des signaux dans votre structure. Maintenant se pose la question la plus importante : par où commencer ?

Cet article est le plus opérationnel de la série. Il propose une méthode d'évaluation et de prévention des RPS adaptée aux contraintes des petites organisations — sans service RH dédié, sans budget illimité, sans temps infini. Parce que la prévention, ça se fait avec ce qu'on a — à condition de savoir comment.

#1

Pourquoi évaluer avant d'agir

La tentation, face à des signaux d'alerte, est d'agir vite et de façon visible : lancer une formation, proposer des entretiens individuels, commander une étude de satisfaction. Ces actions ne sont pas inutiles — mais si elles ne sont pas précédées d'un diagnostic solide, elles risquent de passer à côté des causes réelles.

Évaluer d'abord, c'est se donner les moyens de cibler les bons leviers. C'est aussi éviter deux écueils symétriques : traiter les conséquences (les individus en souffrance) sans agir sur les causes, ou, à l'inverse, lancer une refonte organisationnelle massive alors que le problème était localisé.

🗣️ Terrain - Ce que j'observe fréquemment : des structures qui ont « toujours fait ainsi » et qui découvrent, lors d'un diagnostic, que plusieurs facteurs de risque coexistent depuis longtemps — sans que personne n'ait fait le lien. La démarche d'évaluation, en rendant visible ce qui était implicite, est souvent en elle-même un premier acte de prévention.

balance justice

L'intégration dans le DUERP : une obligation ancienne, renforcée depuis 2022

Les risques psychosociaux doivent être intégrés dans le Document Unique d'Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) depuis son instauration par le décret du 5 novembre 2001, confirmé par la circulaire du 18 avril 2002.

Ils n'ont jamais constitué une catégorie à part : ce sont des risques professionnels à part entière, à évaluer comme les risques physiques ou chimiques.

🗣️ Terrain - Ce que j'observe fréquemment : Encore aujourd'hui je constate que beaucoup de DUERP n'intègrent pas (ou pas suffisamment) les RPS.

Pour rappel - Dans toutes les structures, dès le premier salarié, l'employeur a l'obligation d'afficher un avis indiquant les modalités d'accès et de consultation du DUERP, à une place accessible dans les lieux de travail (art. R4121-4 du Code du travail). Dans les structures dotées d'un règlement intérieur (50 salariés et plus), cet avis est affiché au même emplacement que le règlement intérieur.

Focus évolutions DUERP

Ce que la loi Santé au travail du 2 août 2021 (et son décret d'application du 18 mars 2022) a réellement changé :

  • Conservation obligatoire de toutes les versions successives du DUERP pendant 40 ans.
  • Accès élargi : salariés, anciens salariés, IPRP, ensemble du service de prévention et de santé au travail.
  • Consultation obligatoire du CSE sur le contenu du DUERP et ses mises à jour (avant 2022, son rôle se limitait à l'analyse des risques).
  • Pour les structures de 50 salariés et plus : obligation d'un programme annuel de prévention des risques et d'amélioration des conditions de travail (PAPRIPACT), mis à jour avec le DUERP.
  • Pour les structures de moins de 50 salariés : obligation de définir et consigner une liste d'actions de prévention — c'est-à-dire un plan d'action concret, même allégé.
  • TPE de moins de 11 salariés : la mise à jour annuelle n'est plus obligatoire, mais la mise à jour reste exigée lors de tout changement important des conditions de travail.

📋 Ce que doit contenir le DUERP en matière de RPS :

  • L'identification des facteurs de risque psychosociaux dans chaque unité de travail
  • Leur hiérarchisation selon la probabilité et la gravité
  • Les mesures de prévention existantes (et leur évaluation)
  • Le programme de prévention ou la liste d'actions : mesures à mettre en place, responsables, échéances

#2

Comment conduire un diagnostic RPS dans une petite structure

Le diagnostic RPS n'est pas réservé aux grandes entreprises dotées d'un service RH. Il peut être conduit à taille humaine, avec des méthodes qualitatives simples et des outils accessibles. Voici une démarche en 6 étapes.

Chiffre 1

Étape 1 — Préparer et cadrer la démarche

  • 📍Obtenir l'implication de la direction : sans portage par la hiérarchie, une démarche RPS n'a pas de légitimité ni de prise.
  • 📍Informer les représentants du personnel (CSE) et les associer dès le départ.
  • 📍Définir le périmètre : toute la structure ? Un service en tension particulière ? Une période spécifique ?
  • 📍Nommer un pilote ou un groupe de pilotage — si possible avec un regard extérieur (IPRP, médecin du travail, conseiller ANACT).

Étape 2 — Sensibiliser toutes les parties prenantes

Chiffre 2

C'est l'étape la plus souvent oubliée — et celle dont l'absence compromet le plus la qualité du diagnostic.

⚠️On ne peut pas demander à des personnes d'identifier des facteurs de risque qu'elles ne connaissent pas, ou de répondre sincèrement à un questionnaire sur un sujet qui leur semble tabou ou flou.

🎯L'objectif de cette étape est triple : donner un langage commun à tous, lever les résistances liées aux idées reçues, et créer les conditions d'une parole plus libre lors de la collecte.

Un temps collectif de sensibilisation portant :

  • 📍Partager les 6 familles de facteurs de risque (rapport Gollac) et ce qu'elles recouvrent concrètement dans la structure.
  • 📍Donner des exemples concrets de facteurs de risque pour que chacun puisse s'y reconnaître.
  • 📍Expliquer ce que sont les RPS et comment ils se distinguent des difficultés personnelles.
  • 📍Présenter les objectifs de la démarche, ses modalités de mise en oeuvre ...
  • 📍Rappeler que l'expression des difficultés est un acte utile pour tous — pas une plainte individuelle.
  • 📍Clarifier ce que la démarche est — et ce qu'elle n'est pas : un diagnostic, pas un procès.
  • 📍Aborder les idées reçues qui peuvent freiner l'engagement (voir article 1 de cette série).

FOCUS Direction

Zoom spécifique sur le cadre juridique de la santé au travail et les obligations employeur peut être utile (ce n'est pas toujours maîtrisé).

FOCUS CSE

Zoom sur les prérogatives de l'instance en matière de santé au travail (oui, il y a la formation olbigatoire mais elle est toujours très insuffisante en fonction du background professionnel des élus)

🗣️ Ce que j'observe sur le terrain : dans les structures où cette étape de sensibilisation est menée sérieusement, les entretiens et groupes de travail sont beaucoup plus riches. Les gens savent de quoi on parle, ils font le lien avec leur vécu, ils osent nommer ce qui ne va pas. Dans les structures où on passe directement au questionnaire, on récolte souvent des données superficielles — et des conclusions qui passent à côté de l'essentiel.

Chiffre 3

Étape 3 — Collecter des données

Les données quantitatives disponibles :

  • 📍Taux et motifs d'absentéisme (maladie ordinaire, longue maladie, AT/MP)
  • 📍Turnover et difficultés de recrutement
  • 📍Accidents du travail et incidents, y compris les incidents bénins
  • 📍Résultats d'enquêtes de satisfaction existantes (clients, salariés)

Les méthodes qualitatives (à combiner) :

  • 📍Groupes de travail thématiques (par métier, par équipe) pour partager les vécus
  • 📍Questionnaires validés : par exemple l'outil RPS-DU de l'INRS conçu pour l'intégration dans le DUERP

    ⚠️ Une précaution essentielle : les méthodes quantitatives seules (questionnaires) donnent une photographie, pas une explication. Elles doivent toujours être complétées par des échanges qualitatifs pour comprendre le « pourquoi » derrière les chiffres.

    Étape 4 — Analyser et hiérarchiser

    Chiffre 4
    • 📍Croiser les données quantitatives et qualitatives pour identifier les facteurs de risque réels.
    • 📍Les classer selon leur fréquence, leur intensité et les populations concernées.
    • 📍Distinguer les causes profondes (organisationnelles) des symptômes (individuels).
    • 📍Identifier les ressources existantes : ce qui fonctionne bien et peut être renforcé.
    Chiffre 5

    Étape 5 — Restituer et co-construire

    La restitution du diagnostic est un moment clé de la démarche : il permet aux équipes de se reconnaître dans les résultats, de compléter ou corriger l'analyse, et de commencer à se projeter dans les solutions.

    • Restituer aux représentants du personnel en premier.
    • Puis à l'ensemble des équipes, de façon transparente.
    • Organiser des temps de discussion pour co-construire les pistes d'action.

    Étape 6 — Formaliser et suivre

    Chiffre 6
    • 📍Intégrer les résultats dans le DUERP et construire le programme de prévention.
    • 📍Définir des indicateurs de suivi simples et réalistes.
    • 📍Fixer des échéances et nommer des responsables pour chaque action.
    • 📍Prévoir une réévaluation à 12 mois minimum.

    #3

    Les 3 niveaux de prévention : comprendre la logique avant de choisir les actions

    La prévention des RPS s'organise selon trois niveaux complémentaires, qui ne se substituent pas les uns aux autres mais se combinent. La règle d'or : aller aussi loin que possible vers la prévention primaire, sans pour autant négliger les deux autres.

    Chiffre 1

    Prévention primaire : agir sur les causes

    🎯L'objectif : éliminer ou réduire les facteurs de risque à la source.
    C'est la prévention la plus efficace à long terme — et la moins pratiquée. Elle implique d'agir directement sur l'organisation du travail, les conditions de travail, le management et les relations au sein de la structure.

    On ne soigne pas les individus, on soigne le travail.

    — Yves Clot, psychologue du travail

    Exemples d'actions de prévention primaire dans les petites structures :

    • 📍Réduire la charge de travail : reprioriser les missions, recruter, réorganiser
    • 📍Clarifier les rôles et responsabilités pour réduire les zones d'ambiguïté
    • 📍Améliorer les marges de manœuvre : donner aux équipes les ressources pour agir
    • 📍Restaurer ou créer des espaces de discussion sur le travail réel (voir article 3)
    • 📍Former les managers à détecter et prévenir les RPS
    • 📍Revoir les objectifs pour les mettre en cohérence avec les moyens disponibles
    • 📍. . .

    Prévention secondaire : outiller les individus et les collectifs

    Chiffre 2

    🎯L'objectif : soutenir les salariés exposés avant que des problèmes de santé n'apparaissent.

    La prévention secondaire ne remplace pas la primaire. Elle la complète, pour aider les personnes à faire face dans l'intervalle, pendant que les causes profondes sont traitées.

    Exemples d'actions de prévention secondaire dans les petites structures :

    • 📍Formation et sensibilisation des salariés pour reconnaître précocement les signes de tension
    • 📍Mise en place d'une ligne d'écoute ou d'un soutien psychologique ponctuel
    • 📍Aménagement temporaire de poste pour les salariés présentant des signaux précoces
    • 📍Groupes de parole ou entretiens individuels réguliers avec la hiérarchie
    • 📍Analyse des incidents et accidents bénins pour identifier des signaux faibles
    • 📍. . . 

    ⚠️ Le piège du « despotisme compassionnel » (Yves Clot) : mettre en place des espaces d'écoute et de parole sans modifier les conditions de travail donne l'illusion d'une prise en charge — tout en laissant les causes intactes. Les salariés le ressentent, et la perte de confiance qui s'ensuit est plus dévastatrice que l'absence d'intervention.

    Chiffre 3

    Prévention tertiaire : réparer et accompagner le retour

    🎯L'objectif : restaurer la santé des salariés dont la santé a déjà été affectée.

    On est ici dans la réparation : soins, accompagnement, retour au travail après un arrêt. La prévention tertiaire intervient quand les deux autres niveaux n'ont pas suffi — ou n'ont pas été mis en place à temps.

    Exemples d'actions de prévention tertiaire dans les petites structures :

    • 📍Soins médicaux et psychologiques : accès à des professionnels de santé
    • 📍Programmes de réadaptation : aider le salarié à retrouver ses capacités de travail
    • 📍Accompagnement au retour au travail : visite de reprise, aménagement de poste, maintien du lien pendant l'arrêt
    • 📍. . . 

    🗣️ Terrain - Le retour après un burnout est un moment critique. Si le salarié revient dans la même organisation du travail qui l'a fait chuter — sans qu'aucune modification n'ait été apportée — la rechute est quasi certaine. Et elle arrive généralement plus vite et plus sévèrement que la première fois.

    Récapitulatif des trois niveaux avec leurs caractéristiques et leurs conditions d'application :

    Niveau de préventionCe que ça implique concrètement
    🟢 Primaire — Agir sur les causesModifier l'organisation, les processus, les ressources, le management. Le plus efficace à long terme. Nécessite l'engagement de la direction et du temps.
    🟡 Secondaire — Soutenir les personnes exposéesFormer, informer, écouter, aménager ponctuellement. Utile en complément, jamais à la place de la primaire.
    🔴 Tertiaire — Réparer la santé affectéeSoins, réadaptation, retour au travail accompagné. Indispensable mais coûteux — humainement et financièrement.

     

    #4

    Le rôle de chaque acteur

    La prévention des RPS n'est pas l'affaire d'une seule personne. Elle mobilise une chaîne d'acteurs, dont chacun a un rôle distinct — mais complémentaire.

    bonhomme bois fil rouge réseau

    La Direction / l'employeur

    Il est le premier responsable légal de la santé et de la sécurité de ses salariés (obligation de résultat en matière de prévention). Mais au-delà de l'obligation, c'est lui qui donne le ton : une démarche de prévention ne peut fonctionner que si la direction la porte sincèrement et y consacre des ressources réelles.

    La Direction :

    • 📍Décide d'engager la démarche et la finance
    • 📍Prend les décisions organisationnelles qui relèvent de son niveau
    • 📍Communique de façon transparente sur les résultats et les actions

    Les managers de proximité

    Equipe rôle

    Premiers témoins des difficultés quotidiennes, ils jouent un rôle de détection essentiel. Mais ils sont aussi, selon la façon dont ils exercent leur rôle, des facteurs de risque ou des facteurs de protection.

    Les managers :

    • 📍Repèrent les signaux précoces dans leurs équipes
    • 📍Relaient les informations vers la direction et le CSE
    • 📍Organisent concrètement le travail (charge, priorités, ressources)
    • 📍Créent ou non les conditions du dialogue sur le travail réel

    ⚠️ Point de vigilance : Dans les petites structures, les managers de proximité sont souvent eux-mêmes des salariés soumis aux mêmes facteurs de risque que leurs équipes — voire davantage. Ne pas les oublier dans la démarche de prévention.

    équipe rouages

    Le CSE et les représentants du personnel

    Partenaires incontournables de la démarche, les représentants du personnel ont un accès privilégié aux vécus des salariés. Leur rôle va bien au-delà du vote sur le DUERP.

    Les représentants du personnel :

    • 📍Remontent les signaux d'alerte collectifs
    • 📍Participent à la construction du diagnostic et du programme de prévention
    • 📍Veillent à la mise en œuvre des actions décidées
    • 📍Peuvent exercer leur droit d'alerte en cas de danger grave et imminent

    Le médecin du travail et le service de santé au travail

    médical

    Acteur central mais parfois méconnu dans les petites structures, le médecin du travail est un allié précieux — non seulement pour les visites médicales, mais pour le conseil en prévention.

    Le Médecin du travail (et plus globalement le Service de Prévention et de Santé au travail) :

    • 📍Participe au diagnostic et à l'évaluation des risques
    • 📍Peut intervenir en tant que conseil auprès de l'employeur
    • 📍Accompagne les salariés en difficulté (visite à la demande, visite de pré-reprise)
    • 📍Peut signaler des situations à risque à la direction ou au CSE
    preventeurs casque sécurité

    Le salarié compétent ou l'IPRP

    Pour structurer une démarche de prévention, l'employeur doit désigner un référent interne (salarié compétent) ou faire appel à un prestataire externe habilité (IPRP — Intervenant en Prévention des Risques Professionnels). Ces deux options sont développées en détail dans l'article 6 de cette série.

    🔗 Salarié compétent ou IPRP externe : comment choisir la meilleure option pour votre structure ?Article 6 de cette série.

    papier

    Conclusion la prévention comme acte de gouvernance

    Prévenir les RPS, c'est d'abord accepter de regarder en face ce qui se passe dans son organisation — sans chercher à en minimiser la portée ni à en reporter la responsabilité.

    C'est un acte de courage managérial, mais aussi de lucidité : une structure qui ne traite pas ses facteurs de risque psychosociaux les paie tôt ou tard — en absentéisme, en turnover, en perte de qualité de service, en difficultés de recrutement.

    La bonne nouvelle : les petites structures ont souvent des leviers que les grandes n'ont pas. La proximité relationnelle, la capacité à décider vite, la flexibilité organisationnelle — tout cela peut être mis au service d'une prévention réelle, concrète et durable.

    ➡️ La suite dans l'article 3 de cette série : La qualité empêchée — quand l'organisation empêche de bien travailler : On y explore un facteur de risque souvent invisible mais très puissant : le décalage entre ce que les salariés savent faire et ce que l'organisation leur permet de faire. Et ce que ça coûte — à eux, et à la structure.


    🤝Besoin d'un appui externe pour pour conduire votre démarche de prévention ou mettre à jour votre DUERP ?

    Intervenante en Prévention des Risques Professionnels (IPRP), je propose des accompagnements sur-mesure pour les petites et moyennes organisations — de la phase de diagnostic jusqu'au programme de prévention.

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    🗃️ Dans la même série "Santé au travail et RPS " :
    Acte 1 - Comprendre les RPS
    #1RPS : comprendre les facteurs de risque et sortir des idées reçues
    #2RPS : de l'évaluation à la prévention
    Acte 2 – Repérer les manifestations des RPS dans votre organisation
    #3Le stress au travail : comprendre, reconnaître et agir
    #4La surcharge mentale : un enjeu majeur du monde du travail moderne
    #5Le burnout
    #6 Bore-out et brown-out : quand le travail ne nourrit plus
    #7Dépression liée au travail : comprendre, reconnaître et agir
    #8Les addictions en milieu professionnel : comprendre, reconnaître et agir
    #9L’usure professionnelle : comprendre, prévenir et agir
    #10Le harcèlement moral au travail : comprendre, prévenir et agir
    #11Le harcèlement vertical ascendant : reconnaître, comprendre et agir
    #12Harcèlement sexuel et agissements sexistes au travail : définition, signaux et obligations
    #13Les violences externes au travail : comprendre, prévenir et réagir
    Acte 3 – Identifier les conséquences pour l'organisation
    #14L'absentéisme : comprendre, mesurer, agir
    #15Le présentéisme : le coût invisible
    #16Désengagement et turnover subi : reconnaître, mesurer et agir
    #17La désinsertion professionnelle : comprendre et prévenir
    Acte 4 - Prévenir les RPS durablement
    #18Construire une démarche de prévention des RPS dans une petite ou moyenne organisation
    La fiche de poste, on en parle ?

    La fiche de poste, on en parle ?

    Traditionnellement, la fiche de poste est perçue comme un document administratif synthétique décrivant responsabilités, compétences, conditions et missions d’un poste. Elle sert de référentiel pour le recrutement, l’évaluation et le développement des compétences.

    Toutefois, cet outil formel ne suffit pas à saisir la réalité du travail réalisé par les salariés.

    Comprendre l’écart entre ce qui est prescrit et ce qui est réellement mis en oeuvre est essentiel.

    C'est la raison pour laquelle, au fil de ma pratique, j'ai développé une démarche de co-construction de la fiche de poste entre le manager et le salarié ; l'objectif étant de mobiliser cet outil pour instaurer un dialogue autour du travail, au service de la santé des travailleurs et de la robustesse de l'écosystème.

    #

    Du travail prescrit à l'activité de travail

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    Origami papier

    Travail prescrit vs travail réel

    💡La fiche de poste représente le travail prescrit : celle qui est formellement définie par l’organisation, via ses procédures, normes et responsabilités officielles. Elle sert de cadre réglementaire et normatif, garantissant une certaine cohérence dans la gestion des ressources humaines. Toutefois, cette prescription ne reflète pas entièrement ce qui s’effectue réellement sur le terrain.

    💡Le travail effectif, ou ce que l’on peut appeler le travail réel dans une approche clinique, désigne l’ensemble des activités concrètes que le salarié mobilise au quotidien : les tâches formelles, mais aussi toutes les adaptations, improvisations, efforts tacites, interactions sociales, gestion d’imprévus, et stratégies cognitives et émotionnelles.

    💡Cet écart entre la fiche et la pratique réelle est omniprésent dans toutes les organisations, je dirais même qu'il est irréductible dans la mesure où il est absolument impossible de prévoir tout ce qui peut advenir dans une situation de travail. Pour illustrer cet écart, citons par exemple :

    • La gestion d’imprévus, où le salarié doit improviser, mobilisant ses compétences, sa créativité et son jugement pour répondre à des circonstances non anticipées.
    • La collaboration informelle, qui permet aux salariés d’échanger et de s’entraider au-delà de leurs responsabilités officielles, exploitant leur savoir-faire tacite.
    • La mise en œuvre d’innovations spontanées, où la capacité à expérimenter et à mobiliser ses ressources personnelles devient une force pour l’organisation.

    💡Si on demandait aux salariés de s'en tenir à leur fiche de poste, aucune organisation ne fonctionnerait. C'est d'ailleurs ce qui se passe lorsque les travailleurs font une "grève du zèle". Ils s'en tiennent aux consignes formelles et plus rien n'avance.

     

    Les conséquences possibles de cet écart

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    Cet écart peut générer des tensions, de la surcharge, voire du stress ou un sentiment d’injustice. Ainsi nombre de managers ont entendu "mais ce n'est pas sur ma fiche de poste !".

    💡Ce qu’il faut souligner, c’est que cet écart n’est pas uniquement négatif ou aliénant. Au contraire, lorsque le salarié dispose d’autonomie, de marges de manœuvre, et peut faire preuve de créativité, d’ingéniosité et d’intelligence dans l’exercice de ses activités, ces dimensions deviennent des facteurs de protection pour sa santé. La capacité à adapter ses actions, à mobiliser ses compétences tacites et à faire preuve d’initiative permet non seulement de répondre aux imprévus mais aussi d’enrichir la pratique professionnelle.

    Ces ressources personnelles contribuent à une activité porteuse de sens, qui renforce la résilience de l’individu face aux tensions et à la surcharge.

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    Lien entre activité de travail et santé

    💡L’activité de travail désigne l’ensemble des processus physiques, cognitifs et sociaux mobilisés par un individu pour réaliser ses tâches. Elle inclut non seulement l’exécution formelle, mais aussi la prise de décisions, l’adaptation aux contraintes, la gestion des priorités, et la mobilisation de compétences tacites.

    👍La possibilité pour le salarié de disposer de marges de manœuvre, à condition qu’elles soient encadrées et valorisées, transforme la tension potentielle entre prescription et réalité en un levier de développement personnel et collectif.

    👍Lorsqu’il peut exercer sa créativité, faire preuve d’autonomie, et mobiliser ses ressources dans un cadre organisé, le salarié réduit sa vulnérabilité face aux risques psychosociaux et accroît sa capacité à rebondir.

    👉En résumé, la distinction entre travail prescrit, travail réel et activité de travail dans une approche clinique doit s’appréhender comme une articulation dynamique :

    • La fiche de poste offre une base normative, mais ne peut se suffire à elle-même.
    • Le travail réel, ou activité effective, est un territoire mouvant où la richesse et l’autonomie jouent un rôle clé dans la santé et la performance.
    • La capacité à faire preuve de créativité, à s’adapter et à exercer son jugement dans cet espace est un facteur de protection essentiel pour le salarié, à condition qu’il soit encadré, reconnu et cultivé par l’organisation.

    ##

    Et la charge de travail dans tout ça ?

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    Cette articulation entre travail prescrit, travail réel et activité de travail montre que la gestion du travail va bien au-delà de la simple exécution de tâches.

    C'est pourquoi il est si difficile pour les organisations d'agir sur les problématiques de charge de travail (sous-charge ou surcharge) quand elles surviennent. La charge de travail, pour être comprise et régulée efficacement, doit intégrer non seulement les contenus formels, mais aussi l’ensemble des efforts, tensions et ressources mobilisées dans la pratique quotidienne.

    rouages

    Les 3 dimensions de la charge de travail

    La charge de travail comporte trois dimensions essentielles :

    📌Charge prescrite (P): "C’est la tâche au sens ergonomique, le système de contraintes qui s’impose au salarié, tant du point de vue quantitatif que qualitatif. Ce sont les objectifs que l’on attend du travail, les attentes définies par les organisateurs du travail et dont l’exécution est vérifiée par le management" (ANACT)

    📌Charge de travail réelle ou vécue (R) : C’est l’astreinte au sens ergonomique, le « coût » que le salarié « défraye » pour réaliser l’activité. Les ergonomes ne parlent de charge de travail que dans ce sens précis. La charge de travail réelle concerne l’ensemble des régulations effectuées ici et maintenant pour atteindre les objectifs et préserver sa santé. Un excès d’objectifs ou a contrario une sous-utilisation des capacités cognitives, une insuffisance de moyens ou de compétences peuvent altérer le sentiment de bien-être au travail et même la santé" (ANACT)

    📌Charge de travail subjective ou ressentie (S) : « C’est le « ressenti », l’évaluation que fait le salarié de sa propre situation. Celle-ci peut varier fortement en fonction de l’équilibre rétribution/contribution, de la reconnaissance et du sentiment d’utilité ou de « beauté » (1) conférée au travail. Une charge de travail lourde, s’il elle fait l’objet d’une rétribution et d’une reconnaissance conséquente (par les pairs ou la hiérarchie) peut être ressentie positivement. À l’inverse, une charge faible, un travail non reconnu et déconsidéré peuvent être très mal vécus » (ANACT)

    💡On comprend ainsi que se baser uniquement sur la fiche de poste pour évaluer la charge réelle n'est pas suffisant (c'est pourtant l'erreur que commettent de nombreuses organisations!).

    Il est en effet primordial d’intégrer tout ce que le salarié doit mobiliser, en prenant en compte ses ressources personnelles, la qualité de l’environnement, le support disponible, et les tensions du contexte. La charge ne se limite pas à une simple liste de tâches ; elle englobe aussi les efforts cognitifs, émotionnels, et relationnels que le travail impose dans des conditions souvent fluctuantes.

    👉Exemples concrets

    • Un agent de maintenance doit non seulement suivre une procédure mais aussi gérer les imprévus techniques, le stress lié à la pression des délais, et la cohésion avec ses collègues. La charge réelle dépasse largement la fiche de tâches initiale.
    • Un médecin doit équilibrer la charge cognitive élevée due à la complexité des cas cliniques, le temps de consultation, et la gestion des situations émotionnellement exigeantes, tout cela dans un contexte où les ressources peuvent être insuffisantes.

     

    Les 3 phases à mettre en oeuvre pour agir sur la charge de travail

    Rouages

    🔖Analyse de la charge de travail

    Recueillir les signaux faibles (fatigue, stress, irritabilité) via des entretiens ou questionnaires. Définir dans quelles dimensions (quantitative, qualitative, émotionnelle, contextuelle) la surcharge apparaît en impliquant salariés, managers et RH.

    🔖Régulation de la charge de travail

    Adapter l’organisation : redistribuer les responsabilités, renforcer l’autonomie, ajuster les moyens. Favoriser la mobilisation collective pour ajuster durablement la charge, en valorisant les ressources personnelles et professionnelles.

    🔖Suivi et Évaluation de la charge de travail

    Mesurer régulièrement la perception de surcharge, la santé mentale et la qualité de vie au travail à l’aide d’indicateurs. Réajuster l’organisation en continu en fonction des nouveaux signaux pour garantir un équilibre durable.

    👉 En résumé, une régulation efficace repose sur une connaissance fine des trois dimensions de la charge, une démarche participative d’analyse, des ajustements continus, et une évaluation régulière pour préserver la santé, la motivation et la robustesse.

    Loupe travail

    L'apport de la clinique du travail dans l'analyse du travail

    L’approche clinique du travail — qui consiste à analyser le travail tel qu’il est réellement exercé, ses besoins, ses tensions, ses ressources et ses significations — est un outil précieux pour comprendre les déséquilibres de la charge.

    Elle permet d’identifier les situations où la demande dépasse la capacité réelle du salarié, ou au contraire, où le travail devient en partie invisible parce qu’une partie importante de l’activité n’est ni prescrite ni valorisée.

    Une fiche de poste qui intègre ces dimensions favorise une régulation plus fine du travail, en évitant de se limiter à la simple description formelle. Elle permet aussi d’instaurer un dialogue véritablement constructif autour de ce que le salarié mobilise dans ses conditions concrètes d’exercice.

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    Les bénéfices d'une co-construction de la fiche de poste

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    puzzle

    Pourquoi co-construire la fiche de poste ?

    Reconnaître la complexité de la charge de travail — ses différentes dimensions (prescrite, réelle, subjective) — ainsi que ses impacts potentiels sur la santé des salariés, nécessite de dépasser les approches traditionnelles souvent limitées. Trop fréquemment, les fiches de poste sont rédigées par la direction ou les RH (quand elles ne sont pas la retranscription des offres d'emploi), puis transmises aux salariés sans réelle mise à jour ou appropriation. Ce décalage avec la réalité du terrain limite leur efficacité, voire leur intérêt pour la gestion et l’organisation du travail.

    Il est donc essentiel d’adopter une démarche structurée et participative pour clarifier et formaliser les missions et responsabilités, et surtout d'en discuter.

    Dans cette optique, la co-construction s’avère comme une démarche pertinente. En impliquant salariés et managers dans une exploration commune, elle permet d'établir un dialogue authentique sur le travail réel et ses conditions, pour :

    • Donner au manager une meilleure représentation de la réalité du travail,
    • Favoriser la reconnaissance du travail pour le salarié,
    • Instaurer un processus d’échange et d'ajustements continus

    Les étapes clés de cette démarche de co-construction de la fiche de poste

    Rouages

    🔖 Préparation

    1. Pour le manager : identifier les besoins, analyser le contexte précis du poste, connaître les enjeux organisationnels et les moyens disponibles
    2. Pour le salarié : structurer sa présentation des missions réalisées

    🔖Dialogue entre manager et salarié

    • Organiser un entretien structuré pour échanger sur la perception de chacun concernant le contenu du poste
    • Discuter des difficultés rencontrées, des imprévus réguliers et des adaptations nécessaires dans la pratique, tout en clarifiant les attentes réciproques

    Cette étape oblige le manager à questionner le travail, en se départissant de ses représentations préétablies et en associant la question des missions, responsabilités, compétences et moyens.

    🔖Co-rédaction

    • Rédiger ensemble la fiche de poste en conciliant besoins organisationnels et réalité de l'activité et des ressources (compétences, moyens matériels, temps disponible, ...).
    • Il est crucial de penser en termes de missions et responsabilités, et non de micro-tâches, pour donner une vision globale et cohérente

    À titre personnel, cette étape se fait souvent en direct avec le salarié, avec un écran partagé, afin de fluidifier l'étape de la validation.

    🔖Validation et suivi

      • Faire valider la fiche par toutes les parties prenantes (RH, hiérarchie, salarié)
      • Instaurer un processus de révision périodique pour ajuster le contenu selon l’évolution du travail et de l’organisation
      • L’entretien annuel peut servir de prétexte pour revisiter la fiche, sauf si des changements majeurs en cours d’année nécessitent une mise à jour plus urgente

    Ce processus vise à instaurer un dialogue permanent, basé sur la reconnaissance des réalités du terrain et la nécessité d’adapter en continu les responsabilités et ressources.

    émotions

    Les bénéfices d’une fiche de poste co-construite et vivante

    🔖 Sur le plan de la santé au travail

    • Réduction du stress et des tensions liées aux contradictions entre prescrit et réel
    • Reconnaissance des efforts cognitifs et émotionnels requis
    • Prévention des risques psychosociaux en clarifiant et ajustant les responsabilités et marges de manœuvre

    🔖 Sur le plan de la charge de travail

    • Prise en compte des efforts effectivement déployés, permettant une meilleure régulation
    • Capacité à anticiper et réguler les déséquilibres liés à un environnement en constante évolution

    🔖 Sur le plan du dialogue social et du dialogue professionnel

    • Instauration d'espaces de dialogue permettant de partager les enjeux globaux et les réalités du terrain
    • Construction d’une confiance mutuelle renforcée par la transparence et la reconnaissance

    🔖 Approche managériale

    • Développement d’une culture participative, flexible et adaptative
    • Valorisation des savoir-faire informels et tacites
    • Montée en compétence sur les questions de travail réel et de charge de travail, permettant d'améliorer son accompagnement au quotidien

    🔖 Impact stratégique

    • Une fiche intégrant la diversité des activités et ressources mobilisées devient un outil clé pour aligner attentes organisationnelles et réalité du terrain
    • Elle facilite la remontée d’informations pour une gestion proactive des risques, notamment psychosociaux, et pour l’amélioration continue de l’organisation du travail
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    Conclusion : la fiche de poste, cle de voûte de votre organisation

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    Bien plus qu’une formalité administrative, la fiche de poste est l’outil de base pour sécuriser la relation de travail et donner du sens à l’activité. En clarifiant les attentes, elle réduit les zones d’ombre, limite les tensions liées au "travail empêché" et pose les fondations d'un management sain et transparent.

    C’est le point de départ d’une organisation robuste, capable de protéger la santé des collaborateurs tout en servant la robustesse de la structure.


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    Je suis en capacité de vous accompagner pour transformer vos outils RH en véritables boucliers pour votre structure :

    • Clarification & sens : articulation entre projet global / stratégie et déclinaison opérationnelle, définition des rôles et des responsabilités en intelligence collective pour lever les zones de flou,

    • Sécurisation : questionnement de la charge de travail, mise en lien des missions et responsabilités avec les compétences, . . .

    • Accompagnement managérial : transmission de méthodologie pour parler du travail entre manager et salarié, sensibilisation aux principes de la QVCT, ...

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    Le harcèlement vertical ascendant : reconnaître, comprendre et agir

    Le harcèlement vertical ascendant : reconnaître, comprendre et agir

    ▶️ Série "Santé au travail et RPS" | Acte 2 - Repérer les manifestations des RPS dans votre organisation #11

    ☠️ Le harcèlement au travail est un fléau qui touche de nombreuses organisations (y compris les structures de l'ESS), quelles que soient leur taille ou leur secteur d'activité. Si ce n'est pas déjà fait, je vous invite à prendre connaissance de l'article "Le harcèlement moral au travail : comprendre et agir".

    Si le harcèlement descendant _ exercé par un supérieur sur un subordonné _ est le plus souvent mis en lumière, il ne faut pas négliger une autre forme, moins connue mais tout aussi destructrice : le harcèlement vertical ascendant, exercé par un ou plusieurs subordonnés sur leur supérieur hiérarchique. Difficile à identifier, difficile à admettre, difficile à traiter — cet article propose des repères pour y faire face.

    #1

    Comprendre : qu'est-ce que le harcèlement vertical ascendant ?

    flèches

    Les différents niveaux de harcèlement au travail

    Il existe deux niveaux de harcèlement au travail : le harcèlement organisationnel ou institutionnel, et le harcèlement individuel.

    🔖Au niveau organisations ou institutionnel

    Le harcèlement moral institutionnel se traduit par des humiliations publiques, un isolement, un surcontrôle du travail, déclassement / dévalorisation, une surcharge de travail suite à des licenciements ou bien à une réorganisation, ....

    Il peut prendre la forme de pratiques managériales délibérées (voir la liste des techniques de management pathogène de Souffrance et Travail), de harcèlement stratégique pour se débrasser d'une personne, de harcèlement involontaire.

    🔖Au niveau individuel

    ⬇️Le harcèlement vertical descendant : C'est la forme la plus courante, où un supérieur hiérarchique harcèle un subordonné. Ce type de harcèlement est souvent caractérisé par un abus de pouvoir, renforcé par la relation hiérarchique. Il est plus susceptible de se produire dans des environnements stressants ou incertains.

    ↔️Le harcèlement horizontal : Il concerne les collègues de même niveau hiérarchique. Ce harcèlement peut être individuel ou collectif. Les manifestations typiques incluent des moqueries, des incivilités, parfois des menaces, et fréquemment l'isolement social de la victime. Il s'agit d'une coalition contre un bouc émissaire.

    ⬆️Le harcèlement vertical ascendant : Dans ce scénario moins fréquent, un subordonné harcèle son supérieur. Ce type de harcèlement se manifeste souvent par un travail délibérément mal exécuté, des plaintes constantes, le refus de coopérer, ainsi que des comportements irrespectueux comme la nonchalance, les critiques excessives, la propagation de rumeurs et les moqueries.

    balance marteau code

    Cadre juridique

    💡Le harcèlement vertical ascendant est avant tout juridiquement un harcèlement. Il se caractérise par des agissements répétés de la part d'un ou plusieurs subordonnés envers un supérieur hiérarchique, ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail de ce dernier.

    📌 Le harcèlement moral suppose, pour être caractérisé, des agissements répétés. C'est-à-dire qu'un acte isolé, même aux conséquences particulièrement graves, ne relève pas de cette qualification.

    Il peut se manifester sous différentes formes : insultes, menaces, dénigrement, refus d'obéissance, surcharge de travail, etc.

    🔔Pour la première fois, en 2011, la chambre criminelle de la Cour de Cassation a condamné un salarié auteur d’ un harcèlement moral ascendant (remontant) que peut exercer un subordonné sur son supérieur hiérarchique : un éducateur a été poursuivi pour avoir harcelé moralement son chef de service. Les conditions de travail s’étaient tellement dégradées que le chef de service s’est suicidé.

    …il est reproché au prévenu de s’être rendu coupable de harcèlement moral sur la personne de M. X…, son supérieur hiérarchique, en dévalorisant de manière régulière son action et en diffusant une image d’incompétence dans son environnement professionnel et auprès des agents de son service en multipliant les refus de se soumettre et les critiques de ses instructions, en adoptant de manière répétée un comportement irrévérencieux et méprisant; que ces agissements, compte tenu de leur répétition dans le temps, peuvent, certes, avoir eu pour effet de dégrader les conditions de travail au sein du SAST et plus particulièrement celles de M. X…, son chef hiérarchique…

    Arrêt du 6 décembre 2011, n° 10-82.266

    #2

    Les déclencheurs spécifiques du harcèlement ascendant

    Le harcèlement ascendant est souvent difficile à identifier car il remet en question l'ordre hiérarchique établi. Les victimes — souvent des managers — peuvent ressentir culpabilité et sentiment d'incompétence, et hésiter à dénoncer par peur des représailles ou par crainte de ne pas être prises au sérieux.

    Les recherches de S. Branch (Upwards Bullying, 2008) identifient trois grandes catégories de déclencheurs :

    flèche

    L'environnement de travail

    Cela inclut :

    • La pression vécue par les managers en raison d'une forte charge de travail pour eux et leur équipe
    • Un environnement de travail inefficient où des conflits restent non résolus, menant à un manque d'harmonie dans le groupe
    • Un environnement acceptant ou tolérant les comportements inappropriés
    • Le manque de pouvoir ou de ressources détenu par le manager pour aborder les comportements inappropriés

    Le changement

    Le changement serait le principal facteur de déclenchement du harcèlement vertical ascendant (Branch, 2008).

    Cette catégorie comprend :

    • Les changements organisationnels — restructurations, fusions, réorganisations
    • L'arrivée d'un nouveau manager qui encourage le changement ou modifie les pratiques établies
    • Les évolutions de poste ou de périmètre qui redistribuent le pouvoir au sein d'un collectif

    💡  Pourquoi le changement déclenche le harcèlement ascendant - Quand les pratiques changent, certains salariés peuvent percevoir leur marge d'autonomie ou leur statut informel comme menacés. Le nouveau manager devient alors une cible, non pas pour ce qu'il est, mais pour ce qu'il représente : une modification de l'équilibre du collectif. Source : Branch, S. (2008). Upwards Bullying. An Exploratory Study of Power, Dependency and the Work Environment for Australian Managers.

    profils papier

    Les caractéristiques individuelles

    Branch identifie aussi des facteurs individuels qui peuvent fragiliser le manager face au harcèlement ascendant :

    • L'inexpérience managériale — les managers nouvellement nommés sont particulièrement exposés
    • Un style de management qui diverge fortement des pratiques antérieures ou des attentes du collectif
    • Une légitimité perçue comme insuffisante — notamment en cas de promotion interne contestée
    • Une fragilité temporaire : période de prise de poste, crise personnelle, ou isolement dans la structure

    #3

    Les contextes des petites et moyennes organisations les plus exposés

    Dans les petites et moyennes organisations, certaines configurations créent des conditions particulièrement favorables au harcèlement ascendant. Les identifier permet d'agir en prévention avant que la situation ne se radicalise.

    Bonhomme en bois rouge

    Le manager nouvellement nommé

    C'est le profil le plus fréquemment exposé. La nomination _ interne ou externe _ est vécue par une partie du collectif comme une rupture d'équilibre. Les résistances peuvent être passives au départ (non-dit, lenteur d'exécution) avant de devenir actives (contestation ouverte, sabotage discret).

    Les facteurs aggravants dans ce contexte :

    • Le manager est issu du même collectif — ses anciens pairs se sentent lésés ou jugent la promotion illégitime
    • Le soutien de la direction est insuffisant ou peu visible — le manager est seul face au groupe
    • Aucun temps de transition ni d'accompagnement à la prise de poste n'a été organisé
    • Le manager précédent était très populaire ou, à l'inverse, sa gestion des conflits a laissé des tensions non résolues

    La promotion interne contestée

    bonhommes en bois direction

    Quand un salarié est promu à un poste d'encadrement au sein d'une équipe qu'il connaît bien _ et qui le connaît _ les jeux de pouvoir informels peuvent être très intenses. L'autorité hiérarchique nouvellement acquise se heurte à des relations de pair construites sur plusieurs années.

    Les signaux d'alerte :

    • Refus discrets mais systématiques de suivre les nouvelles procédures
    • Minimisation publique des décisions du manager nouvellement promu
    • Alliance tacite de certains membres de l'équipe pour contourner l'encadrement
    • Récits négatifs sur la compétence ou la légitimité du manager diffusés informellement
    Bonhomme bois

    Le collectif soudé contre l'encadrement

    Dans certaines équipes à forte culture interne — associations, structures militantes, équipes soignantes, collectifs artisanaux — le sentiment d'appartenance au groupe peut devenir un levier de résistance active à l'encadrement perçu comme extérieur ou illégitime.

    Cette configuration est particulièrement présente quand :

    • L'organisation a grandi rapidement et la professionnalisation de l'encadrement est vécue comme une perte d'autonomie
    • Les valeurs du collectif sont perçues comme incompatibles avec le style de management introduit
    • Le dirigeant a délégué l'encadrement à un manager sans lui donner les moyens symboliques et opérationnels de son autorité

    ⚠️  Le piège du silence pour le manager victime - Dans ces contextes, le manager ou le dirigeant victime hésite souvent à alerter — par sentiment de culpabilité (« c'est moi qui gère mal »), par crainte d'être perçu comme incompétent, ou par peur de déstabiliser davantage l'équipe. Ce silence aggrave la situation : les comportements harcelants se normalisent, et la santé du manager se dégrade progressivement, sans que personne n'intervienne.

    #4

    Reconnaître les signaux

    Flèche

    Les formes que prend le harcèlement ascendant

    Le harcèlement vertical ascendant se manifeste le plus souvent sous les formes suivantes :

    🔴 Comportements actifs et visibles

    • Refus d'obéissance répétés et assumés, notamment devant les collègues
    • Critiques systématiques, sarcasmes, moqueries — y compris en réunion
    • Dénigrement de la compétence ou des décisions du manager auprès des pairs, de la direction ou de partenaires externes
    • Plaintes répétées — formelles ou informelles — visant à discréditer le manager
    • Comportements d'hostilité ouverte : coupures de parole, interruptions, refus de répondre

    🟠 Comportements discrets et insidieux

    • Travail délibérément mal exécuté ou au ralenti pour mettre le manager en difficulté
    • Rétention d'information stratégique qui prive le manager des éléments nécessaires à ses décisions
    • Circulation de rumeurs sur l'incompétence ou le comportement du manager
    • Coalition informelle pour contourner le manager et s'adresser directement à la direction
    • Refus de participer aux réunions ou temps collectifs organisés par le manager

    Les signaux chez le manager victime

    Feu tricolore

    Précaution essentielle : ces signaux alertent _ ils ne permettent pas de conclure seuls à l'existence d'un harcèlement. C'est la répétition et la systématicité des comportements qui sont déterminants.

    ⚠️ Ce que le dirigeant ou les RH peuvent observer chez un manager en difficulté

    #5

    Obligations et responsabilités

    balance marteau code

    Le cadre légal s'applique dans les deux sens

    La définition légale du harcèlement moral (Art. L. 1152-1 du Code du travail) s'applique sans distinction de direction hiérarchique. Un salarié harcelant son supérieur engage sa responsabilité disciplinaire et pénale au même titre que dans un harcèlement descendant.

    • Responsabilité du ou des auteurs : tout salarié s'étant rendu coupable d'agissements de harcèlement moral est passible d'une sanction disciplinaire (Art. L. 1152-5 CT) — pouvant aller jusqu'au licenciement pour faute grave — et d'une poursuite pénale (Art. 222-33-2 CP : deux ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende)
    • Responsabilité de l'employeur : l'obligation de prévention et d'action de l'Art. L. 1152-4 CT s'applique pleinement — l'employeur doit prendre des mesures dès qu'il est informé de faits susceptibles de constituer un harcèlement, qu'il s'agisse du manager ou du salarié qui est victime
    • Protection de la victime : le manager victime de harcèlement ascendant bénéficie des mêmes protections légales que n'importe quelle autre victime — y compris la protection contre les mesures défavorables s'il signale la situation

    📌  Quand le dirigeant est la victime : qui agit ? - Dans une petite structure où le dirigeant est lui-même victime de harcèlement ascendant, l'obligation d'agir peut incomber au conseil d'administration (associations), aux associés (sociétés), ou à un tiers mandaté. Le médecin du travail et un IPRP peuvent jouer un rôle de tiers neutre pour instruire la situation. La victime n'est pas tenue de gérer seule la procédure — et ne devrait pas le faire, au risque d'aggraver les tensions.

    #6

    Agir : une procédure adaptée quand la victime est en position d'autorité

    Le harcèlement ascendant présente des obstacles spécifiques qui compliquent la gestion de la situation par rapport à un harcèlement descendant. Plusieurs facteurs y contribuent :

    • La victime est en position d'autorité : elle peut hésiter à alerter, craindre d'être perçue comme incompétente ou incapable de gérer son équipe
    • Les auteurs sont nombreux : quand le harcèlement est collectif, il est plus difficile d'identifier les comportements individuels et de les qualifier
    • Le risque de stigmatisation est élevé : alerter sur son équipe peut être vécu comme une trahison ou aggraver les tensions
    • L'enquête interne est plus complexe : difficile de la confier à un pair interne sans créer de biais
    Parcours professionnel

    Les étapes adaptées à ce cas

    🔖Étape 1 — Sortir du silence

    La première difficulté est souvent que rien n'est dit. Le manager victime doit être encouragé à alerter — auprès de son propre supérieur, du CSE, du médecin du travail ou directement d'un tiers externe.

    • Conserver une trace écrite des incidents : dates, faits précis, témoins éventuels — sans attendre qu'ils s'accumulent
    • Ne pas chercher à régler seul la situation par une confrontation directe — cela risque d'aggraver les comportements
    • S'appuyer sur la direction ou le conseil d'administration pour légitimer une intervention externe

    🔖Étape 2 — Faire intervenir un tiers

    L'intervention d'un tiers externe est presque toujours nécessaire dans les situations de harcèlement ascendant :

    • Le médecin du travail : premier interlocuteur pour objectiver l'impact sur la santé du manager et faire le lien entre situation de travail et état de santé
    • Un IPRP ou consultant RH externe : pour mener l'enquête interne avec la neutralité que la situation impose — ni le manager victime, ni un collègue ne peuvent conduire eux-mêmes cette enquête
    • Un avocat en droit social : pour sécuriser la procédure disciplinaire si les faits sont établis et que des sanctions sont envisagées

    🔖Étape 3 — Instruire sans aggraver

    L'enquête doit respecter les mêmes conditions que dans tout cas de harcèlement :

    • Auditions séparées des parties et des témoins — en garantissant la confidentialité
    • Ne pas confronter la victime et les auteurs présumés pendant l'enquête
    • Documenter chaque étape, chaque décision, chaque mesure prise
    • Prendre des mesures conservatoires si nécessaire : modification temporaire des rattachements, aménagement des réunions

    🔖Étape 4 — Décider et reconstruire

    Une fois l'enquête conduite :

    • Si les faits sont établis : engager les procédures disciplinaires adaptées — de l'avertissement au licenciement pour faute grave selon la gravité — pour chacun des auteurs identifiés
    • Accompagner la victime : le manager victime a besoin d'un soutien spécifique — psychologique et opérationnel — pour reprendre sa place. Un coaching de prise de poste ou un accompagnement RH peut être utile
    • Travailler sur le collectif : une situation de harcèlement ascendant laisse des traces dans le groupe. Une intervention sur le fonctionnement collectif — espaces de dialogue, clarification des rôles, reconstruction de la confiance — est souvent nécessaire pour éviter que le cycle se reproduise

    💡  Prévenir plutôt que guérir : les conditions d'un management protégéDans les petites structures, la meilleure protection contre le harcèlement ascendant est l'investissement en amont : un accompagnement à la prise de poste des managers nouvellement nommés, une communication claire de la direction sur les décisions de nomination, un soutien visible et régulier au manager dans son rôle, et des espaces de dialogue permettant d'exprimer les tensions avant qu'elles ne se radicalisent.

    → Voir aussi : article #5 — Le burnout (le harcèlement ascendant est l'un des chemins les plus directs vers l'épuisement du manager)

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    Conclusion

    Le harcèlement vertical ascendant est une réalité méconnue mais destructrice — pour le manager ou le dirigeant qui en est victime, pour l'équipe qui en est parfois à la fois l'auteur et le témoin, et pour l'organisation qui ne peut pas fonctionner durablement sous cette tension.

    Sa spécificité tient à ce que la victime est aussi en position d'autorité : elle doit agir, décider, manager — tout en subissant des comportements qui sapent progressivement sa légitimité et sa santé. Cette double contrainte rend le silence particulièrement tentant — et particulièrement dangereux.

    Les conditions d'une sortie de crise passent par trois invariants : sortir du silence tôt, faire intervenir un tiers externe pour instruire avec impartialité, et travailler ensuite sur le collectif pour reconstruire ce qui a été endommagé. Aucune de ces étapes ne peut être court-circuitée.


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    🗃️ Dans la même série "Santé au travail et RPS " :

    Acte 1 - Comprendre les RPS
    #1RPS : comprendre les facteurs de risque et sortir des idées reçues
    #2RPS : de l'évaluation à la prévention
    Acte 2 – Repérer les manifestations des RPS dans votre organisation
    #3Le stress au travail : comprendre, reconnaître et agir
    #4La surcharge mentale : un enjeu majeur du monde du travail moderne
    #5Le burnout
    #6  Bore-out et brown-out : quand le travail ne nourrit plus
    #7Dépression liée au travail : comprendre, reconnaître et agir
    #8Les addictions en milieu professionnel : comprendre, reconnaître et agir
    #9L’usure professionnelle : comprendre, prévenir et agir
    #10Le harcèlement moral au travail : comprendre, prévenir et agir
    #11Le harcèlement vertical ascendant : reconnaître, comprendre et agir
    #12Harcèlement sexuel et agissements sexistes au travail : définition, signaux et obligations
    #13Les violences externes au travail : comprendre, prévenir et réagir
    Acte 3 – Identifier les conséquences pour l'organisation
    #14L'absentéisme : comprendre, mesurer, agir
    #15Le présentéisme : le coût invisible
    #16Désengagement et turnover subi : reconnaître, mesurer et agir
    #17La désinsertion professionnelle : comprendre et prévenir
    Acte 4 - Prévenir les RPS durablement
    #18Construire une démarche de prévention des RPS dans une petite ou moyenne organisation
    Travailler sur le travail : l’approche clinique pour transformer les pratiques professionnelles

    Travailler sur le travail : l’approche clinique pour transformer les pratiques professionnelles

    ▶️ Série — L'approche clinique du travail

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    Cet article est le second d'une série de neuf consacrée à l'approche clinique du travail. 🔗 Article 1 : Pourquoi parler du travail au travail change tout 🔗 Article 3 : Analyser le travail et mieux comprendre les réalités professionnelles : un enjeu clé pour les dirigeants et managers  🔗 Article 4 : Les cliniques du travail et la santé au travail 🔗 Article 5 : Le genre professionnel et le style personnel : Pourquoi vos salariés ne travaillent pas tous de la même façon (et pourquoi c’est une bonne nouvelle) 🔗 Article 6 : L’auto-confrontation croisée : rendre visible ce que le travail réel contient d’invisible🔗 Article 7 : La dispute professionnelle : pourquoi le désaccord sur le travail est une ressource, pas un problème 🔗 Article 8 :  La clinique du travail dans les petites et moyennes organisations : conditions de réussite d'une intervention 🔗 Article 9 :  Clinique du travail et dialogue social : un pont nécessaire

    Dans un monde professionnel en constante mutation, l'approche clinique du travail vise à comprendre et améliorer les conditions de travail, en co-analysant l’activité réelle des travailleurs avec les travailleurs.  Au travers de cet article, je vous explique ce qui se cache derrière ce terme énigmatique de "clinique du travail". C'est parti !

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    Qu'est-ce que l'approche clinique du travail ?

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    L'approche clinique du travail consiste à analyser collectivement les situations de travail réel. Il s'agit d'aller au-delà du travail prescrit (par exemple fiche de poste) pour explorer le travail tel qu'il est vécu et réalisé par les professionnels au quotidien.

    👉Cette approche permet de mettre en lumière les écarts entre le travail prescrit et le travail réel, ainsi que les stratégies développées par les travailleurs pour faire face aux défis de leur activité. Le travail est considéré comme un lieu de développement potentiel pour les individus et les collectifs.

    💡Elle se distingue des approches classiques de management ou de conseil par sa posture fondamentale : ce ne sont pas des experts extérieurs qui diagnostiquent et prescrivent des solutions, ce sont les travailleurs eux-mêmes qui deviennent analystes de leur propre activité, accompagnés par un intervenant qui crée les conditions de cette réflexion.

    question

    Pourquoi travailler sur le travail ?

    🎯 Les objectifs de cette démarche sont multiples :

    • Pour développer une compréhension approfondie des situations de travail;
    • Pour identifier les ressources et les contraintes dans l'activité professionnelle;
    • Pour favoriser le dialogue et la coopération entre les acteurs du travail;
    • Pour promouvoir la santé et le bien-être au travail;
    • Pour améliorer la qualité du travail;
    • • Pour développer le pouvoir d'agir des collectifs professionnels face aux défis organisationnels;
    • . . .

    👉 La clinique du travail permet de rendre visible l’invisible.

    Quelles méthodes permettent de travailler sur le travail ?

    📌 La clinique du travail mobilise diverses méthodologies qualitatives :

    • L'observation participante;
    • Les entretiens individuels et collectifs;
    • L'analyse de l'activité;
    • L'auto-confrontation croisée — méthode phare de la clinique de l'activité; 🔗 Pour approfondir : Auto-confrontation croisée 
    • Les groupes de codéveloppement professionnel;
    • Les groupes de discussion et d'analyse des pratiques;
    • La co-construction de solutions avec les acteurs concernés;
    • . . .

    👉Ces méthodes visent à créer des espaces de dialogue et de réflexion sur le travail, permettant aux travailleurs de devenir analystes de leur propre activité. Cela favorise la réflexivité et le développement d'une posture de recherche de solutions.

    🔗 Pour approfondir : La dispute professionnelle 

    puzzle

    Quelle est la posture de l’intervenant qui accompagne ce travail ?

    ❇️L'intervenant en clinique du travail adopte une posture spécifique, caractérisée par :

    • Une écoute active et bienveillante ;
    • Un positionnement de "non-savoir" face à l'expertise des travailleurs sur leur propre activité ;
    • Une attention particulière aux affects et aux émotions liés au travail ;
    • Un rôle de facilitateur dans les processus de réflexion collective ;
    • Un engagement éthique fort, respectant la confidentialité et l'intégrité des participants.

    💡Cette posture de « non-savoir » mérite d'être explicitée. Elle ne signifie pas que l'intervenant ne sait rien — il dispose d'une expertise méthodologique solide. Elle signifie qu'il ne sait pas, et ne prétend pas savoir, ce que les travailleurs savent de leur propre activité. C'est cette asymétrie assumée qui crée les conditions d'une exploration authentique.

    Quels sont les bénéfices à travailler sur le travail ?

    équipe

    ⚜️Les bénéfices de cette approche sont nombreux :

    • Une meilleure reconnaissance du travail réel et de l'expertise des professionnels;
    • Le développement du pouvoir d'agir des travailleurs;
    • L'amélioration des conditions de travail et de la qualité de vie au travail;
    • Le renforcement de la cohésion d'équipe et du sens du travail;
    • L'optimisation des processus et de l'organisation du travail;
    • Le développement de la créativité et de l'innovation dans les pratiques professionnelles;
    • La réduction des tensions et des RPS par un travail sur les causes organisationnelles profondes;
    • . . .
    échelle objectif

    Quels défis à travailler sur le travail ?

    🗡️Le travail sur le travail présente également des défis importants :

    • Il nécessite un engagement fort de l'ensemble des acteurs de l'organisation, y compris la Direction;
    • Il peut mettre en lumière des tensions ou des contradictions dans le travail, ce qui demande une approche bienveillante et constructive;
    • Il requiert du temps et des ressources, ce qui peut être difficile à mobiliser dans des contextes de forte pression économique ou de crise (mais pas impossible);
    • Il peut susciter des résistances, notamment lorsqu'il remet en question des pratiques ou des organisations établies.;
    • Il demande une vigilance éthique constante, notamment en termes de confidentialité et de respect des personnes.

    👉 Ces défis font partie intégrante du processus de transformation du travail et doivent être abordés de manière réflexive et collective. Pour les TPE-PME et les associations, ces défis ont des déclinaisons spécifiques que nous explorons dans l'article dédié aux conditions de réussite d'une intervention clinique dans les petites et moyennes organisations.

    #1

    Comment se déroule une intervention en clinique du travail ?

    📝 Les grandes étapes d'une intervention en clinique du travail peuvent être résumées en cinq phases principales, chacune ayant ses spécificités et points de vigilance.

    Etapes, spécificités et points d'attention

    🔖Phase 1 - La demande et le cadrage

    🔎Spécificités : L'intervenant rencontre les commanditaires pour comprendre la demande, ses enjeux et ses limites. Cette phase est cruciale : une demande formulée en termes de solutions (« il nous faut un outil ») doit être retraduite en termes de problèmatiques à explorer. C'est aussi à ce moment que les conditions éthiques de l'intervention sont posées.

    ⚠️Points d'attention : • Identifier les demandes implicites ou cachées • Éviter d'être instrumentalisé par un groupe d'acteurs • Garantir l'indépendance de l'intervenant

    🔖 Phase 2 - L'investigation

    🔎Spécificités : L'intervenant observe, rencontre les acteurs, recueille leur expérience du travail réel. Il s'agit de comprendre le travail tel qu'il se fait, pas tel qu'il est prescrit. Les entretiens ne portent pas sur les opinions ou les satisfactions, mais sur l'activité concrète : « Décrivez-moi votre dernière matinée de travail ».

    ⚠️Points d'attention : • Respecter la confidentialité des échanges • Être attentif aux dynamiques de groupe et aux jeux de pouvoir • Éviter les interprétations hâtives

    🔖 Phase 3 - L'analyse et la restitution

    🔎Spécificités : Les données recueillies sont analysées et restituées aux acteurs. La restitution n'est pas un rapport — c'est une occasion de dialogue. Les travailleurs réagissent, complètent, corrigent. C'est souvent lors de cette phase que les véritables prises de conscience se produisent.

    ⚠️Points d'attention : • Favoriser l'expression de tous les points de vue • Gérer les réactions défensives ou de déni • Gérer les tensions et les conflits qui peuvent émerger • Maintenir une posture de facilitateur plutôt que d'expert

    🔖 Phase 4 - La co-construction

    🔎Spécificités : Les acteurs construisent ensemble des pistes de transformation. L'intervenant ne propose pas de solutions — il crée les conditions pour que les acteurs en élaborent eux-mêmes, à partir de leur connaissance intime du travail réel.

    ⚠️Points d'attention : • Adapter le langage aux différents publics • Veiller à ce que les propositions soient réalistes et appropriées

    🔖 Phase 5 - Le suivi et l'évaluation

    🔎Spécificités : Les changements sont mis en œuvre et évalués. L'évaluation ne porte pas seulement sur les indicateurs quantitatifs, mais sur la qualité de l'activité et le développement du pouvoir d'agir des collectifs.

    ⚠️Points d'attention : • Maintenir la mobilisation des acteurs dans la durée • Adapter le dispositif aux évolutions de la situation • Préparer le désengagement progressif de l'intervenant

    #2

    Conditions de réussite de la démarche d'intervention en clinique du travail

    Tout au long de ces étapes, plusieurs points de vigilance transversaux sont à considérer :

    📌 Posture éthique : • Maintenir une neutralité bienveillante • Respecter le secret professionnel • Être attentif aux effets de l'intervention sur les individus et les collectifs

    📌Gestion des attentes : • Clarifier régulièrement les objectifs et les limites de l'intervention • Gérer les demandes de solutions immédiates ou "magiques"

    📌Articulation individuel/collectif : • Prendre en compte les dimensions individuelles et collectives du travail • Veiller à ne pas psychologiser des problèmes organisationnels

    📌Temporalité : • Respecter le rythme de l'organisation tout en maintenant une dynamique • Articuler le temps de l'intervention avec celui de l'organisation

    📌Pouvoir d'agir : • Favoriser l'autonomie et la prise d'initiative des acteurs • Éviter de se substituer aux ressources internes de l'organisation

    📌Contexte global : • Prendre en compte les contraintes économiques, sociales et organisationnelles • Articuler l'intervention avec les autres démarches en cours dans l'organisation

    📌Transfert de compétences : • Développer la capacité d'analyse et d'action des acteurs • Préparer la pérennisation des changements au-delà de l'intervention

    papier

    Conclusion

    📝Mettre le travail au centre de la discussion n'est pas un luxe, c'est une nécessité de survie pour nos organisations. En acceptant de "travailler sur le travail", le dirigeant ou le manager ne perd pas son autorité ; il lui redonne au contraire une légitimité ancrée dans le réel.

    Restaurer cet espace de parole, c'est permettre à chacun de retrouver son pouvoir d'agir et de transformer les contraintes en ressources collectives. En définitive, une organisation robuste n'est pas celle qui ignore ses contradictions, mais celle qui sait les transformer en objets de dialogue professionnel.


    🤝Besoin d'un appui externe pour améliroer la qualité du travail au sein de votre organisation ?

    Et si nous remettions le travail au cœur de votre organisation ?

    Le management est le premier levier de la santé au travail et de la robustesse de votre structure. Je vous accompagne pour transformer vos pratiques managériales et les modes de coopération en véritables ressources pour vos équipes.

    S’appuyer sur RH IN SITU, c’est garantir une intervention neutre pour réinstaller un dialogue de qualité sur le travail réel :

    • Diagnostic de l'organisation et évaluation des risques : J'analyse les écarts entre le travail prescrit et le travail réel, j'identifie les endroits de "travail empêché", ...

    • Développement du dialogue professionnel : J'accompagne les dirigeants, managers et CSE dans la mise en place d'espaces de discussion. L'objectif ? Apprendre à débattre des critères de qualité du travail pour résoudre les problèmes de terrain et renforcer la coopération.

    • Sécurisation des pratiques & QVCT : Je vous aide à traduire les enseignements du "travail réel" en outils concrets : fiches de poste ajustées, processus de décision fluides et démarches QVCT qui font sens pour les salariés.

    Ne laissez pas le silence s'installer sur vos enjeux de métier. Que vous soyez une association, une TPE-PME ou une collectivité territoriale, je serai à vos côtés, « in situ », pour sécuriser vos pratiques et vous aider à protéger la santé de vos équipes tout en développant la pérennité de votre projet.

    👉 Découvrir mes thématiques d’intervention en santé au travail et en dialogue social & professionnel