â¶ïž SĂ©rie "DĂ©couvrir le coaching professionnel" #2
Ăcoute active, questionnement, recadrage, contrat, formulation d'objectif : les outils qu'un.e coach mobilise en sĂ©ance viennent de courants de pensĂ©e identifiĂ©s et de mĂ©thodes qui s'en sont inspirĂ©es.
Le coaching s'est diffusé dans les grandes entreprises françaises à partir des années 1990. Il s'est construit en empruntant à la philosophie, à la psychologie et aux thérapies, et les formations le présentent comme une discipline intégrative. Connaßtre ces emprunts aide à comprendre ce qui se passe en séance et à apprécier la cohérence d'une pratique.
đ Cet article prĂ©sente six courants de pensĂ©e, puis quatre mĂ©thodes qui en sont issues. Pour chacun, il prĂ©cise ce qu'il apporte au coaching, comment il se traduit en sĂ©ance et quelles en sont les limites.
#1
Les courants de pensée
La maĂŻeutique socratique
Le questionnement pratiquĂ© en coaching se rĂ©clame souvent de Socrate. Le rapprochement repose sur un passage prĂ©cis de l'Ćuvre de Platon.
đFaire accoucher les esprits
Dans le ThéétĂšte, Socrate se prĂ©sente comme le fils d'une sage-femme et compare son activitĂ© Ă celle de sa mĂšre : il aide ses interlocuteurs Ă mettre au jour ce que leur esprit porte, puis examine si ce qui en est nĂ© est une idĂ©e solide ou une illusion. De lĂ vient le nom de maĂŻeutique, l'art de faire accoucher. Socrate y affirme ne rien enseigner lui-mĂȘme : ses interlocuteurs trouvent en eux ce qu'ils dĂ©couvrent.
đCe que le coaching en retient
Le coaching reprend cette posture de questionnement : le ou la coach pose des questions qui aident la personne à formuler sa propre pensée, et s'abstient de lui fournir une réponse. Chez Socrate, le questionnement sert aussi à éprouver les opinions et à les réfuter. Dans le ThéétÚte, les trois définitions de la science proposées par le jeune ThéétÚte sont examinées puis écartées l'une aprÚs l'autre, et le dialogue s'achÚve sans réponse définitive.
đĄ En sĂ©ance : des questions ouvertes sur la maniĂšre dont la personne voit sa situation, et peu de suggestions de la part du coach.
â ïž Limites : le questionnement socratique cherche une vĂ©ritĂ© et peut mettre l'interlocuteur en difficultĂ©. En coaching, il est mis au service d'un objectif dĂ©fini avec la personne, dans un cadre conçu pour la protĂ©ger.
La phénoménologie et la psychologie humaniste
La psychologie humaniste a donné au coaching sa conception de la relation d'accompagnement. Elle repose sur une attention à l'expérience vécue qui doit beaucoup à la phénoménologie.
đDĂ©crire l'expĂ©rience telle qu'elle est vĂ©cue
La phĂ©nomĂ©nologie, fondĂ©e par le philosophe Edmund Husserl au dĂ©but du XXe siĂšcle, se donne pour mĂ©thode de dĂ©crire les phĂ©nomĂšnes tels qu'ils apparaissent Ă la conscience, en suspendant les prĂ©supposĂ©s sur ce qu'ils sont en eux-mĂȘmes. Son mot d'ordre est le retour aux choses mĂȘmes.
đCarl Rogers et l'approche centrĂ©e sur la personne
Le psychologue Carl Rogers a construit son approche sur une base phénoménologique. Dans Client-Centered Therapy (1951), il formule dix-neuf propositions. Les premiÚres posent que chaque personne vit dans un monde d'expérience dont elle est le centre, et que ce champ, tel qu'elle le perçoit, constitue pour elle la réalité. Rogers en déduit que le comportement d'une personne se comprend le mieux à partir de son propre cadre de référence.
En 1957, il décrit les conditions qu'il juge nécessaires et suffisantes au changement en psychothérapie, parmi lesquelles l'authenticité du thérapeute, une considération positive inconditionnelle envers la personne et la compréhension empathique de son point de vue. Les formations au coaching présentent ces attitudes comme le socle de la relation d'accompagnement.
đLe mouvement du potentiel humain
Dans les années 1970, le mouvement du potentiel humain a diffusé ces idées au-delà de la psychothérapie. Selon les sociologues Françoise Champion et Xavier Briffault, le coaching en hérite son optimisme sur la nature humaine et son attention à l'autonomie, à l'initiative, à la créativité et à la responsabilité.
đĄ En sĂ©ance : l'Ă©coute active et la reformulation, qui vĂ©rifient que le ou la coach a compris la situation telle que la personne la vit avant toute interprĂ©tation.
â ïž Limites : l'approche de Rogers est non directive. Le coaching travaille sur un objectif contractualisĂ©, et les formations prĂ©sentent comme ouvert le dĂ©bat entre les tenants de la non-directivitĂ© et ceux qui considĂšrent que tout changement passe par une forme d'influence.
L'approche clinique : l'héritage psychanalytique
đUne rĂ©fĂ©rence dans la formation des coachs
Champion et Briffault relÚvent que la psychanalyse constitue depuis longtemps une référence normative, qui a marqué la psychothérapie puis le coaching, notamment par la formation des coachs. Ils notent qu'un travail sur soi, voire une expérience psychothérapeutique, est attendu des coachs. En France, la Société française de coaching indique avoir été fondée en 1996 par des consultants psychologues cliniciens, des psychothérapeutes et des ingénieurs issus de l'entreprise.
đLe paradigme clinique de Manfred Kets de Vries
Manfred Kets de Vries, professeur Ă l'INSEAD, a dĂ©veloppĂ© une approche clinique d'inspiration psychanalytique du coaching de dirigeant.e.s. Elle part de l'hypothĂšse que des phĂ©nomĂšnes inconscients sont Ă l'Ćuvre chez les personnes comme dans les organisations, et que chacun.e importe au travail une part de son histoire. Le travail porte sur le rĂŽle et l'efficacitĂ© de la personne dans son organisation, ce qui le distingue d'une psychothĂ©rapie.
đDes notions reprises par les coachs
Les coachs apprennent Ă repĂ©rer le transfert, par lequel la personne accompagnĂ©e reporte sur le coach des attentes ou des sentiments issus d'autres relations, et le contre-transfert, qui dĂ©signe les rĂ©actions du coach lui-mĂȘme. La supervision, que les associations professionnelles demandent Ă leurs membres, offre un lieu pour examiner ces mouvements.
đĄ En sĂ©ance : une attention Ă ce que la relation fait vivre, de part et d'autre, sans l'interprĂ©ter devant la personne.
â ïž Limites : le coaching ne travaille pas sur l'histoire d'une Ă©motion ou d'une difficultĂ© pour elle-mĂȘme. Lorsque la demande appelle ce travail, elle relĂšve d'une thĂ©rapie, comme le dĂ©taille l'article consacrĂ© aux confusions Ă propos du coaching.
L'approche systémique
L'approche systémique est l'un des socles du coaching. Elle déplace le regard : au lieu de chercher ce qui ne va pas chez une personne, elle observe les interactions dans lesquelles cette personne est prise.
đDe la cybernĂ©tique Ă Palo Alto
Un systÚme est un ensemble d'éléments en interaction, dont le fonctionnement ne se déduit pas de la somme de ses parties. Une équipe, une famille, une organisation forment des systÚmes.
Plusieurs principes en découlent : le comportement d'un élément s'explique par sa place dans le systÚme, les effets rétroagissent sur leurs causes (on parle de causalité circulaire), et le systÚme tend à se maintenir en l'état, y compris lorsque cet état pose problÚme.
L'approche s'est développée à Palo Alto, en Californie. De 1952 à 1962, l'anthropologue Gregory Bateson y conduit un programme de recherche sur la communication avec John Weakland, Jay Haley et le psychiatre Don Jackson.
Le programme part d'une question issue de la cybernétique : comment un systÚme se maintient-il et se régule-t-il par l'information et la rétroaction ? Don Jackson fonde en 1959 le Mental Research Institute, que rejoignent notamment Virginia Satir et Paul Watzlawick.
đLa double contrainte
En 1956, Bateson, Jackson, Haley et Weakland décrivent la double contrainte : une personne reçoit deux messages contradictoires, à des niveaux différents, sans pouvoir s'y soustraire ni relever la contradiction.
Ils y voyaient une piste pour expliquer la schizophrénie, hypothÚse abandonnée depuis faute de confirmation empirique.
La notion peut aider à décrire certaines situations de travail, comme une demande d'initiative assortie d'un contrÎle de chaque décision.
đLes cinq axiomes de la communication
En 1967, Paul Watzlawick, Janet Beavin et Don Jackson formalisent cinq principes de la communication humaine, traduits en français sous le titre Une logique de la communication (1972) :
- đOn ne peut pas ne pas communiquer. Tout comportement, y compris le silence, a valeur de message.
- đToute communication a un contenu et une dimension de relation. La relation indique comment le contenu doit ĂȘtre compris.
- đLa nature d'une relation dĂ©pend de la ponctuation des Ă©changes. Chacun.e place le dĂ©but de la chaĂźne des causes Ă un endroit diffĂ©rent.
- đLa communication est Ă la fois digitale et analogique. Les mots d'un cĂŽtĂ©, les gestes, le ton et la posture de l'autre, qui peuvent se contredire.
- đLes Ă©changes sont symĂ©triques ou complĂ©mentaires. Ils reposent soit sur l'Ă©galitĂ©, soit sur une diffĂ©rence de position.
La "ponctuation" éclaire beaucoup de blocages au travail. Un.e manager contrÎle parce que l'équipe prend peu d'initiatives, l'équipe prend peu d'initiatives parce que tout est contrÎlé : chacun.e situe le point de départ chez l'autre, et la situation se reproduit.
đQuand la solution devient le problĂšme
En 1974, Paul Watzlawick, John Weakland et Richard Fisch analysent la maniÚre dont les difficultés se maintiennent.
Face à une difficulté, on applique une solution de bon sens. Si elle ne produit pas l'effet attendu, le réflexe est de l'intensifier, et cette tentative de solution finit par entretenir le problÚme. L'exemple classique est celui de l'insomnie : plus on s'efforce de dormir, plus on est tendu, et moins on dort.
Les auteurs distinguent deux types de changement, en s'appuyant sur la théorie des types logiques reprise par Bateson :
- đLe changement de type 1 se produit Ă l'intĂ©rieur d'un systĂšme et en respecte les rĂšgles.
- đLe changement de type 2 modifie les rĂšgles elles-mĂȘmes.
Une image souvent utilisée l'illustre : accélérer relÚve du type 1, passer une vitesse relÚve du type 2. Ils décrivent aussi le recadrage, qui consiste à placer une situation dans un autre cadre de compréhension, qui rend compte des faits aussi bien que le précédent, et à en modifier ainsi le sens.
En 1966, Richard Fisch, John Weakland et Paul Watzlawick crĂ©ent au sein du Mental Research Institute le Brief Therapy Center, d'oĂč sont issues les thĂ©rapies brĂšves prĂ©sentĂ©es dans la seconde partie.
đĄ En sĂ©ance : examiner ce que la personne a dĂ©jĂ essayĂ© et ce que chaque tentative a produit, repĂ©rer la maniĂšre dont elle ponctue les Ă©changes, distinguer ce qui relĂšve d'un ajustement et ce qui modifierait les rĂšgles de la situation.
â ïž Limites : appliquĂ©e Ă une situation dĂ©sĂ©quilibrĂ©e, une lecture circulaire dĂ©crit bien les interactions et ne dit rien de leur origine. Elle placerait sur le mĂȘme plan un financeur qui rĂ©duit une dotation d'un tiers et une direction qui absorbe la diffĂ©rence, alors qu'ils ne pĂšsent pas du mĂȘme poids. L'approche systĂ©mique n'a jamais prĂ©tendu Ă©tablir des responsabilitĂ©s : il s'agit d'une limite d'emploi. Certains changements de type 2 restent Ă la portĂ©e de la personne : faire Ă©crire ou rĂ©viser une dĂ©lĂ©gation de pouvoir, porter devant le conseil d'administration l'Ă©cart entre les obligations et les moyens, instituer un temps rĂ©gulier de discussion sur le travail. D'autres se situent hors de sa portĂ©e, comme le niveau d'une dotation publique. Les distinguer fait partie du travail d'accompagnement.
đPour une approche du changement Ă partir du travail rĂ©el, voir aussi cet article sur la transformation des organisations.
Le constructivisme
Le constructivisme part d'une idée : ce que nous appelons réalité est en partie construit par la maniÚre dont nous la percevons, la nommons et en parlons.
đLa carte n'est pas le territoire
La formule est due à Alfred Korzybski, fondateur de la sémantique générale, qui l'énonce en 1931 puis la développe dans Science and Sanity (1933).
Korzybski précise qu'une carte juste a une structure semblable à celle du territoire qu'elle représente, ce qui fait son utilité. Il applique cette idée au langage, qu'il considÚre comme une carte (présentation de la notion). Cette précision écarte une lecture relativiste de la formule.
đL'invention de la rĂ©alitĂ©
En 1981, Paul Watzlawick dirige un ouvrage collectif consacré au constructivisme, traduit en français sous le titre L'invention de la réalité (1988).
Le philosophe Ernst von Glasersfeld y présente le constructivisme radical et le physicien Heinz von Foerster la construction de la réalité par l'observateur. Watzlawick y consacre un chapitre aux prophéties autoréalisatrices, notion formulée par le sociologue Robert K. Merton en 1948 : une attente, en orientant les comportements, contribue à produire ce qu'elle anticipe.
đĄ En sĂ©ance : distinguer les faits de leur interprĂ©tation, demander Ă la personne comment elle sait ce qu'elle affirme, examiner les croyances qui orientent ses choix et proposer un autre cadre de lecture.
â ïž Limites : une contrainte matĂ©rielle, comme un budget ou un effectif, ne disparaĂźt pas parce qu'on la regarde autrement. Le travail sur les reprĂ©sentations porte sur la maniĂšre dont la personne se rapporte Ă cette contrainte et sur les marges de manĆuvre qu'elle n'avait pas repĂ©rĂ©es.
Le cognitivo-comportemental
Les thérapies cognitives et comportementales ont fourni au coaching des méthodes structurées pour travailler les pensées et les comportements. Leurs fondateurs se réclament d'une source philosophique ancienne, le stoïcisme.
đLa source stoĂŻcienne
Le Manuel du philosophe stoĂŻcien ĂpictĂšte s'ouvre sur cette phrase : « Des choses les unes dĂ©pendent de nous, les autres ne dĂ©pendent pas de nous ». ĂpictĂšte range du cĂŽtĂ© de ce qui dĂ©pend de nous les jugements, les tendances, les dĂ©sirs et les aversions, et du cĂŽtĂ© de ce qui n'en dĂ©pend pas le corps, la fortune, la considĂ©ration d'autrui et les charges publiques. Plus loin, il prĂ©cise : « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, ce sont les jugements qu'ils portent sur les choses ».
Le psychologue Albert Ellis rattache explicitement sa thĂ©rapie rationnelle-Ă©motive aux stoĂŻciens, dont ĂpictĂšte. Le psychiatre Aaron Beck fait lui aussi remonter les origines philosophiques de la thĂ©rapie cognitive au stoĂŻcisme.
Une prĂ©cision Ă©vite un contresens frĂ©quent. Pour ĂpictĂšte, ce qui dĂ©pend de nous se limite Ă nos jugements, nos dĂ©sirs et nos aversions. Les cercles de prĂ©occupation et d'influence, souvent prĂ©sentĂ©s comme une traduction moderne de cette distinction, viennent de Stephen Covey : ils portent sur la capacitĂ© Ă agir sur son environnement, ce qui relĂšve d'une autre idĂ©e.
đTrois vagues
La premiÚre vague, comportementale, s'appuie sur les principes du conditionnement, avec notamment les travaux de Burrhus Skinner et la désensibilisation systématique de Joseph Wolpe.
La deuxiÚme, cognitive, est portée dans les années 1970 par Aaron Beck et Albert Ellis : elle s'intéresse aux pensées automatiques et aux distorsions qui accompagnent les émotions.
Les deux se rejoignent à la fin des années 1980 dans les thérapies cognitivo-comportementales.
Une troisiÚme vague, décrite par Steven Hayes en 2004, travaille moins le contenu des pensées que le rapport que la personne entretient avec elles, en mobilisant l'acceptation et la pleine conscience.
đBiais cognitifs et sentiment d'auto-efficacitĂ©
Le coaching emprunte aussi aux travaux du psychologue Daniel Kahneman sur les biais cognitifs, ces raccourcis de raisonnement qui orientent nos jugements à notre insu, et à ceux d'Albert Bandura sur le sentiment d'auto-efficacité : la croyance d'une personne en sa capacité à réussir une action influence ses choix, son effort et sa persévérance. Les biais cognitifs font l'objet d'un article consacré au recrutement.
đĄ En sĂ©ance : repĂ©rer les pensĂ©es qui accompagnent une rĂ©action, les confronter aux faits, expĂ©rimenter de nouveaux comportements entre les sĂ©ances et s'appuyer sur des rĂ©ussites progressives.
â ïž Limites : traiter comme une erreur de jugement une contrainte qui relĂšve de l'organisation reviendrait Ă faire porter Ă la personne ce qui ne dĂ©pend pas d'elle. Cette question du pouvoir d'agir fera l'objet d'une prochaine sĂ©rie d'articles.
#2
Des méthodes issues de ces courants
Les méthodes suivantes ont été élaborées à partir des courants présentés plus haut. Elles fournissent une grande partie des outils enseignés aux coachs.
L'analyse transactionnelle
Origine : le psychiatre Ăric Berne, formĂ© Ă la psychanalyse, Ă©labore l'analyse transactionnelle dans les annĂ©es 1950. Son premier article sur le sujet paraĂźt en 1958 ; Games People Play (1964, traduit sous le titre Des jeux et des hommes) connaĂźt un large succĂšs public, et l'association internationale d'analyse transactionnelle est créée la mĂȘme annĂ©e.
Courants mobilisés : l'approche clinique, dont Berne est issu, et la psychologie humaniste.
Notions : les trois Ă©tats du moi (Parent, Adulte, Enfant), les transactions entre ces Ă©tats, les signes de reconnaissance, les jeux psychologiques, le triangle dramatique de Stephen Karpman (1968), qui distingue les positions de persĂ©cuteur, de sauveur et de victime, les messages contraignants dĂ©crits par Taibi Kahler (1975), comme sois parfait, fais plaisir ou dĂ©pĂȘche-toi, et la rĂšgle des 3P (protection, permission, puissance), issue d'un article de Pat Crossman sur la permission et la protection (1966).
đĄEn sĂ©ance : repĂ©rer la position qu'une personne occupe dans un Ă©change difficile, identifier un message contraignant qui pĂšse sur ses choix. L'importance que l'analyse transactionnelle accorde au contrat entre praticien.ne et personne accompagnĂ©e se retrouve dans le contrat de coaching (Linkup Coaching, module 2).
â ïžLimites : ses catĂ©gories dĂ©crivent des transactions et des positions occupĂ©es Ă un moment donnĂ©. AppliquĂ©es comme des Ă©tiquettes Ă des personnes, elles figent ce qu'elles devaient aider Ă faire Ă©voluer.
Les thérapies brÚves et l'approche orientée solution
Origine : le psychiatre Milton Erickson, connu pour son usage de l'hypnose, s'appuie sur les ressources et le langage propres Ă chaque patient. Le Brief Therapy Center de Palo Alto (1966) en tire une thĂ©rapie centrĂ©e sur les tentatives de solution. Steve de Shazer et Insoo Kim Berg fondent en 1978 Ă Milwaukee le Brief Family Therapy Center, oĂč se dĂ©veloppe au dĂ©but des annĂ©es 1980 la thĂ©rapie brĂšve orientĂ©e solution. En France, HĂ©lĂšne Blanchard a transposĂ© cette approche au coaching, en l'associant Ă la PNL.
Courants mobilisés : l'approche systémique et le constructivisme.
đĄEn sĂ©ance : rechercher les exceptions, c'est-Ă -dire les moments oĂč le problĂšme est moins prĂ©sent ; situer la situation sur une Ă©chelle de 0 Ă 10 et dĂ©finir ce qui permettrait de gagner un point ; poser la question dite du miracle, qui invite la personne Ă dĂ©crire concrĂštement ce qui serait diffĂ©rent si le problĂšme Ă©tait rĂ©solu.
â ïžLimites : l'approche s'attache Ă ce qui fonctionne dĂ©jĂ et s'intĂ©resse peu aux causes. Lorsque la difficultĂ© tient Ă l'organisation du travail, elle peut laisser intact ce qui la produit.
La programmation neuro-linguistique (PNL)
Origine : Richard Bandler et John Grinder élaborent la PNL dans les années 1970, à partir de l'observation de trois thérapeutes : Fritz Perls (Gestalt-thérapie), Virginia Satir (thérapie familiale) et Milton Erickson. Leur premier ouvrage, The Structure of Magic, paraßt en 1975.
Courants mobilisés : le constructivisme, dont elle reprend la formule de Korzybski, ainsi que les approches humaniste et systémique des thérapeutes observés.
đĄEn sĂ©ance : la synchronisation et la calibration, qui consistent Ă s'accorder au rythme de la personne et Ă observer ses rĂ©actions ; le mĂ©ta-modĂšle, qui questionne les gĂ©nĂ©ralisations et les omissions du langage ; des critĂšres pour formuler un objectif ; les niveaux logiques de Robert Dilts, inspirĂ©s de Bateson, et le modĂšle SCORE de Todd Epstein et Robert Dilts.
â ïžLimites : la PNL fait l'objet d'un dĂ©bat scientifique. Les Ă©tudes divergent quant Ă sa robustesse scientifique. Une revue consacrĂ©e Ă son usage en coaching conclut que les pratiques propres Ă la PNL sont peu Ă©tayĂ©es par la recherche. Certains outils restent utiles comme techniques de conduite d'entretien, Ă condition de ne pas leur prĂȘter de fondement scientifique.
Le jeu intérieur et le modÚle GROW
Origine : en 1974, l'entraßneur de tennis Timothy Gallwey publie The Inner Game of Tennis. Il y distingue chez le joueur une instance qui commente et critique, et une autre qui exécute le geste, et situe les principaux obstacles à la performance dans le doute et l'anxiété. En 1992, John Whitmore diffuse dans Coaching for Performance le modÚle GROW, dont la paternité est aussi attribuée à Graham Alexander et Alan Fine.
Courants mobilisés : la psychologie humaniste, par la confiance dans le potentiel de la personne, et la pratique sportive.
đĄEn sĂ©ance : une sĂ©ance structurĂ©e en quatre temps : l'objectif (goal), la rĂ©alitĂ© de la situation (reality), les options (options) et l'engagement dans l'action (will).
â ïžLimites : le modĂšle propose une sĂ©quence linĂ©aire, alors qu'un processus de coaching avance rarement de façon linĂ©aire et revient souvent sur des Ă©tapes dĂ©jĂ parcourues ).

Conclusion
Le coaching professionnel s'appuie sur plusieurs courants de pensée et sur des méthodes qui en sont issues. Ces emprunts lui donnent une grande variété d'outils, dont la validité et le domaine d'emploi diffÚrent.
Trois outils premiers
Parmi tous ces outils, trois occupent une place à part, parce qu'ils précÚdent et conditionnent l'usage des méthodes présentées plus haut : le rapport collaboratif, la rÚgle des 3P et le questionnement.
- đLe rapport collaboratif. Il dĂ©signe une relation dans laquelle le ou la coach et la personne accompagnĂ©e travaillent ensemble, de maniĂšre active, en direction d'un objectif dĂ©terminĂ© en commun. Il repose sur quatre composantes, l'empathie, l'authenticitĂ©, la chaleur et le professionnalisme, et il revient au coach de l'instaurer et de le maintenir sĂ©ance aprĂšs sĂ©ance. La notion rejoint celle d'alliance de travail, que le psychologue Edward Bordin dĂ©finissait en 1979 par trois Ă©lĂ©ments : un accord sur les objectifs, un accord sur les tĂąches Ă accomplir et un lien de confiance.
- đLa rĂšgle des 3P. Elle trouve son origine dans un article de Pat Crossman, collĂšgue d'Ăric Berne, consacrĂ© Ă la permission et Ă la protection ; la triade complĂšte, avec la puissance, s'est ensuite diffusĂ©e parmi les praticien.ne.s de l'analyse transactionnelle. La protection garantit un espace sĂ»r : contrat clair, confidentialitĂ©, absence de jugement, respect du rythme de la personne. La permission autorise Ă explorer, Ă expĂ©rimenter et Ă se tromper. La puissance dĂ©signe la capacitĂ© d'agir et de dĂ©cider qui en rĂ©sulte. Les trois dimensions sont interdĂ©pendantes : la permission suppose la protection, et la puissance suppose la permission. Le rĂ©fĂ©rentiel de compĂ©tences de l'ICF retient une exigence proche, puisque le ou la coach « collabore avec le client pour crĂ©er un climat de sĂ©curitĂ© et de soutien, qui permette au client de s'exprimer librement ».
- đLe questionnement. Les formations le prĂ©sentent, avec l'Ă©coute active et la responsabilisation, comme l'un des trois piliers du coaching, et rattachent chaque type de question Ă une intention du coach. Le rĂ©fĂ©rentiel de l'ICF le place au cĆur de la compĂ©tence qui consiste Ă susciter des prises de conscience, dĂ©finie comme le fait de faciliter « les prises de conscience et l'apprentissage du client en utilisant des outils et des techniques tels que le questionnement puissant, le silence, la mĂ©taphore ou l'analogie ». Il prolonge la maĂŻeutique prĂ©sentĂ©e au dĂ©but de cet article.
Récapitulatif
Le tableau suivant récapitule l'apport propre à chaque courant et à chaque méthode.
| đĄCourant ou mĂ©thode | âQuestion qu'il aide Ă poser | đ§°Exemple d'outil | â ïž Limite |
| đą MaĂŻeutique | Qu'en pensez-vous ? | Question ouverte | Peut mettre en difficultĂ© hors d'un cadre protecteur |
| đąPhĂ©nomĂ©nologie et humanisme | Comment vivez-vous cette situation ? | Reformulation | Non-directivitĂ© Ă concilier avec un objectif |
| đąApproche clinique | Que rejoue cette relation ? | Supervision du coach | FrontiĂšre avec la thĂ©rapie |
| đąApproche systĂ©mique | Qu'avez-vous dĂ©jĂ essayĂ© ? | Analyse des tentatives de solution | DĂ©crit mal l'origine des situations dĂ©sĂ©quilibrĂ©es |
| đąConstructivisme | Comment le savez-vous ? | Recadrage | Une contrainte matĂ©rielle demeure |
| đą Cognitivo-comportemental | Quelle pensĂ©e accompagne cette rĂ©action ? | Examen des pensĂ©es automatiques | Traiter une contrainte comme une erreur de jugement |
| đąAnalyse transactionnelle | Quelle position occupez-vous dans cet Ă©change ? | Triangle dramatique | Ătiqueter les personnes |
| đąThĂ©rapies brĂšves | Quand le problĂšme est-il moins prĂ©sent ? | Ăchelle de 0 Ă 10 | S'intĂ©resse peu aux causes |
| đąPNL | Que voulez-vous prĂ©cisĂ©ment ? | CritĂšres de formulation d'objectif | Fondements scientifiques non validĂ©s |
| đąGROW | Quel est votre objectif ? | SĂ©ance en quatre temps | SĂ©quence linĂ©aire |
Â
Lors d'un premier échange, il est légitime de demander à un.e coach sur quels courants et quelles méthodes repose sa pratique, et comment il ou elle les a appris. Le quatriÚme article de cette série détaillera les repÚres pour choisir un coach. Le prochain présentera ce que la recherche établit sur les effets du coaching.
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