Dirigeant d’une petite organisation : le métier sans mode d’emploi

Organisation et management

▶️ Série "Diriger sans mode d'emploi" #1

On apprend un métier. On apprend à manager, parfois. On n'apprend jamais à diriger une petite organisation. Ce rôle s'acquiert en le faisant, souvent seul, souvent en urgence, sans filet et sans personne à qui demander si l'on s'y prend bien. Cette série s'adresse à celles et ceux qui l'exercent : dirigeants de TPE-PME, directions salariées d'associations, gérants de SCOP, ... Elle part de ce que vous vivez, pas de ce que la théorie recommande.

#1

Un métier qui s'apprend en le faisant

Il y a des métiers pour lesquels on se forme, on passe des diplômes, on progresse par étapes. Diriger une petite organisation n'en fait pas vraiment partie.

La plupart des dirigeants que j'accompagne sont arrivés là par un chemin qui n'était pas balisé : ils ont créé leur activité et se sont retrouvés employeurs, ils ont repris une structure, ils sont passés de salarié à directeur, ou ils ont accepté une mission qui les dépassait un peu. Aucun n'a suivi une formation « diriger une petite organisation » - parce qu'elle n'existe pas vraiment.

Ce qu'ils ont appris, ils l'ont appris en le faisant. Avec les erreurs que cela suppose, et sans toujours savoir si ce qu'ils faisaient était juste.

☝🏻Ce parcours est aussi le mien. J'ai pris ces fonctions dans la plus complète inconscience de ce que ça impliquait, j'ai fait des erreurs, dont j'ai beaucoup appris et qui m'ont aidé à grandir. J'ai su trouver les ressources, d'abord en moi, puis autour de moi. Mais ce n'est pas un parcours de tout repos.

loupe

Ce que la petite taille change vraiment

Diriger une organisation de quinze personnes n'est pas diriger une entreprise de mille personnes en plus petit. C'est un autre métier.

  • 📍Vous êtes seul à décider et souvent seul à savoir. Pas de comité de direction, pas de DRH, pas de directeur financier. Les arbitrages se font dans votre tête, le soir.
  • 📍Vous cumulez les rôles. Employeur, manager, commercial, parfois producteur. Chaque casquette a ses exigences, et elles se contredisent régulièrement.
  • 📍Tout se voit. Dans une petite structure, votre humeur du lundi matin devient l'ambiance de la semaine. Vos silences sont interprétés. Vos absences se remarquent.
  • 📍Vous n'êtes pas remplaçable. C'est la différence la plus lourde de conséquences. Un salarié qui s'arrête est remplacé. Vous, non.

💡  Ce que disent les données : L'Observatoire Amarok, créé en 2009 par le professeur Olivier Torrès (Université de Montpellier), suit depuis près de vingt ans la santé des dirigeants de TPE-PME, artisans, commerçants et indépendants. Ses travaux établissent notamment que les dirigeants de TPE-PME travaillent en moyenne plus de 52 heures par semaine - contre 36 heures pour les salariés - et dorment 6h20 par nuit, soit une demi-heure de moins que la moyenne française. Ces chiffres ne décrivent pas des exceptions. Ils décrivent la norme.

#2

Les questions qui reviennent, quel que soit le secteur

En accompagnant des dirigeants de TPE-PME, d'associations et de structures de l'ESS, j'observe une chose : les préoccupations se ressemblent beaucoup plus que les statuts juridiques ne le laisseraient penser. Les mots changent - on parle de conseil d'administration ici, d'associés là - mais les questions sont les mêmes.

🟧Ce qui préoccupe au quotidien

  • « Je passe mes journées dans l'opérationnel, je ne pilote plus rien »
  • « Mon équipe attend de moi un accompagnement pour lequel je n'ai ni le temps ni la formation »
  • « Je ne sais jamais si je communique trop, pas assez, ou mal »
  • « Je n'arrive pas à recruter - et quand je recrute, je n'arrive pas à garder »

🟡Ce qui préoccupe à bas bruit

  • « Je n'ai personne à qui parler de tout ça »
  • « Je tiens, mais je ne sais pas combien de temps »
  • « Si je m'arrête, tout s'arrête »
  • « Il faudra bien transmettre un jour - et rien n'est prêt »

Les préoccupations de gauche s'expriment facilement. Celles de droite, beaucoup moins - et ce sont pourtant elles qui déterminent le plus souvent ce qui va se passer dans les années à venir, pour vous comme pour votre organisation.

📌  Le syndrome du « je n'ai pas le temps d'être malade » : Olivier Torrès décrit une conviction fréquente chez les dirigeants de petites structures : le sentiment de ne pas avoir le temps d'être malade - qui se transforme parfois en sentiment de ne pas en avoir le droit. Plus l'organisation est petite, moins le dirigeant est remplaçable, et plus cette conviction s'installe. C'est ce qui rend le sujet de votre propre santé si difficile à aborder - et si important. → Ce point est développé dans l'article #11 de cette série.

#3

Ce que cette série vous propose

Cette série suit la trajectoire d'un dirigeant : prendre sa place, faire grandir, durer. Treize articles, chacun consacré à une situation concrète, avec des repères utilisables - pas des recettes.

Flèche

Ce que vous y trouverez

  • Des repères concrets, issus du terrain et de l'accompagnement de structures réelles - pas de modèles théoriques importés de la grande entreprise
  • Des points de vigilance juridiques et organisationnels, traités comme ce qu'ils sont : des choses à savoir, pas des sujets à maîtriser entièrement
  • Des apports de la recherche quand ils éclairent vraiment quelque chose - sciences du travail, recherche sur les PME, clinique du travail
  • Des orientations vers les appuis disponibles, y compris ceux qui sont financés et que peu de dirigeants connaissent

Le fil qui traverse la série

Un mot revient dans tous les articles : la robustesse. Pas la performance - la robustesse. C'est-à-dire la capacité d'une organisation à continuer de fonctionner quand les conditions se dégradent, quand quelqu'un manque, quand l'environnement devient incertain.

Une organisation robuste n'est pas une organisation qui va vite. C'est une organisation qui ne s'effondre pas quand son dirigeant tombe malade, quand un salarié clé démissionne, ou quand le contexte économique se tend. Et cette robustesse-là dépend directement de la façon dont vous dirigez.

Ce déplacement de la performance vers la robustesse est développé dans un article publié précédemment sur ce blog : De la performance à la robustesse.

papier dossier

Le sommaire de la série

✅ Acte 1 - Prendre sa place
▶  1. Dirigeant d'une petite organisation : le métier sans mode d'emploi   [vous êtes ici]
2. Les premiers mois : quand tout est urgent et que vous êtes toujours en phase découverte 
3. Devenir employeur : la responsabilité qu'on découvre en marchant
4. Le bras de fer permanent entre stratégie et opérationnel
5. Parler à un, à tous, à l'organisation : les trois langues du dirigeant 
🌱 Acte 2 - Faire grandir
6. Manager sans le temps, sans le goût, sans mode d'emploi 
7. Recruter quand on ne fait pas rêver 
8. Le changement qu'on décide et celui qu'on subit
9. Quand l'économique commande : décider vite sans casser le collectif
🪢Acte 3 - Durer
10. La solitude du dirigeant : ce qu'elle coûte à toute l'organisation 
11. Votre santé : le talon d'Achille de votre organisation 
12. Préparer sa succession : le sujet qu'on repousse toujours 
13. Vers qui vous tourner ? Les appuis disponibles pour les dirigeants 
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Conclusion

Diriger une petite organisation est un métier difficile, exercé sans mode d'emploi, dans une solitude que peu de gens mesurent. Ce n'est pas une plainte - c'est un constat, et il a des conséquences concrètes sur les décisions que vous prenez et sur la santé de votre structure.

La bonne nouvelle, c'est que rien de tout cela n'est une fatalité. Les appuis existent. Beaucoup sont financés. Certains sont gratuits. La difficulté n'est pas leur absence - c'est qu'on ne sait pas qu'ils existent, ou qu'on ne s'autorise pas à les solliciter.

Cette série a un objectif simple : vous donner des repères pour y voir plus clair, et vous montrer que vous n'êtes pas obligé de tout porter seul.

Où en êtes-vous ?

Selon votre situation, l'appui utile n'est pas le même


🤝  Diriger n'oblige pas à tout porter seul

Depuis 2017, RH IN SITU accompagne les dirigeants de petites et moyennes organisations - TPE-PME, associations, SCOP - sur toutes leurs problématiques liées au travail. RH en temps partagé, formation, codéveloppement, coaching : l'appui se construit selon ce dont vous avez besoin, et selon ce que vous pouvez y consacrer.

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