Gestion des conflits au travail : modalités d’action du manager

    Gestion des conflits au travail : modalités d’action du manager

    ▶️ Série "Le collectif de travail"  #7

    Depuis un désaccord sur la répartition d'un dossier, deux collègues ne se parlent plus que par courriel, avec leur responsable en copie. L'équipe a pris parti, les réunions sont tendues, et la direction conclut à une incompatibilité de caractères.

    Cette lecture est la plus spontanée. Elle conduit souvent à des réponses qui laissent la cause du conflit intacte : séparer les personnes, rappeler chacun.e à l'ordre, attendre que la tension retombe. L'Institut national de recherche et de sécurité (INRS) invite à commencer ailleurs, en recherchant l'origine professionnelle du désaccord.

    👉Ce dernier article de la série « Le collectif de travail » part de cette approche. Il distingue désaccord, conflit et harcèlement, décrit ce qui fait naître et grandir un conflit, puis ce que peuvent faire les managers, les directions et, lorsque c'est nécessaire, un tiers.

    #1

    Désaccord, conflit, harcèlement : distinguer pour agir

    dialogue

    Le désaccord sur le travail

    Dans toute équipe, les personnes ne s'accordent pas toujours sur la manière de faire : l'ordre de traitement des dossiers, le niveau de qualité attendu, la façon de répondre à un.e usager.e ou à un.e client.e.

    Ces désaccords font partie du travail. Le premier article de cette série montrait que c'est en les discutant qu'une équipe construit ses règles communes, et l'article consacré à la dispute professionnelle développe ce qu'ils apportent à la qualité du travail.

    Le conflit

    eclair danger

    Le désaccord devient un conflit lorsque la relation entre les personnes est atteinte. Les échanges portent alors sur celui ou celle qui défend une position, la méfiance s'installe, et les intentions de l'autre sont lues comme hostiles.

    La chercheuse en management Karen Jehn a proposé une distinction devenue classique entre trois types de conflits dans les groupes de travail :

    • 📌le conflit de tâche, qui porte sur le contenu du travail : les objectifs, les méthodes, l'interprétation d'une situation ;
    • 📌le conflit de fonctionnement, qui porte sur l'organisation : qui fait quoi, avec quels moyens, dans quels délais ;
    • 📌le conflit relationnel, qui porte sur les personnes : incompatibilités, irritation, défiance.

    Dans une structure d'aide à domicile, deux coordinatrices peuvent être en désaccord sur la priorité à donner aux nouvelles demandes : c'est un conflit de tâche. Si elles se disputent la responsabilité des plannings du week-end, que personne n'a clairement attribuée, il s'agit d'un conflit de fonctionnement. Lorsque chacune finit par reprocher à l'autre de vouloir la mettre en difficulté, le conflit est devenu relationnel. Dans la réalité, les trois se mêlent souvent, et le conflit relationnel se greffe fréquemment sur un désaccord de tâche ou de fonctionnement resté sans réponse.

    💡Un désaccord sur le travail gagne à être discuté tôt, dans un cadre qui le maintient sur le terrain du travail.

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    Le harcèlement moral

    Le harcèlement moral relève d'un autre registre. Le Code du travail le définit comme des agissements répétés qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail, susceptible de porter atteinte aux droits et à la dignité de la personne, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel (article L1152-1).

    Un conflit, même vif, ne constitue pas nécessairement un harcèlement. À l'inverse, des agissements de harcèlement peuvent être présentés comme un simple conflit de personnes. La qualification relève d'une analyse précise des faits, et les obligations de l'employeur changent dès qu'un signalement est fait.

    👉L'article consacré au harcèlement moral au travail détaille ce cadre.

    💡 Ce que ça change pour vous - Lorsqu'une tension vous est signalée, commencez par situer ce qui est en jeu : un désaccord sur le travail, un conflit entre des personnes, ou des agissements susceptibles de relever du harcèlement. La réponse attendue et vos obligations diffèrent dans chacun de ces cas.

    #2

    D'où viennent les conflits : lire l'organisation avant les personnes

    L'INRS classe les conflits exacerbés entre personnes d'une même entreprise parmi les violences internes, au même titre que le harcèlement, dans sa brochure consacrée à la prévention des risques psychosociaux. Il recommande d'établir d'abord l'existence et l'origine professionnelle du désaccord, et cite plusieurs causes fréquentes : un manque de formation, un flou sur les rôles, des critères d'évaluation contradictoires, une dépendance à l'égard du travail d'un.e collègue, une iniquité de traitement. L'analyse porte sur le travail, et non sur la psychologie des personnes.

    Chacune de ces causes renvoie à un sujet traité dans cette série :

    • 📌Des rôles flous. Deux personnes qui pensent chacune être responsable d'une tâche, ou qu'aucune ne l'est, finissent par se le reprocher. La démarche de construction de la fiche de poste à partir du travail réel permet de clarifier ces frontières.
    • 📌Des objectifs contradictoires. Lorsque l'objectif de l'un empêche d'atteindre celui de l'autre, le conflit est inscrit dans l'organisation avant de s'exprimer entre les personnes. L'article sur les objectifs, l'évaluation et la rémunération en décrit les mécanismes.
    • 📌Un sentiment d'injustice. Une décision perçue comme inéquitable, une charge mal répartie, un accès inégal à la formation alimentent des ressentiments qui se reportent sur les collègues. C'est l'objet de l'article sur l'égalité au travail.
    • 📌Une dépendance mal organisée. Lorsque le travail de l'un dépend de celui de l'autre sans que cette interface soit organisée, chaque retard devient une faute personnelle. L'article sur la cohésion et la coopération traite de cette connaissance mutuelle du travail.

    💡L'INRS souligne aussi le rôle de la hiérarchie : un arbitrage de sa part évite que le désaccord ne se transforme en rapport de force entre personnes.

    🔎Un exemple de lecture organisationnelle - Reprenons la situation du début de l'article. Les deux collègues se disputent la gestion d'un dossier client important. En recevant chacune séparément, la responsable comprend que le dossier relève, selon la fiche de poste de l'une, du « suivi des clients existants » et, selon les objectifs annuels de l'autre, du « développement commercial ». Les deux ont raison, et chacune est évaluée sur ce dossier. Le conflit relationnel est bien réel : des mots ont été échangés, des collègues ont pris parti. Il s'est pourtant construit sur une contradiction que l'organisation avait produite. Tant qu'elle n'est pas levée, une réconciliation entre les deux personnes a peu de chances de tenir. La réponse passe ici par une décision de la direction sur la répartition des dossiers, expliquée aux deux personnes et à l'équipe, puis par un temps d'échange pour reprendre le travail commun.

    💡 Ce que ça change pour vous - Avant de recevoir les personnes, relisez la situation à partir de quatre questions. Les rôles sont-ils clairs ? Les objectifs de chacun.e se contredisent-ils ? Une décision a-t-elle pu être vécue comme injuste ? L'une des personnes dépend-elle du travail de l'autre sans que cette dépendance soit organisée ?

    #3

    Comment un désaccord s'envenime

    Le chercheur autrichien Friedrich Glasl a décrit l'escalade des conflits en neuf stades regroupés en trois phases  :

    • 📌Dans la première phase, celle de la tension, du débat puis des actes qui remplacent les paroles, les parties cherchent encore une issue qui satisfasse chacune.
    • 📌Dans la deuxième, des coalitions se forment, chacun.e cherche à faire perdre la face à l'autre, et les menaces apparaissent. L'enjeu devient de l'emporter.
    • 📌Dans la troisième, les parties acceptent de subir des pertes pourvu que l'autre en subisse davantage, jusqu'à une logique où tout le monde perd.

    Transposées dans une équipe, ces phases prennent des formes reconnaissables. Au début, le désaccord se discute en réunion, parfois vivement. Puis chacun.e cherche des appuis auprès des collègues, rapporte les erreurs de l'autre à la hiérarchie, et les réunions deviennent des scènes où l'on évite de perdre la face. Dans les situations les plus avancées, une personne peut retenir une information utile à l'autre, quitte à ce que le service en pâtisse, ou s'arrêter de travailler plutôt que de céder.

    Le modèle de Glasl associe à cette progression des interventions de tiers de plus en plus formelles : un échange facilité suffit souvent au début, alors qu'une médiation, voire une décision imposée, devient nécessaire lorsque l'escalade avance.

    Quelques signaux semblent indiquer qu'un désaccord est en train de glisser vers le conflit :

    • 📌les échanges sur un sujet de travail passent systématiquement par écrit, souvent avec la hiérarchie en copie ;
    • 📌des alliances se forment, et l'équipe se répartit en camps ;
    • 📌les reproches visent la personne plutôt que ce qu'elle a fait ;
    • 📌une personne refuse de travailler avec une autre, ou se met en retrait des réunions.

    💡 Ce que ça change pour vous - Lorsque plusieurs de ces signaux apparaissent autour d'un même sujet, il est probablement temps d'en parler avec les personnes concernées, avant que des alliances ne se figent.

    #4

    Comment agir ?

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    Ce que peut faire le manager, et jusqu'où

    Le manager est souvent le premier à percevoir une tension, et le mieux placé pour intervenir tôt. L'article consacré à l'animation d'équipe décrit la posture de régulateur.rice qu'il adopte alors. Plusieurs gestes y contribuent :

    • ✅Ramener la discussion vers le travail : ce qui a été fait, ce qui était attendu, ce qui a coincé. Cette reformulation aide à sortir du registre des intentions prêtées à l'autre.
    • ✅Recevoir chaque personne séparément, pour entendre sa lecture de la situation, puis les réunir pour s'accorder sur des règles concrètes, avec une date pour refaire le point.
    • ✅Arbitrer lorsque c'est nécessaire, en expliquant ce qui fonde la décision. Les travaux sur la justice organisationnelle, présentés dans l'article sur l'égalité au travail, montrent qu'une décision défavorable est mieux acceptée lorsque la procédure paraît régulière et que ses raisons sont expliquées.
    • ✅Traiter la cause organisationnelle repérée : clarifier un rôle, revoir des objectifs contradictoires, organiser une interface entre deux postes.
    • ✅Garder une trace écrite des décisions et des engagements pris.

    Certaines réactions, fréquentes, semblent au contraire entretenir le conflit :

    • ❌Prendre parti publiquement pour l'une des personnes avant d'avoir entendu l'autre fige les positions.
    • ❌Chercher qui a commencé déplace la discussion vers les responsabilités individuelles et éloigne de la cause organisationnelle.
    • ❌Imposer une réconciliation de façade laisse le désaccord intact.
    • ❌Attendre que la tension retombe d'elle-même laisse enfin le temps aux alliances de se former.

    ⚠️Ces gestes trouvent leurs limites dans plusieurs situations : lorsque le manager est lui-même partie prenante du conflit, lorsque la relation est déjà durablement dégradée, ou lorsqu'un signalement laisse penser à des agissements de harcèlement. Le relais revient alors à la direction, avec l'appui d'un tiers si nécessaire. Les émotions que suscitent ces situations, chez les personnes comme chez le manager, sont abordées dans l'article sur l'intelligence émotionnelle et le management.

    💡 Ce que ça change pour vous - Après un échange difficile, fixez tout de suite une date pour refaire le point avec les personnes concernées. Un suivi annoncé peut éviter que l'accord trouvé ne reste lettre morte.

    Quand faire appel à un tiers

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    Selon la nature de la situation, trois formes d'intervention se distinguent.

    🔖La régulation d'équipe

    Lorsque le conflit affecte le fonctionnement de l'équipe entière (des clans, des réunions bloquées, une coopération qui ne se fait plus), la régulation d'équipe vise à restaurer les capacités de coopération. Elle porte sur le fonctionnement collectif, avec la présence du manager, et un.e intervenant.e extérieur.e en facilite souvent le démarrage. L'article précédent de cette série la présente plus en détail.

    En pratique, une régulation commence souvent par des entretiens individuels avec les membres de l'équipe, qui permettent à l'intervenant.e de comprendre la situation et à chacun.e de s'exprimer hors du regard du groupe. Viennent ensuite des séances collectives, où l'équipe établit des règles d'échange, met en discussion les difficultés de fonctionnement et s'accorde sur des changements concrets. Un point de suivi, quelques semaines plus tard, vérifie que ces changements tiennent.

    🔖La médiation

    Lorsque le conflit oppose deux personnes, la médiation fait intervenir un tiers accepté par l'une et l'autre, qui les aide à rétablir un échange et à construire un accord.

    En cas de harcèlement moral, le Code du travail prévoit une procédure de médiation : le médiateur ou la médiatrice est choisi.e d'un commun accord, fait le point sur les relations entre les parties, leur soumet des propositions écrites, et les informe en cas d'échec des sanctions encourues et des garanties dont bénéficie la victime (article L1152-6).

    En dehors de ce cadre, une médiation conventionnelle suppose que les deux personnes acceptent d'y participer, que le ou la médiateur.rice soit indépendant.e de chacune, et que ce qui se dit en séance reste confidentiel.

    ⚠️Elle peut sembler peu adaptée lorsque le déséquilibre entre les parties est trop marqué, notamment lorsque l'une a autorité sur l'autre, ou lorsque des faits graves sont en cause.

    🔖L'enquête interne

    Lorsqu'un signalement de harcèlement est fait, l'employeur doit agir. Il est tenu de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleur.euse.s (article L4121-1), d'intégrer les risques liés au harcèlement moral dans la planification de la prévention (article L4121-2) et de prendre toutes dispositions pour prévenir le harcèlement moral (article L1152-4).

    La Cour de cassation a jugé qu'un employeur qui ne diligente pas d'enquête après une dénonciation de harcèlement moral manque à son obligation de prévention, même si le harcèlement n'est finalement pas établi.

    Lorsqu'un membre de la délégation du personnel du comité social et économique constate une atteinte aux droits des personnes, notamment des faits de harcèlement, il alerte l'employeur, qui doit procéder sans délai à une enquête avec lui (article L2312-59).

    Le service de prévention et de santé au travail peut aussi être sollicité. Le ou la médecin du travail peut recevoir les personnes dont la santé est affectée, et l'équipe pluridisciplinaire du service peut appuyer l'employeur dans l'analyse de la situation.

    Le comité social et économique, lorsqu'il existe, est un interlocuteur à associer : ses membres entendent souvent des difficultés qui ne remontent pas par la ligne hiérarchique.

    💡 Ce que ça change pour vous - Le choix du tiers dépend de ce qui est en jeu : le fonctionnement d'une équipe appelle une régulation, un conflit entre deux personnes une médiation, un signalement de harcèlement une enquête. Lorsque les conflits se répètent, un diagnostic centré sur les dysfonctionnements du travail permet d'en rechercher les causes communes.

    prévention

    Après le conflit : réparer le collectif

    Un conflit réglé entre deux personnes laisse des traces dans l'équipe. Celles et ceux qui ont pris parti, ou qui ont subi l'ambiance pendant des mois, ont besoin que quelque chose change visiblement.

    Plusieurs étapes y contribuent :

    • 📌Reprendre le travail commun progressivement, en organisant des occasions de collaborer sur des sujets précis.
    • 📌Clarifier les règles qui ont fait défaut : qui décide de quoi, comment se répartissent les dossiers, comment se traitent les désaccords à l'avenir.
    • 📌Revenir sur ce que le conflit a révélé de l'organisation : un rôle à redéfinir, une charge mal répartie, un outil inadapté.
    • 📌Considérer celles et ceux qui ont assisté au conflit. Les collègues qui ont dû choisir un camp, ou qui ont absorbé le travail que le conflit empêchait de faire, peuvent avoir besoin d'être entendu.e.s, et parfois reconnu.e.s pour ce qu'ils et elles ont porté.

    Lorsqu'un conflit a duré longtemps, des habitudes de communication dégradées peuvent persister après la résolution du désaccord initial : sous-entendus, échanges évités, méfiance par défaut. Travailler sur ces habitudes, souvent avec l'appui d'un tiers, semble alors aussi important que traiter l'objet du conflit.

    👉L'article sur la clinique du travail dans les petites structures présente une manière d'engager ce travail à partir de l'activité réelle.

    💡 Ce que ça change pour vous - Quelques semaines après la résolution, réunissez l'équipe pour examiner ce que la situation a appris sur l'organisation du travail, sans revenir sur les responsabilités individuelles.

    #3

    Ce que la taille de la structure change

    Flèche

    Moins de onze salariés

    Il n'existe pas de comité social et économique, et la direction est souvent elle-même partie prenante des tensions. Le recours à un tiers extérieur peut paraître disproportionné à cette taille, alors qu'il est souvent le seul moyen de disposer d'un regard neutre. L'obligation de prévention s'applique quel que soit l'effectif. Le service de prévention et de santé au travail auquel la structure adhère constitue un premier appui, et un.e intervenant.e extérieur.e peut conduire une régulation ou une analyse de la situation lorsque la direction ne peut pas tenir la position de tiers.

    De onze à quarante-neuf salariés

    Flèche

    Le comité social et économique est en place et sa délégation du personnel dispose du droit d'alerte en cas d'atteinte aux droits des personnes (article L2312-5). Les premiers managers intermédiaires apparaissent, souvent sans préparation à la gestion des tensions : la formation à ce rôle peut produire ici des effets rapides.

    Flèche

    Cinquante salariés et plus

    Le règlement intérieur devient obligatoire (article L1311-2) et doit rappeler les dispositions relatives au harcèlement moral (article L1321-2). Les conflits peuvent aussi opposer des services entre eux, et leur traitement suppose alors de travailler les interfaces.

    L'articulation avec les représentant.e.s du personnel est développée dans l'article sur le dialogue social.

    🔎 Dans une association - Les désaccords peuvent opposer des salarié.e.s et des bénévoles, ou la direction salariée et le conseil d'administration. Leurs registres diffèrent : le droit du travail encadre la relation avec les salarié.e.s, et les statuts celle avec les bénévoles et les administrateur.rice.s.

    L'engagement partagé dans le projet peut rendre le désaccord difficile à exprimer, et le conflit éclate alors tardivement, sous une forme plus vive. En cas de signalement, il revient à l'association, en tant qu'employeur, de conduire ou de faire conduire l'enquête, ce qui suppose de savoir qui exerce cette fonction.

    👉Pour aller plus loin : être employeur en association et bénévoles et salariés, deux logiques pour une mission.

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    Conclusion

    Un désaccord sur le travail fait partie de la vie d'une équipe. Il devient conflit lorsque la relation est atteinte, et le harcèlement moral relève d'un cadre juridique distinct, qui crée des obligations précises pour l'employeur.

    Les conflits trouvent souvent leur origine dans l'organisation : des rôles flous, des objectifs contradictoires, un sentiment d'injustice, une dépendance mal organisée. Les repérer permet d'agir sur des causes que la structure maîtrise.

    Le manager peut intervenir tôt, en ramenant la discussion vers le travail, en arbitrant et en traitant la cause organisationnelle. Lorsque la situation le dépasse, la régulation d'équipe, la médiation ou l'enquête interne prennent le relais, et le collectif a besoin, une fois le conflit réglé, d'un temps pour se reconstruire.


    🤝 Des tensions qui s'installent dans votre équipe ?

    J'accompagne les TPE-PME et les structures associatives sur ces questions : formation des managers à la prévention et au traitement des tensions, régulation d'équipe, diagnostic de qualité de vie et des conditions de travail centré sur les dysfonctionnements du travail, intervention clinique pour remettre le travail réel en discussion.

    👉 Mes interventions en santé au travail et QVCT

    👉 Mes interventions en pratiques managériales

    🗓️ Échangeons sur votre situation

    🗃️ Dans la même série : " Le collectif de travail"
    #1Le collectif de travail à l’épreuve de l’individualisation
    #2Cohésion et coopération : ce qui ne se décrète pas
    #3Objectifs, évaluation, rémunération : impact des choix de gestion sur le collectif
    #4L'égalité au travail : une condition du collectif
    #5Le dialogue social : une ressource pour l'organisation et le collectif
    #6Animer une équipe : le rôle du manager de proximité et les dispositifs collectifs 
    #7Gestion des conflits au travail : modalités d'action du manager (Vous êtes ici)
    L’intelligence émotionnelle du manager : compétence ou personnalité ?

    L’intelligence émotionnelle du manager : compétence ou personnalité ?

    ▶️ Série "Manager : rôles, postures et compétences" #4

    La question n'est pas rhétorique. Selon la réponse qu'on lui donne, l'intelligence émotionnelle relève soit d'une disposition personnelle avec laquelle on compose - on est « à l'aise avec les gens » ou on ne l'est pas -, soit d'un ensemble de compétences que l'on peut identifier, développer et inscrire dans un plan de formation. Cette alternative n'est pas seulement théorique : elle détermine si une structure peut agir sur le sujet ou seulement le constater au moment de recruter.

    #1

    D'où vient la notion, et pourquoi elle est devenue floue

    Le concept a été formalisé en 1990 par deux psychologues, Peter Salovey et John Mayer, dans un article publié dans la revue Imagination, Cognition and Personality. Ils y proposent un cadre décrivant un ensemble d'aptitudes : évaluer et exprimer avec justesse ses émotions et celles d'autrui, réguler ces émotions chez soi et chez les autres, et utiliser cette information pour motiver son action, planifier et atteindre ses objectifs. C'est ce que la littérature désigne comme le modèle d'aptitude.

    La diffusion massive de la notion est intervenue quelques années plus tard, avec l'ouvrage de vulgarisation de Daniel Goleman. C'est à lui que le concept est le plus souvent attribué, alors qu'il en est le passeur. Sa version, et celles qui ont suivi, ont donné naissance à ce que les chercheurs appellent les modèles mixtes : des ensembles qui agrègent, sous le même terme, des aptitudes cognitives, des traits de personnalité et des compétences sociales.

    Cette accumulation explique le flou actuel. L'intelligence émotionnelle en est venue à désigner à peu près toutes les qualités relationnelles souhaitables chez un professionnel, ce qui l'a rendue simultanément populaire et difficile à utiliser. Quand un dirigeant dit chercher un manager « avec de l'intelligence émotionnelle », il faut souvent une deuxième question pour savoir ce qu'il attend réellement.

    cubes bois balance

    Ce que la recherche établit, et ce qu'elle discute

    La littérature scientifique sur le sujet est abondante et ses conclusions demandent d'être maniées avec précaution. Deux points font l'objet d'un accord assez large.

    📍Le premier est que la façon de définir et de mesurer l'intelligence émotionnelle influence fortement les résultats obtenus. Les études fondées sur des tests d'aptitude et celles fondées sur des questionnaires auto-déclarés ne mesurent pas la même chose et ne produisent pas les mêmes corrélations. Toute affirmation générale du type « l'intelligence émotionnelle prédit la performance » demande donc à être rapportée à la méthode employée.

    📍Le second est plus utile en pratique : les liens observés avec la performance professionnelle sont nettement plus marqués pour les métiers comportant de fortes exigences émotionnelles - ceux où la gestion des émotions, les siennes et celles d'autrui, fait partie du travail à accomplir. L'encadrement de proximité en fait partie, au même titre que les métiers du soin, de l'accueil ou de l'accompagnement.

    Compétence ou personnalité ?

    question

    La distinction entre modèle d'aptitude et modèles mixtes donne une réponse opérationnelle.

    📍Ce que le modèle d'aptitude décrit - percevoir, comprendre, réguler, utiliser - relève de compétences : des savoir-faire identifiables, observables dans des situations précises, et susceptibles de progresser par l'entraînement.

    📍Ce que les modèles mixtes y ont ajouté - l'optimisme, la confiance en soi, la sociabilité - relève davantage de traits de personnalité, plus stables et moins accessibles à la formation.

    👉🏻Pour une structure qui veut agir, la conséquence est directe. Il est vain d'attendre d'une formation qu'elle transforme une personnalité. Il est en revanche réaliste de travailler des compétences délimitées : formuler un constat sans interpréter, différer une réaction, conduire un entretien où l'on aborde un sujet inconfortable, repérer un changement de comportement dans une équipe. Ces compétences s'apprennent, et surtout elles s'observent, ce qui permet de savoir si la formation a produit quelque chose.

    L'intelligence émotionnelle n'est donc pas une qualité innée : elle se développe par l'apprentissage et la pratique. Encore faut-il savoir ce que l'on cherche à développer, faute de quoi la formation porte sur une notion trop large pour produire un effet mesurable.

    #2

    Ce que cela change concrètement pour un manager

    Accord mains

    La communication et les relations interpersonnelles

    Un manager attentif à cette dimension communique plus efficacement, écoute activement et aborde les désaccords de manière constructive.

    Il installe un climat de confiance et de respect dans son équipe. Ce qui se joue là est moins une question de bienveillance affichée que de justesse : dire ce que l'on observe plutôt que ce que l'on suppose, et vérifier avant de conclure.

    La motivation et l'engagement des collaborateurs

    Mains

    Comprendre les besoins et les motivations de chacun permet d'encourager, de valoriser et d'accompagner de manière ajustée.

    Cela suppose de savoir que les leviers diffèrent d'une personne à l'autre, et de résister à la tentation d'appliquer à tous ce qui fonctionne sur soi.

    La gestion du stress et des conflits

    Face aux situations difficiles et aux moments de pression, garder son calme et réguler son propre stress permet de ne pas ajouter de la tension à la tension.

    Cela contribue aussi à désamorcer les conflits plutôt qu'à les durcir. Les effets se lisent sur le turnover et sur la santé mentale des équipes.

    La prise de décision

    action clap

    Prendre en compte la dimension émotionnelle d'une situation ne consiste pas à décider avec ses affects, mais à intégrer une information que l'analyse purement rationnelle laisse de côté : ce que la décision va provoquer, chez qui, et ce que cela coûtera à mettre en œuvre.

    Flèches

    L'adaptabilité

    Ajuster son mode de communication et d'encadrement selon les situations et les personnes suppose d'abord de percevoir dans quelle situation on se trouve.

    C'est le lien direct avec le management situationnel, qui fait l'objet du deuxième article de cette série : la lecture précède l'ajustement, et une mauvaise lecture produit un ajustement inadapté.

    #3

    L'émotion a un coût et une signification

    Flèche

    Le travail émotionnel du manager est rarement abordé

    Un point manque presque systématiquement dans la littérature managériale sur ce sujet. Demander à un manager davantage d'intelligence émotionnelle, c'est lui demander un travail supplémentaire - et ce travail a un coût.

    La sociologue Arlie Hochschild a désigné ce phénomène sous le terme de travail émotionnel, dans un ouvrage de 1983 consacré aux hôtesses de l'air et aux agents de recouvrement, The Managed Heart. Elle y montre que certaines activités professionnelles exigent de produire ou de réprimer des émotions conformément à ce qu'attend l'organisation, et que cette production fait partie du travail au même titre que les gestes techniques - sans être ni nommée, ni reconnue, ni comptée.

    Le manager de proximité est concerné au premier chef. Il lui est demandé d'afficher une confiance qu'il n'a pas toujours, d'absorber la tension venue du dessus sans la répercuter, de rester disponible pour son équipe le jour où lui-même est en difficulté, et de porter des décisions qu'il n'a pas prises. Cette part du travail n'apparaît dans aucune fiche de poste et ne fait l'objet d'aucune évaluation.

    Le cadre d'analyse des risques psychosociaux issu du collège d'expertise présidé par Michel Gollac identifie d'ailleurs les exigences émotionnelles comme l'une des six familles de facteurs de risque, aux côtés de l'intensité du travail, de l'autonomie, des rapports sociaux, des conflits de valeurs et de l'insécurité de la situation de travail. J'ai détaillé ce cadre dans l'article consacré aux facteurs de risques psychosociaux.

    Il en découle une conséquence que les structures gagneraient à intégrer. Développer l'intelligence émotionnelle de ses managers sans rien changer par ailleurs revient à augmenter une exigence émotionnelle déjà élevée. La démarche n'a de sens que si elle s'accompagne de ce qui permet de la soutenir : du temps identifié, un endroit où déposer ce qui pèse, et une reconnaissance de cette part du travail.

    Ce que l'émotion dit du travail

    La lecture managériale courante traite l'émotion comme un phénomène individuel qui vient pertiurber et qu'il s'agit de réguler : la sienne pour rester efficace, celle des autres pour maintenir un bon climat. Cette lecture est utile et incomplète. L'approche clinique du travail en propose une autre, qui ne l'annule pas mais la déplace.

    Un professionnel qui s'agace de ne pas pouvoir faire son travail correctement exprime autre chose qu'une difficulté de régulation. Il signale un empêchement - ce que la clinique du travail désigne par la notion de qualité empêchée. La colère de quelqu'un qui doit bâcler pour tenir un délai renseigne sur le délai. La lassitude d'une équipe qui répète les mêmes explications à des interlocuteurs différents renseigne sur la circulation de l'information. La tension entre deux personnes est parfois interpersonnelle et souvent le symptôme d'une organisation qui les place en contradiction.

    Traiter ces manifestations comme des problèmes de régulation individuelle conduit à demander aux personnes de mieux supporter ce qui les use. Les entendre comme des informations sur l'organisation permet d'agir sur ce qui les produit. La différence entre les deux approches décide de l'utilité réelle de toute démarche sur les émotions au travail - et c'est aussi ce qui distingue un accompagnement qui produit des effets d'un accompagnement qui améliore temporairement le climat.

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    Une limite à poser clairement

    Repérer n'est pas diagnostiquer, et écouter n'est pas soigner. Un manager qui glisse vers un rôle d'accompagnement psychologique se met en difficulté et rend un mauvais service à la personne concernée.

    Ce qui relève de lui : constater un changement, le formuler sans interpréter, demander comment ça va, rappeler les ressources existantes - service de prévention et de santé au travail, médecin du travail, dispositifs internes - et faire remonter.

    Ce qui n'en relève pas : chercher la cause dans la vie privée, conseiller sur des questions personnelles, ou garder pour lui une situation qui l'inquiète.

    Cette limite protège les deux parties. Elle mérite d'être posée explicitement en formation, faute de quoi certains managers s'y engagent par sens des responsabilités et s'y épuisent.

    #4

    Comment développer son intelligence émotionnelle ?

    Chiffre 1

    Prendre conscience de ses propres émotions

    La première étape consiste à identifier et à comprendre ses propres réactions, par l'observation de soi dans différentes situations. Un exercice simple et efficace : repérer, après coup, les moments où l'on a réagit un peu vite.

    💡Connaissez le petit exercice "scan tête-corps-coeur" ?

    Développer l'empathie

    Chiffre 2

    Se mettre à la place d'autrui suppose de s'intéresser réellement aux personnes, de les écouter attentivement et de chercher à comprendre leur point de vue avant de l'évaluer. Dans le travail, cela porte moins sur les sentiments que sur les contraintes : comprendre ce que la personne doit tenir, avec quels moyens, sous quelles pressions.

    Chiffre 3

    Réguler ses émotions

    Il s'agit de faire en sorte qu'elles n'influencent pas négativement ses comportements ou ses décisions. Des techniques de respiration ou de relaxation peuvent y contribuer. La compétence la plus utile reste cependant la plus simple : différer sa réaction. Elle ne demande pas un travail sur soi en profondeur, seulement de reconnaître le moment où l'on est en train de réagir.

    Communiquer avec justesse

    Chiffre 4

    Une communication claire et respectueuse suppose de formuler ses messages en tenant compte de la manière dont ils seront reçus. Un exemple concret de ce que cela change : « J'ai remarqué que tu interviens moins en réunion depuis quelques semaines » est un constat qui ouvre une conversation. « Tu as l'air démotivé » est une interprétation qui appelle une défense. La différence est mince à écrire et considérable à l'usage.

    Chiffre 5

    Adapter son management aux situations

    Identifier les besoins et le niveau d'autonomie de chaque collaborateur sur chaque tâche permet d'ajuster son accompagnement. Cette compétence de lecture est traitée en détail dans le deuxième article de la série.

    Communiquer avec justesse

    Chiffre 6

    Ce point n'apparaît dans aucune liste classique et se révèle déterminant dans les structures que j'accompagne.

    Un manager qui perçoit une situation dégradée sans savoir comment l'aborder n'agira pas s'il n'a pas d'endroit où en parler. Les formats entre pairs - codéveloppement, analyse de pratiques - permettent précisément de travailler sur des situations réelles avec des personnes qui rencontrent les mêmes, ce qu'aucune formation descendante ne remplace.

    papier

    Conclusion

    L'intelligence émotionnelle est un atout pour les managers et pour les organisations. Elle contribue à la qualité des relations, à l'engagement, à la prise de décision et à la réduction du stress. Elle se développe par l'apprentissage et la pratique, à condition de savoir précisément ce que l'on cherche à développer : des compétences délimitées et observables, et non une disposition générale.

    Elle ne se substitue pas aux autres compétences managériales, techniques ou stratégiques, et elle ne compense pas une organisation défaillante. Un manager parfaitement à l'aise avec les émotions de son équipe ne pourra rien contre des objectifs contradictoires, des moyens insuffisants ou un cadre flou. Sa lucidité lui permettra de nommer le problème plus tôt, ce qui est déjà considérable, mais le traitement se situe ailleurs.

    C'est peut-être le principal enseignement à retenir. Ce que les émotions font remonter dans une équipe constitue une information sur le travail que rien d'autre ne produit. La compétence du manager consiste à l'entendre et à la transmettre. La responsabilité d'en faire quelque chose appartient à l'organisation.


    🤝Besoin d'un appui pour développer ces compétences ?

    J'accompagne les collectifs de managers sur ces sujets, en formation ou en codéveloppement professionnel et managérial. Le second format est particulièrement adapté ici : il permet de travailler sur des situations réellement vécues, avec des pairs qui en rencontrent de comparables, plutôt que sur des principes généraux.

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    🗃️ Dans la même série : "Manager : rôles, postures et compétences"
    #1Le management de proximité : un rôle RH sous-évalué 
    #2Le management participatif : jusqu'où et comment ?
    #3Le management situationnel : pourquoi l'approche unique ne fonctionne pas
    #4L'intelligence émotionnelle du manager : compétence ou personnalité ? (vous êtes ici)
    #5Le désenchantement managérial : reconquérir son pouvoir d'agir