Vous avez suivi la méthode. Vous avez cartographié les compétences de votre structure, construit un Plan de Développement des Compétences cohérent, sensibilisé vos salariés à leur rôle dans leur propre développement. Et pourtant, quelque chose ne prend pas complètement.
Les symptômes sont connus :
Les formations sont suivies, puis chacun retourne à ses habitudes
Les compétences nouvelles peinent à circuler dans l'équipe
Face aux imprévus, on refait toujours la même chose
Les erreurs se répètent sans qu'on prenne vraiment le temps d'en tirer des leçons
Ce n'est pas un problème de volonté. C'est un problème de culture et de système.
👉 Cet article vous présente le concept d'organisation apprenante — un modèle qui transforme la gestion des compétences d'une démarche RH ponctuelle en une dynamique collective continue. Sans jargon inutile, avec des leviers concrets adaptés aux petites et moyennes structures.
#1
Au-delà du plan de formation : pourquoi l'apprentissage organisationnel change la donne
La limite des approches classiques
Dans les articles précédents, nous avons construit ensemble une démarche solide de gestion des compétences :
📍Diagnostiquer (article 2) : identifier les compétences présentes et manquantes
📍Planifier (article 3) : construire un PDC cohérent et finançable
📍Responsabiliser (article 4) : faire des salariés des acteurs de leur développement
Mais cette démarche reste limitée si elle reste isolée dans un système qui, lui, ne favorise pas l'apprentissage au quotidien.
Ce que permet la gestion des compétences
Ce que permet EN PLUS l'organisation apprenante
🟡 Former des individus sur des compétences ciblées
🟢 Créer une culture où l'apprentissage est permanent et collectif
🟡 Répondre aux besoins identifiés à un instant T
🟢 Développer la capacité d'adaptation continue face à l'incertitude
🟡 Transmettre des savoirs descendants
🟢 Valoriser l'expérience de chacun comme source d'apprentissage
🟡 Gérer les compétences comme un stock
🟢 Faire circuler les compétences comme un flux vivant
Le monde VUCA : pourquoi l'adaptabilité est devenue critique
VUCA est un acronyme militaire américain devenu incontournable en management :
Volatilité : les situations changent vite et de manière imprévisible
Uncertainty (incertitude) : l'avenir est difficile à anticiper
Complexité : les causes et effets sont multiples et entremêlés
Ambiguïté : les situations sont floues, les réponses ne sont pas univoques
🔎 Exemple concret — Une association d'aide à domicile voit ses financements publics modifiés brutalement (volatilité), doit anticiper les nouvelles attentes des bénéficiaires post-Covid (incertitude), composer avec des réglementations sanitaires, sociales et budgétaires qui s'entrecroisent (complexité), et arbitrer entre qualité d'accompagnement et viabilité économique sans mode d'emploi clair (ambiguïté).
💡Dans ce contexte, former une fois par an ne suffit plus. Il faut que l'organisation elle-même soit capable d'apprendre en continu — d'analyser, d'ajuster, d'innover.
L'organisation apprenante : définition et promesse
📖 Définition — Une organisation apprenante est une organisation où les membres développent continuellement leur capacité à créer les résultats qu'ils désirent, où des modes de pensée nouveaux sont encouragés, où l'aspiration collective est libérée, et où les personnes apprennent en permanence à voir le tout ensemble.
(Peter Senge, "La cinquième discipline", 1990)
💡 Concrètement, cela signifie :
Que l'erreur est vue comme une source d'apprentissage, pas comme une faute
Que la réflexion collective sur les pratiques est institutionnalisée, pas laissée au hasard
Que les savoirs circulent horizontalement, pas seulement du haut vers le bas
Que l'organisation s'adapte en temps réel, pas uniquement par grandes réorganisations traumatisantes
⚠️ Point de vigilance — L'organisation apprenante n'est pas un énième concept managérial à la mode. C'est une transformation culturelle profonde qui suppose de questionner les pratiques de management, les modes de décision, et la place donnée à la parole de chacun.
#2
Les 5 disciplines de Peter Senge : un système cohérent
Peter Senge a identifié 5 disciplines — c'est-à-dire 5 capacités à développer collectivement — qui forment un système. Aucune ne suffit seule, mais ensemble elles créent une dynamique puissante.
Discipline 1 : La maîtrise personnelle
De quoi s'agit-il ? La capacité de chaque individu à clarifier ce qui compte vraiment pour lui, à analyser lucidement où il en est, et à apprendre en continu tout au long de sa vie.
🔗 Lien avec l'article 4 — C'est exactement ce que nous avons développé dans l'article sur le développement professionnel du salarié : être acteur, connaître ses droits, préparer son EPP, mobiliser son CPF avec discernement.
💡 Traduction concrète pour une petite structure :
📍Encourager chaque salarié à se poser régulièrement la question : « Qu'est-ce que j'ai appris cette semaine ? »
📍Valoriser la curiosité et l'initiative personnelle
📍Ne pas sanctionner l'erreur si elle est suivie d'une analyse et d'un ajustement
🔎 Exemple — Dans une PME industrielle, un technicien propose de tester une nouvelle méthode d'entretien qu'il a découverte en formation. Le manager l'encourage, suit les résultats avec lui, et si cela fonctionne, en fait profiter toute l'équipe.
Discipline 2 : Les modèles mentaux
De quoi s'agit-il ? Nos représentations du monde — les croyances, les préjugés, les habitudes de pensée — qui façonnent notre façon d'agir. Dans une organisation apprenante, on apprend à les identifier, les questionner, les faire évoluer.
💡 Traduction concrète :
📍Repérer les phrases du type « On a toujours fait comme ça », « Ça ne marchera jamais ici », « Les salariés ne veulent pas s'impliquer »
📍Créer des espaces où ces affirmations peuvent être questionnées sans jugement
📍Distinguer ce qui est un fait observable de ce qui est une interprétation
🔎 Exemple — Dans une association, la direction pense que « les salariés ne veulent pas être formés en dehors de leur temps de travail ». Un sondage anonyme révèle que 60% seraient prêts à suivre des formations courtes en e-learning le soir, à condition qu'elles soient vraiment utiles et reconnues. Le modèle mental « ils ne veulent pas » cachait en fait un problème de pertinence et de reconnaissance.
⚠️ Piège à éviter — Remettre en question les modèles mentaux ne signifie pas tout relativiser. Certaines convictions sont fondées sur l'expérience réelle. L'enjeu est de distinguer ce qui relève de l'habitude non questionnée de ce qui relève du constat étayé.
Discipline 3 : La vision partagée
De quoi s'agit-il ? Une représentation collective du but à atteindre, qui intègre la diversité des points de vue et crée un engagement authentique (pas juste une adhésion de façade).
🔗 Lien avec la cartographie des compétences (article 2) — Impossible de savoir quelles compétences développer si on ne sait pas collectivement où on va. La vision partagée donne la direction, la cartographie identifie les moyens.
💡 Traduction concrète :
📍Construire la vision en associant les équipes, pas seulement la direction
📍Distinguer trois niveaux : la raison d'être (pourquoi on existe), la vision (où on veut aller), les valeurs (comment on y va)
📍Vérifier régulièrement que la vision est vivante, pas juste affichée dans le couloir
🔎 Exemple — Une structure médico-sociale organise un séminaire de deux jours où direction, cadres et représentants des équipes co-construisent la vision à 5 ans. Ils identifient ensemble : « Devenir la référence locale en accompagnement personnalisé des personnes âgées » (vision), « Parce que chaque personne mérite un accompagnement qui respecte son histoire et ses choix » (raison d'être), « En travaillant dans la bienveillance, la transparence et l'innovation » (valeurs).
Discipline 4 : L'apprentissage en équipe
De quoi s'agit-il ? Développer la capacité collective à penser ensemble, à dialoguer, à explorer des solutions nouvelles. L'intelligence collective ne se décrète pas, elle se cultive.
💡 Traduction concrète :
📍Institutionnaliser des temps de retour d'expérience après chaque projet ou situation complexe
📍Pratiquer le dialogue (écouter pour comprendre) et pas seulement la discussion (argumenter pour convaincre)
📍Créer des espaces où il est possible de dire « je ne sais pas » sans perdre la face
🔎 Exemple — Une PME du bâtiment met en place un rituel mensuel de 2h appelé « retour de chantier ». Chaque équipe présente un problème rencontré et la solution trouvée. Les autres équipes posent des questions, partagent leurs propres expériences similaires. Résultat : les bonnes pratiques circulent, les erreurs ne sont plus répétées.
🔗 Lien avec l'AFEST (article 3) — L'Action de Formation En Situation de Travail est un dispositif parfait pour incarner l'apprentissage en équipe : on apprend ensemble, en faisant, en analysant collectivement.
Discipline 5 : La pensée systémique (la « cinquième discipline »)
De quoi s'agit-il ? La capacité à voir les interconnexions entre les différentes parties de l'organisation, à comprendre que tout est lié, et qu'une action ici produit des effets ailleurs, parfois très éloignés dans le temps.
💡 Pourquoi c'est la « cinquième discipline » ? Parce que c'est elle qui relie les quatre autres. Sans pensée systémique, on travaille les disciplines en silos — et ça ne produit pas de transformation réelle.
Les 11 lois de la pensée systémique (Peter Senge) — version simplifiée
Loi
Ce qu'elle signifie concrètement
1. Les problèmes d'aujourd'hui viennent des solutions d'hier
Une solution qui déplace le problème finit par le faire ressurgir ailleurs
2. Plus on pousse, plus le système résiste
Forcer dans un sens crée des résistances dans l'autre
3. Avant l'amélioration, ça empire souvent
Les changements profonds passent par une phase difficile
4. La solution de facilité ramène au problème
Les rustines ne règlent jamais les problèmes de fond
5. Le remède peut être pire que le mal
Certaines solutions créent plus de problèmes qu'elles n'en résolvent
6. Qui va lentement va plus vite
La croissance trop rapide fragilise le système
7. Causes et effets sont éloignés dans le temps et l'espace
Ce qu'on fait ici aura des effets plus tard, ailleurs
8. Petits changements, grands résultats
L'effet de levier : agir sur le bon point change tout
9. On peut tout avoir, mais pas en même temps
Certains arbitrages sont inévitables à court terme
10. Diviser un système le détruit
Comprendre l'organisation suppose de la voir dans sa totalité
11. Pas de coupable extérieur
Nous faisons partie du système, nous en sommes co-responsables
🔎 Exemple — Loi n°1 appliquée — Une association recrute en CDD pour faire face à une surcharge de travail (solution). Six mois plus tard, les CDD partent, emportant avec eux des compétences non transmises, ce qui crée une nouvelle surcharge pour les salariés permanents (problème déplacé). La solution aurait été de former et stabiliser, pas de multiplier les contrats courts.
#3
Mettre en œuvre concrètement les 5 disciplines dans une petite structure
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Vous vous dites peut-être : « Tout ça est très théorique. Comment je fais, moi, dans ma PME de 30 personnes ou mon association de 15 salariés ? »
Voici des leviers concrets, accessibles, proportionnés à votre taille.
Levier 1 : Institutionnaliser les temps de réflexion collective
Principe — Bloquer dans l'agenda des temps dédiés où on ne fait pas, mais où on pense ce qu'on fait.
💡 Formats possibles :
📍Réunion mensuelle de retour d'expérience (2h) : chaque équipe/service présente une situation complexe vécue dans le mois, la solution trouvée, ce qui a marché, ce qui n'a pas marché
📍Séminaire annuel ou semestriel (1 ou 2 jours) : prendre du recul sur l'année écoulée, ajuster la vision, identifier les apprentissages collectifs
📍Temps d'analyse de pratiques (1h30 tous les 2 mois) : en petit groupe, analyser une situation professionnelle difficile avec un cadre d'animation structuré (ex : GAPP, codéveloppement)
⚠️ Condition de réussite — Ces temps ne doivent PAS être utilisés pour régler des urgences opérationnelles, sinon ils disparaissent au premier coup de bourre.
Levier 2 : Transformer l'erreur en source d'apprentissage
Principe — Mettre en place une culture du « droit à l'erreur » — à condition qu'elle soit analysée et partagée.
💡 Comment faire :
📍Lors des réunions d'équipe, consacrer 10 minutes à la question : « Qu'est-ce qui n'a pas fonctionné cette semaine, et qu'est-ce qu'on en retient ? »
📍Bannir la recherche du coupable au profit de l'analyse des causes
📍Valoriser publiquement ceux qui partagent leurs erreurs et les leçons tirées
🔎 Exemple — Dans une PME industrielle, un technicien commet une erreur qui coûte 2 000€ de matériel. Au lieu de le sanctionner, le manager organise avec lui une analyse de causes (fatigue ? procédure floue ? formation manquante ?). Ils identifient une procédure ambiguë, la clarifient ensemble, et la partagent à toute l'équipe. Résultat : l'erreur ne se reproduit plus.
Levier 3 : Faire circuler les savoirs par le tutorat et le binômage
Principe — Ne pas attendre la formation externe pour transmettre. Organiser la circulation interne des compétences.
💡 Dispositifs concrets :
📍Tutorat formalisé : un senior accompagne un junior sur une compétence spécifique pendant 3 à 6 mois
📍Binômage ponctuel : sur un projet ou une tâche complexe, deux personnes de niveaux différents travaillent ensemble
📍Journées d'immersion : un salarié passe une journée avec un collègue d'un autre service pour comprendre son travail
🔗 Lien avec l'AFEST (article 3) — Le tutorat peut être formalisé en AFEST, ce qui le rend finançable et lui donne un cadre pédagogique structuré.
Levier 4 : Donner de la visibilité sur les compétences et les parcours
Principe — Rendre visible qui sait faire quoi, et valoriser les parcours d'évolution.
💡 Outils simples :
📍Cartographie des compétences affichée (cf article 2) : chaque salarié sait qui maîtrise quelle compétence dans l'équipe
📍Partage des parcours de formation : après une formation, le salarié partage en réunion ce qu'il a appris et comment il va l'appliquer
📍Célébration des évolutions : quand quelqu'un monte en compétences ou change de poste, on le valorise collectivement
Levier 5 : Adapter le management pour favoriser l'autonomie
Principe — Passer d'un management descendant à un management qui favorise l'initiative et la responsabilisation.
🔗 Lien avec nos autres articles — « Le management situationnel : adapter son style à l'autonomie du collaborateur » et « Dépasser le désenchantement managérial »
💡 Postures managériales à développer :
📍Poser plus de questions que donner de réponses : « Comment tu ferais, toi ? »
📍Accepter que les solutions trouvées par l'équipe soient différentes des siennes
📍Reconnaître publiquement quand on ne sait pas, et chercher ensemble
#4
Les conditions de réussite et les pièges à éviter
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Conditions de réussite
Conditions
Pourquoi c'est indispensable
🟢Engagement de la direction
Si la direction ne joue pas le jeu, personne n'y croira
🟢Temps dédié et protégé
Les temps de réflexion doivent être dans l'agenda, pas "si on a le temps"
🟢Sécurité psychologique
Il faut pouvoir parler sans crainte de jugement ou de sanction
🟢Reconnaissance des apprentissages
Valoriser ceux qui apprennent et qui transmettent
🟢Cohérence avec les pratiques RH
L'entretien annuel, le PDC, les mobilités doivent être alignés avec cette culture
Pièges à éviter
⚠️ Piège n°1 : Vouloir tout changer d'un coup Devenir une organisation apprenante est une transformation culturelle qui prend des années. Commencez par un ou deux leviers, testez, ajustez.
⚠️ Piège n°2 : Croire que c'est une affaire de RH C'est une affaire de management et de culture. Les RH peuvent accompagner, mais c'est le management qui incarne au quotidien.
⚠️ Piège n°3 : Confondre organisation apprenante et multiplication des formations On peut suivre 10 formations par an et ne rien apprendre collectivement. L'organisation apprenante, c'est apprendre de son expérience, pas forcément en salle.
⚠️ Piège n°4 : Ne pas mesurer les effets Comment saurez-vous que ça fonctionne ? Identifiez quelques indicateurs simples : nombre de bonnes pratiques partagées, taux de turnover, sentiment d'efficacité collective...
Conclusion
L'organisation apprenante n'est pas un luxe réservé aux grandes entreprises. C'est au contraire dans les petites et moyennes structures — où les liens sont plus directs, les circuits de décision plus courts, la proximité plus forte — qu'elle peut se déployer le plus naturellement.
💡 Elle suppose :
De questionner certaines habitudes managériales
De créer des espaces de dialogue et de réflexion
De valoriser l'erreur comme source d'apprentissage
De faire circuler les savoirs en continu, pas seulement par la formation descendante
Vous avez maintenant tous les outils. Reste à choisir par où vous commencez — et à vous lancer.
🤝Besoin d'un appui externe pour vous accompagner dans la mise en oeuvre ?
Je peux vous accompagner à toutes les étapes ou juste là où vous ne savez pas comment faire : diagnostic, méthodologie, outillage, formation de vos managers
Traditionnellement, la fiche de poste est perçue comme un document administratif synthétique décrivant responsabilités, compétences, conditions et missions d’un poste. Elle sert de référentiel pour le recrutement, l’évaluation et le développement des compétences.
Toutefois, cet outil formel ne suffit pas à saisir la réalité du travail réalisé par les salariés.
Comprendre l’écart entre ce qui est prescrit et ce qui est réellement mis en oeuvre est essentiel.
C'est la raison pour laquelle, au fil de ma pratique, j'ai développé une démarche de co-construction de la fiche de poste entre le manager et le salarié ; l'objectif étant de mobiliser cet outil pour instaurer un dialogue autour du travail, au service de la santé des travailleurs et de la robustesse de l'écosystème.
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Du travail prescrit à l'activité de travail
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Travail prescrit vs travail réel
💡La fiche de poste représente le travail prescrit : celle qui est formellement définie par l’organisation, via ses procédures, normes et responsabilités officielles. Elle sert de cadre réglementaire et normatif, garantissant une certaine cohérence dans la gestion des ressources humaines. Toutefois, cette prescription ne reflète pas entièrement ce qui s’effectue réellement sur le terrain.
💡Le travail effectif, ou ce que l’on peut appeler le travail réel dans une approche clinique, désigne l’ensemble des activités concrètes que le salarié mobilise au quotidien : les tâches formelles, mais aussi toutes les adaptations, improvisations, efforts tacites, interactions sociales, gestion d’imprévus, et stratégies cognitives et émotionnelles.
💡Cet écart entre la fiche et la pratique réelle est omniprésent dans toutes les organisations, je dirais même qu'il est irréductible dans la mesure où il est absolument impossible de prévoir tout ce qui peut advenir dans une situation de travail. Pour illustrer cet écart, citons par exemple :
La gestion d’imprévus, où le salarié doit improviser, mobilisant ses compétences, sa créativité et son jugement pour répondre à des circonstances non anticipées.
La collaboration informelle, qui permet aux salariés d’échanger et de s’entraider au-delà de leurs responsabilités officielles, exploitant leur savoir-faire tacite.
La mise en œuvre d’innovations spontanées, où la capacité à expérimenter et à mobiliser ses ressources personnelles devient une force pour l’organisation.
💡Si on demandait aux salariés de s'en tenir à leur fiche de poste, aucune organisation ne fonctionnerait. C'est d'ailleurs ce qui se passe lorsque les travailleurs font une "grève du zèle". Ils s'en tiennent aux consignes formelles et plus rien n'avance.
Les conséquences possibles de cet écart
Cet écart peut générer des tensions, de la surcharge, voire du stress ou un sentiment d’injustice. Ainsi nombre de managers ont entendu "mais ce n'est pas sur ma fiche de poste !".
💡Ce qu’il faut souligner, c’est que cet écart n’est pas uniquement négatif ou aliénant. Au contraire, lorsque le salarié dispose d’autonomie, de marges de manœuvre, et peut faire preuve de créativité, d’ingéniosité et d’intelligence dans l’exercice de ses activités, ces dimensions deviennent des facteurs de protection pour sa santé. La capacité à adapter ses actions, à mobiliser ses compétences tacites et à faire preuve d’initiative permet non seulement de répondre aux imprévus mais aussi d’enrichir la pratique professionnelle.
Ces ressources personnelles contribuent à une activité porteuse de sens, qui renforce la résilience de l’individu face aux tensions et à la surcharge.
Lien entre activité de travail et santé
💡L’activité de travail désigne l’ensemble des processus physiques, cognitifs et sociaux mobilisés par un individu pour réaliser ses tâches. Elle inclut non seulement l’exécution formelle, mais aussi la prise de décisions, l’adaptation aux contraintes, la gestion des priorités, et la mobilisation de compétences tacites.
👍La possibilité pour le salarié de disposer de marges de manœuvre, à condition qu’elles soient encadrées et valorisées, transforme la tension potentielle entre prescription et réalité en un levier de développement personnel et collectif.
👍Lorsqu’il peut exercer sa créativité, faire preuve d’autonomie, et mobiliser ses ressources dans un cadre organisé, le salarié réduit sa vulnérabilité face aux risques psychosociaux et accroît sa capacité à rebondir.
👉En résumé, la distinction entre travail prescrit, travail réel et activité de travail dans une approche clinique doit s’appréhender comme une articulation dynamique :
La fiche de poste offre une base normative, mais ne peut se suffire à elle-même.
Le travail réel, ou activité effective, est un territoire mouvant où la richesse et l’autonomie jouent un rôle clé dans la santé et la performance.
La capacité à faire preuve de créativité, à s’adapter et à exercer son jugement dans cet espace est un facteur de protection essentiel pour le salarié, à condition qu’il soit encadré, reconnu et cultivé par l’organisation.
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Et la charge de travail dans tout ça ?
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Cette articulation entre travail prescrit, travail réel et activité de travail montre que la gestion du travail va bien au-delà de la simple exécution de tâches.
C'est pourquoi il est si difficile pour les organisations d'agir sur les problématiques de charge de travail (sous-charge ou surcharge) quand elles surviennent. La charge de travail, pour être comprise et régulée efficacement, doit intégrer non seulement les contenus formels, mais aussi l’ensemble des efforts, tensions et ressources mobilisées dans la pratique quotidienne.
Les 3 dimensions de la charge de travail
La charge de travail comporte trois dimensions essentielles :
📌Charge prescrite (P): "C’est la tâche au sens ergonomique, le système de contraintes qui s’impose au salarié, tant du point de vue quantitatif que qualitatif. Ce sont les objectifs que l’on attend du travail, les attentes définies par les organisateurs du travail et dont l’exécution est vérifiée par le management" (ANACT)
📌Charge de travail réelle ou vécue (R) : C’est l’astreinte au sens ergonomique, le « coût » que le salarié « défraye » pour réaliser l’activité. Les ergonomes ne parlent de charge de travail que dans ce sens précis. La charge de travail réelle concerne l’ensemble des régulations effectuées ici et maintenant pour atteindre les objectifs et préserver sa santé. Un excès d’objectifs ou a contrario une sous-utilisation des capacités cognitives, une insuffisance de moyens ou de compétences peuvent altérer le sentiment de bien-être au travail et même la santé" (ANACT)
📌Charge de travail subjective ou ressentie (S): « C’est le « ressenti », l’évaluation que fait le salarié de sa propre situation. Celle-ci peut varier fortement en fonction de l’équilibre rétribution/contribution, de la reconnaissance et du sentiment d’utilité ou de « beauté » (1) conférée au travail. Une charge de travail lourde, s’il elle fait l’objet d’une rétribution et d’une reconnaissance conséquente (par les pairs ou la hiérarchie) peut être ressentie positivement. À l’inverse, une charge faible, un travail non reconnu et déconsidéré peuvent être très mal vécus » (ANACT)
💡On comprend ainsi que se baser uniquement sur la fiche de poste pour évaluer la charge réelle n'est pas suffisant (c'est pourtant l'erreur que commettent de nombreuses organisations!).
Il est en effet primordial d’intégrer tout ce que le salarié doit mobiliser, en prenant en compte ses ressources personnelles, la qualité de l’environnement, le support disponible, et les tensions du contexte. La charge ne se limite pas à une simple liste de tâches ; elle englobe aussi les efforts cognitifs, émotionnels, et relationnels que le travail impose dans des conditions souvent fluctuantes.
👉Exemples concrets
Un agent de maintenance doit non seulement suivre une procédure mais aussi gérer les imprévus techniques, le stress lié à la pression des délais, et la cohésion avec ses collègues. La charge réelle dépasse largement la fiche de tâches initiale.
Un médecin doit équilibrer la charge cognitive élevée due à la complexité des cas cliniques, le temps de consultation, et la gestion des situations émotionnellement exigeantes, tout cela dans un contexte où les ressources peuvent être insuffisantes.
Les 3 phases à mettre en oeuvre pour agir sur la charge de travail
🔖Analyse de la charge de travail
Recueillir les signaux faibles (fatigue, stress, irritabilité) via des entretiens ou questionnaires. Définir dans quelles dimensions (quantitative, qualitative, émotionnelle, contextuelle) la surcharge apparaît en impliquant salariés, managers et RH.
🔖Régulation de la charge de travail
Adapter l’organisation : redistribuer les responsabilités, renforcer l’autonomie, ajuster les moyens. Favoriser la mobilisation collective pour ajuster durablement la charge, en valorisant les ressources personnelles et professionnelles.
🔖Suivi et Évaluation de la charge de travail
Mesurer régulièrement la perception de surcharge, la santé mentale et la qualité de vie au travail à l’aide d’indicateurs. Réajuster l’organisation en continu en fonction des nouveaux signaux pour garantir un équilibre durable.
👉 En résumé, une régulation efficace repose sur une connaissance fine des trois dimensions de la charge, une démarche participative d’analyse, des ajustements continus, et une évaluation régulière pour préserver la santé, la motivation et la robustesse.
L'apport de la clinique du travail dans l'analyse du travail
L’approche clinique du travail — qui consiste à analyser le travail tel qu’il est réellement exercé, ses besoins, ses tensions, ses ressources et ses significations — est un outil précieux pour comprendre les déséquilibres de la charge.
Elle permet d’identifier les situations où la demande dépasse la capacité réelle du salarié, ou au contraire, où le travail devient en partie invisible parce qu’une partie importante de l’activité n’est ni prescrite ni valorisée.
Une fiche de poste qui intègre ces dimensions favorise une régulation plus fine du travail, en évitant de se limiter à la simple description formelle. Elle permet aussi d’instaurer un dialogue véritablement constructif autour de ce que le salarié mobilise dans ses conditions concrètes d’exercice.
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Les bénéfices d'une co-construction de la fiche de poste
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Pourquoi co-construire la fiche de poste ?
Reconnaître la complexité de la charge de travail — ses différentes dimensions (prescrite, réelle, subjective) — ainsi que ses impacts potentiels sur la santé des salariés, nécessite de dépasser les approches traditionnelles souvent limitées. Trop fréquemment, les fiches de poste sont rédigées par la direction ou les RH (quand elles ne sont pas la retranscription des offres d'emploi), puis transmises aux salariés sans réelle mise à jour ou appropriation. Ce décalage avec la réalité du terrain limite leur efficacité, voire leur intérêt pour la gestion et l’organisation du travail.
Il est donc essentiel d’adopter une démarche structurée et participative pour clarifier et formaliser les missions et responsabilités, et surtout d'en discuter.
Dans cette optique, la co-construction s’avère comme une démarche pertinente. En impliquant salariés et managers dans une exploration commune, elle permet d'établir un dialogue authentique sur le travail réel et ses conditions, pour :
Donner au manager une meilleure représentation de la réalité du travail,
Favoriser la reconnaissance du travail pour le salarié,
Instaurer un processus d’échange et d'ajustements continus
Les étapes clés de cette démarche de co-construction de la fiche de poste
🔖 Préparation
Pour le manager : identifier les besoins, analyser le contexte précis du poste, connaître les enjeux organisationnels et les moyens disponibles
Pour le salarié : structurer sa présentation des missions réalisées
🔖Dialogue entre manager et salarié
Organiser un entretien structuré pour échanger sur la perception de chacun concernant le contenu du poste
Discuter des difficultés rencontrées, des imprévus réguliers et des adaptations nécessaires dans la pratique, tout en clarifiant les attentes réciproques
Cette étape oblige le manager à questionner le travail, en se départissant de ses représentations préétablies et en associant la question des missions, responsabilités, compétences et moyens.
🔖Co-rédaction
Rédiger ensemble la fiche de poste en conciliant besoins organisationnels et réalité de l'activité et des ressources (compétences, moyens matériels, temps disponible, ...).
Il est crucial de penser en termes de missions et responsabilités, et non de micro-tâches, pour donner une vision globale et cohérente
À titre personnel, cette étape se fait souvent en direct avec le salarié, avec un écran partagé, afin de fluidifier l'étape de la validation.
🔖Validation et suivi
Faire valider la fiche par toutes les parties prenantes (RH, hiérarchie, salarié)
Instaurer un processus de révision périodique pour ajuster le contenu selon l’évolution du travail et de l’organisation
L’entretien annuel peut servir de prétexte pour revisiter la fiche, sauf si des changements majeurs en cours d’année nécessitent une mise à jour plus urgente
Ce processus vise à instaurer un dialogue permanent, basé sur la reconnaissance des réalités du terrain et la nécessité d’adapter en continu les responsabilités et ressources.
Les bénéfices d’une fiche de poste co-construite et vivante
🔖 Sur le plan de la santé au travail
Réduction du stress et des tensions liées aux contradictions entre prescrit et réel
Reconnaissance des efforts cognitifs et émotionnels requis
Prévention des risques psychosociaux en clarifiant et ajustant les responsabilités et marges de manœuvre
🔖 Sur le plan de la charge de travail
Prise en compte des efforts effectivement déployés, permettant une meilleure régulation
Capacité à anticiper et réguler les déséquilibres liés à un environnement en constante évolution
🔖 Sur le plan du dialogue social et du dialogue professionnel
Instauration d'espaces de dialogue permettant de partager les enjeux globaux et les réalités du terrain
Construction d’une confiance mutuelle renforcée par la transparence et la reconnaissance
🔖 Approche managériale
Développement d’une culture participative, flexible et adaptative
Valorisation des savoir-faire informels et tacites
Montée en compétence sur les questions de travail réel et de charge de travail, permettant d'améliorer son accompagnement au quotidien
🔖 Impact stratégique
Une fiche intégrant la diversité des activités et ressources mobilisées devient un outil clé pour aligner attentes organisationnelles et réalité du terrain
Elle facilite la remontée d’informations pour une gestion proactive des risques, notamment psychosociaux, et pour l’amélioration continue de l’organisation du travail
Conclusion : la fiche de poste, cle de voûte de votre organisation
Bien plus qu’une formalité administrative, la fiche de poste est l’outil de base pour sécuriser la relation de travail et donner du sens à l’activité. En clarifiant les attentes, elle réduit les zones d’ombre, limite les tensions liées au "travail empêché" et pose les fondations d'un management sain et transparent.
C’est le point de départ d’une organisation robuste, capable de protéger la santé des collaborateurs tout en servant la robustesse de la structure.
🤝Besoin d'un appui externe pour transformer vos outils RH en leviers managériaux ?
Je suis en capacité de vous accompagner pour transformer vos outils RH en véritables boucliers pour votre structure :
Clarification & sens : articulation entre projet global / stratégie et déclinaison opérationnelle, définition des rôles et des responsabilités en intelligence collective pour lever les zones de flou,
Sécurisation : questionnement de la charge de travail, mise en lien des missions et responsabilités avec les compétences, . . .
Accompagnement managérial : transmission de méthodologie pour parler du travail entre manager et salarié, sensibilisation aux principes de la QVCT, ...
Ne laissez pas l'incertitude s'installer dans vos équipes. Que vous soyez une association, une TPE-PME ou une collectivité territoriale, je me déplace « in situ » pour analyser vos besoins réels et construire avec vous des solutions sur-mesure.
💡L'expérience prouve que chaque situation de travail est singulière mais, de plus en plus, elles sont traversées par un dilemme psychiquement coûteux : celui de la "qualité empêchée". Ce concept, étudié par des sociologues et psychologues du travail, notamment Yves Clot dans son ouvrage Le travail à cœur, décrit des situations où l'organisation du travail et/ou l'état des équipements à disposition des travailleurs empêchent la réalisation du "travail bien fait".
⚠️Quand la qualité est empêchée, le travail peut rendre malade. C'est un sentiment qui nourrit la souffrance au travail, découlant d'un décalage entre l'éthique personnelle du travailleur et ce qui doit être fait.
#1
Du travail bien fait à la qualité empêchée
Qu'est-ce que le travail bien fait ?
📌Le travail bien fait : une quête fondamentale
Le travail bien fait représente bien plus qu'une simple exécution de tâches. Il est au cœur de la construction identitaire et du sens que les individus donnent à leur activité professionnelle. La clinique du travail nous enseigne que :
Le travail bien fait est source de joie et nourrit des sentiments professionnels positifs.
Il permet aux individus de se reconnaître pleinement dans leur activité.
Il repose sur la mobilisation de l'expérience, de l'ingéniosité et de la capacité à prendre des initiatives.
Il implique la possibilité de discuter et de s'entendre collectivement sur les critères de qualité.
Qu'est-ce que la qualité empêchée ?
📌La qualité empêchée : définitions et manifestations
La qualité empêchée survient lorsque l'organisation du travail et les conditions matérielles empêchent la réalisation du travail bien fait. Elle se manifeste par :
L'impossibilité pour les travailleurs de discuter des critères de qualité de leur travail.
Un décalage entre l'éthique personnelle du travailleur et ce qu'il est contraint de faire.
Une perte de sens et de reconnaissance dans l'activité professionnelle.
Des sentiments de frustration, d'impuissance et de souffrance psychique.
📌Les causes de la qualité empêchée
La "qualité empêchée" est un phénomène complexe qui affecte de nombreux secteurs professionnels. Elle résulte de multiples facteurs organisationnels et managériaux qui entravent la capacité des travailleurs à réaliser un travail de qualité, conforme à leurs valeurs et à leur éthique professionnelle. Cette situation a des répercussions significatives sur la santé au travail et la performance des entreprises.
🟠Pression des objectifs de performance et de rentabilité à court terme
La primauté accordée aux objectifs quantitatifs, souvent financiers, peut entrer en conflit direct avec les critères de qualité du travail. Cette dichotomie se manifeste de diverses manières :
Dans l'industrie : la rentabilité peut primer sur la qualité des produits, conduisant à l'acceptation de standards de qualité inférieurs,
Dans les services : l'accent mis sur le "débit" d'interactions client peut compromettre la qualité du service rendu,
Dans le management : l'évaluation basée uniquement sur des données quantifiables peut négliger la réalité du travail effectué et brider l'initiative des salariés.
🔎 Exemples concrets : Dans le secteur médico-social et associatif : la réduction du temps d'accompagnement imposée par les contraintes budgétaires oblige les professionnels à "faire vite" là où leur éthique exige de "faire bien". Une aide à domicile dont le temps de passage est réduit de 45 à 30 minutes, un éducateur contraint de gérer seul un groupe qu'il jugeait nécessiter deux encadrants — ces situations sont des cas types de qualité empêchée.
🟠Déconnexion du top management et évacuation des conflits
L'éloignement des dirigeants par rapport aux réalités opérationnelles peut engendrer :
Un "pilotage déconnecté" conduisant à des décisions inadaptées aux besoins réels,
Une incompréhension des enjeux quotidiens et des efforts fournis par les travailleurs,
Un manque de reconnaissance de l'expertise et de l'ingéniosité des travailleurs.
🟠Manque de ressources et d'espaces de débat
Les organisations peinent souvent à fournir les moyens nécessaires à un travail de qualité :
Contraintes budgétaires entraînant des sous-effectifs et une surcharge de travail,
Outils et processus inadaptés aux réalités du terrain,
Manque d'autonomie et de temps pour exercer pleinement son métier,
Absence d'espaces pour débattre des critères de qualité entre tous les niveaux hiérarchiques.
🟠Marchandisation de la relation de service
La transformation des usagers en clients modifie la nature même de certaines activités :
Conflit entre différentes conceptions de la qualité (geste professionnel, produit, service, vente),
Risque de désengagement professionnel face à la pression commerciale,
Exposition accrue à des situations conflictuelles avec la clientèle.
👉 La qualité empêchée n'est pas une fatalité, mais le résultat de choix organisationnels qui négligent le "travail réel" et les besoins des travailleurs. Elle engendre non seulement une souffrance professionnelle, mais aussi un risque accru de désengagement et de problèmes de santé au travail.
📌Les conséquences de la qualité empêchée
Les répercussions de la qualité empêchée sont multiples et peuvent être gravement délétères pour la santé et l'engagement des travailleurs :
⭕Souffrance psychique et déstabilisation : Le sentiment de ne pas faire du bon travail nourrit la souffrance. L'amputation de sentiments professionnels est une forme d'activité empêchée. La pression, les injonctions contradictoires et l'impossibilité d'échanger peuvent plonger les salariés dans une insatisfaction croissante, voire une déstabilisation.
⭕Perte de sens et de reconnaissance : Les travailleurs ne se reconnaissent plus dans ce qu'ils font.
⭕Détérioration de la santé : Cela peut entraîner une "pénibilité nerveuse" et un sentiment de déconsidération de soi, menant à la perte de sommeil, à des arrêts maladie, et à des pathologies périarticulaires par hypersollicitation.
⭕Désengagement et comportements d'adaptation coûteux :
Cynisme et conformisme : Les jeunes, bien que potentiellement protégés par leur expérience de la précarité, peuvent tomber dans le conformisme, immobilisant les possibilités de création individuelle et collective, ou développer du cynisme.
Contre-effectuation : Pour se protéger, certains travailleurs développent des stratégies de "contre-effectuation", refusant les scripts ou les objectifs quantitatifs pour privilégier la qualité et le respect du client, même si cela n'est pas officiellement reconnu. Cependant, cette stratégie peut être fragile et se retourner contre eux.
Hypertravail : Le surmenage et le sacrifice de son énergie pour coller à des idéaux inatteignables peuvent permettre de court-circuiter la pensée et de se rendre aveugle à une situation intenable, menant à l'épuisement.
Solitude : Le ressentiment suite aux "problèmes de conscience" est souvent vécu isolément, empoisonnant l'existence si la "conscience professionnelle" ne trouve pas d'autres issues.
⭕Dégradation de la qualité du service et de la relation client : Le client peut devenir un "produit toxique" pour les professionnels. La marchandisation des échanges affecte la relation et le client peut se sentir "maltraité par l'organisation".
#2
Les leviers d'action pour agir sur la qualité empêchée
L'importance de travailler sur le travail
Pour sortir de l'impasse de la qualité empêchée, il ne suffit pas d'ajuster des indicateurs de performance. Il faut accepter de travailler sur le travail.
Le travail prescrit : ce qui est écrit sur la fiche de poste ou les procédures.
Le travail réel : ce que les professionnels déploient concrètement pour surmonter les imprévus et "bien faire" malgré les obstacles.
Comment faire ? L'objectif est de rendre visible l'invisible. En créant des espaces de discussion (comme le codéveloppement ou l'analyse de l'activité), on permet alors aux équipes de :
Mettre des mots sur les dilemmes de métier,
Co-construire des solutions pragmatiques qui partent du terrain et non d'en haut,
Redonner du pouvoir d'agir aux collaborateurs pour qu'ils retrouvent le plaisir du travail soigné,
Prévenir la souffrance au travail en restaurant la qualité du travail
Pour prévenir la souffrance au travail et restaurer la qualité, plusieurs axes d'action sont envisageables :
🔖Instituer le débat sur la qualité du travail : Il est crucial de créer des espaces où les salariés peuvent discuter des critères de qualité et s'entendre sur ce qu'est le "travail bien fait. L'absence de ce débat est un signe d'immaturité managériale. 🔖Reconnaître et valoriser l'expérience et l'ingéniosité des travailleurs : Les efforts déployés par les salariés pour maintenir la qualité (leur "contre-effectuation") doivent être reconnus et soutenus par l'organisation. 🔖Redonner du pouvoir d'agir et de l'autonomie : Les managers doivent garantir les conditions d'expression et de réalisation du "travail bien fait" en permettant aux travailleurs de mobiliser leurs capacités et de faire des choix. Cela implique de repenser l'organisation du travail. 🔖Fournir les ressources nécessaires : Il est essentiel que l'organisation mette à disposition les outils, les moyens et le soutien adéquat pour que les employés puissent réaliser un travail de qualité. 🔖Développer le "travail sur le travail" : Les controverses et les disputes sur le métier au sein du collectif de travail peuvent permettre à ce dernier de rester vivant et d'élaborer de nouvelles façons de faire. 🔖Adapter le management : Éviter le management par le commandement, le contrôle et la norme, qui brident l'initiative. Les managers doivent être formés pour fournir les outils et les moyens à leurs collaborateurs et valoriser leurs efforts. 🔖Aligner les objectifs de performance avec les moyens disponibles : Les organisations doivent s'assurer que les objectifs fixés sont réalistes par rapport aux ressources allouées, instaurant un dialogue ouvert sur la qualité attendue et réalisable. 🔖Libérer le travail : Plutôt que de multiplier les prescriptions, il faut permettre aux salariés de transformer leur expérience et de s'adapter aux dilemmes du réel.
Conclusion
La qualité empêchée n’est pas une fatalité, mais elle est un signal d’alarme que ni les dirigeants ni les managers ne doivent ignorer. Derrière la perte de sens et l’épuisement professionnel se cache souvent un travail devenu "muet", où les professionnels ne peuvent plus débattre de ce qui fait la valeur de leur métier.
Pour sortir de cette impasse, le levier le plus puissant consiste à remettre le travail au centre de la discussion. En acceptant de "travailler sur le travail", on ne se contente pas de résoudre des problèmes techniques : on restaure la santé des collectifs.
Passer du travail prescrit au travail réel demande du courage et de la méthode. Cela nécessite de créer des espaces protégés — qu'il s'agisse de groupes de codéveloppement, d'analyse de pratiques ou d'interventions cliniques — où l'on peut enfin dire les difficultés pour mieux les transformer.
C'est là tout l'enjeu de mon accompagnement auprès des structures de l'ESS : vous aider à transformer ces zones de tensions en leviers de performance sociale et de robustesse organisationnelle.
Et vous, dans votre structure, quels sont les grains de sable qui empêchent aujourd'hui la qualité de s'exprimer ?
Qualité empêchée et surcharge mentale sont souvent les deux faces d'une même réalité organisationnelle : on demande plus, avec moins, et sans espace pour souffler. Le prochain article explore les mécanismes de la surcharge, ses signaux précoces et les leviers concrets pour agir.
🤝Besoin d'un appui externe pour libérer le pouvoir d'agir de vos équipes ?
Le management est le premier levier de la santé au travail et de la robustesse de votre structure. Je vous accompagne pour transformer vos pratiques managériales et organisationnelles afin de restaurer la qualité au cœur de l'activité.
S’appuyer sur RH IN SITU, c’est garantir une intervention neutre pour lever les freins à la qualité et sécuriser vos collectifs :
Diagnostic de l'organisation et évaluation des risques : J'analyse les situations de "travail empêché" pour identifier les causes systémiques (processus lourds, injonctions contradictoires, manque de moyens). Ce diagnostic permet d'intégrer la question de la santé au travail dans vos processus.
Développement du dialogue professionnel : J'accompagne les dirigeants, managers et CSE dans la mise en place d'espaces de discussion sur le travail réel. L'objectif est de permettre aux équipes de s'accorder sur les critères de qualité et de co-construire des solutions concrètes pour lever les obstacles du quotidien.
Professionnalisation & QVCT : Je vous aide à traduire ces réflexions en actions durables : ajustement de l'organisation, clarification des missions et déploiement d'une démarche de Qualité de Vie et des Conditions de Travail (QVCT) qui a du sens pour ceux qui font le travail.
Ne laissez pas la frustration éteindre l'engagement de vos collaborateurs. Que vous soyez une association, une TPE-PME ou une collectivité territoriale, je serai à vos côtés, « in situ », pour sécuriser vos pratiques et vous aider à protéger la santé de vos équipes tout en développant la pérennité de votre projet.
🌪️Dans un monde en perpétuelle mutation, où les crises s'enchaînent et s'entrechoquent, le paradigme de la performance à tout prix montre ses limites. Et si la clé pour naviguer dans ces eaux tumultueuses résidait non pas dans l'optimisation constante, mais dans la robustesse ? 🚀💡Inspirée des travaux d'Olivier HAMANT, cette réflexion nous pousse à repenser en profondeur les approches de management et d'organisation du travail ; je ne peux m'empêcher d'établir un parallèle entre robustesse et clinique du travail, je vous explique pourquoi dans la suite de cet article. La question de la robustesse (et non plus uniquement de la performance économique et sociale) sera au programme de mes prochains accompagnements.
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Le piège de la performance : pourquoi il est temps de changer de paradigme
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Qu'est-ce que la performance ? Quelles sont ses limites ?
💡La performance, définie comme la somme de l'efficacité (atteindre son objectif) et de l'efficience (avec le moins de moyens possibles), nous a enfermés dans une voie étroite et fragile.
👉La performance n'est plus la réponse adaptée aux défis actuels :
🔻Fragilité et burn-out : la suroptimisation mène à l'épuisement des humains et des écosystèmes. Des organisations sous tension constante génèrent des démissions, des burn-out et un désengagement croissant, comme en témoigne la double épidémie de ce premier quart de siècle.
🔻Pensée réductionniste : pour être performante, une organisation doit réduire les problèmes complexes en sous-problèmes, créant ainsi de nouveaux nœuds ailleurs. Penser "efficacité" nous empêche d'embrasser la perplexité, pourtant "le début de la connaissance".
🔻Autojustification : On finit par travailler pour l'indicateur (le chiffre) plutôt que pour la mission (le sens). La performance devient une coquille vide.
🔻Déshumanisation et contrôle exacerbé : le culte de la performance, alimenté par la digitalisation, nous pousse vers l'hyperdisponibilité et des systèmes de contrôle indirects toujours plus puissants, réduisant les interactions humaines et le sens même du travail.
🔻Illusions de croissance et de stabilité : la croissance infinie sur une planète finie est absurde et crée des pénuries. La performance se justifie dans un monde stable, abondant et en paix, hypothèse qui n'est plus vérifiée.
🔻Limites de la RSE et de l'agilité : Si l'Agilité et la RSE sont nées d'une intention louable, elles sont souvent détournées pour devenir de nouveaux outils d'optimisation (le 'faire plus vite' ou le 'verdir sans changer'). La robustesse propose d'aller plus loin : il ne s'agit pas de polir la machine, mais de s'assurer qu'elle peut continuer à rouler même si la route s'effondre
L'autre approche possible : la robustesse, inspirée du vivant pour faire face à un monde fluctuant
💡"La robustesse est la capacité d'un système à se maintenir stable à court terme et viable à long terme malgré les fluctuations. Elle offre une réponse opérationnelle aux turbulences et s'inspire directement du fonctionnement des systèmes vivants, experts des incertitudes."
Contrairement à une idée reçue, le vivant n'est pas performant au sens d'efficacité et d'efficience maximales. Il "gâche énormément d'énergie et de ressources" selon Olivier HAMANT. Sa force réside dans ses contre-performances constitutives :
✳️Hétérogénéité et redondance : multiplier les options, créer des chemins alternatifs dans un environnement imprévisible vs les pratiques de standardisation qui aliènent et dévitalisent le travail
✳️Aléas et lenteur : accepter l'imprévu, prendre le temps de l'expérimentation et de la diversification. La lenteur, le "temps perdu", est un prérequis indispensable avant de décider dans un monde robuste vs les transformations permanentes au pas de course, sans même prendre le temps de s’assurer qu’on va dans la bonne direction ou que tout le monde suit.
✳️Incohérence et erreurs : les contradictions internes, loin d'être des faiblesses, sont des sources de stabilité et de souplesse, permettant de résister aux fluctuations externes et d'éviter les escalades sans fin.
✳️Sous-optimalité : viser le satisfaisant plutôt que le maximum. Le vivant fonctionne bien en dessous du maximum de performance pour pouvoir répondre à une attaque inattendue, s'autorisant la performance de manière transitoire uniquement.
💨La robustesse, en ouvrant le champ des possibles, nous invite à un "contre-programme" qui inverse les paradigmes de notre temps.
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La robustesse, un atout majeur pour les structures de l'ESS et les "marges pionnières"
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💡Les structures de l'Économie Sociale et Solidaire (ESS), que j’accompagne, sont souvent des exemples précurseurs de cette transition vers la robustesse. Elles opèrent aux "marges" du système dominant, des marges qui, selon Olivier HAMANT, sont les premières à percevoir les fluctuations et à développer des stratégies pour s'y adapter, devenant ainsi les pionnières des bifurcations futures.
Pour autant, les structures de l’ESS sont aussi confrontées à cette injonction à la performance : il faut faire mieux ou plus avec toujours moins de ressources, et j’en constate chaque jour les effets sur les organisations et les équipes …
Les inversions proposées par la robustesse
Voici quelques-unes des inversions que la robustesse propose et qui résonnent fortement avec les valeurs de l'ESS :
🔖 Questionner avant de répondre
👉Au lieu de chercher la meilleure réponse à la mauvaise question, la robustesse nous invite à passer plus de temps à définir les problèmes, à les soumettre à des "stress tests", à embrasser la perplexité.
🏋️♀️En pratique : La prochaine fois qu'un problème urgent survient, interdisez-vous de chercher une solution pendant les 15 premières minutes. Utilisez ce temps uniquement pour poser des questions : « De quoi ce problème est-il le symptôme ? », « Que se passe-t-il si on ne fait rien ? »
🔖 Produire pour nourrir les écosystèmes
👉L'agroécologie, la bioéconomie circulaire, le tout-réparable remplacent l'exploitation des écosystèmes par une production qui les nourrit et les régénère. La circularité prend le pas sur l'efficience, rendant le gaspillage non problématique.
🏋️♀️En pratique : Lors des bilans annuels ou de fin de mission, ne regardez pas seulement le livrable. Posez la question : "Ce projet a-t-il épuisé l'équipe ou a-t-il renforcé ses compétences et ses liens ?" (L'idée est de régénérer le capital humain plutôt que de le consommer)
🔖 De la propriété à l'usage et au partage
👉 L'économie de l'usage, le partage de ressources et d'outils (comme les ateliers de réparation citoyens) remplacent le "tout jetable" et la propriété individuelle. Cela favorise la coopération et réduit l'obsolescence programmée.
🏋️♀️En pratique : Plutôt que chaque service possède son propre budget ou ses propres outils qu'il garde "jalousement", créez un système de prêt de compétences ou de matériel entre départements. Cela favorise la coopération plutôt que la compétition pour les ressources
🔖 Faire commun : relier grâce aux contradictions
👉 Plutôt que d’éviter les conflits, les utiliser comme levier d’équilibre collectif, favorisant la démocratie robuste et l’intelligence collective. La conflictualité constructive devient une ressource pour la cohésion
🏋️♀️En pratique : Organisez une réunion mensuelle où l'on ne parle pas de ce qui va bien, mais des injonctions contradictoires reçues (ex: "On me demande d'être rapide ET qualitatif, comment je fais ?"). Le manager n'apporte pas la réponse, il anime le débat pour que le collectif décide d'un arbitrage acceptable
🔖 Low-tech citoyenneté et innovation robuste
👉 Promouvoir des solutions low-tech qui allient durabilité et technologie, valorisant la techno-diversité, les savoir-faire locaux, et l’hybridation des connaissances. L’innovation devient un choix stratégique orienté par la robustesse, non par la rentabilité financière immédiate.
🏋️♀️En pratique : Pour chaque nouvel outil digital ou processus, demandez à l'équipe : "Si ce logiciel tombe en panne demain, comment continue-t-on à travailler ?" Valorisez les solutions simples et dégradables (papier, discussion directe) qui garantissent la continuité du service sans dépendre d'une hyper-technologie fragile.
🔖Travailler moins pour vivre mieux
👉 La robustesse invite à redonner du sens au travail en favorisant une meilleure qualité de vie, en limitant la surcharge et en valorisant l’épanouissement collectif.
🏋️♀️En pratique : Supprimez la valorisation des "heures sup" visibles. Un manager robuste félicite celui qui termine son travail dans les temps impartis, car cela prouve que le système est bien calibré et que le salarié préserve sa capacité de travail sur le long terme (sa robustesse personnelle).
🔖La santé commune comme levier économique
👉Un projet robuste doit alimenter la santé humaine, la santé sociale et la santé des milieux naturels, sans exception. Le modèle économique devient un produit de cette "santé commune", et non une contrainte d'entrée. Cela ancre la structure dans une logique de soin au territoire.
🏋️♀️En pratique : Intégrez un indicateur de santé (physique et mentale) dans vos tableaux de bord de pilotage, au même titre que le CA. Si les objectifs sont atteints mais que l'indicateur santé est dans le rouge, le projet est considéré comme un échec "non robuste"
🔖La valorisation de la coopération
👉Développer l’apprentissage collectif, la réflexion critique, et la densité des interactions, pour construire des réseaux résilients et renforcer le sentiment d’appartenance.
🏋️♀️En pratique :
Des exemples concrets
Des organisations à taille humaine ancrées localement
Olivier HAMANT cite des exemples concrets de structures illustrant déjà cette démarche :
👉 Pocheco (fabricant d'enveloppes écologiques axé sur l'écolonomie, le bien-être des salariés et la circularité);
👉 Entropy (restaurant axé sur le zéro gaspillage, produits locaux, financement d'associations);
👉 La Louve (supermarché participatif, prix bas, bio, circuits courts).
Le modèle des SCOP favorise la robustesse
Les principes fondamentaux qui sous-tendent le modèle des SCOP, sont des leviers essentiels pour construire la robustesse dans un monde fluctuant :
La coopération prime sur la compétition;
La gouvernance démocratique et participative;
La recherche de résilience plutôt que de rendement maximal;
L'ancrage local et l’économie de l’usage;
La prise en compte de la santé et de l’environnement comme piliers fondamentaux.
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Développer la robustesse des organisations en mettant la qualité du travail au coeur des débats
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💡La transition vers la robustesse est un processus qui exige d'élargir notre cadre de référence et de repenser nos conceptions de la performance, de l'incertitude et de la croissance. Cette évolution, bien que progressive, apparaît inéluctable. L'objectif n'est pas d'abandonner toute notion de performance, mais de la repositionner comme un élément secondaire, transitoire et au service d'une viabilité durable.
Quels parallèles entre la robustesse et l'approche clinique du travail ?
Je ne peux m'empêcher d'établir des parallèles entre le modèle de la robustesse et les principes de la clinique du travail (objet de ma formation de ces derniers mois). Voici les principaux points de convergence que j'identifie :
🔖 Créer des marges de manœuvre
❌La quête incessante de performance et la suroptimisation enferment les organisations dans une voie non viable, engendrant épuisement professionnel et désengagement des salariés
✅À l'inverse, la robustesse se construit sur des éléments souvent perçus comme des "contre-performances" (hétérogénéité, aléas, erreurs, lenteur). Elle vise à maintenir la stabilité et la viabilité du système malgré les fluctuations. Cette approche génère des "marges de manœuvre considérables", essentielles pour naviguer dans l'imprévisible.
👉 En clinique du travail, on distingue souvent le travail prescrit (ce qui est écrit sur la fiche de poste) du travail réel (ce que l'on fait vraiment pour s'en sortir). La course à la performance écrase cet écart : on veut que le réel colle parfaitement au prescrit. C'est là que naît la souffrance.
Cultiver la robustesse, c'est redonner de l'oxygène aux salariés. C'est accepter que le "vrai" travail demande des ajustements, des tâtonnements et de l'imprévu. En reconnaissant cette complexité, on ne protège pas seulement la santé des équipes, on renforce la viabilité de toute l'entreprise
🔖 Valoriser les contradictions et le débat
✅La robustesse encourage à "identifier les questions d'abord" et à "consacrer plus de temps à leur analyse", même si cela peut sembler contre-productif en termes de rapidité. Elle valorise la "discussion ouverte" et les "critiques constructives", reconnaissant que la robustesse organisationnelle se construit sur les "contradictions internes". Les "incohérences" sont même considérées comme garantes de la stabilité à long terme.
👉Ce principe fait écho à la clinique du travail, qui promeut la création d'espaces de discussion collective sur le travail. Ces espaces permettent aux salariés d'expliciter les dilemmes, les imprévus et les ajustements qu'ils rencontrent au quotidien. En partageant et en débattant de ces contradictions inhérentes à l'activité réelle, le collectif peut élaborer de nouvelles connaissances et solutions. Ce processus favorise non seulement une meilleure compréhension et maîtrise du travail, mais il permet également de transformer la souffrance liée à ces contradictions en un développement du pouvoir d'agir et une amélioration de la santé psychologique des travailleurs, la verbalisation étant essentielle pour "réorganiser ses pensées".
🔖 Renforcer le collectif en créant les conditions de la coopération
✅La valorisation de la coopération et du collectif permet aux travailleurs de développer des "compétences relationnelles" et de s'entraider, renforçant le "sentiment d'appartenance". Cette dynamique collective est un puissant levier pour la qualité du travail, car les solutions aux problèmes complexes émergent souvent de l'intelligence collective.
👉Elle constitue également une ressource précieuse pour la santé au travail, en offrant un soutien social face aux difficultés et en favorisant la reconnaissance mutuelle du travail réel, souvent invisible dans les systèmes axés sur la performance quantitative
🔖Redéfinir la valeur du travail et de la santé
👉Il devient urgent de lutter contre la "double épidémie de démissions et de burn-out" en "libérant certaines activités du marché du travail" et en redonnant du sens au travail.
✅Le concept de "santé commune" (englobant la santé humaine, sociale et environnementale) implique la protection de la santé mentale et physique des travailleurs. Il invite à concevoir le travail de manière holistique, intégrant le bien-être des travailleurs comme une condition fondamentale de la viabilité de la structure, et non comme un coût ou une simple conformité réglementaire. Cette approche représente une revalorisation fondamentale de la qualité du travail, tant en termes de résultats que d'expérience vécue par le travailleur, et une reconnaissance de l'interdépendance entre santé individuelle, collective et environnementale.
🔖Favoriser l’expérimentation et l’adaptabilité
✅La robustesse valorise une "culture de l'apprentissage" où les difficultés et les échecs sont perçus comme des opportunités d'amélioration. Cette approche encourage l'expérimentation et considère les tentatives infructueuses comme des ressources précieuses pour stimuler la créativité et l'ingéniosité face à l'incertitude.
👉 La clinique du travail, quant à elle, met l'accent sur l'analyse collective des situations de travail, y compris les obstacles et les contraintes rencontrés. Elle encourage le développement de stratégies d'adaptation innovantes à travers le dialogue et la réflexion partagée sur l'activité réelle.
Ces deux perspectives favorisent un environnement où l'adaptabilité est valorisée, où les travailleurs se sentent en sécurité pour explorer de nouvelles approches, et où l'apprentissage continu est intégré dans la culture organisationnelle. Cette dynamique contribue non seulement à la résilience de l'organisation, mais aussi à la santé collective en réduisant le stress lié à la peur de l'erreur et en renforçant le sentiment d'efficacité et d'autonomie des équipes.
Conclusion: choisir la robustesse pour durer dans un monde fluctuant
📝 En synthèse, la transition vers la robustesse, telle qu’elle est proposée par Olivier HAMANT, consiste en une véritable inversion de paradigmes : sortir d’une logique de performance effrénée pour s’ancrer dans une dynamique de résilience, de coopération et d’adaptabilité.
Elle résonne profondément avec les principes de la clinique du travail, qui privilégie les interactions humaines, le dialogue, la prise en compte des contradictions et une conception élargie de la santé.
🚀En abandonnant le culte de la performance, les organisations peuvent non seulement assurer leur pérennité dans un contexte fluctuant, mais aussi offrir un cadre plus humain, plus épanouissant, permettant à chaque individu de se dépasser avec l’aide des autres, tout en retrouvant du sens dans leur activité.
🫶Le futur appartient à ces structures qui sauront s’adapter et innover par la coopération et la robustesse, plutôt que par la compétition et la surperformance.
Et vous, dans votre organisation, quelle 'contre-performance' seriez-vous prêt à accepter pour gagner en pérennité ?"
🤝Besoin d'un appui externe pour passer d'une logique de performance à une logique de robustesse ?
Que ce soit pour repenser vos indicateurs de réussite, prévenir l'épuisement professionnel ou ajuster votre gouvernance face aux fluctuations actuelles, RH IN SITU vous accompagne.
Dans un environnement économique marqué par l'incertitude permanente, les organisations font face à un défi de taille : changer sans s'épuiser. Si la littérature managériale regorge de modèles sur la "conduite du changement", beaucoup échouent à produire les résultats escomptés.
Pourquoi ? Parce qu’ils oublient souvent une variable essentielle : le travail réel. Pour réussir une transformation, il ne suffit pas de piloter des indicateurs techniques ; il faut devenir un expert de l'usage et de l'activité et accompagner les individus dans la reconstruction de leur métier.
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Recontextualiser le changement : Au-delà de la "résistance"
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Le changement dans le monde du travail est souvent abordé sous l'angle réducteur de la « résistance ». Pourtant, la psychologie et la sociologie du travail nous offrent une lecture bien plus nuancée : le refus n'est pas un blocage psychologique individuel, mais souvent un acte de défense de la qualité du travail. En réalité, la résistance en tant que telle n'existe pas : ce qui existe, c'est la résistance à ce que l'on pense perdre (moyens, compétences, sens).
Tordre le cou aux idées reçues
« Seuls les grands changements suscitent de grands problèmes »
📍Le changement est perçu de façon très subjective et souvent irrationnelle : le même changement pourra sembler anecdotique à l’un et insurmontable à l’autre.
« Pour un changement réussi, il faut vite oublier le passé et se concentrer sur l’avenir »
📍Tout changement implique des pertes et des regrets, les étapes doivent donc être progressives.
« Le changement peut s’effectuer instantanément »
📍Le processus de changement prend du temps, chacun passe par ces différentes phases, au rythme qui lui est propre.
« Ce sont surtout les moins compétents qui ont du mal à s’adapter au changement »
📍Paradoxalement les plus investis ont souvent plus de mal a supporter le changement car ils vont au fond des choses et se sont approprié les processus existants pour accomplir leur mission au mieux.
Le changement comme rupture d'équilibre
Pour le psychologue social Kurt Lewin, tout système est en état de « quasi-équilibre » entre des forces motrices et des forces restrictives. Changer, ce n'est pas seulement pousser plus fort vers l'objectif (ce qui augmente la tension) ; c'est d'abord identifier et lever les freins qui maintiennent l'équilibre actuel. Dans une organisation, personne ne s'engage facilement s'il a le sentiment « de perdre au change »
La souffrance de "l'empêchement" et le conflit de critères
En psychologie du travail, notamment chez Yves Clot, le bien-être est intrinsèquement lié au « pouvoir d'agir ». Un changement imposé qui empêche un professionnel de faire ce qu'il considère être du « bon travail » génère un conflit de critères. Ce n'est pas au changement que le salarié résiste, mais à l'impossibilité de rester fier de son métier. Si l'outil change mais que les aléas ne sont pas recalculés, le salarié se retrouve « empêché ».
L'apport de la sociologie : zones d'incertitude et stratégie
Michel Crozier et Erhard Friedberg ont démontré que les acteurs ne sont pas de simples exécutants, mais des agents stratégiques. Chaque changement modifie les « zones d'incertitude » et déplace les lignes de pouvoir. Pour obtenir un projet efficace et durable, il est décisif d'associer les managers, les salariés et leurs représentants dès la phase de conception.
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Approche du changement par le travail réel : méthodologie
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La méthodologie propoposée par l'ANACT invite à concevoir l'organisation de demain en s'appuyant sur l'intelligence du terrain. Cette méthode repose sur l'articulation de trois fonctions clés :
I
La Maîtrise d'Ouvrage (MOA) : porte la décision stratégique et politique
I
La Maîtrise d'Œuvre (MOE) : porte la conception technique et opérationnelle
I
La Maîtrise d'Usage (MUS) : porte le processus de « mise à l'épreuve » par les salariés concernés
La simulation : anticiper pour dé-risquer
La simulation permet de se projeter dans l'activité future avant que les décisions ne deviennent irréversibles.
⚙️ Méthodologie :
Cadrage du projet de transformation en intelligence collectif
Identification des métiers potentiellement impactés par les changements
Identification des situations critiques
Réalisation de simulations pour identifier les ajustements nécessaires
🎯L'objectif : Valider les options techniques et corriger les dysfonctionnements potentiels avant la mise en service. C'est une assurance contre l'inefficacité opérationnelle.
L’expérimentation : le droit à l'essai et l'ajustement
L'écart entre le projet imaginé et le déploiement réel est inévitable. L'ANACT prône donc des phases de tests en conditions réelles.
⚙️ Le cadre paritaire : mettre en place un groupe projet associant salariés et représentants du personnel, basé sur le droit à l'erreur et la bienveillance.
🎯L'objectif : tester à petite échelle (périmètre pilote) permet de rassurer les salariés qui craignent souvent de ne plus pouvoir faire évoluer une situation insatisfaisante.
L’évaluation embarquée : le pilotage par le réel
Un projet ne se termine pas le jour de la réception.
L'évaluation doit se poursuivre pour accompagner le développement des usages.
⚙️ Les Espaces de Discussion (#EDT) : réunions structurées où l'on analyse les écarts entre le travail « prescrit » (le plan) et le travail « réel » (la pratique).
⚙️ La régulation : Le manager devient celui qui facilite l'ajustement face aux aléas, réduisant ainsi les tensions sociales et la fatigue excessive
Cas pratique : déploiement d'un SIRH dans une structure peu digitalisée de 50 salariés
Le projet :
Dématérialisation totale de la gestion RH (dossier du personnel, gestion du temps et des congés, entretiens, . . . ).
Le contexte :
faible culture de la digitalisation en interne
des process RH qui ne sont pas construits ou stabilisés
un service RH qui n'a jamais conduit de déploiement de SIRH et qui n'est pas formé à la gestion de projet
des managers de proximité qui ne maîtrisent pas le droit du travail
SCENARIO 1
Approche techno-centrée et top-down
Dans ce modèle, le projet est piloté par le haut (Top-Down). La direction considère que l'outil est la solution en soi et que l'organisation doit s'y adapter, sans questionner les usages réels.
Une phase de conception déconnectée du terrain
Le choix du logiciel est guidé uniquement par des considérations techniques et économiques (coût de la licence, fonctionnalités théoriques).
🟠Absence de diagnostic participatif : Le cahier des charges est rédigé par la direction et le prestataire sans consulter les éducateurs ou les administratifs.
🟠Processus RH "plaqués" : Comme les processus internes ne sont pas stabilisés, on adopte les réglages standards du logiciel par défaut. On ignore alors que ces standards sont incompatibles avec les spécificités de la convention collective (horaires coupés, astreintes, besoins de mobilité).
Le choc de l'implémentation (Le "Rejet de greffe")
Le déploiement se fait rapidement. On annonce aux salariés que "prochainement, tout passera par le SIRH".
🟠La fracture numérique : Pour des équipes ayant une faible culture digitale, l'interface devient une barrière insurmontable. Faute d'avoir été associés à la conception, ils vivent l'outil comme une contrainte supplémentaire plutôt que comme une aide.
🟠Le sentiment de "travail empêché" : Le salarié qui passait 5 minutes à poser un congé sur papier passe désormais 20 minutes à se battre avec un formulaire numérique complexe. Il a le sentiment de "perdre son temps" au détriment de sa mission auprès des bénéficiaires.
La surcharge managériale et la dégradation du dialogue
Les managers de proximité, qui ne maîtrisent pas toujours les subtilités du droit du travail, se retrouvent seuls face à l'outil.
🟠Mise en risque de la fonction employeur : les managers valident les déclarations de temps de travail sans comprendre l'impact juridique potentiel.
🟠Bureaucratisation de la fonction managériale : Ils deviennent les "guichets d'assistance" du logiciel. Ils passent leur temps à corriger des erreurs de saisie au lieu d'animer leurs équipes.
🟠Érosion de la confiance : Les erreurs de calcul (compteurs d'heures, jours de repos) génèrent des tensions sociales immédiates. La direction répond par plus de communication descendante pour "expliquer le sens", mais comme les problèmes de terrain ne sont pas résolus, la méfiance s'installe.
Un service RH et financier dans l'impasse
Le service RH, n'ayant jamais conduit de tel projet, subit les injonctions d ela Direction, la pression du prestataire et les plaintes des collègues.
🟠Données inexploitables : Le service administratif reçoit des extractions financières incohérentes et non fiables.
🟠Coûts cachés : Pour rattraper les erreurs, la structure doit payer des prestations de maintenance urgentes ou passer des nuits blanches à recalculer les variables paies sur Excel.
👉 Pourquoi ce scénario échoue-t-il ?
En traitant le projet comme un simple sujet informatique, on a oublié que la performance d'un investissement dépend avant tout de son usage réel par les humains qui le font vivre au quotidien.
SCENARIO 2
Approche co-conception
Dans ce modèle, la direction accepte que le projet ne se termine pas le jour de la réception de l'outil, mais qu'il se construit dans l'usage. On passe d'un projet "descendant" à une démarche itérative et ascendante
Amont : Définition participative et enrichissement du projet
Plutôt que de choisir un outil sur catalogue, on commence par analyser l'activité réelle.
🟢Analyse de l'existant : Un groupe projet mixte (salariés, RH, administratifs) identifie les ressources actuelles (ex: la souplesse de l'informel) et les contraintes (ex: la ressaisie multiple des données).
🟢Enrichissement des objectifs : Le projet n'est plus seulement "informatique" ; il intègre des objectifs de Qualité de Vie et Conditions de Travail (QVCT) et de montée en compétences.
🟢 Effet : On rédige un cahier des charges adaptés aux besoins et on ajuste les process, les outils et les compétences pour sécuriser le fonctionnement
Conception : La Simulation pour "faire jouer" le futur
On ne se contente pas de valider des plans ; on met le système à l'épreuve de l'activité probable.
🟢Scénarios réalistes : On simule des situations critiques : "Comment un salariés gère-t-il une absence de dernière minute un dimanche soir via son smartphone ?".
🟢Dialogue avec l'éditeur : des retours sont faits à l'éditeur pour qu'il puisse ajuster l'interface.
🟢Effet : On évite d'investir dans une solution inapplicable. L'anxiété liée à l'outil diminue car les salariés voient que leurs difficultés sont prises en compte.
Réalisation : L'expérimentation et le droit à l'erreur
L'organisation accepte de sortir du cadre habituel sur un périmètre restreint.
🟢Périmètre pilote : Un service volontaire teste le SIRH pendant 2 mois avec un contrat de réversibilité (possibilité de revenir à l'ancien système si l'outil bloque le travail).
🟢Ajustements permanents : On s'autorise à modifier les règles de gestion durant cette phase.
🟢Effet : Les salariés du pilote deviennent des "ambassadeurs". Ils rassurent leurs collègues car ils ont pu "dompter" l'outil avant le déploiement général.
Déploiement : L'évaluation embarquée et les Espaces de Discussion (EDT)
Après le lancement, on installe des boucles de rétroaction courtes pour réguler les usages.
🟢EDT réguliers : Des réunions brèves permettent aux managers et salariés d'analyser les écarts entre le travail prévu et la réalité.
🟢Rôle du manager : Le manager n'est plus celui qui impose, mais celui qui facilite le test et fait remonter les bugs.
🟢Effet : Le service RH et le service financier collaborent pour corriger les extractions de données dès le premier mois. On ne laisse pas les problèmes s'enkyster.
👉Pourquoi ce scénario sécurise-t-il votre projet de changement ?
En suivant scrupuleusement ces étapes, vous ne vous contentez pas d'installer un logiciel ; vous renforcez la robustesse de votre organisation.
🟢Fiabilisation de l'investissement : Vous évitez les surcoûts liés aux corrections tardives et coûteuses.
🟢Préservation de la santé : En maintenant le "pouvoir d'agir" des salariés, vous prévenez les risques psychosociaux liés au sentiment de "travail empêché".
🟢Montée en compétences : Le service RH et les managers apprennent la gestion de projet et le droit du travail par la pratique, soutenus par un outil qu'ils ont aidé à construire.
Conclusion: une epreuve de co-construction
L'accompagnement du changement implique une évolution de la posture managériale :
Approche Classique
Focus sur les outils techniques
Communication descendante visant à convaincre
Déploiement massif et rigide
Management du contrôle
Approche prenant en compte le travail réel
Focus sur l'activité des travailleurs
Espaces de discussion visant à analyser et à réguler
Expérimentations et ajustements
Management du soutien
Réussir une transformation, ce n’est pas seulement déployer un nouvel outil ou une nouvelle procédure ; c’est accepter que la solution optimale ne naît pas sur un tableau blanc, mais se forge dans l’expérience collective et le respect du travail réel. En misant sur la maîtrise d’usage et le dialogue professionnel, l’organisation ne se contente pas d’évoluer : elle cultive sa propre résilience.
Accompagner le changement selon ces principes, c’est transformer ce qui pourrait être une rupture en une opportunité de progrès partagé, où la performance de la structure se nourrit directement du pouvoir d’agir des salariés.
🤝Besoin d’un appui externe pour sécuriser vos projets de transformation ?
Le management est le premier levier de la santé au travail et de la robustesse de votre structure. Je vous accompagne pour transformer vos périodes de mutation en véritables opportunités de consolidation pour vos équipes.
S’appuyer sur un tiers de confiance, c’est garantir une approche du changement par le travail réel :
Diagnostic de l'organisation et évaluation des risques : J'analyse l'impact de vos projets de transformation sur l'activité quotidienne pour identifier les "zones d'ombre" et prévenir les risques de travail empêché. Ce diagnostic permet de dimensionner votre projet au plus près des réalités du terrain.
Pilotage de la Simulation et de l'Expérimentation : J'accompagne les dirigeants, managers et CSE dans la mise en œuvre de méthodologies inspirées de l'ANACT (Maîtrise d'Usage). Ensemble, nous organisons des simulations et des phases pilotes pour tester vos solutions avant leur déploiement généralisé, réduisant ainsi l'anxiété et les coûts cachés.
Animation des Espaces de Discussion (EDT) : Pour ancrer durablement le changement, j'installe des boucles de régulation permettant d'analyser les écarts entre le projet et la réalité. Ces temps d'échange sécurisés favorisent la montée en compétences collective et la résolution pragmatique des bugs de déploiement.
Ne laissez pas un projet mal préparé fragiliser votre climat social. Que vous soyez une association, une TPE-PME ou une collectivité territoriale, j'interviens « in situ » pour sécuriser vos pratiques et vous aider à protéger la santé de vos équipes tout en garantissant le succès de votre transformation.
Quand les notions de genre professionnel et de style personnel ont été abordées dans mes cours de psychologie du travail, cela a été une vraie découverte. Pour l'intervenante que je suis, ce fut un déclic : je mettais enfin des mots sur ce décalage que j'observais partout sur le terrain, entre ce que le dirigeant ou le manager attend (le prescrit) et la manière dont les équipes s'organisent réellement pour "que ça tourne".
Au travers de cet article, qui s’appuie sur celui d’Yves CLOT et de Daniel FAÏTA « Genres et styles en analyse du travail – Concepts et méthodes » (2000), j’espère pouvoir réussir à vous transmettre des clés de compréhension, indispensables pour décrypter ce qui se joue dans le travail, en situation.
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Quel rôle joue le genre professionnel et le style individuel dans l’activité de travail ?
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💡Le genre professionnel joue un rôle crucial dans l’activité de travail. Il agit comme un intermédiaire social entre les prescriptions officielles et l’activité réelle, guidant les travailleurs sur la manière d’accomplir leur travail de manière acceptable et efficace.
Les rôles clés du genre professionnel dans l’activité de travail
🔖Offre un cadre de référence partagé
Le genre professionnel définit les « obligations » que partagent les travailleurs pour accomplir leur travail, souvent malgré les contraintes de l’organisation prescrite. Il s’agit d’un ensemble de manières de faire et de penser communes, acquises par l’histoire et l’expérience collective du métier.
Exemple : Les architectes partagent un genre professionnel qui comprend non seulement les règles techniques de conception, mais aussi des pratiques tacites comme la manière de présenter leur travail lors des réunions clients ou la façon dont ils collaborent avec les ingénieurs. Cette culture commune aide à gérer efficacement les projets malgré les nombreuses contraintes.
🔖Favorise l’efficacité et l’économie de l’action
En fournissant un ensemble de pratiques et de connaissances partagées, le genre professionnel évite aux travailleurs de réinventer la roue à chaque nouvelle situation. Il permet aux travailleurs de savoir s’y retrouver dans le monde du travail et de savoir comment agir, sans avoir à tout reconstruire à chaque fois.
Exemple : Dans une brigade de cuisine, chaque membre connaît les gestes, les timings et la répartition des tâches propres à leur métier, même face à un menu qui change régulièrement. Ce cadre partagé permet de gagner du temps, d’éviter des erreurs et d’assurer un service fluide même aux heures de pointe.
🔖Organise les interactions professionnelles
Le genre professionnel définit non seulement les comportements attendus dans les relations sociales au travail, mais aussi les façons de travailler acceptables. Il régule les interactions entre les travailleurs en fixant l’esprit des lieux comme instrument d’action.
🔖Contribue à la santé psychologique des travailleurs
Le genre professionnel offre aux travailleurs un sentiment d’appartenance à un groupe et un cadre de référence pour leurs actions. Le partage de formes de vie commune et de pratiques reconnues au sein du collectif contribue à la mobilisation psychologique au travail.
Exemple : Le genre professionnel des pompiers comprend un ensemble de rituels et d’attitudes, comme la solidarité dans les missions risquées, le jargon spécifique, ou les moments de débriefing après une intervention. Ces éléments renforcent le sentiment d’appartenance au groupe et soutiennent la résistance au stress.
🔖Soutient le développement du style personnel
Le genre professionnel sert de base à partir de laquelle les travailleurs développent leur propre style personnel. Il fournit un ensemble de variantes normatives qui peuvent être adaptées et personnalisées par les travailleurs en fonction de leurs besoins et de leur histoire personnelle.
⚠️ Cependant, le genre professionnel peut également devenir un frein au développement s’il est rigidifié et imposé de manière inflexible. Le renouvellement du genre professionnel par les styles individuels des travailleurs est essentiel pour maintenir sa vitalité et sa pertinence face à l’évolution des situations de travail.
Quel rôle joue le « style » dans le développement du genre professionnel ?
💡Le style personnel, en tant que re-travail et adaptation individuelle du genre professionnel, joue un rôle essentiel dans le développement et la revitalisation du genre professionnel. Il permet au genre de rester pertinent et de s’adapter aux changements constants des situations de travail.
Le style personnel contribue au développement du genre professionnel :
🔖 En introduisant des variations et des innovations
Lorsque les travailleurs s’approprient le genre et le modèlent en fonction de leurs propres expériences et besoins, ils introduisent de nouvelles variantes et de nouvelles façons de faire. Ces variations peuvent être bénéfiques pour le collectif, car elles peuvent améliorer l’efficacité du travail, résoudre des problèmes ou s’adapter à de nouvelles situations.
Exemple : Julie, une technicienne en maintenance dans une usine, a développé une méthode originale pour diagnostiquer plus rapidement une panne récurrente. Cette adaptation personnelle, même si elle s’écarte des procédures officielles, a été partagée avec ses collègues, améliorant l’efficacité collective et renforçant le genre professionnel.
🔖 En remettant en question les pratiques établies
Le style personnel permet de questionner les pratiques établies et d’identifier les éléments du genre qui ne sont plus adaptés aux nouvelles réalités du travail. Cette remise en question peut conduire à des ajustements et des améliorations du genre, le rendant plus efficace et plus pertinent.
Exemple : Marc, responsable commercial, a remis en question la rigidité des processus de reporting imposés par la direction, proposant une approche plus collaborative et simplifiée avec son équipe. Cette initiative, d’abord perçue comme un écart, a finalement conduit à une amélioration du climat de travail et une meilleure réactivité commerciale.
🔖En stimulant le dialogue et l’échange entre les professionnels
Lorsque les travailleurs partagent leurs styles personnels et confrontent leurs différentes manières de faire, ils contribuent à enrichir le genre professionnel. L’échange entre les professionnels permet de partager les meilleures pratiques, d’identifier les points faibles du genre et de proposer des solutions collectives pour améliorer le travail.
Exemple : Lors d’une réunion interservices, plusieurs employés partagent leurs façons différentes d’aborder un même problème. Ces échanges, loin de créer des tensions, ont permis d’identifier la meilleure pratique collective, fruit de compromis et d’influences croisées.
🔖En assurant la transmission et la transformation de l’expérience
Le style personnel permet aux travailleurs de transmettre leur expérience et leur savoir-faire aux nouvelles générations. Cette transmission n’est pas une simple reproduction du genre, mais une transformation créative qui intègre les innovations et les adaptations apportées par chaque génération de travailleurs.
📝En résumé, le style personnel est le moteur du développement dynamique du genre professionnel.Il permet au genre de rester vivant, de s’adapter aux changements et de répondre aux besoins des travailleurs et de l’organisation. Le style personnel, loin d’être une simple expression individuelle, est une contribution essentielle à l’évolution collective du travail.
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Cultiver le pouvoir d'agir et la santé
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Après avoir exploré les définitions du genre et du style, une question s'impose : comment ces deux dimensions s'articulent-elles concrètement pour faire de l'entreprise une organisation vivante ? C’est dans cette rencontre entre le « nous » (le genre) et le « je » (le style) que se joue non seulement l'efficacité opérationnelle, mais aussi la santé de chacun.
La dynamique entre Genre professionnel et Style personnel
📍Le genre professionnel, en tant que mémoire collective et impersonnelle du travail, organise l’activité personnelle en définissant les manières de faire acceptables dans un milieu professionnel donné. Il offre aux travailleurs un sentiment d’appartenance à un groupe et fournit un cadre de référence pour leurs actions. Le genre professionnel agit à la fois comme une contrainte et une ressource, car il impose des limites tout en offrant un support pour l’action.
Cependant, le genre n’est pas statique. Il est constamment retravaillé et remodelé par les styles individuels des travailleurs.
📍Le style personnel est la manière dont un travailleur s’approprie et adapte le genre professionnel à sa propre histoire et à ses propres besoins. Il permet au travailleur de se distinguer du collectif tout en contribuant à son évolution. Le style personnel est influencé non seulement par le genre professionnel, mais aussi par l’histoire personnelle du travailleur, ses expériences passées, ses valeurs et ses aspirations.
Le style est donc le fruit d’un double affranchissement : l’affranchissement du genre professionnel et l’affranchissement de sa propre histoire.
Imaginez deux comptables ou deux caristes. Ils partagent le même genre (les règles non écrites du métier, le langage commun). Mais chacun y apporte sa "patte", son style. C'est cette alchimie qui crée la robustesse d'une équipe : un socle commun solide (le genre) qui laisse de la place à l'initiative individuelle (le style)
Le développement du "Pouvoir d’Agir"
💡 L’interaction entre le genre et le style est essentielle pour la santé psychologique des travailleurs. Lorsque la dynamique entre les genres et les styles est bloquée, le développement des sujets est mis en souffrance, notamment parce qu’ils sont privés du pouvoir d’agir, ce qui peut entraîner des situations pathogènes de travail.
💡 Le pouvoir d’agir est la capacité d’un collectif professionnel à transformer ses situations de travail afin de les améliorer et de les adapter aux exigences du réel. Il ne s’agit pas d’une expertise externe, mais d’une capacité intrinsèque des collectifs à reprendre le contrôle de leur travail et à le faire évoluer.
Les éléments clés du pouvoir d’agir :
📌 Redéploiement de l’action dans le milieu de travail : Il permet aux collectifs d’élargir leur rayon d’action et d’intervenir sur leur environnement de travail pour l’adapter à leurs besoins.
📌 Transformation durable : Ce n’est pas une action ponctuelle, mais une démarche continue d’adaptation.
📌 Action collective : Il repose sur la collaboration, le dialogue et la co-construction des solutions portées par les collectifs eux-mêmes.
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Faire vivre le Genre et le Style : Le dialogue professionnel comme moteur de santé
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💡 Le dialogue professionnel, en favorisant l’expression et le partage des styles personnels au sein d’un collectif, joue un rôle crucial dans la santé psychologique des travailleurs. Il permet de surmonter les tensions potentielles entre l’individu et le genre professionnel, contribuant ainsi à un sentiment de reconnaissance et de pouvoir d’agir.
Un espace de reconnaissance et de régulation
Le dialogue professionnel n'est pas une simple discussion ; c'est l'endroit où le "style" de chacun rencontre le "genre" du groupe. Il contribue à la santé :
🔖En créant un espace d’expression et de reconnaissance
Le dialogue offre aux travailleurs un espace pour exprimer leurs difficultés, leurs points de vue et leurs idées sur le travail. Il permet de partager leurs expériences et leurs solutions face aux défis du travail, favorisant un sentiment de reconnaissance et de soutien au sein du collectif.
🔖En mettant en lumière des contradictions et des conflits
Le dialogue permet de mettre en lumière les contradictions et les conflits qui peuvent exister entre les prescriptions du genre professionnel et les réalités vécues par les travailleurs. La confrontation des points de vue et des expériences permet de comprendre les difficultés rencontrées par chacun et de chercher des solutions collectives. C’est ici que s’incarne la fameuse dispute professionnelle, moteur de progrès pour l’entreprise.
Transformer le travail pour protéger la santé
Le dialogue permet de faire évoluer le métier (le genre) pour qu'il reste protecteur :
🔖 En favorisant la réélaboration collective du genre professionnel
En partageant leurs styles personnels et en confrontant leurs différentes manières de faire, les travailleurs peuvent contribuer à la réélaboration collective du genre professionnel. Cette réélaboration permet de l’adapter aux nouvelles réalités du travail et de le rendre plus pertinent pour l’ensemble du collectif.
🔖En contribuant au développement du sentiment d’appartenance et de pouvoir d’agir
Le dialogue favorise un sentiment d’appartenance au groupe et renforce la cohésion du collectif. En participant activement à l’évolution du genre professionnel, les travailleurs développent un sentiment de pouvoir d’agir sur leur travail et leur environnement.
Prévenir les risques par l'échange
En permettant aux travailleurs de s’exprimer et d’être reconnus dans leur singularité, le dialogue contribue à prévenir les situations pathogènes de travail. L’expression des difficultés et la recherche de solutions collectives permettent de diminuer le stress, l’isolement et le sentiment d’impuissance.
📝 Le dialogue professionnel, loin d’être une simple pratique de communication, est un outil essentiel pour la santé psychologique des travailleurs. Il favorise l’expression, la reconnaissance, la collaboration et le développement collectif, contribuant ainsi à un environnement de travail plus sain et plus stimulant.
Conclusion
Pour transformer ces concepts en actions concrètes, je vous invite à :
📍Observer les pratiques partagées dans votre équipe et identifier les points communs qui composent votre genre professionnel.
📍Repérer vos propres adaptations et innovations personnelles : comment contribuent-elles à améliorer le travail ?
📍Favoriser les échanges avec vos collègues pour cultiver la diversité des styles et enrichir ensemble vos pratiques.
📍En tant que manager ou responsable, valoriser ces différences plutôt que chercher à uniformiser à tout prix : c’est ainsi que l’organisation reste agile, vivante et en bonne santé.
📝 L'analyse du travail, en soulignant l'importance des genres et des styles professionnels, joue un rôle crucial dans la revitalisation du pouvoir d'agir des travailleurs. Cela passe notamment par le dialogue professionnel encouragé par des méthodes telles que l'auto-confrontation croisée.
En examinant les genres et les styles, les travailleurs peuvent prendre conscience des normes implicites qui régissent leurs pratiques, les remettre en question lorsque nécessaire, et identifier les innovations personnelles qui améliorent l'efficacité collective.
Ce processus d'analyse et de discussion favorise non seulement la créativité, mais permet également de co-construire des solutions adaptées aux défis rencontrés, transformant ainsi les milieux de travail pour mieux répondre aux exigences pratiques et renforcer le développement individuel et collectif.
🤝Besoin d’un appui externe pour restaurer un dialogue professionnel constructif autour du travail ?
Que ce soit pour restaurer un dialogue professionnel constructif, pour accompagner une transformation de vos pratiques ou pour renforcer la santé au travail de vos équipes, je vous accompagne dans la mise en place de ces dispositifs de dialogue.
Vous souhaitez vous tenir informé sur les évolutions et actualités de la fonction Ressources Humaines et des questions de Qualité de Vie et de Conditions de Travail (QVCT) ?
Retrouvez un concentré d'informations qui vous permet, en un coup d'oeil, d'identifier ce qu'il y a à retenir et d'approfondir ce qui vous intéresse particulièrement.
Pour ce faire cliquer sur le sujet qui vous intéresse 👆 et consulter les ressources mises à disposition 🔗 .
👆 Des outils pour identifier les aides à l'embauche mobilisables
✴️ Il est parfois difficile de s'y retrouver pour un employeur dans le dédale des aides à l'embauche. Vous retrouverez un dossier complet des aides à l'embauches et aux entreprises sur le code du travail numérique et un simulateur des aides à l'embauche sur France Travail :
Chiffres clés Emploi et Recrutement
👆 Analyser les données du territoire Auvergne Rhône-Alpes (#AURA) avec Data Emploi
👆 Analyser les rémunérations de l'emploi cadre en Auvergne Rhône-Alpes (#AURA)
👆 Marché de l'emploi des cadres dans l'Economie Sociale et Solidaire (#ESS)
Pratiques de recrutement
👆 Méthode de Recrutement par Simulation (#MRS)
✴️Fondée sur les habiletés requises pour occuper un poste (et pas sur le CV), la MRS consiste à repérer l'ensemble des capacités nécessaires pour réaliser un travail, puis à construire des exercices permettant de les évaluer chez les candidats. Ces exercices reproduisent par analogie les attendus du poste et mettent donc les candidats en situation de démontrer concrètement leur capacité à l’occuper.
💡Elle permet aux entreprises de recruter des candidats sans tenir compte en amont d’un CV, d’un diplôme, et/ou une expérience, constituant ainsi un moyen de répondre aux besoins de main d’œuvre dans les secteurs en tension sans discriminer sur le niveau d'étude.
👉FRANCE TRAVAIL accompagne l'entreprise tout au long de la démarche.
👆 Période de Mise en Situation en Milieu Professionnel (#PMSMP)
👆Pratiques de recrutement de cadres 2024
Recrutement & Intelligence Artificielle (#IA)
👆 Les questions éthiques relatives à l'utilisation de l'IA dans le recrutement
✴️La Dares (le service statistique rattaché au ministère du Travail) a organisé un cycle de 3 rencontres scientifiques cet automne, réunissant chercheurs et experts pour réfléchir à cette problématique. Ces échanges ont permis d'approfondir la compréhension des enjeux liés à l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) dans les pratiques des recruteurs.
📌Les recruteurs se trouvent souvent confrontés à des tensions entre des attentes croissantes en matière de transparence, d'objectivité et de performances prédictives, et les craintes liées à l’opacité, à la reproduction de biais discriminatoires et à l'iniquité.
📌Les recruteurs expriment un plus grand niveau de confiance envers les recommandations humaines que celles fournies par une IA.
💡Concevoir une IA éthique et responsable pour les recrutements nécessite non seulement d'aspirer à l'explicabilité et à l'interprétabilité des algorithmes, mais également de développer de nouvelles normes juridiques et d'impliquer davantage les parties prenantes dans la mise en œuvre de ces outils.
👉L'intégration des IA dans les pratiques de recrutement est une tendance récente en gestion des ressources humaines, soulevant des questions éthiques, particulièrement en ce qui concerne l'automatisation de décisions cruciales pour les individus.
👆Vers un équilibre entre IA et compétences Humaines ?
✴️Prospective Travail 4.0 : symbiose entre intelligence humaine et intelligence artificielle
Les technologies émergentes, telles que l'intelligence artificielle, le machine learning, le Big Data, la réalité virtuelle et la 5G, redéfinissent radicalement le paysage du travail et pourraient automatiser 30 à 40 % des tâches quotidiennes d'ici 2030, touchant ainsi plus de la moitié des métiers.
📌Cette transformation induit une large assistance des salariés par l'automatisation pour accomplir des tâches complexes, dangereuses ou chronophages, tandis que les entreprises profitent d'une productivité accrue grâce à des chaînes de production intelligentes et à des analyses de données approfondies (à terme).
📌Cependant, cette évolution soulève des questions cruciales sur le rôle des travailleurs, car environ 800 millions de personnes pourraient être affectées par ces changements technologiques.
📌Dans ce contexte, il devient essentiel que les individus développent non seulement des compétences techniques, mais aussi des « soft skills », pour naviguer efficacement dans cette nouvelle ère du travail. Les entreprises doivent donc s'engager activement dans le développement de ces compétences pour préparer leurs salariés à ce futur en constante évolution.
✴️Les soft skills : des compétences nécessaires pour l’avenir
Les soft skills, que l'on peut définir comme des compétences émotionnelles ou socio-émotionnelles, se positionnent comme des compléments essentiels aux compétences techniques, appelées hard skills.
Dans le monde du travail de demain, elles seront déterminantes. Selon une étude de McKinsey, la demande pour les compétences techniques devrait diminuer de 16 % d'ici 2030 en Europe, tandis que les salariés dotés de soft skills seront de plus en plus recherchés pour garantir le bon fonctionnement de l'écosystème professionnel.
L’OCDE souligne que dans des environnements hyperconnectés, ces compétences joueront un rôle majeur dans la coordination d’équipe, la prise de décision, l'analyse et la résolution de problèmes, des tâches que les machines ne peuvent pas accomplir.
Cf. boussole de l'OCDE.
💡En résumé, face à l’IA, l'intelligence humaine reste indispensable. Elle permet de prendre du recul, de faire des choix éclairés, d’analyser l'impact d’une technologie sur un secteur ou une organisation, et de prévenir d’éventuelles dérives.
✴️ Quelles compétences pour demain ?
Que recouvrent véritablement les soft skills, et quelles compétences deviendront incontournables ?
💡Le Forum économique mondial a identifié les 10 compétences qui deviennent de plus en plus importantes (parmi lesquelles figurent de nombreuses soft skills) :
Ces compétences touchent aussi bien aux dynamiques collectives (travail en équipe, résolution collaborative de problèmes) qu'aux compétences individuelles de chaque salarié pour évaluer une situation et y réagir de manière appropriée. D'autres soft skills telles que l'adaptabilité, la communication, la créativité, l'autonomie, l'humilité et l'engagement sont également jugées essentielles par de nombreux experts.
✴️Le défi des employeurs : évaluer les soft skills et accompagner leur développement
Il est indéniable que les soft skills occuperont une place centrale dans les métiers de demain.
📌Cependant, l'évaluation des soft skills n’est pas aussi simple. Actuellement, seuls 41 % des organisations ont mis en place des dispositifs pour intégrer et mesurer ces compétences dans leurs processus RH (sont-ils efficaces ? ...).
📌Quant au développement des soft skills des salariés, il va falloir trouver d'autres moyens que des formations classiques. A mon sens, il faut davantage réfléchir à une approche systémique, par exemple :
en définissant les valeurs qui guident les décisions au niveau stratégique et en s'assurant que ces valeurs soient incarnées dans les pratiques
en intégrant le feedback dans les pratiques et la culture d'entreprise
👆Compétences, employabilité et pratiques de travail performantes (#OCDE)
✴️ Le Programme pour l'évaluation internationale des compétences des adultes (#PIAAC) est un programme d'évaluation et d'analyse des compétences des adultes. Le principal produit du PIAAC est l’Évaluation des compétences des adultes, une évaluation internationale informatisée auprès des ménages, destinée aux adultes âgés de 16 à 65 ans. Elle est conçue sous forme de cycles décennaux. L’Évaluation mesure les compétences des adultes dans les domaines clés en matière de traitement de l’information – littératie, numératie et résolution de problèmes – qui représentent les compétences nécessaires pour que les individus participent à la société et pour que les économies prospèrent. Elle rassemble également des informations et des données sur la manière dont les adultes utilisent leurs compétences à la maison et au travail.
📌 Le 1er cycle de l’Évaluation des compétences des adultes a été mené en trois vagues distinctes entre 2011 et 2018 dans 39 pays. Au cours du 1er cycle, environ 245 000 adultes ont été interrogés, représentant 1,15 milliard de personnes.
📌 Le 2e cycle de l’Évaluation des compétences des adultes a été mené jusqu’à présent dans 31 pays et économies. Une première vague de collecte de données a eu lieu en 2022-23 et les résultats ont été publiés le 10 décembre 2024.
Les compétences en littératie et en numératie des Français se situent parmi les plus basses des pays participant à l’évaluation (24). Mais les différences de compétences entre générations sont assez marquées par comparaison avec les autres pays.
Les scores des Français varient sensiblement en fonction de leur niveau de formation et de leur origine sociale, et dans une mesure bien plus importante que dans la moyenne des pays participants.
Les différences de compétence en littératie entre les individus nés en France et ceux nés à l’étranger sont plus marquées que dans la moyenne des pays participant à l’évaluation, et la progression des compétences avec la durée de résidence dans le pays est très limitée.
Les compétences en littératie et en TIC sont peu demandées dans le cadre professionnel, tout comme celles en résolution de problèmes complexes. Par contre, les employeurs français comptent parmi ceux qui utilisent davantage les compétences en numératie des travailleurs.
En France, comme dans tous les pays participant à l’évaluation, on décèle une relation positive et significative entre d’une part, le niveau de compétence en littératie et en numératie, et d’autre part, le salaire horaire et la probabilité d’occuper un emploi. Toutefois, en France, cette relation est plus faible que la moyenne.
✴️Pratiques de travail performantes et satisfaction au travail
[OCDE] "Les organisations qui adoptent des pratiques de travail performantes tirent le meilleur parti des compétences de leurs employés. Les travailleurs qui sont autorisés à expérimenter différentes manières d'accomplir leurs tâches, qui bénéficient d'une autonomie dans l'organisation de leur temps et qui travaillent au sein d'équipes autonomes utilisent mieux leurs compétences et sont plus satisfaits au travail. Les pratiques de travail performantes augmentent également le rendement de la formation.
En moyenne, dans les pays pour lesquels des données sont disponibles, seules 25 % des entreprises appliquent des pratiques de travail performantes. Étant donné qu'une grande partie de l'apprentissage se fait sur le lieu de travail, souvent de manière informelle en apprenant par la pratique ou en apprenant de ses collègues et de ses supérieurs, la promotion d'une culture de l'apprentissage sur le lieu de travail est cruciale pour la productivité de l'entreprise et la satisfaction au travail."
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L'employabilité désigne la capacité d'un individu à obtenir et à conserver un emploi dans un environnement économique et professionnel en constante évolution. Cette notion ne se limite pas simplement à la possession d’un diplôme ou d’une expérience professionnelle, mais englobe également un ensemble de compétences, de qualités personnelles et d’adaptabilité. L'employabilité implique donc une dynamique où les compétences doivent être continuellement mises à jour et alignées sur les besoins du marché du travail.
✴️ Impact à l'échelle individuelle
À l’échelle individuelle, l'employabilité est souvent perçue comme un vecteur de sécurité économique et de développement personnel. Les personnes ayant un haut niveau d’employabilité bénéficient généralement de meilleures opportunités de carrière, d’un salaire plus élevé et d'une plus grande satisfaction au travail. Elles sont souvent plus résilientes face aux fluctuations du marché de l'emploi, étant capables de se réorienter rapidement en cas de licenciement ou de reconversion professionnelle.
⚠️Cependant, il existe un poids considérable pesant sur les individus en matière d'employabilité. Dans un contexte de compétitivité accrue, la pression pour acquérir de nouvelles compétences et "rester dans la course" est forte. De plus, les inégalités d'accès à la formation et à l’éducation exacerbe les difficultés pour certains groupes, rendant l'ascension sociale plus ardue pour ceux qui n'ont pas les ressources nécessaires.
✴️Impact à l'échelle des organisations
L'employabilité des salariés est un enjeu crucial pour la compétitivité des entreprises. Des collaborateurs compétents et adaptables sont indispensables à l'innovation et à la performance durable. C'est pourquoi de nombreuses entreprises investissent significativement dans la formation continue et le développement des compétences, garantissant ainsi une meilleure adéquation entre les besoins de l'entreprise et les qualifications de ses employés. Cet investissement se traduit par une meilleure rétention des talents et une réduction du turnover coûteux.
⚠️Néanmoins, cette responsabilité partagée entre l'entreprise et le salarié peut créer des tensions. Si l'entreprise a le devoir d'investir dans le développement professionnel de ses équipes, le salarié doit également s'engager activement dans sa propre formation et son évolution de carrière. Un manque de ressources ou un soutien insuffisant de la part de l'entreprise peuvent aggraver la pression ressentie par le salarié pour rester employable, créant un déséquilibre dans cette responsabilité partagée. Il est donc essentiel que les entreprises définissent des politiques claires et des dispositifs concrets favorisant un développement professionnel équilibré et soutenant l'effort des salariés.
✴️Impact à l'échelle sociétale
À l’échelle sociétale, l'employabilité est un facteur clé pour le développement économique et la stabilité sociale. Une main-d'œuvre employable favorise la croissance économique et réduit le taux de chômage, tandis qu’une population en difficulté face à l'emploi peut entraîner des conséquences sociales négatives telles que la pauvreté ou la criminalité. Les pays investissent donc dans des politiques de formation, d'éducation et d’inclusion pour assurer un marché du travail dynamique et équitable.
⚠️Cependant, il convient de noter que la concentration excessive sur l'employabilité peut conduire à une dévalorisation de certaines professions et à une stigmatisation des personnes qui ont des difficultés à s'insérer sur le marché du travail. L'accent mis sur la formation et les compétences pratiques peut également occulter l'importance des valeurs humaines, des compétences sociales et des métiers souvent négligés mais essentiels à la société.
💡De ce que je constate dans mes accompagnements, il n'est pas "inné" pour un salarié de réfléchir en termes de compétences et d'identifier les compétences nécessaires à développer au fil de son parcours professionnel. Les employeurs doivent avoir un rôle d'accompagnement. Mais pour ce faire, dans les petites structures du moins, il est souvent nécessaire d'accompagner la montée en compétences, sur ces questions, du dirigeant, des RH et des managers.
Modalités de formation
👆 Une formation sur-mesure avant embauche, prise en charge par France Travail (#POEI)
✴️L'objectif de la POEI est de permettre au candidat d’acquérir les compétences manquantes pour occuper le poste que vous offrez. Ce dispositif, financé en partie par France Travail est mis en œuvre par l’employeur au poste de travail en interne ou par un organisme de formation.
💡Plusieurs modalités de formation sont envisageables :
le tutorat par un salarié expérimenté,
la formation théorique dans un organisme de formation certifié,
si vous êtes une TPE ou PME, l’intervention d’un organisme de formation en situation de travail (Action de formation en situation de travail - AFEST).
Il est possible de mixer les différentes modalités.
💡Parmi les contrats éligibles au dispositif :
CDI ou CDI intérimaire
CDD d’une durée minimale de 6 mois ou un contrat en alternance (contrat de professionnalisation ou d’apprentissage)
CDD saisonnier de 4 mois minimum
Contrat(s) de mission de 6 mois minimum dans les 9 mois suivant la formation.
👆 L'Action de Formation En Situation de Travail (#AFEST), un dispositif encore trop peu connu
Chiffres clés de la formation
👆 La mobilisation du Compte Personnel de Formation (#CPF)
1 335 900 formations suivies en 2023 dans le cadre du compte personnel de formation (CPF) contre 1 851 200 en 2022 (DARES - juillet 2024).
Selon une note d'étude de France compétences, 80% des salariés utilisant le Compte Personnel de Formation (CPF) ont au moins un objectif professionnel. 13% visent un objectif strictement personnel et 7% n'ont pas d'objectif clairement défini. France compétences souligne que l'utilisation du CPF par les salariés révèle leurs aspirations personnelles et/ou professionnelles.
✴️Utilisation du CPF pour le permis de conduire
Parmi ceux ayant un objectif clair, près de la moitié utilise le CPF pour préparer le permis de conduire, notamment les jeunes peu diplômés. Ceux qui poursuivent des objectifs personnels sont majoritairement inscrits au permis B et aux certifications en langues, souvent les cadres et les seniors. À l'inverse, ceux ayant un objectif professionnel suivent généralement des formations certifiantes inscrites au RNCP.
✴️Soutien aux transitions et reconversions professionnelles
Les salariés ayant un objectif professionnel recours au CPF principalement pour deux raisons majeures de la formation professionnelle : faciliter les transitions et reconversions professionnelles sur le marché de l'emploi et encourager les évolutions internes à l'entreprise.
✴️Surreprésentation des femmes en milieu de carrière
Un quart des salariés utilisant le CPF pour un but professionnel se reconvertissent. Les femmes en milieu de carrière, diplômées et employées ou issues de professions intermédiaires y sont surreprésentées. Les hommes, souvent en début ou en seconde moitié de carrière, visent plus les évolutions professionnelles, surtout dans des secteurs moins stables.
✴️Changement d'employeur envisagé
Environ un salarié sur dix utilisant le CPF souhaite échanger avec ses pairs sur leur activité professionnelle, souvent dans l'optique de changer d'employeur et d'augmenter leur revenu. Ces salariés sont en général plus jeunes, moins diplômés, et occupent souvent des emplois d'ouvrier ou d'employé en CDD.
✴️Évolution interne
Les entreprises s'impliquent davantage lorsque le CPF est utilisé pour une évolution interne, initiant souvent son utilisation. Elles sont moins engagées dans les formations pour transitions professionnelles, même si elles en sont informées dans 37% des cas. Les salariés suivent ces formations moins fréquemment sur leur temps de travail. L'implication des entreprises est plus courante dans les grandes entreprises et lorsque la formation est présentielle et vise une certification reconnue.
👆 Le recours à la formation professionnelle continue en France
✴️[DARES] En 2022, en France, 47 % des adultes ayant terminé leur formation initiale déclarent avoir suivi une formation au cours des douze derniers mois, que ce soit dans un but professionnel ou personnel.
📌Les personnes en emploi se forment davantage (57 %) que celles qui se déclarent au chômage (43 %) ou inactives (21 %), essentiellement du fait de la formation à but professionnel. 📌La part des adultes formés dans un but professionnel se maintient par rapport à 2016 pour les personnes en emploi ; elle augmente pour les chômeurs et les inactifs, dans un contexte de mise en place de mesures en faveur de la formation destinées à ces publics.
📌L’accès à la formation à but professionnel s’accroît avec le niveau de diplôme ; il est nettement plus fréquent pour les cadres que pour les ouvriers, ainsi que pour les salariés des grandes entreprises privées et ceux du secteur public. Les seniors participent moins souvent que les adultes plus jeunes à des formations, en particulier dans un but professionnel. Les résidents des DOM et des quartiers prioritaires de la politique de la ville accèdent également moins souvent à la formation.
MANAGEMENT
L'évolution des pratiques managériales à l'oeuvre
👆 Les attentes des cadres envers leur manager en 2024
👆 Les nouveaux modes de management et d’organisation, innovation ou effet de mode ?
QUALITE DE VIE & DES CONDITIONS DE TRAVAIL
Egalité professionnelle
👆Diversité vs inclusion ?
✴️Quelle est la différence entre diversité et inclusion ?
📌La diversité fait référence à la présence de différences au sein des équipes de travail, que ce soit en termes de genre, d'origine ethnique, de culture, de religion, de génération, d'orientation sexuelle, de handicap, ou encore de parcours professionnels et éducatifs. L'idée est de reconnaître et valoriser cette pluralité pour tirer parti des perspectives variées que cela peut apporter à l'organisation. La diversité se concentre sur le "qui" compose l'organisation.
📌L'inclusion fait référence à la pratique consistant à créer un environnement de travail où chaque employé, quelle que soit son origine ou ses caractéristiques, se sent accepté, valorisé et respecté. L'inclusion se concentre sur le "comment" l'organisation intègre ces divers individus et leur permet de s'épanouir pleinement.
✴️Enjeux de la diversité et de l'inclusion :
📌Innovation et créativité : Les équipes diversifiées apportent des perspectives multiples qui stimulent l'innovation. Des études montrent que des groupes hétérogènes sont plus créatifs dans la résolution de problèmes.
📌Attraction et rétention des talents : Les organisations qui valorisent la diversité et l'inclusion attirent un plus large éventail de talents. Les nouvelles générations, en particulier, sont sensibles à ces enjeux et préfèrent travailler dans des environnements ouverts et inclusifs.
📌Engagement et bien-être des salariés : Un environnement inclusif où chaque salarié se sent respecté et valorisé favorise un plus fort engagement, une meilleure satisfaction au travail, et une rétention accrue.
📌Réputation et image de marque : Les organisations qui promeuvent la diversité et l'inclusion améliorent leur image auprès des différentes parties prenantes (publics, clients, fournisseurs, ...). Elles sont perçues comme des organisations socialement responsables.
📝 Ainsi, diversité et inclusion sont complémentaires : la diversité est nécessaire pour garantir une représentation variée, mais c'est l'inclusion qui garantit que chacun puisse participer pleinement et s’épanouir dans l'organisation.
👆 Les discriminations des seniors dans l'emploi
👆 La situation des personnes en situation de handicap
Organisation du travail
👆 Télétravail : le grand dilemme
En 2024, environ 47 % des entreprises françaises avaient adopté le télétravail ou un modèle hybride. La proportion d'entreprises permettant à leurs salariés de télétravailler varie selon la taille de l'entreprise : 62 % des salariés dans les entreprises de plus de 500 salariés en bénéficient, contre 38 % dans celles de 50 à 99 salariés. Environ 33 % des salariés en France pratiquent le télétravail au moins une fois par semaine, et seulement 4 % sont en télétravail complet
✴️Attraction et rétention des talents
Selon une étude de BCG et de l'Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (Anact), près de 89 % des jeunes talents recherchent des postes offrant des options de travail flexible ou hybride. Le télétravail est devenu un critère essentiel pour les candidats lors du choix d'un employeur.
✴️Équité et inégalités d'accès
Eurofound (Fondation européenne pour l'amélioration des conditions de vie et de travail) a souligné que le télétravail peut accentuer certaines inégalités. Par exemple, les emplois nécessitant une présence physique (industries, services de proximité) ne peuvent pas bénéficier du télétravail, ce qui peut creuser l'écart entre salariés de différents secteurs . De plus, tous les salariés n'ont pas un accès égal aux outils numériques et à un espace de travail adéquat à domicile.
Un salarié sur deux est exclu, de par la nature de son emploi, de la possibilité de télétravailler.
✴️Santé mentale et bien-être
En date de 2019, une étude de l'Insee et de la Dares sur le télétravail des cadres montre par exemple que les cadres pratiquant le télétravail deux jours ou plus par semaine travaillent en moyenne 43,0 heures par semaine, contre 42,4 heures pour les non-télétravailleurs. Ces télétravailleurs déclarent deux fois plus souvent travailler plus de 50 heures par semaine que les non-télétravailleurs. Leurs horaires sont également plus atypiques (travail après 20 heures ou le samedi) et moins prévisibles.
✴️ Impact environnemental et économique
Le télétravail réduit les déplacements domicile-travail, ce qui diminue les émissions de gaz à effet de serre. Selon un rapport de France Stratégie, un jour de télétravail par semaine pourrait réduire de 10 % les émissions de CO₂ liées aux transports. Cela a également un effet sur les coûts de structure pour les entreprises, qui peuvent envisager une réduction des espaces de bureau .
✴️Enjeux de sécurité et de confidentialité
Avec le télétravail, les risques de cybersécurité augmentent, car les connexions externes au réseau de l'entreprise peuvent être plus vulnérables aux attaques. De plus, la gestion des données sensibles à distance nécessite des protocoles de sécurité renforcés, selon un rapport de KPMG en 2024 .
📝Les enjeux du télétravail sont donc multiples, affectant à la fois la productivité, la santé mentale, les inégalités sociales, et les modèles économiques et organisationnels. Ils exigent une approche réfléchie pour maximiser les avantages tout en atténuant les risques associés.
👆 Rythmes de travail : avantages et inconvénients de la semaine en 4 jours
👆 Impact de l’intensification et de l’autonomie au travail sur la santé mentale
👆Les effets subjectifs des « nouvelles » organisations du travail
SANTE AU TRAVAIL
Enjeux prioritaires en matière de santé au travail
👆 Prise en compte de l'usure professionnelle
L'usure professionnelle représente des défis variés qui touchent à la fois les individus et les organisations.
✴️Impact sur la santé des individus
Pour les travailleurs, l’usure professionnelle peut avoir des conséquences graves sur leur santé physique et mentale. Les symptômes peuvent aller de la fatigue chronique aux troubles psychologiques, affectant la qualité de vie des employés.
✴️Conséquences pour les organisations
Du côté organisationnel, l’usure professionnelle peut entraîner une baisse significative de la performance, de la productivité et de la qualité du travail. Elle est également liée à une augmentation de l'absentéisme, du présentéisme et du turnover, ce qui peut affecter la dynamique de l'équipe et la performance globale de l'entreprise.
✴️Evolution du rapport au travail
Face au défi croissant de l'épuisement professionnel, il est essentiel de repenser notre rapport au travail pour garantir sa viabilité à long terme. Cela implique non seulement d'éviter les risques d'épuisement physique et mental, mais aussi de créer des conditions de travail propices au bien-être et à la performance des salariés tout au long de leur carrière.
✴️Multiples angles d'approche
L'usure professionnelle peut être envisagée sous différents angles :
⚪Ressources Humaines : alignement des objectifs des salariés avec ceux de l'organisation
⚪Médical : suivi et prévention des problèmes de santé liés au travail
⚪Psychologique : soutien au bien-être mental des salariés
⚪Ergonomique : adaptation des postes de travail pour réduire la fatigue physique
⚪Maintien en emploi : accompagnement des parcours professionnels
⚪Diversité-Inclusion : prise en compte des besoins individuels des salariés
✴️Une problématique croissante
L'usure professionnelle est un enjeu de plus en plus reconnu dans le monde du travail. Sa progression insidieuse et cumulative la distingue du burn-out. Elle touche tous les salariés et remet en question les politiques des ressources humaines ainsi que les conditions de travail. Pour y remédier, une approche proactive est impérative.
✴️Des politiques RH à ajuster
Les politiques RH doivent être réinterrogées afin que l'usure professionnelle ne soit pas un "dossier à part", mais soit intégrée dans toutes les réflexions relatives à la conception et à l'organisation du travail.
✴️Importance de la formation continue
La formation continue joue un rôle clé en permettant aux salariés de s'adapter aux évolutions de leur métier, réduisant ainsi les risques d'usure professionnelle.
✴️Gestion équilibrée des performances
Une gestion équilibrée des performances et du temps de travail, notamment à travers des modalités flexibles, est également essentielle pour prévenir l'épuisement.
💡La prévention de l'usure professionnelle constitue un impératif stratégique. Investir dans la santé des salariés est indispensable pour maintenir la compétitivité des organisations dans un environnement de travail en perpétuelle évolution.
👆 La santé mentale, Grande cause nationale en 2025
✴️ Au -delà de la sphère professionnelle
Le Gouvernement a présenté le 11 octobre 2024, les quatre objectifs prioritaires pour promouvoir la santé mentale, érigée Grande cause nationale pour l’année 2025.
📌Quatre objectifs prioritaires :
la déstigmatisation, afin de changer le regard des Français sur les troubles psychiques et les troubles mentaux,
le développement de la prévention et du repérage précoce, par la sensibilisation et la formation dans toutes les sphères de la société,
l'amélioration de l'accès aux soins partout sur le territoire français, par la gradation des parcours, le développement des nouveaux métiers de la santé mentale en veillant aux soins des personnes les plus fragiles et présentant les troubles les plus complexes.
l'accompagnement des personnes concernées dans toutes les dimensions de leur vie quotidienne, comme la formation, l'emploi, le logement, l'accès aux loisirs, etc.
✴️ La porosité entre vie professionnelle et vie personnelle : la santé mentale ne connaît pas les frontières
✴️ La santé mentale au travail : vue d'ensemble
[OMS] "Près de 60 % de la population mondiale a un emploi (1). Tous les travailleurs ont droit à un cadre de travail sûr et sain. Le travail peut protéger la santé mentale. Un travail décent est propice à une bonne santé mentale car :
il fournit un moyen de subsistance ;
il donne un but, confiance en soi et un sentiment d’accomplissement ;
il permet d’avoir des relations positives et de faire partie d’une communauté ; et
il définit un cadre structurant, parmi nombre d’autres avantages.
Un travail décent peut contribuer au rétablissement et à l’inclusion des personnes souffrant de problèmes de santé mentale, leur donner davantage confiance en elles et améliorer leur fonctionnement social.
Un cadre de travail sûr et sain n’est pas seulement un droit fondamental, il peut aussi limiter les tensions et les conflits au travail, contribuer à fidéliser le personnel, améliorer la performance et la productivité. À l’inverse, l’absence de structures et d’un soutien de qualité au travail, en particulier pour les personnes souffrant de problèmes de santé mentale, peut altérer la capacité à apprécier et à bien faire son travail ; elle peut être cause d’absentéisme et même faire obstacle à l’obtention d’un emploi."
✴️ Risques pour la santé mentale au travail
[OMS] Les risques pour la santé mentale au travail sont notamment :
la sous-utilisation des compétences ou le fait d’être sous-qualifié ;
une charge de travail ou un rythme de travail excessif, le manque de personnel ;
des horaires prolongés, rigides et incompatibles avec la vie sociale ;
le manque d’influence sur la définition des tâches ou la charge de travail ;
des conditions de travail dangereuses ou pénibles ;
une culture organisationnelle qui permet des comportements négatifs ;
le soutien limité des collègues ou un encadrement autoritaire ;
la violence, le harcèlement ou l’intimidation ;
la discrimination et l’exclusion ;
des fonctions mal définies ;
une sous-promotion ou une surpromotion ;
l’insécurité de l’emploi, un salaire insuffisant ou un manque d’investissement dans l’organisation des carrières ; et
l’incompatibilité entre les exigences professionnelles et familiales.
✴️ Agir pour la santé mentale au travail
Améliorer la santé mentale au travail nécessite une action concertée. Employeurs, pouvoirs publics, organisations syndicales et patronales, ainsi que les acteurs de la santé et sécurité au travail, doivent collaborer pour prévenir les risques psychosociaux, protéger et promouvoir la santé mentale des employés, soutenir ceux confrontés à des problèmes de santé mentale, et favoriser un environnement de travail favorable au changement. Cette démarche doit impérativement impliquer les travailleurs, leurs représentants et les personnes ayant vécu des problèmes de santé mentale.
✴️ Redonner du pouvoir d'agir pour favoriser la (bonne) santé mentale ?
La santé mentale au travail est un enjeu majeur, impactant à la fois le bien-être des employés et la performance des entreprises. Au-delà des mesures préventives classiques, une approche novatrice gagne du terrain : redonner du pouvoir d'agir aux travailleurs. Cette approche, ancrée dans les travaux de la clinique du travail, met l'accent sur l'autonomie et la participation active des employés dans la gestion de leur environnement de travail et de leur propre santé mentale.
📌Traditionnellement, les interventions en santé mentale au travail se focalisent sur l'identification et la réduction des risques psychosociaux (ce sont d'ailleurs les recommandations de l'OMS). Bien que cruciales, ces approches restent parfois limitées, car elles placent le travailleur dans une position passive, dépendant des actions de la direction ou des services de prévention.
Redonner le pouvoir d'agir, en revanche, place le travailleur au cœur de la démarche. Il devient un acteur à part entière, capable d'influencer son environnement et de participer activement à la résolution des problèmes qui affectent sa santé mentale.
📌Concrètement, cela se traduit par plusieurs actions :
Favoriser la participation et l'expression : mettre en place des canaux de communication efficaces, des groupes de travail inclusifs, et encourager l'expression des besoins et des préoccupations des salariés.
Développer les compétences et l'autonomie : équiper les travailleurs d'outils et de compétences leur permettant de mieux gérer les exigences du travail.
Promouvoir l'autonomie et la responsabilisation : donner aux travailleurs une marge de manœuvre dans l'organisation de leur travail, en favorisant la flexibilité, l'autonomie dans les tâches et la prise de décision.
Créer un environnement de travail juste et équitable : lutter contre les injustices, les discriminations et le harcèlement, en mettant en place des politiques claires et des procédures de signalement efficaces.
Intégrer les aspects de la santé mentale dans la culture d'entreprise : faire de la santé (mentale et physique) une priorité, en la promouvant activement et en la reconnaissant comme un élément essentiel de la performance et du bien-être collectif.
📌Les travaux en cliniques du travail apportent une dimension essentielle à cette approche. L'écoute active, l'analyse des situations individuelles et collectives, et la co-construction de solutions permettent d'identifier les leviers d'action les plus pertinents et d'adapter les interventions aux besoins spécifiques de chaque situation.
📌Redonner le pouvoir d'agir aux travailleurs n'est pas seulement une question d'éthique, mais aussi de performance. Des salariés engagés, autonomes et en bonne santé mentale sont plus productifs, plus créatifs et plus engagés envers leur entreprise.
💡L'investissement dans une telle approche est donc un investissement à long terme pour le bien-être des individus et la réussite des organisations. Il s'agit d'un changement de paradigme, passant d'une approche paternaliste à une approche collaborative et responsabilisante, au cœur de laquelle se trouve le bien-être du travailleur.
👆Violences sexistes et sexuelles (#VSS) sous relation d'autorité : des pratiques persistantes
DIALOGUE SOCIAL & PROFESSIONNEL
La qualité des relations socioprofessionnelles
👆 Au-delà du dialogue social, l'importance du dialogue professionnel
Contrairement au dialogue social qui se réfère à la négociation entre employeurs et syndicats au niveau de la branche ou de l'entreprise, le "dialogue professionnel" se focalise sur les relations au sein même de l'entreprise, entre les managers, les employés, et parfois, des représentants des travailleurs (mais sans la structure formelle et les enjeux de la négociation collective du dialogue social).
💡Son objectif est d’améliorer la communication, la coopération et la résolution de problèmes au quotidien.
✴️Les petites structures, qui comptent moins de 10 salariés, représentent 18 % de l'emploi dans le secteur privé (non agricole). Elles ne sont pas soumises aux seuils légaux exigeant l'élection de représentants du personnel ou la tenue de négociations collectives. Ainsi, le dialogue social y est essentiellement informel.
📌En 2022, 81 % des TPE ayant 2 à 9 employés ont déclaré avoir mis en place des mesures concernant au moins un des quatre domaines suivants : salaires, emploi, conditions de travail et temps de travail. Cela représente une augmentation d'un point par rapport à 2018.
📌 Dans 36 % de ces entreprises, les salariés participent collectivement aux décisions sur au moins un de ces sujets, principalement sur les conditions et le temps de travail, soit une hausse de quatre points par rapport à 2018.
📌En 2022, 5 % des TPE avec plusieurs salariés ont signalé des conflits entre certains employés et la direction, et 4 % des conflits entre collègues.
📌Enfin, 12 % des TPE à plusieurs salariés font face à des problèmes d'absentéisme de la part de certains employés.
👆 Le rôle du CSE sur les questions de santé, sécurité et conditions de travail (#SSCT) et les difficultés rencontrées dans les petites structures
Le CSE a un rôle crucial à jouer sur les questions de santé, de sécurité et conditions de travail (#SSCT) des salariés. Sa mission s'étend à la fois à la prévention des risques professionnels et à l'amélioration des conditions de travail.
🤔Cependant, la mise en œuvre de ces responsabilités peut s'avérer particulièrement complexe pour les petites structures, souvent limitées en ressources humaines et matérielles. Autrefois, au sein des #CHSCT, on trouvait des élus particulièrement intéressés (et formés) par les questions de santé. La fusion des instances, ayant abouti au CSE sous sa forme actuelle, induit que les élus doivent être compétents (au-delà du métier exercé) sur tout un ensemble de sujets pour lesquels une formation (obligatoire) de quelques jours ne suffit pas.
💡L'#INRS met à la disposition de nombreuses ressources gratuites et plutôt bien conçues pour aider les membres du CSE.
Le lien de subordination est un concept fondamental en droit du travail, étroitement lié au pouvoir de direction de l'employeur. Au cours de mes accompagnements au sein de petites et moyennes organisations, je constate que les notions de "pouvoir de direction" et de "lien de subordination", et surtout ce qui en découle, sont encore très largement méconnues.
Pourtant, bien comprendre ces notions permet d'éviter de nombreux contentieux prud'homaux et d'instaurer des relations de travail plus saines et équilibrées.
👉Cet article vous permettra de mieux comprendre ces concepts essentiels et leurs implications concrètes dans votre organisation.
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Le pouvoir de direction : un équilibre délicat
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Le pouvoir de direction : définition et fondements
Le pouvoir de direction, bien que non explicitement défini par un article unique du Code du travail, est implicitement reconnu et encadré par de nombreuses dispositions. Il permet à l'employeur d'organiser l'entreprise, de donner des instructions et de contrôler le travail des salariés afin d'atteindre les objectifs fixés.
Ce droit découle notamment du principe de la liberté d'entreprendre, garanti par l'article 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, qui permet, notamment, à toute personne de créer et de gérer une entreprise, impliquant le droit de prendre des décisions organisationnelles et de gestion. Il se met en place dès lors qu'un contrat de travail est établi, induisant de fait le lien de subordination.
Exemple concret : Un responsable de PME décide de modifier l'organisation interne de son service : regroupement de tâches, attribution de nouvelles missions, modification des horaires dans le cadre légal. Ces décisions relèvent pleinement de son pouvoir de direction, sous réserve du respect des procédures de consultation lorsqu'elles s'imposent.
Les trois facettes du pouvoir de direction
🔖 Le pouvoir d'organisation et de gestion
📌 Ce que cela signifie : L'employeur définit la structure de l'entreprise, les méthodes de travail, et l'affectation des tâches.
⚠️ Limite importante : Cet aspect doit tenir compte des consultations obligatoires avec les représentants du personnel (CSE notamment). Certaines décisions nécessitent une information-consultation préalable (articles L2312-8 et suivants du Code du travail).
Exemple concret : Une entreprise de services à la personne souhaite passer à une organisation par pôles géographiques plutôt que par types de prestations. Cette réorganisation doit être présentée au CSE si l'entreprise en dispose.
🔖 Le pouvoir de donner des ordres et des directives
📌 Ce que cela signifie : Il s'agit de la capacité de l'employeur à donner des ordres et des instructions aux salariés, leur fixant les objectifs à atteindre et le cadre de leur travail.
⚠️ Limite importante : Cette prérogative doit respecter les lois et la réglementation sur le temps de travail, la santé et la sécurité au travail (articles L3121-1 et suivants pour le temps de travail, L4121-1 pour la santé-sécurité).
Exemple concret : Un responsable commercial peut demander à son équipe de prospecter de nouveaux clients et fixer des objectifs de rendez-vous hebdomadaires. En revanche, il ne peut pas exiger que ces démarches se fassent systématiquement en dehors des horaires de travail ou sans respecter les temps de repos.
🔖 Le pouvoir de contrôler l'exécution et de sanctionner
📌 Ce que cela signifie : L'employeur a le droit de contrôler le travail réalisé par les salariés et de prendre des mesures disciplinaires en cas de manquement, conformément à la législation (articles L1331-1 et suivants du Code du travail).
⚠️ Limite importante : L'employeur doit s'appuyer sur l'échelle des sanctions prévue au règlement intérieur (obligatoire à partir de 50 salariés). Le respect de la procédure disciplinaire est impératif.
Exemple concret : Un salarié accumule plusieurs retards injustifiés. L'employeur peut sanctionner progressivement (avertissement, mise à pied, etc.) mais doit respecter la procédure : entretien préalable avec possibilité pour le salarié de se faire assister, puis notification écrite de la sanction au plus tôt deux jours ouvrables après l'entretien (et au plus tard un mois après la convocation), respect du principe de proportionnalité et du délai de prescription de deux mois pour engager la procédure à compter de la connaissance des faits.
Les limites du pouvoir de direction
La liberté d'entreprendre n'est pas absolue. Le pouvoir de direction est limité par :
🔖Limite 1 : Le respect des droits fondamentaux des salariés
Base juridique : L'article L1121-1 du Code du travail garantit la protection des droits et libertés individuelles et collectives des salariés. Toute restriction doit être justifiée par la nature de la tâche et proportionnée au but recherché.
Exemple concret : Un employeur ne peut pas interdire totalement l'utilisation du téléphone personnel pendant la journée de travail. En revanche, il peut encadrer cette utilisation (pas pendant les heures de service client, par exemple) si cela est justifié par la nature de l'activité.
⚖️ Jurisprudence : Cass. Soc., 17 octobre 2000, n°98-44.340 : l'employeur ne peut pas restreindre les libertés individuelles et collectives si cela n'est pas justifié par la nature de la tâche à accomplir et proportionné au but recherché.
🔖 Limite 2 : Le respect de la législation et de la réglementation
Ce qu'il faut respecter : Les conventions collectives, les accords d'entreprise et les lois en matière de santé, sécurité et temps de travail encadrent strictement l'exercice du pouvoir de direction.
Exemple concret — Dans le secteur du bâtiment, même en cas d'urgence sur un chantier, l'employeur ne peut pas demander à un salarié de travailler sans équipement de protection individuelle (EPI) adapté. La convention collective du bâtiment et le Code du travail prévalent sur l'urgence commerciale.
📊 Données chiffrées — Selon l'INRS, en 2021, 604 565 accidents du travail ont été déclarés en France (source : INRS, Statistiques AT-MP 2021). Une part significative est liée à des manquements aux obligations de sécurité de l'employeur.
🔖Limite 3 : Le dialogue social
Ce qu'implique cette limite : Le respect des prérogatives des représentants du personnel est un impératif. Une consultation régulière et constructive avec les représentants du personnel est essentielle et permet d'assurer un exercice équilibré du pouvoir de direction.
Exemple concret — Une association de 35 salariés souhaite mettre en place un nouveau logiciel de gestion des plannings. Même si juridiquement la consultation du CSE n'est pas toujours obligatoire selon la taille et l'impact de la décision, l'informer et recueillir son avis permet d'anticiper les difficultés d'appropriation et de renforcer l'adhésion au projet.
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L'évolution du pouvoir de direction : vers un management par la confiance
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Contexte historique et changement de paradigme
Traditionnellement, le pouvoir de direction était associé à une hiérarchie rigide et à un modèle de commandement centralisé, laissant peu de place à l'initiative individuelle.
La montée en puissance du télétravail, accentuée par la pandémie de COVID-19, a forcé les structures à repenser leur modèle de management. Le modèle hiérarchique est de plus en plus challengé par des structures plus plates qui favorisent la collaboration et l'implication des salariés dans le processus décisionnel.
📊 Selon les données de la Dares (Enquête Conditions de travail 2021), 22 % des salariés ont télétravaillé chaque semaine en 2021, contre environ 4 % avant la pandémie (source : Dares/INSEE, Enquête sur le travail à distance 2019).
Exemple concret : Dans une entreprise de conseil de 25 personnes, le dirigeant a abandonné le contrôle systématique des horaires au profit d'un management par objectifs. Les collaborateurs organisent librement leur temps de travail pourvu que les livrables soient respectés et la qualité au rendez-vous.
La place centrale de la confiance
Le passage à un mode de travail à distance souligne l'importance de la confiance entre les dirigeants et leurs équipes. Dans un environnement où la supervision directe est limitée, la confiance devient un élément fondamental pour garantir efficacité et productivité.
⚠️ Attention : La confiance n'exclut pas le contrôle, mais elle le transforme. On passe d'un contrôle des moyens (présence, horaires) à un contrôle des résultats (objectifs, qualité du travail).
Autonomie et responsabilisation : un nouveau contrat implicite
En favorisant l'autonomie, les structures reconnaissent que les salariés peuvent être plus efficaces lorsqu'ils ont la possibilité d'organiser leur travail. Cela peut également contribuer à une meilleure satisfaction au travail, car les salariés se sentent valorisés et respectés pour leurs compétences et leur jugement.
La responsabilisation des salariés implique également un changement dans la manière dont les performances sont évaluées. Plutôt que de se concentrer uniquement sur des indicateurs quantitatifs, il devient crucial d'évaluer les résultats en fonction des objectifs et des résultats globaux atteints.
Exemple concret : Une PME du secteur social a remplacé son système de pointage par des entretiens trimestriels centrés sur les réalisations, les difficultés rencontrées et les besoins de formation. Le pouvoir de direction s'exerce désormais davantage dans l'accompagnement que dans le contrôle.
📊 Données chiffrées : Selon le rapport Gallup « State of the Global Workplace 2022 », les entreprises avec un taux élevé d'engagement des salariés enregistrent :
+21 % de rentabilité (profitabilité)
+17 % de productivité ;
-41 % d'absentéisme.
👉 En résumé : L'évolution du pouvoir de direction vers une approche davantage axée sur la confiance, l'autonomie et la responsabilisation des salariés représente une réponse à un environnement de travail en mutation. Cependant, cela nécessite un ajustement des mentalités et des pratiques managériales pour naviguer avec succès dans ces changements. Les organisations qui réussiront à instaurer ces nouvelles dynamiques pourront non seulement améliorer leur productivité, mais aussi renforcer l'engagement et le bien-être des salariés.
Le lien de subordination : une protection juridique à double tranchant
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Le lien de subordination : définition et fondements juridiques
Des trois éléments définissant la qualité de salarié (lien de subordination, rémunération et contrat) seul le premier constitue un critère décisif. En effet, le lien de subordination juridique permet de distinguer le travailleur indépendant du travailleur salarié.
💡 Concrètement, cela signifie :
L'employeur définit les tâches : il décide ce qui doit être fait
L'employeur donne les instructions : il indique comment et quand le travail doit être réalisé
L'employeur contrôle : il vérifie la bonne exécution
L'employeur peut sanctionner : il dispose d'un pouvoir disciplinaire
🔍 Illustration comparée : salarié vs travailleur indépendant
Situation A - Salarié : Un développeur informatique travaille dans vos locaux, utilise votre matériel, suit des horaires définis, reçoit des missions de votre part avec des modalités précises de réalisation → Lien de subordination = Statut salarié
Situation B - Indépendant : Un développeur informatique avec qui vous signez un contrat de prestation pour créer un site web, qui travaille de son propre bureau, organise librement son temps, vous facture à la livraison selon un devis → Pas de lien de subordination = Travailleur indépendant
Les critères du lien de subordination retenus par la jurisprudence
La jurisprudence a progressivement affiné les critères permettant de caractériser le lien de subordination :
🔖 Critère 1 : L'intégration dans un service organisé
📌 Ce que dit la jurisprudence : L'appartenance à un service organisé peut constituer un indice de subordination, à condition qu'elle s'accompagne d'autres éléments.
⚖️ Jurisprudence : Cass. Soc., 13 novembre 1996, n°94-13.187 (dit « arrêt Société Générale ») : l'intégration dans un service organisé constitue un indice de subordination lorsqu'elle est accompagnée d'autres éléments caractéristiques.
Exemple concret : Un formateur qui intervient régulièrement dans un organisme de formation, utilise les salles et le matériel de la structure, suit le planning établi par celle-ci et dont les prestations sont intégrées au catalogue, peut être considéré comme salarié même s'il est formellement inscrit comme auto-entrepreneur.
🔎 Cas réel : En 2019, un livreur Uber Eats a été requalifié en salarié par la Cour d'appel de Paris, qui a estimé qu'il existait un lien de subordination caractérisé par l'intégration dans un service organisé par la plateforme (géolocalisation, impossibilité de se constituer une clientèle propre, pouvoir de sanction).
🔖 Critère 2 : Les instructions et directives données
📌 Degré de précision : Plus les instructions sont précises et régulières, plus le lien de subordination est caractérisé.
Exemple concret :
Dans le secteur immobilier, deux statuts coexistent pour les personnes qui négocient les transactions : le négociateur salarié (contrat de travail, fixe + commissions, soumis au lien de subordination) et le négociateur indépendant (agent commercial au sens des articles L134-1 et suivants du Code de commerce, lié à l'agence par un mandat, rémunéré uniquement à la commission, et censé organiser librement son activité). C'est ce second profil qui illustre le risque de requalification. Un négociateur indépendant est supposé maître de ses méthodes : il choisit ses horaires, prospecte à sa façon, peut travailler pour plusieurs agences et supporte lui-même le risque économique. Mais si l'agence lui impose des horaires de présence dans les locaux, des scripts téléphoniques stricts, des modalités précises de prise de rendez-vous et des argumentaires de vente imposés, elle reconstitue en pratique tous les critères du lien de subordination — alors même que le contrat signé est un mandat d'agent commercial. En cas de contentieux, un juge pourra requalifier cette relation en contrat de travail, avec obligation de régulariser rétroactivement les cotisations sociales, les congés payés et toutes les garanties attachées au statut salarié. ⚠️ La leçon à retenir : ce n'est pas l'intitulé du contrat qui détermine le statut, mais la réalité des conditions d'exercice du travail.
🔖 Critère 3 : Le contrôle effectif de l'exécution du travail
📌 Nature du contrôle : Un contrôle uniquement sur le résultat est insuffisant pour caractériser la subordination. C'est le contrôle des modalités d'exécution qui est déterminant.
Exemple concret : Si vous vérifiez quotidiennement l'avancement du travail de vos commerciaux via un CRM, que vous analysez leurs déplacements et que vous pouvez réorienter leur action en temps réel, vous exercez un contrôle caractéristique du lien de subordination.
🔖Critère 4 : Le pouvoir de sanction
📌 Existence effective : La possibilité pour l'employeur de sanctionner (avertissement, mise à pied, licenciement) est un critère majeur du lien de subordination.
Exemple concret : Si vous pouvez suspendre l'accès d'un collaborateur à vos outils de travail, réduire ses missions ou mettre fin unilatéralement à la relation sans indemnités contractuelles, vous disposez d'un pouvoir de sanction caractéristique de l'employeur.
Les enjeux de la qualification
🔖 Enjeu 1 : Les risques du travail dissimulé
⚠️ Attention : Faire travailler un salarié sous couvert d'un faux statut d'indépendant constitue du travail dissimulé (articles L8221-3 et L8221-5 du Code du travail).
👩⚖️ Sanctions encourues :
Sanctions pénales : 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende (225 000 € pour une personne morale)
Sanctions administratives : Annulation d'exonérations de cotisations sociales, remboursement des aides publiques
Sanctions civiles : Requalification en CDI, paiement rétroactif de tous les droits (congés payés, primes, etc.)
🔎Cas réel : En 2022, une société de livraison a été condamnée à verser plus de 180 000 € à un livreur après requalification de sa relation de travail en CDI, incluant 5 ans de rappels de salaires, congés payés et indemnités.
📊 Données chiffrées : Selon l'URSSAF, en 2022, plus de 25 000 redressements pour travail dissimulé ont été effectués, représentant près de 700 millions d'euros de cotisations réclamées.
🔖 Enjeu 2 : La protection sociale du travailleur
📌 Droits du salarié liés au lien de subordination :
Affiliation au régime général de sécurité sociale (santé, retraite, chômage)
Droits aux congés payés (minimum 5 semaines)
Protection contre le licenciement abusif
Droit à la formation professionnelle
Protection en cas d'accident du travail ou de maladie professionnelle
Accès aux avantages conventionnels
Exemple concret : Un auto-entrepreneur qui se blesse lors d'une prestation chez vous ne bénéficie pas de la protection accident du travail. Si la requalification en salarié est prononcée, vous pourriez être tenu pour responsable et devoir indemniser le préjudice.
🔖 Enjeu 3 : La responsabilité de l'employeur
Point juridique important — Obligation de sécurité : Depuis l'arrêt de la Cour de cassation du 25 novembre 2015 (Soc., n°14-24.444, Air France), l'obligation de sécurité de l'employeur prévue à l'article L4121-1 du Code du travail est une obligation de moyens renforcée, et non plus une obligation de résultat comme elle était qualifiée antérieurement. L'employeur satisfait à cette obligation s'il a identifié les risques, mis en œuvre les mesures de prévention adaptées et peut en justifier.
Exemple concret : Si vous faites travailler un « prestataire » régulier qui se trouve en réalité en situation de subordination, vous êtes responsable de sa sécurité au même titre que pour vos salariés déclarés. En cas d'accident, vous pourriez être poursuivi et mis en cause pour ne pas avoir respecté vos obligations légales.
Un statut qui fait exception
Le statut de Salarié Entrepreneur Associé (SEA), défini dans le Livre 3, Titre 3 du Code du travail (articles L7331-1 et suivants), concerne les salariés de Coopératives d'Activité et d'Emploi (CAE). Ces personnes sont à la fois salariées de la coopérative et complètement autonomes dans l'exercice de leur activité, dès lors que la CAE ne leur impose pas de cadre et d'organisation de travail stricts. C'est par exemple le cas au sein des coopératives comme Elycoop.
Les zones grises : situations délicates à clarifier
🔖 Cas 1 : Le télétravail et les travailleurs nomades
🤔 La question : Le télétravail remet-il en cause le lien de subordination ?
✅ Réponse : Non. Le lieu d'exécution du travail n'est pas déterminant. Un salarié en télétravail permanent reste soumis au lien de subordination dès lors que l'employeur conserve son pouvoir de direction (définition des tâches, contrôle des résultats, pouvoir disciplinaire).
Exemple concret : Vos salariés en télétravail à 100% restent des salariés à part entière. Vous devez simplement adapter vos modalités de contrôle et d'organisation, mais le lien de subordination demeure.
⚠️ Vigilance : Formalisez les modalités du télétravail (charte, avenant au contrat) et maintenez un lien régulier (réunions, points individuels, outils collaboratifs).
🔖 Cas 2 : Les cadres autonomes et dirigeants
🤔 La question : Un cadre très autonome est-il toujours soumis au lien de subordination ?
✅ Réponse : Oui, même si ce lien s'exerce différemment. L'autonomie importante d'un cadre ne supprime pas le lien de subordination.
⚖️ Jurisprudence : Cass. Soc., 29 juin 1999, n°97-41.995 : l'autonomie importante d'un cadre ne supprime pas le lien de subordination.
Exemple concret : Votre directeur commercial dispose d'une grande autonomie dans l'organisation de son travail et la gestion de son équipe. Il reste néanmoins votre salarié : vous définissez les orientations stratégiques, les budgets, validez les recrutements dans son équipe, et pouvez le sanctionner ou le licencier.
⚠️ Cas particulier : Les mandataires sociaux (gérants, présidents) ne sont généralement pas liés par un contrat de travail, sauf cumul possible dans certaines conditions très encadrées.
🔖 Cas 3 : Les plateformes numériques et l'ubérisation
🤔 La question : Les travailleurs de plateforme sont-ils des indépendants ou des salariés ?
✅ Réponse jurisprudentielle évolutive : La jurisprudence tend de plus en plus à requalifier ces relations en contrats de travail.
⚖️ Jurisprudence : Cass. Soc., 28 novembre 2018 : requalification Take Eat Easy en contrat de travail. Cass. Soc., 4 mars 2020 : requalification de la relation Uber en contrat de travail.
📌 Critères retenus par les juges :
Impossibilité de se constituer une clientèle propre
Géolocalisation et contrôle permanent
Système d'évaluation contraignant
Impossibilité de fixer librement ses tarifs
Pouvoir de sanction de la plateforme (désactivation du compte)
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Implications pratiques pour votre organisation
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Pour les dirigeants : bien cadrer sans sur-contrôler
✅ Bonnes pratiques :
Formalisez vos attentes : Des fiches de poste claires, des objectifs mesurables, des procédures documentées permettent d'exercer votre pouvoir de direction de façon légitime et transparente.🔗 Pour aller plus loin : Notre article sur la fiche de poste vous guide dans cette démarche.
Respectez les procédures : Toute sanction doit suivre un processus rigoureux (entretien préalable, notification écrite, respect des délais).
Documentez vos décisions : En cas de contentieux, vous devrez prouver la légitimité de vos décisions. Conservez les traces écrites (comptes-rendus, courriers, évaluations).
Formez vos managers : Ils sont vos relais dans l'exercice du pouvoir de direction. Assurez-vous qu'ils comprennent les limites et obligations.
Instaurez un dialogue régulier : Les entretiens annuels, les points réguliers et l'écoute active préviennent de nombreux conflits.
Pour les managers : un pouvoir qui s'accompagne de responsabilités
✅ Bonnes pratiques :
Clarifiez votre légitimité : Assurez-vous que votre fonction de manager est claire pour tous (organigramme, délégations écrites).
Exercez un management équitable : Traitez tous vos collaborateurs avec la même exigence et selon les mêmes règles.
Donnez du sens : Le pouvoir de direction s'exerce mieux quand les salariés comprennent le "pourquoi" de vos demandes.
Adaptez votre style : Tous les collaborateurs n'ont pas le même besoin d'autonomie ou d'encadrement.
Pour les salariés : connaître ses droits et ses devoirs
✅ Droits liés au lien de subordination :
Droit à la protection sociale complète
Droit aux congés payés et aux repos
Droit à la formation professionnelle
Protection contre le licenciement abusif
Droit à un environnement de travail sûr
Droit au respect de votre vie privée et de vos libertés fondamentales
✅ Devoirs liés au lien de subordination :
Obligation d'exécuter le travail demandé
Obligation de respecter les directives légitimes
Obligation de loyauté envers l'employeur
Obligation de respecter le règlement intérieur
Obligation de discrétion professionnelle
Pour les CSE : un rôle d'équilibre et de veille
✅ Votre rôle :
Veiller au respect des droits des salariés : Vous êtes un contre-pouvoir légitime face aux dérives potentielles du pouvoir de direction.
Alerter sur les situations problématiques : Usage du droit d'alerte en cas de danger grave et imminent ou d'atteinte aux droits des personnes.
Être force de proposition : Contribuez à l'amélioration des conditions de travail et des pratiques managériales.
Faciliter le dialogue : Vous êtes un pont entre la direction et les salariés.
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Les effets pervers du lien de subordination
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Alors même que le lien de subordination induit une obligation de sécurité du dirigeant envers le salarié, il apparaît qu'il joue un rôle prépondérant dans les risques sur la santé mentale des salariés lorsqu'il est exercé de façon stricte et sans espaces d'expression.
🔎 Quelques situations fréquemment observées :
Décisions unilatérales et communication uniquement descendante.
Directives imposées sans possibilité de discussion.
Évaluation du travail prescrit sans prise en compte du réel de l'activité.
Dialogue social minimal sans contre-pouvoir réel.
Absence d'espaces pour s'exprimer et agir sur son travail.
💡Éclairage en psychologie du travail : Les approches de la clinique de l'activité (Clot, 1999) et de la psychodynamique du travail (Dejours, 1980) soulignent l'importance des marges de manœuvre et de la reconnaissance dans le travail. Lorsque les salariés sont privés d'autonomie pour organiser et réaliser leurs tâches, cela peut engendrer un sentiment de perte de sens et conduire à de la frustration, du désengagement et du mal-être. Le manque de reconnaissance, l'impossibilité de réaliser un travail de qualité et la pression constante pour atteindre des objectifs fixés sans concertation contribuent à l'érosion de l'estime de soi et peuvent mener à des troubles psychosociaux (burnout, dépression).
✅ Les bonnes pratiques :
Pour atténuer les effets négatifs du lien de subordination, il est essentiel que les employeurs adoptent des pratiques managériales qui encouragent la participation active des salariés dans toutes les questions concernant l'organisation et la réalisation du travail. L'instauration de méthodes de travail flexibles, la valorisation des compétences, ainsi qu'une communication ouverte et bidirectionnelle, restaurent aux travailleurs leur « pouvoir d'agir » et donnent un sens à leur activité.
Maîtriser les concepts de lien de subordination et de pouvoir de direction, leurs implications et les points de vigilance à garder à l'esprit pour éviter toute dérive est indispensable pour toute personne en situation de direction.
Dans le secteur associatif notamment, le problème remonte parfois jusqu'aux statuts qui manquent de précision sur la responsabilité autour de la fonction employeur. Les structures s'aperçoivent parfois trop tard que certaines choses essentielles ne sont pas suffisamment formalisées.
Le lien de subordination et le pouvoir de direction constituent les deux faces d'une même pièce : ils structurent la relation de travail en définissant clairement qui décide, qui exécute, et dans quelles limites.
Ces notions ne sont pas figées. Elles évoluent avec les transformations du travail : télétravail, management par objectifs, autonomie accrue des salariés, nouvelles formes d'emploi.
L'enjeu pour les organisations modernes est de trouver l'équilibre entre :
Un pouvoir de direction légitime et assumé, nécessaire au bon fonctionnement de l'entreprise.
Un respect des droits fondamentaux et de l'autonomie, facteur d'engagement et de santé au travail.
Un cadre juridique clair et sécurisé, protecteur pour toutes les parties.
Les organisations qui réussissent sont celles qui parviennent à exercer ce pouvoir de direction de manière transparente, proportionnée et dialoguée, tout en garantissant la protection des salariés inhérente au lien de subordination.
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Vous vous interrogez sur l'exercice du pouvoir de direction dans votre organisation ? Vous souhaitez clarifier le statut de certains collaborateurs ? Vous voulez former vos managers à un exercice équilibré de leur autorité ?
RH IN SITU vous accompagne :
✅ Audit de vos pratiques managériales : Nous analysons l'exercice du pouvoir de direction dans votre structure et identifions les zones de risque ou d'amélioration.
✅ Formation de vos managers : Nous concevons des formations sur-mesure pour vos équipes managériales (pouvoir de direction, procédures disciplinaires, management par objectifs).
✅ Accompagnement des dirigeants : Nous proposons un accompagnement réflexif pour vous aider à penser votre posture de dirigeant et l'exercice de votre pouvoir.
✅ Médiation et résolution de conflits : Nous intervenons en cas de tensions liées à l'exercice du pouvoir de direction.
La notion de "dispute professionnelle" est un concept développé par Yves Clot, psychologue du travail et clinicien de l'activité, faisant le lien entre la qualité du travail, sa mise en discussion et la santé des salariés.
Définition de la dispute professionnelle
La dispute professionnelle se définit, selon Yves Clot, comme une confrontation constructive entre des professionnels sur les critères de qualité de leur travail.
Elle repose sur l'idée que la qualité du travail ne peut être véritablement évaluée qu'à travers un échange d'idées et d'expériences entre ceux qui exercent une même activité. Il ne s'agit pas d'une simple querelle ou d'un conflit, mais d'un dialogue qui a pour but de confronter des visions différentes du travail afin d'améliorer collectivement la qualité de celui-ci.
Lien entre dispute professionnelle et santé au travail
La clinique de l'activité, un courant de recherche en psychologie du travail, examine la relation entre la qualité du travail et l'état de santé des travailleurs sous un angle particulier : celui de l'activité réelle des travailleurs et du sens qu'ils lui attribuent.
Yves Clot insiste sur le fait qu'il n'y a pas de "bien-être sans bien faire", ce qui signifie que pour que les travailleurs se sentent bien dans leur travail, ils doivent être en mesure de réaliser un travail de qualité. Le bien-être au travail n'est pas seulement une question de conditions matérielles ou environnementales, mais aussi de satisfaction liée à la qualité du travail accompli.
La Qualité du Travail en Question
En clinique de l'activité, la qualité du travail ne se résume pas à la satisfaction des besoins de l'entreprise. Elle dépend de la capacité du travailleur à s'engager dans son activité et à construire un sens à son travail. La qualité est donc subjective et dépend du rapport unique que chaque individu entretient avec son travail.
L'écart entre travail prescrit et travail réel
Selon Yves Clot, le travail ne peut pas être réduit à une série de tâches prescrites par l'entreprise. Pour lui, l'activité réelle des travailleurs — c’est-à-dire ce qu’ils font concrètement pour atteindre les objectifs tout en s’adaptant aux imprévus — diffère souvent de ce qui est prescrit. Ce décalage entre ce qui est demandé et ce qui est réellement fait est une source potentielle de souffrance ou, au contraire, de créativité et de développement, selon la manière dont il est traité.
Le conflit de critères
Yves Clot souligne que, dans les organisations, le risque psychosocial le plus important réside dans le déni du conflit de critères sur la qualité du travail .
Les conflits de critères trouvent, notamment, leur origine dans :
Une perception différente des priorités : efficacité vs. bien-être, rentabilité vs. qualité, . . .
des différences de valeurs : éthique, qualité, environnement, égalité, . . .
des contradictions entre court terme et long terme : par exemple, atteindre des objectifs immédiats au détriment d’une vision à long terme, . . .
La santé des travailleurs est donc intimement liée à leur capacité à "bien faire", c'est-à-dire à accomplir un travail qu'ils jugent de qualité et qui a du sens pour eux.
Objectifs de la dispute professionnelle
Il y a deux voies pour l’organisation, nous dit Yves Clot, soit développer la procédure à outrance, pour simplifier et « pasteuriser » le réel, soit s’appuyer sur une dynamique de controverse et de dispute au sein d’un collectif, pour débrouiller les nœuds du réel, et enrichir les dilemmes afin de développer le métier.
Il existe différents motifs de "disputes professionnelles" :
sur le "comment" du travail : différents modes opératoires, approches et méthodes existent, générant des conflits sur la meilleure façon de réaliser la tâche
sur le "quoi" du travail : débat sur les objectifs, les finalités et le sens du travail
sur le "pourquoi" du travail : remise en question de la légitimité du travail, de son utilité sociale et de sa place dans la société
La dispute professionnelle permet ainsi aux travailleurs :
d'identifier des conflits de critères sur la qualité du travail
de favoriser le dialogue et l'échange d'expériences entre professionnels
de développer le pouvoir d'agir des salariés sur leur travail
Elle contribue à libérer la parole, permet d’exprimer des frustrations, des difficultés, mais aussi des réussites et des astuces pour contourner les obstacles. Elle favorise une meilleure reconnaissance des savoir-faire individuels et collectifs.
Elle est aussi une soupape qui permet de prévenir les conflits, qui ne manquent pas de survenir quand il n'y a pas d'espaces pour traiter ce qui pose souci.
En ce sens, la dispute n’est pas une fin en soi, mais un outil de transformation qui vise à réajuster les pratiques individuelles et collectives pour améliorer la qualité du travail, tant sur le plan technique que sur le plan humain.
Comment faire en pratique ?
La dispute professionnelle peut être organisée et accompagnée, notamment, via la mise en place d'Espaces de Discussion sur le Travail (EDT).
Les principes clés des Espaces de Discussion sur le Travail :
Les espaces de discussion doivent être des espaces collectifs qui permettent d'échanger sur l’expérience de travail et ses enjeux, les règles de métier, le sens de l’activité, les ressources, les contraintes, etc.
La discussion porte sur l’activité réelle de travail. Cela implique de porter une attention sur les conditions de travail qui dépendent à la fois des moyens donnés par l’entreprise et des caractéristiques des individus au travail (état de santé, compétences, engagement)
Cette discussion, dont le vecteur principal est la parole, se déroule suivant un cadre et des règles co-construites avec les parties prenantes
La mise en place des Espaces de Discussion sur le Travail
[Pour démarrer, le recours à un facilitateur peut être rassurant et structurant]
🔓Conditions de réussite :
Se mettre d'accord sur les finalités envisagées, les marges de manoeuvre, ...
Construire un climat de confiance avec l'ensemble des parties prenantes
Impliquer les managers dans la construction de la démarche pour qu'ils ne se retrouvent pas en difficulté par la suite dans leur rôle d'interface entre le terrain et la direction
Communiquer de façon transparente auprès des salariés, des instances représentatives du personnel, ...et rendre visible auprès des différents acteurs ce que produisent les Espaces de Discussion sur le Travail
✏️ Etapes de déploiement :
Définir la finalité visée dans la mise en discussion du travail : une meilleure régulation, de la concertation sociale, la résolution d’un problème donné, le développement professionnel d’un métier ou d’une catégorie de salariés, ...
Conduire un état des lieux des espaces de communication et/ou discussion existants en prenant en compte : le fonctionnement, les caractéristiques, les effets produits, le bilan.... et identifier les besoins non couverts
Se mettre d’accord sur la définition d’un cahier des charges de l’espace de discussion qui précise le périmètre de la discussion, les objets, les acteurs impliqués, la temporalité, le mode et les outils d’animation, le lien avec les instances de dialogue social et les processus de décisions, l’existence (ou non) et le format d’un compte-rendu, ses destinataires.
Expérimenter à petite échelle ces nouveaux EDT, sur une période de temps définie, afin de favoriser un caractère de réversibilité et permettre un apprentissage collectif.
Conclusion
La dispute professionnelle n'est pas un simple débat d'idées, mais un outil de transformation collective, où chacun participe activement à l'amélioration de son environnement de travail. Les organisations qui adoptent cette démarche peuvent s'attendre à des gains significatifs en termes de qualité du travail, de satisfaction des employés et d'efficacité opérationnelle.
🔖En somme, pour améliorer durablement la qualité du travail, il faut accepter de se disputer… mais de façon constructive.
Pourquoi un article en lien avec la psychologie du travail ?
Parce que je m'intéresse depuis longtemps aux questions relatives à la santé au travail et que je souhaite appréhender le sujet sous différents angles.
Je me suis d'abord formée sur la question de la santé et de la sécurité au travail grâce aux outils de l'INRS. Ils sont didactiques, simples d'utilisation, notamment pour les petites structures. Ils aident les organisations à traiter les sujets pour, notamment, répondre aux obligations juridiques des employeurs sur les questions de Santé, Sécurité et Conditions de Travail.
Face à certains contextes ou certaines situations auxquelles je me suis trouvée confrontée, j'ai ressenti le besoin d'appréhender les questions de santé au travail autrement que par une approche centrée sur les risques. Une approche plus globale, qui prend en compte les différentes composantes du travail :
Le dialogue professionnel et le dialogue social
L’organisation, le contenu et la réalisation du travail
La santé au travail
Les compétences et les parcours professionnels
L’égalité au travail
Le projet d’entreprise et le management
Je fais bien sûr référence à la Qualité de Vie et des Conditions de Travail (#QVCT). Je me suis tout d'abord appuyée sur les méthodologies et outils proposés par l'ANACT. Puis j'ai eu besoin d'approfondir la réflexion et je suis retournée sur les bancs de l'université pour suivre le DU proposé par l'IAE de Lyon 3 pendant une année. J'ai rédigé un mémoire sur un de mes thèmes de prédilection : "Quel management de la qualité de vie au travail dans les petites et moyennes organisations ?"
En creusant les questions autour du travail réel et du travail prescrit, j'ai découvert les travaux d'Yves CLOT, initiateur des recherches en clinique de l'activité au sein du CRTD et professeur émérite de psychologie du travail au CNAM. Notamment via les videos youtube de certaines de ses conférences.
Yves CLOT, s'il n'est pas toujours facile à lire (ce n'est que mon humble avis), a le sens le formule : ainsi son "il n'y a pas de bien être sans bien faire" reste un repère fort dans ma pratique; de même que la notion de "pouvoir d'agir" (qu'il empreinte à Spinoza) à propos du travail.
En explorant ces sentiers là, j'ai eu le sentiment de remonter aux origines de la QVCT, d'approfondir certaines notions que je touchais du doigt sans pouvoir les nommer.
J'ai alors ressenti les nécessité d'être accompagnée dans l'appropriation de concepts et d'approches en lien avec la psychologie du travail. Me voici donc de retour une nouvelle fois sur les bancs de l'université, de Lyon 2 cette fois, pour 1 an 1/2, pour suivre le DU Cliniques du travail et pratiques d'intervention.
Cette soif d'apprendre est guidée par le besoin d'apprendre et de remettre en question mes connaissances et compétences et par l'envie d'apporter les réponses les plus adaptées possibles aux structures qui me sollicitent et me font confiance.
Comme ça, je ne dispose pas que d'un marteau ... en référence à une autre citation importante dans ma pratique professionnelle "Pour qui dispose d'un marteau, tous les problèmes sont des clous".
A l'ère du numérique et des outils de communication omniprésents, la frontière entre vie professionnelle et vie personnelle tend à s'estomper. Pour de nombreux secteurs, le travail ne se réalise plus dans un un espace-temps unique.
"Malgré la législation de l’UE régissant le temps de travail, la santé et la sécurité au travail et l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, les données issues des enquêtes nationales et européennes montrent qu’une proportion élevée de travailleurs capables de travailler à distance et d’utiliser de manière flexible des outils numériques travaillent pendant de longues heures et sont soumis à des problèmes de santé dus au stress et à l’épuisement professionnel liés au travail." (Eurofound)
Le cadre juridique du droit à la déconnexion
Qu'est-ce que le droit à la déconnexion ?
Le code du travail ne donne pas de définition du droit à la déconnexion.
L'Accord national interprofessionnel (ANI) relatif au télétravail du 26 novembre 2020 définit le droit à la déconnexion comme étant :" Le droit pour tout salarié de ne pas être connecté à un outil numérique professionnel en dehors de son temps de travail" ce droit ayant "pour objectif le respect des temps de repos et de congé ainsi que la vie personnelle et familiale du salarié".
La loi dite « travail » du 8 août 2016, a introduit le droit à la déconnexion au sein de la négociation annuelle sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes et la qualité de vie au travail (QVT),
Ce droit a été inséré dans le code du travail pour encadrer la multiplication des outils numériques en entreprise, dont l'utilisation favorise les risques psychosociaux et peut conduire à du stress voire des burn-out.
Article L2242-17 : "La négociation annuelle sur l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes et la qualité de vie et des conditions de travail porte sur :
[...] 7° Les modalités du plein exercice par le salarié de son droit à la déconnexion et la mise en place par l'entreprise de dispositifs de régulation de l'utilisation des outils numériques, en vue d'assurer le respect des temps de repos et de congé ainsi que de la vie personnelle et familiale. A défaut d'accord, l'employeur élabore une charte, après avis du comité social et économique. Cette charte définit ces modalités de l'exercice du droit à la déconnexion et prévoit en outre la mise en œuvre, à destination des salariés et du personnel d'encadrement et de direction, d'actions de formation et de sensibilisation à un usage raisonnable des outils numériques."
Au niveau européen
"Au printemps 2023, il n’existait pas de législation spécifique au niveau de l’UE sur le droit à la déconnexion. Toutefois, une série de directives européennes existantes contiennent des dispositions pertinentes, en particulier la directive sur l’aménagement du temps de travail (directive 2003/88/CE). Celle-ci fixe des limites au temps de travail et réglemente les périodes de repos pour tous les travailleurs. La résolution du Parlement européen de janvier 2021 [2019/2181 (INL)] appelle la Commission européenne à présenter une législation spécifique sur le droit à la déconnexion, tout en reconnaissant le rôle clé joué par les partenaires sociaux dans les négociations sur les questions liées au lieu de travail. En 2022, les partenaires sociaux interprofessionnels européens ont entamé des négociations sur un éventuel accord-cadre sur le télétravail et le droit à la déconnexion" (Eurofound).
Les enjeux du droit à la déconnexion
Le premier enjeu du droit à la déconnexion est donc ... : le respect du temps de travail.
Au-delà, le droit à la déconnexion répond à plusieurs enjeux majeurs :
💚Préserver la santé et le bien-être des salariés : Un hyperconnexion peut engendrer du stress, des troubles du sommeil, de l'anxiété et des risques d'épuisement professionnel. Le droit à la déconnexion permet aux salariés de se reposer et de recharger leurs batteries, favorisant ainsi leur santé mentale et physique.
🎗️Améliorer la qualité de vie au travail : Un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle contribue à une plus grande satisfaction des salariés, une réduction du stress et une meilleure implication dans le travail.
🚀Renforcer la performance et la productivité : Des salariés reposés et sereins sont plus efficaces et plus créatifs. Le droit à la déconnexion peut donc s'avérer bénéfique pour la performance globale de l'organisation.
Le droit à la déconnexion fait intrinsèquement partie de la Qualité de Vie et des Conditions de Travail. Il impacte l'équilibre pro / perso ainsi que la santé ♎
Une fois cela posé, comment s'y prend t-on concrètement ?
Mise en oeuvre concrète du droit à la déconnexion
La loi n’impose pas de modalités de mise en œuvre spécifique. C’est donc à l’employeur de déployer des mesures appropriées pour faciliter la déconnexion de ses salariés. C’est en effet de sa responsabilité de garantir à la fois :
le bon respect du temps de travail et des périodes de repos d’un employé ;
la bonne régulation de sa charge de travail ;
le développement de mesures dédiées à sa santé et sa sécurité au travail, afin d’éviter tout risque d’épuisement professionnel.
⏱️Se mettre au clair sur les modalités de gestion du temps travail et de son suivi
Ce que j'observe dans les petites structures et, à mon sens, le premier sujet à traiter, c'est l'absence de suivi du temps de travail réel. Par méconnaissance des obligations employeur en la matière, parce que le fonctionnement en basé sur la confiance, parce qu'il faut bien faire ce qu'il y a à faire avec les moyens existants ...
🔎Clarifier le périmètre des missions de chacun
Dans les organisations qui formalisent peu, parce que jusqu'à une certaine taille cela n'apparaît pas nécessaire aux parties prenantes, les grandes missions sont connues mais il y a toujours une part de flou quand on zoome un peu. Jusqu'où va t-on ? comment cela s'articule avec ce que font mes collègues ? quel niveau de qualité est attendu ? . . . Ce manque de clarté peut contribuer à "charger la barque".
💟 Mettre le travail au coeur des échanges entre managers et salariés
Les missions sont claires, mais sont-elles tenables dans le temps et avec les moyens impartis ? Les managers sont-ils formés à analyser la charge de travail et à la réguler ?
📑Mettre en place des règles claires et partagées sur l'équilibre vie pro / vie perso
Les salariés ont-ils l'habitude de rester joignables pendant leurs congés ? Y a t-il des consignes sur les horaires auxquels les équipes peuvent ou non se solliciter ? Certains travaillent-ils le WE pendant leur temps de repos ? L'organisation, les ressources humaines et matérielles permettent-elles de respecter la déconnexion de chacun ?
🤙Poser un cadre clair et partagé sur la pratique du télétravail régulier
Il y a eu le télétravail bricolé, le télétravail en mode urgence et dégradé, à présent il faut passer à l'étape d'après. Le télétravail est une modalité d'organisation du travail qui doit faire l'objet d'échanges, de négociations, d'expérimentations et d'ajustements.
En résumé, la Loi édicte la règle, ensuite c'est une analyse et une démarche sur mesure qu'il faut construire et mettre en place.
Où placer le curseur pour être dans une véritable démarche de prévention (et pas uniquement se protéger des risques juridiques) ?
Conclusion
Le respect du droit à la déconnexion est un enjeu collectif qui implique l'engagement de l'employeur, des managers et des salariés.
L'employeur doit mettre en place les conditions nécessaires et sensibiliser ses collaborateurs à l'importance de respecter les temps de repos et de non-disponibilité.
Les managers doivent montrer l'exemple en adoptant eux-mêmes des pratiques de déconnexion et en respectant les horaires de travail de leurs collaborateurs.
Enfin, les salariés doivent être vigilants à s'accorder des temps de déconnexion réguliers pour préserver leur santé et leur bien-être.
Le droit à la déconnexion est un élément essentiel de la qualité de vie au travail et de la performance des entreprises. En mettant en œuvre des mesures concrètes et en adoptant une culture d'entreprise favorable à l'équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, employeurs et salariés peuvent contribuer à un environnement de travail plus sain, plus serein et plus performant.
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